‹ Cours d'esthétiqueChapitre 25 sur 47 · DESTRUCTION PE L'ART CLASSIQUE · texte numérisé non relu

DESTRUCTION PE L'ART CLASSIQUE

Les dieux classiques portent en eux^mêmeft le germe de leur destruction. Us entraînent , par conséqu^t , airec eux, lorsque le vice qu'ils, rebèl^t est dévoilé par les représentations de Tart lui-même y la ruine de Tart classique. Nous avons posé comme principe de celui-ci rindividualité spirituelle qui trouve son expression parfaite dans la forme corporelle ; mai$ , maintenant j cette individualité tombe dans un cercle de dieux particuliers dont la nature et le rôle propres, n'offrant pas un caractère absolu et nécessaire , donnent prise à Taecidentel et au hasard. Les dieux , qui doivent èlre des puissances éternelles, trouvent ici dans la conscience humaine comme dans les repré* sentations de Fart, la cause de leur ruine.

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!• E.e lleMlii.

La sculpture , il est vrai , dans la perfection de ses créations plastiques , représente les dieux comme des puissances éternelles , et leur donne une forme dont la beauté manifeste leur liberté et leur indépendance. Mais leur p/uro/tï^ et leur diversiié en font des existences aectdenielles. Aussi, la pensée les dissout et les fait rentrer dans le sein d'une divinité unique dont la puissance fatale et nécessaire les «itratne à des^ccmibals les uns contre les autres et les fait descendre de leur majesté et de leur dignité. Car , bien que la puissance de chaque dieu soit considérée comme générale , cependant, par cela seul qu'elle est celle d'une divinité particulière , elle est d'une étendue limitée. En outre , les dieux ne restent pas dans leur r^pos ^rnel ; ils se mettent en mouvement avec des fins particulières , sollicités qu'ils sont en divers sena par les situations et les collisions de la vie réelle, tantôt à porter du secours aux mortels , tantôt à empocher le mal ou à le renverser et à le détruire. Otte multitude de relations, dans lesquelles les dieux s'engagent comme de véritables acteurs , présentent un côté ac- «ûdentel qui trouble la majesté divine , quelle que soit d'ailleurs la permanence de l'attribut fondamental , et

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efitirainent les dieux dans le& dWsentions et les luttes de l'existence finie. Par ce côté fini, inhérent à leur nature même , les dieux se trouvent jetés dans une situation qui contredit leur grandeur, leur dignité et leur beauté. L'idéal proprement dit éch^>pe , il est vrai , à la manifestation parfaite de oette contradiction : dans la vraie sculpture classique et dans les statues destinées aux temples, les personnages divins sont solitairement retirés en eux-mêmes , dans leur calme et leur félicité; mais, en même temps, ils conservent quelque chose d'inanimé et d'insensible , cet air sérieux de tristesse silencieuse que nous avons déjà fait remarquer. Cette tristesse est déjà causée par le destin ; elle montre que quelque chose de plus élevé qu'eux pèse sur leurs têtes , et que toutes ces individualités doivent faire place à une unité générale qui les absorbera toutes. Si nous examinons quelle est la nature de cette unité suprême et la forme sous laquelle elle se présente , c'est par opposition au caractère relatif et à l'individualité des dieux , l'être abstrait et sans forme, h Nécessité^ le Destin. Dans cette abstrac-* tion , il n'est en général que l'existence suprême à qui les dieux et les hommes sont soumis , aveugle divinité dépourvue d'intelligence et de raison. Le destin n'est pas encore le but absolu que Dieu s'est marqué à lui-même , le décret de sa volonté personnelle , mais seulement la puissance universelle qui s'élève au-dessus de tous les dieux particuliers , et , par conséquent, ne peut se manifester comme divinité par-

liculière , s^un se oonfondre avec eux et desoaidte à leur niveau. Il reste donc sans forme et sans individualité. Dans cette existence , il n'est autre chose que la nécessité même , l'immuable faudité à laquelle les dieux , aussi bien que les hommes , sont obligés de sis soumettre , lorsqu'il» abandonnent leur caractère général , se distinguent , se divisent et se cMubatlent, lorsqu'ils veulent faire prévaloir leur puissance individuelle, et cberobent i dépasser les limites de leur puissance et de leurs droits.

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n. Dettlmellon des cUem causée par leur

aniliroponiorplilsiiie.

Comme la nécessité absolue H'appartient pas aux dieux individuels et ne constitue pas Tessenoe de leur personnalité , comme elle n'est qu'un être abstrait , incapable de volonté, qui plane seulement au-dessus d'eux', par là même le côté particulier, individuel de leur nature se développe sans r^le et sans mesure ; ils ne peuvent plu^ échapper au destin ; ils se laissent entraîner dans les accidents extérieurs de la vie humaine et tombent dans toutes les imperfections de Fanthropomorphisme , c'est-à-dire dans un état contraire à l'idée de Dieu et à sa majesté divine. Dès lors , la ruine de ces belles divinités de l'art de«vient inévitable , puisque la conscience humaine ne peut plus se reposer en elles , et , par conséquent , les abandonne pour se relier sur elle-même. Mais c'est d'abord dans les caractères particuliers de l'anthropomorphisme grec que les dieux trouvent leur principe de destruction , en ce qui concerne la croyance religieuse et poétique.

