‹ Cours d'esthétiqueChapitre 24 sur 47 · III. De rtiliMvilIttailté propre it efeiaeiiii · texte numérisé non relu

III. De rtiliMvilIttailté propre it efeiaeiiii

Ûem dieux.

Pour représenter ies dieo\ dans leur YéritaUe iiidi«vidualité , il fie duffiit pas de les distinguer par quelques attribut» particuliers qui sont encore plus ou moins abstraits. L'étdie est une existence simple ; elle est tout entière dalis la loi qu'elle manifeste. Un petit nombre dé caractères suffit pour expliquer les formes du règne minéral. Déjà, dans la nature végétale, apparaissent une foule de formes diverses , de transition 9 dé mélanges et d!anomaUes. L'organisation des animaux ouvre encore un plus vaste champ aux variétés et aux différences , à la multiplicité des influences réciproques , dans leurs rapports avec la na«ture extérieure. Si nous nous élevons enfin jusqu'au monde qui est la manifostation de l'esprit^ naus trouvons chez l'homme ^ eonsidéré au point de vue physique et moral , une richesse d'attributs et de prc^ priétés infininkent plus grande encore. Or ^ comme l'idéal classique ne se berne pas i rejM^ésenter l'individualité immobile et concentrée en elle«-môme, mios doit aussi la mettre en mouvement, la montrer en rapport avec d'autres existences et déployant son activité,

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le caractère des dieux ne reste pas dans une dé« termination encore trop générale; il passe à des développements plus particuliers. Cette activité qui s'exerce dans le inonde extérieur , et les changements qui en sont la suite y fournissent les traits spéciaux dont se compose Vindmdualilé de chaque dieu, et qui constituent son originalité vivante. Maison même temps une pareille individualité présente un côté accidentel qui ne se laisse plus ramener à Tidée fondamentale. Parla cet élément particulier , que nous rencontrons dans chacun des dieux , devient quelque chose d'historique et >de positif qui^ par consé^ quent, ne peut figurer , dans Tart que comme un accessoire extériwr, et joue un rôle subalterne.

Nous avons dès-lors à résoudre cette première question : Où doit -on prendre les matériaux qui servent à manifester ainsi l'individualité des dieux ^ lorsque ceux-ci interviennent dans des circonstances particulières ? Quand il s'agit d'un homme , d'un personnage historique , si nous voulons nous expliquer son caractère personnel et nous rendre compte parla des actions et des principaux événements de sa vie, nous trouvons des rensdgnements positifs dans les ciroonstances qui ont exercé sur lui leur influence; par exemple; dans l'époque de sa naissance , ses dispostlions naturelles, sa famille, son éducation, les hommes avec lesquels il a vécu , les idées de son siècle. Ces matériaux sont fournis par l'histoire , et,

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SOUS ce rapport , rien n'offre une aussi grande variété que la biographie de certains hommes. Il en est autrement des dieun , de ces créations libres de la pensée, qui n'existent pas dans le monde réel. Par conséquent on pourrait croire que les poètes et les artistes , dont le génie enfante Tidéal par sa seule puissance , prennent, pour tout ce qui tient à ces particularités, leurs matériaux dans leur imagination , ne consultent que leur caprice et leur fantaisie. Une pareille manière de voir, cependant, serait fausse ; car nous avons assigné à Tart classique, comme la loi même de son développement , une réaction contre les antécédents qui appartiennent nécessairement à son histoire. Il ne peut parvenir qu'à cette condition au véritable idéal. Or, de ces antécédents se tirent les particularités qui donnent aux dieux leur individualité et leur originalité vivantes. Elles ont déjà été indiquées dans leurs éléments principaux , et nous n'avons ici qu'à rappeler en peu de mots ce qui a été dit plus haut.

hà première source, qui est aussi la plus abondante , ce sont les religions symboliques de la nature qui servent de base à la mythologie grecque. Mais comme les particularités empruntées aux anciens mythes sont attribuées à des dieux qui sont des personnes morales, elles doivent perdre nécessairement leur caractère symbolique. Elles ne peuvent conserver leur sens primitif, différent de celui que renferment les nouvelles divinités. L'élément symbolique est absorbé dans le mythe nouveau, et, comme il ne

