‹ Cours d'éloquence parlée d'après DelsarteChapitre 42 sur 51 · CHAPITRE QUATRIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIEME

l'orateue devant son auditoire

L'orateur devant son auditoire ne doit jamais oublier que, si celui-ci est tout oreilles pour entendre sa jjarole, il est aussi tout yeux pour le voir. La gesticulation comprend donc tout ce qui est visible dans l'orateur, c'est-à-dire sa personne tout entière. Tout en effet parle dans l'orateur, son attitude aussi bien que ses mouvements.

Ceci fait voir de suite combien il importe à l'orateur de se présenter dans les meilleures conditions possibles de prestance. Chacun sait en effet quelle influence prédisposante produit sur l'auditoire une belle prestance de l'orateur. Mais il n'est pas donné à tout le monde d'avoir cet avantage.

Evidemment celui dont l'état neutre n'est pas l'état normal idéal, se trouve

dans un désavantage au point de vue oratoire, tant qu'il n'est pas parfaitement connu à cet égard par son auditoire.

Celui-ci en effet suppose instinctivement l'orateur dans le type parfait, et ce n'est que par un effort que j'appellerais travail de résignation, qu'il peut faire abstraction du défaut.

De là l'avantage considérable que possède l'orateur qui n'a pas contracté de défaut d'organisme, et dont l'état neutre se rapproche de l'état normal idéal. Car par cela seul il a déjà bonne mine et présente une physionomie qui plaît.

La divine Providence a arrangé les choses de telle sorte que les orateurs en général appartiennent à cette classe de personnes. En effet, l'orateur doit être un homme instruit. Or les hommes instruits ont dû, pour en arriver là, s' astreindre à un genre de travail intellectuel qui exclut généralement les durs travaux manuels, et par suite les déformations et les types qui en sont les conséquences.

Remarquons ici en passant que le pres-

tige de la classe instruite sur le peuple tient beaucoup plus à cette apparence extérieure qu'on ne serait tenté de le croire tout d'abord. Souvent même la bonne mine d'un orateur produira plus d'effet que la science d'un autre qui manquera de cette qualité extérieure.

Il ne faut donc pas négliger de travailler à acquérir une prestance aisée, dégagée, simple et noble, puisque c'est un élément important dans l'orateur. Au Canada malheureusement, il faut bien l'avouer, nous vsommes dans une position désavantageuse par comparaison avec l'Europe. Il y a peu de noblesse héréditaire dans notre pays, oii le plus grand nombre de nos hommes marquants sont les fils de leurs œuvres, et sortent bien souvent d'un milieu oii ils n'ont pu trouver les avantages d'une éducation cultivée qui n'est guère que l'apanage d'une quasi-noblesse héréditaire.

Aussi, pour la plupart d'entre nous, il y a un travail d'éducation sociale à faire quand nous arrivons au collège. Il faut s'v débarrasser d'habitudes dénuées de dé-

licatesse, s'accoutumer à la correction, non seulement du langage, mais aussi d'une politesse qui est loin d'être toute de convention, et que l'on n'est pas même toujours en état d'apprécier dans les commencements. Or c'est ce travail quelque peu pénible que trop peu ont le courage d'entreprendre. Il y en a même qui vont jusqu'à avoir honte de parler correctement.

Ce serait incroyable si ce n'était pas trop vrai. Et pourtant il arrive une époque et des circonstances où l'on paierait bien cher pour avoir corrigé ses mauvaises habitudes; d'autant plus que, s'il est relativement facile de se corriger quand on est jeune, il vient un âge oii la difficulté équivaut presque à une impossibilité.

Généralement l'orateur se tient debout; mais il peut aussi s'asseoir. Dans ce cas, sa gesticulation est plus restreinte.. Mais debout ou assis, il doit prendre une position aisée, sans qu'on puisse dire cependant qu'il prend ses aises.

ARTICLE PREMIER

Page 1