En elïet^ les dieux, comme personnes morales , se développent sous la tbrme humaine , mais corporelle.

Or, ce n'est pas là la véritable nature humaine. Celle-ci ne se révèle que quand l'homme , dans le monde intéiieur. de sa conscience , tout en se distinguant de Dieu, comble cet intervalle, s'unit à lui et trouve ainsi l'infini au fond de son ame.

Par conséquent , l'idéal plastique manque de cette propriété de manifester l'esprit dans son essence intime et dans sa nature infinie qui a consdence d'ellemême. Les belles représentations plastiques ne sont pas seulement de la pierre et de l'airain ; l'idée de la ^ritualité infinie est absente de leur expression. Dèslors on a beau s'enthousiasmer pour l'art et la beauté , dans cet enthousiasme l'ame ne se reconnaît pas avec sa nature profonde dans l'objet de sa contemplation , dans tes dieux. Sans doute l'individualité des dieux pmsède bien ce qui constitue le fond de la mhjeetmié, mais sous une forme accidentelle. Ce principe , d'ailleurs , se développe en dehi»^ de leur immuable essence, et ne fait pas partie de leur félicité.

D'un autre côté, le sentiment que l'ame prend d'elle-même et qui se trouve en opposition avec les dieux plastiques , n'est pas encens la $ubjeelimté infinie, absolue et véritable. Celle-ci en effet , comme nous le verrons dans la troisième forme de l'art, dans l'art romantique , a en face d'elle un objet qui lui correspond, le (Ueuinfîni et absolu qui a conscience de lui-même. s , comme le sujet , au point où nous sommes, oe t se contempler dans l'image d^ dieux, malgré beauté parfaite , et par là se révéler à lui-même

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^a propre essence , il reste encore distinct et séparé de son objet absolu ^ et conserve an caractère accidentel et fini.

Quant à la iranMVion par laquelle Tart s'élève aune sphère plus haute y on pourrait crcMre qu'elle aurait pu être représentée par l'imagination et l'art comme un nouveau combat des dieux.* C'est ainsi que s'est effectué, en effet le passage du symbolisme des dieux de la nature à l'idéal classique. Il n'en peut être ici de même. Au contraire , ce passage à un autre wdre d'idées s'est offert comme un combat dans le monde réel, dans l'histoire. L'art se trouve ainsi placé, à cause du principe supérieur qu'il doit représenter, daiis une situation toute différente. L'idée nou« velle ne cherche plus à se faire admettre comme une révélation qui s'accomplit par l'art. Elle se révèle par elle-même sans lui« Elle se développe sur le terrain prosaïque de la controverse sous la (otme du dogme, . et, enmêmetemps, dans l'ame humaine et le sentiment religieux , principalement par les miracles et le mar^ tyre. A cela se joint la conscience parfaite du néant des choses finies en présence de l'absolu. Cehii-ci^ se manifeste, non dans leso&uvresde l'art , mais dans l'histoire, par le cours des événements ; il apparatt comme présent et visible dans le monde réel ; le principe divin , Dieu lui-même s'est fait chair , il est né , il a vécu et souffert , il est mort et ressuscité. C'est là un fond d'idées que l'art n'a pas inventé, qu'il n'a

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pas tiré de «on propre sein , qu'il trouvait en dehorfi de lui et qu'il n'arait qu'à développer. Au oontraire , la première transition marquée par le combat des dieux avait son origine dans l'art même; elle s'eut accomplie dans le domaine de l'imagînatbn qui puisait ses doctrines et ses formes en etle-mème et donnait à l'honame étonné ses nouveaux dieux. C'est ponrquw les dieux classiques n'ont jamais eu d'exislenoe que dans rimaginalion.^ls n'ont été visibles que dans la pierre ou le bois , ou [urésents dans la pensée. Ils n'ont pas été réellement , à-la-fois es chair et en esprit. Il manque par conséquent à l'anthropcHnorpbisme des Oees la véritable existence humaine, sons le r^tport ccvporel, comne sous le nqiport ^DÎtael. Cette existence réelle en chair et en esprit , c'est le ohristianiraoe qui l'a monb^ pour la prnnière fois dans ta vie et les actions d'un dieu présent parmi les hommes. Par là, dès-lors, le corps, >a chair, quoique la matière en elle-même otwseme son rang inférieur, se trouvent réhabilités , et le principe anthrt^i^rphique est sanctifié. Si l'homme à l'origine était l'image de Dieu, EKeu est devenu une image de l'homme, et oeltii quTvoît le hls voit le pèi«; celui qai aime le fito aime aussi le pù!«. Ce nouveau fond d'idées n'est pas révélé à la oooscience par la eonoeption de l'art ; il\m est étranger et lui est donné comme fait réel , :omme histoire du Dieu qui s'est fait chair. Le paslage ne pourrait dMic s'aoeomplir daas le domaine le l'art. L'opposition entre l'ancien et le nouvel ordre

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