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fait pas cependant partie de l'eftsence anème du dieu , comme il est seuleroent une partieuUnté accessoire, il tombe aa niveau d'une histmre extûiearc, d'une action ou d'une circmHtaDce accident^te qu'on attribue à la volonté du diea , dans telle ou telle situatimi p»ticulière. C'est ainsi que nous voyons rep»-alb« ici toutes les traditions sjnBboliqves des antàcaines poésies sacrées. Les. faits prennent la forme d'évôiemenls tout humains ; le mythe devient uno histtHre Ott les dieux sonten scène, etqui n'apuëtre inventée à plaisir par le poète. Quand, par eK«fnple, Homèro raconte qne les die\ix ont quille l'OlyApeponr assister , pendant qoinze jours , à un festin chez les sages éthiopiens, si c'^ic là simplement une fable imi^née par le poète, ce serait, il faut l'avouer, uae pauvre invention. 11 en est de même du récit de la naissance de Jupiter. Chronos avait dévoré tous le* enfants qu'il avait engendrés. Kbéa, son épouse, étant enceinte de Jupiter, se r^ra en Crète, et là elle donna le jour à un fils. Cependant elle préseilta et fit avaW à Chronos, à la place de l'enfant, une pierre qu'elle avait enveloppée d'une peau. Plus tard, Chronus revomit tous ses enfants. Cette histoire j oommo invention perswtnellcda poète, serait puérile; mais on y entrevoit les traces d'un seni symbolique qui s'est perdu , et le fait apparaît maîntffliaBt avec son caractère tout matériel.

1 peut en dire autant de la fable do Cérës et do erpine. Ici c'est l'ancienne idée symbolique du

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grain de Mé enseveli dan& la terre et qui , après avoir germé, reparait à la lumière. Le mythe raf^rteqtie Proserpine jouait avec des fleurs dans une prairie, et cueillait le narcisse odorant qui porte cent fleurs sur une seule tige. Tout-à»coup la terre s'entr'ouVre, Pluton sort de ses entrailles, enlève la jeune déessd sur son char d'or, et malgré ses cris , l'emporte dans les enfers. Alors Cérès j dans sa douleur de mère , parcourt toute la terre pour retrouver sa fille , mais vainement. Enfin Proserpine retourne dans le monde supérieur; mais Jupiter n'a accordé cette permission qu'à condition que Proserpine n'aura pas mangé, dans les enfers, la nourriture des dieux. Par malheur, elle avait mangé dans l'Elysée une grenade, et , à cause de cela , elle ne doit retourner dans le monde supérieur que pendant le printemps et l'été. -=— Ici encore , le sens général n'a pas amservé sa forme symbolique ; il a fait place à un événement tout humain qui laisse entrevoir l'idée seulement de loin, et par quelques traits extérieurs. De même , les surnoms des dieux représentent souvent de semblables éléments symboliques , mais qui ont dépouillé cette forme et ne servent plus qu'à donner à l'individualité une plus parfaite détermination.

Une seconde source , pour ces sortes de particularités qui s'attaetient au caractère individuel des dieux , se trouTe dans les rapports de localité , et cela , aussi bien en ce qui touche la nature propre de chaque divinité , qu'en ce qui concerne la propagation , le

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développ^nent de son culte et les endroits où elle est spéciatement honorée.

Par c<Hiséquent , quoique la représentation de Tidéal et de sa beauté s'élève au - dessus de ce qui tient aux circonstances locales, quoique Timagination artistique ait fondu toutes ces particularités extérieures et accidentelles dans une image qui répond d'une manière absolue à l'idée fondamentale , néanmoins, lorsque la sculpture reproduit les dieux avec leur caractère tout-à*fait spécial et dans leurs relations particulières , ces traits distinctifs et ces couleurs locales figurent toujours comme accessoires ; ils donnent à l'individualité une forme plus déterminée, quoique simplement extérieure. C'est ainsi , par exempie, que Pausanias nous fait connaître une foule de fables locales, de peintures, de tableaux, de récits populaires, qu'il avait trouvés dans les temples, dans les lieux publics , dans les trésors des temples , dans les endroits où quelque événement important s'était passé. De même, dans les mythes grecs, les anciennes traditions locales importées de l'étranger se mêlent et se combinent avec les fables indigènes, et toutes offrent plus ou moins un rapport avec l'histoire , la naissance et la fondation des états, principalement lorsque cette origine est la colonisation. Mais maintenant , comme ces matériaux si divers ont perdu leur signification primitive en subissant l'empreinte du caractère général des dieux, parmi ces histoires il en est qui doivent nous paraître fantastiques, bizarres

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et dénuées de sens. Ainsi, par exemple, Eschyle, dans son Prométhée , raconté les courses vagabondes d*Io, avec toute la rudesse et la simplicité qui caractérisent un bas-retief antique , sans laisser entrevoir un sens moral , un seul trait qui ait rapport à Fhistoire des peuples ou au cours des phénomènes de la nature. Il en est de même de Persée , de Bacchus , etc. , mais particulièrement de Jupiter , de sa nourrice , de ses infidélités à Tégard de Junott , qu'un jour il suspend parles pieds après y avoir attaché une enclume^ et laisse ainsi flotter entre le ciel e( la terre. Dans Hercule aussi se trouvent rassemblés les éléments les plus nombreux et les plus divers; ils ont pris dans ces fables un aspect tout humain , et se présentent sous la forme d'événements accidentels , d'actions héroïques , de passions , d'adversités et d'autres aventures. En outre , les puissances éternelles de l'art classique sont les idées essentielles qui président à l'organisation de la société grecque et à son développement. Par conséquent les origines nationales qui se rattachent aux temps héroïques et à des traditions étrangères doivent avoir aussi déposé leurs traces dans l'histoire particulière des dieux. Ainsi , un grand nombre de traits dans les nombreuses fables sur les dieux , ont certainement rapport à des personnages historiques , à des héros , à d'anciennes races , à des événements naturels, tels que des guerres et des combats ; et , comme la diversité des familles et des races est le fait qui sert de base à la formation des Ëlats ,

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les Grecs avaient aussi des dieax particuliers à la famille et à la ra«e , leurs pénates , et en même temps des divinités tniélalreg des villes et des Etats particu- Uers. En exagérant ce câté historique, on a^prétendu que l'origine des ijieux grecs en gâterai devùt s'ex: pliqner par de semblables éyénemcnts , par des exploits attribués à des héros , à d'anciens rois. Cette opinion paraît d'abord assez plausible ; mais elle est superûcielle. Htyfu l'a récerament reproduite. C'est à-peu-^rès de la môme façon, qu'un Français , Nkolu Frirel , a admis en principe général que la guerre des dieux représente les luttes qui s'élevèrent entre les diverses races sacerdotales. Qu'un pareil élément historique joue un certain r^ledans la mythologie ; que des races particulières aient fait prévaloir leurs doctrines religieuses ; que les diverses localités aient de même fourni des traits pour l'individualisation des dieux , c'est ce que l'on doit sans doute accorder ; mais l'origine proprement dite des dieux n'est pas dans ces matériaux historiques , dans ces faits extérieurs ; elle est dans les puissances morales qui gouvernent la vie humaine ;. c'est ainsi qu'ils ont été véritablement conçus -, de sorte que , si une place étendue doit être faite à l'élément positif et historique , c'est seulement en œ qui concerne le dévelo[f»emeot de l'individualité sous une forme plus déterminée. " ' ' [laDtjCommeladivinitésemanifcsle.à.rimaouB des traits sensibles et qu'elle est même 'x par la sculpture sous une forme corpo-

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relie et réellç à laquelle rhomme adresse ses hommages dans le culte j ce rapport fournit de nouveaux matériaux qui entrent dans le cercle des particularités positives et accidentelles. Les différentes espèces d'animaux ^ par exemple , ou de fruits qui sont offerts à chaque dieu , 1^ costume des prêtres et du pei^)le , la nature et Tordre des cérémonies , tout cela fournit une très-grande variété de traits particuliers qui ~dis^ linguent les dieux. Car toute particularité de ce genre se prête à un nombre infini de formes et de modes. En soi , ces détails pourraient être purement acciden/^ tels ; mais comme il s'agissait d^in acte religieux , Ils devaient avoir quelquechose de fixe , de non arbitraire ^ et présenter un caractère plus ou moins symbolique; Ici , par exemple , se place la couleur des vêtements.» celle du vin dans le culte do Bacctuis, la peau.de chevreuil dont s'enveloppaient les initiés dans les mystères , Thiibillernent propre à chacun des dieux , et leurs attributs^ , l'arc-d'ApoIlon pythi^n , le f(Hiet^ le bâton et une foule d'autres accessoires. Toutes ces choses perdent cependant peu-à-peu leur sen& par ua efltet de l'habitude. L'usage familiarise avec eUesr k un tel point qu*on ne songe plus à leur origine* Si l'érudition parvient à en retrouver le sens , elles n'ea restent pas moins un acte tout extérieur que l'homme aocompiit machinalement, par imitation, par intérêt, par plaisantacie , par le plaisir du moment, ou simplement parce que c'est un usage établi. Si , par example, chesb nous les enfants allument-en été le feu de la

Saint-Jean , ou ailleurs forment des danses , lancent des pierres dans les fenêtres , c'est un usage simplement extérieur dont la signification se perd dans le passé. Il en était de même des danses auxquelles se livraient les jours de fêtes , chez les Grecs , les jeunes garçons et les jeunes filles, et dont les entrelacements et les évolutions imitaient , comme les détours des labyrinthes , le mouvement régulier des planètes. On ne danse plus pour exprimer des idées. L'intérêt de la danse s'arrête à la danse même , à la beauté et à la grâce des mouvements , à la joyeuse gatté qui anime la fêt«*. Ainsi le sens symbolique primitif a fait place à une simple représentation dont les particularités s'adressent à notre imagination ; celles-ci nous plaisent comme un conte ou comme , dans une description historique , la forme pittoresque et 1§l couleur locale qui rendent les objets présents à nos yeux. On se' sert alors de ces formules : a On dit ; on ra- » conte, etc. » L'art peut par conséquent n'y truuver d'autre intérêt que celui de tirer parti de ces matériaux devenus purement extérieurs , et d'en faire quelque chose qui représente les dieux comme des personnages réels et vivants , ce qui n'empêche pas que dans quelques traits ne se reflète encore un sens plus profond.

Ces matériaux , lorsque l'imagination s'en est emparée et les a mis en œuvre , donnent aux dieux grecs l'apparence et le charme de l'humanité vivante. Ces puissances, d'ailleurs générales, sont par là ramenées

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à la réalité individuelle qui se compose d'un élément absolu et de formes extérieures et accidentelles. La notion fondamentale , toujours vague et indéterminée y. se trouve ainsi définie d'une manière plus précise ; elle offre plus de richesse dans son développement. Mais nous ne devons pas attribuer une plus grande valeur aux histoires spéciales et à ces traits particuliers de caractère; car ces éléments , qui avaient à leur origine un sens symbolique , ne sont plus maintenant destinés qu'à compléter l'individualité des dieux , à leur donner une forme plus déterminée et plus sensible , plus humaine, à ajouter, par ces dé* tails souvent peu dignes de la majesté divine, le côté de l'arbitraire et de l'accidentel qui appartient à l'individualité concrète. La sculpture , nous offrant l'idéal divin dans .sa pureté , représentant le , caractère et l'expression dans des corps vivants, doit laisser apparaître le moins possible ce dernier degré de l'individualisation extérieure. Elle ne l'exclut cependant pas tout4<^ait* Ainsi la coiffure, par exemple, la manière d'arranger la chevelure, les boucles de cheveux , sont différentes pour chaque dieu ; et ce n'est pas seulement dans un bu.t symbolique , mais pour mieux marquer lei caractère individuel. Hercule a des cheveux courts et frisés en petites boucles , Jupiter les a fik>ttants et relevés majestueusement sur le front. La chevelure de Diane n'est pas la même que celle de Vénus. Pallas a sur son casque une gorgone. La même remarque s'applique aux armes , à la cein-

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turc, au bandeau, auxagraffes, h toutes les particularités eltérieures <ld même genre.

Enfin une troisième source , pour là détermination phis précise du caractère des dieiix , est donnée par leur rapport avec le monde réel et ses phénomènes divers , avec les actions et les circonstances de la vie humaine. Car, s'il est vrai que les dieux grecs, comme personnes morales , se sont formés des éléments de la nature , auparavant symbolisés , et des puissances de Tame humaine , ils doivent rester , malgré leur indépendance spirituelle , dans un rap^ port continuel et d'autant plus intime avec la nature et avec Thomme. Ici donc , comme nous Tavons déjà fait observer^ Timagination du poète se répand comitie une source intarissable en histoires particulières, en traits de caractère , en actions qui sont attribuées aux dieux. Le problême de Tart, soiis ce point de vue, consiste à combiner , d'une manière naturelle et vivante Faction des personnages divins avec les actions humaines, à rattacher toujours ie côté accidenté et particulier des choses au point de vue religieux , comme nous disons, par exemple, dans un autre sens, il est vrai: « Tel ofi tel événement vient de Dieu, n Dans les circonstances Critiques de la vie commune, dans leurs besoins , leurs craintes et leurs espérances , les Gréés avaient recours aux dieux. Alors s'offraient différents phénomènes extérieurs que les prêtres regardaient comme des présages , et qui avaient une signification relative aux intérêts et

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aux ftiluaUonR de la ?ie humaine. S'il se présente quelque dan^r ou quelque malheuf , le prêtre doit en expliquer la cause , odRnattre la Yolonté des dieux et donner r les ■ moyens d'éviter le malheor. Main* tenant, les poètes , dans leurs interprétations, vont encore beaucoup plus loin , parce qu'ils attribuent presque toujours aux dieux et à leur intervention les grandes passions et les grands motifs qui dé-^ teitninent les actions humaines ; èsn sorte qu'en agissant par eux «^ mêmes les hommes semblent en même temps les mmistresdes dieux et les instruments de leurs desseins. La matière deees conceptions poé^ tiques est empruntée aux circonstances ordinaires de la vie, et le poète alors fait connaître si tel ou tel dieu se prcmonee dans la situation représentée , ou même y prend une part active et directe. C'est par là principalement que la poésie élargit le cercle de toutes ces histoires par ticulières qui sont racontées des dieux* Nous pouvons citer ici de nouveau quelques exemples analogues à ceux qui ont été déjà donnés comme éclaircisseUfients , lorsque nous avons considéré les puissances générales de l'action dans leur ra^^port avec les parsonnages ^ 'Homère représente Achille comme le plus brave des Grecs réunis sous les murs de Ti*oîe. Il explique la supériorité du héros invin* cible par cette circMstance qu'Achille est invulnérable par tout le corps , excepté au talon par ou sa mère

• 1" vol., p. îlOelsuiv.

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était cdtligéede le tenir en le pbngeant dans les ondes du Stjx. Cette histoire aj^Murtient à l'imagination du poète. Maintenant, si l'on considère cette faUe comsie exprimant un fait positif auqud lesaB(»eas ajoutaient foi comme nous croyon» à un phénomène que nous rojOBB de nos yeux , c'est là une opinion tout-à-fait grossière , H qai feraitd'Homà^, aussi bien que de tons les Grecs, d'Alexandre en particulier qui admirait Achille et enviait son bonheur d'avmr été dianté par Homère, autant de niais. C'est ce que fait Adelmitg, par exemple , lorsqu'il dit que la bravoure n'était pas l»en difficile àce j«ine héros, puisqu'il sesavait invulnérable. Hais ce n'est pas par ce côté que le courage d'Achille se manifeste ; car il n'en saitpasmtHns qu'il doit mourir, et cepmdant il ne se soustrait jamais au danger , partout où il se présente. Le même trait est décrit d'une manière toute diOerente dans les Nid>clungen. Siegfrid est aussi invulnérable; mais il a en outre un vêtement qui le rend invisible. Lorsqu'il se tÏMit ainsi invisible à côté de Gunther et te protège dans son combat cwitre Brunhild, nous voyons là l'cBuvre d'une magie barbare qui ne nous donne une bien haute idée ni de Si^rid ni du roi Gunther. Sans doute , dans Homère, les dieux interviennent smivent poar sauver des héros; mais ils -^>paraissent seulement comme la cause générale de ce que l'homme fait et accomplit lui-même , et au moment où se réloute l'énergie de son caractère héroïque. Les d'ailleurs , dans le combat , ont seulement con-

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tribué à la défaite générale des Trojens , pour assurer Tayantage aux Grecs. Mais, quand Homère fait la description d'une bataille principale, il s'arrête da* Tantage à mettre en scène les combats particuliers; il met aux prises les individus. Seulement, lorsque b foule des guerriers et les grandes masses vieniient à se choquer et * à se mêler , lorsque la fureur des deux armées aux mains est allumée , c'est Mars luimême dont la rage est déchaînée ; alors les dieux combattent contre les dieux ; et ce qui fait la beauté, la grandeur de ce spectacle , ce n'est pas seulement la gradation observée par le poète ; il y a de plus une idée profonde : Homère fait reconnaître ses héros individuels dans les exploits particuliers où il les met séparément aux prises , et dans Faction générale il représente Fensemble des combattants, les forces et les puissances générales. Il fait apparaître Apollon d'une manière toute différente , lorsque le moment est venu où Patrocle , qui portait les armes invincibles d'Achille , doit recevoir la mort^. « Trois fois, semblable à Mars , Patrocle s'était précipité sur les bataillons des Troyens , et trois fois neuf guerriers étaient tombés sous ses coups. Lorsqu'il s'élançait pour la quatrième fois , alors enveloppé des ténèbres de la nuit le dieu s'avance à sa rencontre , et , Ku milieu du tumulte, le frappe par derrière à l'épaule, lui arrache son casque qui roule par terre et résonne

Iliad. XVI, y, 785-849.

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sous les pieds des ehevaux ; k panache âst souillé de sang et de poussière. Il lui brise sa lance dans les mains; le bouclier tombe de ses épaules. Phébus Apollon lui délie aussi son haraais. y — hA Tapparilion d'Ap6llon peut être prise oômmel'explicatîon poétique de cette droons tance, que l'épuisement, sembla* Me à la mort naturelle , s'empara de Patrode au fort de la mâée et dans la chaleur du combat, à la qua* triènwd attaque, le fit succomber. Alors seulement, Euphorbe peut le percer de sa lance par derrière entre les épaules. Patrocle cherche encore une fois à se retirer du combat ; mais Hector le poursuit , Tat* teint et lui plongé sa lance dans les mitrailles* liector triomphe et raille le héros en le voyant tomber. Pa*trocle , d'iuie voix faible , lui répond : $ Jupiter et .^M>Uon m'oQt vaincu , et sans peine , puisqu'ils m'ont dépouillé de, mes armes; J'en aurais étendu vingt comme toi à mes pieds. G^ndant le cruel destin et ApùUon me donpent la mort , Euphorbe en second lieu , et toi s^prè^ eux. v — L'intervcntiop des dieux daes cette circonstance signifie Mroplement que Patr^le > quoique protégé par les armes d'Achille, périt ^uisé de fatigue et saisi de vertige. Ce n'est donc pas quelque chose de surnaturel ou un jeu oiseux de l'imagination. D'un autre côté, si Ton prétend que le poète a tQulu ainsi dinûnuer la gloire 4'Hector, et qu' ApoUon lui-même ne joue pas ds^s cet exploit un rôle très-noble, parce qu'on ne voit que la puissance du dieu, tous les raisonnements de ce geçre sont

i>t: l'idéal d£ l'abt cla&sique. 339

d'aussi maui^s goût que le froid in^rveiUeux de k . critique positive. Car , da»s tous {es cas où Homère ^explique les événements particuliers par de seoihlables appaHtions , las dieux sont les priji^icipes intérieurs . qui résident au fond de Tame humaine , la puissanee. doses propres passions et de «a pensée, les caus^qui. appartiennent a k situation en général , la foroe des circonstances où Tl^mme se trouve et dont il subit Tactio» fatale. S'il se rencontre quelquefois des traits Mtérieurs pun^nent acdd^tels dans l'apparition des. dieux, ils'SOftl présentés sous forme de plaisanterie , comme lorsque Vu Icain , par exemple, faisant l'office d'échanson à la Ubi/à des dieux , les égaie par sadémarche^vacillanle. En général , il n'y a pour Homère rien

de sérieux dans oes petites scènes ; tantôt les dieux y jouent un rôle actif , tantôt ils oonsearvent leur repos absolu. Les Grecs savaient très-bien que c'étaient 1^ poéifis qui inventairait dépareilles histoires, et, s'ils y a^taienl foi , leur croyance né s'attachait qu'au prkicipe général , qui réside égal^nent dans l'esprit de l'hMtirae. En efiet, la véritable cause, qui est le principe et le mobile des évén^iients de la vie huoaaine, est divine. Sous tous ces rapports, nous n'avons pas besoin de recourir à une explication surnaturelle, pour goûter cette représentation poétique des dieux.

Tel est le caractère général de l'idéal classique dont no«s aurons à déterminer d'une manière plus spéciale les développements dans la partie de cet ouvrage con-

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sacrée aut arts particuliers. Il suffit d'ajbuter id une obswvation : c'est que dans Tart classique les dieux et les hommes , même lorsqu'ils luttent avec le plus d'énergie contre les personnes et les choses , ne doivent jamais violer les principes véritables de la morale. Le sujet reste toujours d'accord avec le fond et la sub* stance de ces idées. De même que dans Tari grec l'élément physique est en harmonie atiec l'élément ^irituel et lui reste soumis tout en l'exprimant fidèlement, de même la personne humaine se montre dans uneidentité constanteavee la raison absohte, c'est-à-dire avec les principes éternels du bien et du vrai. Sous ce rapport, l'idéal classique ne contmlt ni l'opposition de l'idée et de sa forme extérieure , ni les situations où le sujet, se détachant violemment de la v^ité morale , reste ainsi abandonné ^ l'arbitraire de ses idées et au caprice de ses passions. Le fond du caractère doit toujours être quelque chose de substantiel et de vrai , et l'impiété , la perversité , l'égoisme purs , sont exclus de la rq^résentation classique. Mais, avant tout, la cruauté , la méchanceté gratuites, la bassesse,, l'ignoble et le repoussant, qui trouvent leur place dans l'art romanticpie , lui s(»)t entièrement étrangers. Nous voyons bien , il est vrai , plusieurs crimes , le meurtre d'une mère ou d'un père , par exemple , et d'autres attentats où les affections de famille et la piété filiale sont foulées aux pieds , se reproduire souvent dans l'art grec; cependant, ils n'apparaissent pas comme de simples forfaits; ils ne sont pas non plus

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occasionnés par cette fatalité , à la mode chez nous il y a peu de temps , et qu'on était convenu d'appeler le destin , ce qu in 'est que l'absence même de raison avec une fausse apparence de nécessité. Mais, lorsque l'attentat est commis par des hommes et ordonné par les dieux qui s'en constituent les défenseurs , de pareilles actions sont toujours représentées par quelque côté avec un caractère de légitimité qui s'y trouve réellement.

Malgré cette base substantielle , nous avons vu la représentation des dieux classiques par l'art abandon^ ner de plus en plus la sérénité silencieuse de l'idéal, pour descendre dans la multiplicité des situations individuelles et extérieures , dans le détail des faits , des accidents particuliers, et des actions qui deviennent de plus en plus humaines. L'art classique se trouve ainsi entraîné , par son fond, au dernier terme de IVndttidualisalion, et, par sa forme, kV agréable et au gracieux. L'agréable , en effet , est la représentati<m de l'élément pariiadier de l'objet , ce qui fait que l'œuvre d'art ne saisit plus l'ame du spectateur dans sa partie profonde , mais l'intéresse par une foule de rappwts extérieurs , en s'adressant au' côté fini de notre per« sonnalité. Cette tendance à s'absorber dans le fini a en effet pour conséquence de mettre l'art à la portée de l'élément fini de la nature humaine, la sensibilité , qui se retrouve alors et se satisfait partout au hasard dans les images façonnées par l'art. Le sérieux du caractère divin fait place à la grâce qui , au lieu

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de frapper l'homme d'un saint respect et de Féiever au^lessus du sentiment de son individualité , le laisse tranquille spectateur , et n'a d'antre prétention que celle de lui plaire.

On a vu comment l'imagination en général , lorsqu'elle s'empare des conceptions religieuses et les façonne librement dans le sens de la beauté , commence déjà à faire disparaître le sérieux de la méditation y et corrompt sous ce rapport la religion comme telle. Or, c'est là ce qui arrive, surtout au moment où nous sommes , par la prédominance de l'agréable et du gracieux ; car , nous le répétons , l'agréable ne représente pas quelque chose de substantiel , l'idée divine et son caractère général ; c'est le côté fini , la réalité sensible qui doit exciter ici l'intérêt y et la seasibilité seule est satisfaite. Plus, par conséquent, dans le beau l'agrément domine, plus le charme produit par l'objet se détache du général , et s'éloigne des idées éternelles qui seules sont capables d'éveiller de profonds sentiments dans Tame humaine.

Cette tendance de l'art à s'absorber dans la partie extérieure des choses , à faire prévaloir l'élément par* ticulier et fini , marque le pœnt de transition quiconduit à une nouvelle forme de l'art. Car , une fois le champ ouvert à la multiplicité des formes finies, celles^i se mettent en opposition avec l'idée , sa généralité et sa véritt3 , et alors commence à naître le dégoût de la raison pour ces représentations qui ne répondent plus à leur objet éternel.

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