‹ Cours d'esthétiqueChapitre 36 sur 47 · DE L.V CHEVALERIE · texte numérisé non relu

DE L.V CHEVALERIE

aux fins les plus variées. Il n'est que le magicien qui les évoque , les réunit et les groupe à sa fantaisie.

lien estautremenldatis la poésie romantique lors-: qu'elle devient profane et ne se développe plus imnuédiatement dans le doiuaine de Thistoine religieuse. D'abord , les vertus et les entreprises de ses personnages ne sont point celles des héro^ grecs dont le diristianisnae naissant regardait les qualités seule-^ ment comme des vices éclatants. Ensuite ,' la moralité grecque suppose une société organisée et développée , dans laquelle la volonté , tout en devant se déterminer et agir par elle-même d'après ses propres idées , rencontre des lois fixes et des relations sociales qui ont une valeur absolue ; tels sont les rappoi^ts des patents et des enfants, des ^ipoux, des citoyens, dans un Ëtat où la liberté est régularisée par une législation posi^tiv^i. Gomme ces rapports dérivent des lois mêmes de la nature , ils ne peutent plus convenir à cette mysticité religieuse concentrée en elle-même, qui tend à effacer le côté naturel des affections humaines , et doit pratiquer des vertus tout opposées , fhumilité ,-le sacrifice de la volonté humaine et de l'indépendance pers<>iltoelle. Les vertus de la pfeté chrétienne anéantissent dans leur abstiraite sévérité tout élément terrestre, etneparoclaïuent l'homme libre qu^autant qu'il renonce à lui-même et aux affections du cœur humain. La Hberté personnelle du monde chevaleresque n'a pas , il est vrai , pour condition positive la résignation et le sacrifice: elle se développe, au contraire,

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dans le sein du monde et de la aoctété. Mais le caractère infini de la pn-sonnalité , comme nous l'avons va plus haut , a pour essence la ooncratration de l'individu en lui-même , le sentiment profonddesa nature intisM. Replié sur lui-même, il ne considère te raondeet l'onfav soùal que comme le théâtre de sa propre actinie. Sous ce rapport , la poésie n'a pas ici une base positive et absolue, comme la mythologie; elle n*a aucun type , aucune forme consacrés , qui au moins , quant à l'expression, ofi^nt un caractère Qxe et arrêté; elle est entièrement libre, affranchie de toute matière, purement créatrice et productrice; elle ressemble à l'oiseaa qui tire de sa gorga mélodieuse toutes les notes de son chant.

Lorsmëmequ'une pareille personnalité réâdedans une volonté noble et dans une ame profonde , on ne voit néanmoins partout dans les actions et les relations que de l'arbitraire et de l'accidentel , parce que la liberté et ses fins ont po,ur principe l'individualité concentrée en elle-mésne. Ainsi , nous ne trouvons dans oçs personnages rien qui ressemble au Palhn grecet à l'indépendance person nelle qui Je o&ractensB, mais un genre particulier d'hérdjsme qui serafiftorte à l'amour, à l'honneur, à la bravoure, à la fifMité, et dont la mesure est uniquement dans la bassesse ou la noblesse des sentiments de l'ame.

''('pendant , ce que les héros du moyen-Age ont de juun avec ceux de l'antiquitû, c'est la hraoour»; toutefois, celleHïi présente encoee un carAclére

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i0iit difféteoL Ce Ji'e&l plus le /eourage naturel qui a'apfiuîefiiu! la fovoe physique, el Taikeftsc du corps ^ Qtt aur Ténei^ie de la yo\ôùf.éj et qai se met au ser* lûeerd^un- înléFât réel ; elfe a son princîpe dana le sen^ tÎÊomÈ pràfend de la personaalité , dans l'honneur ^ Tesprit chevaleresque, et, en général, dans VitnagH nation. Aussi , elle se déploie dans des entreprises aventureuses , au milieu d'accidents et de hasards de toute espèce, d'événements tout extérieurs; ou bien elle se laisse guider par les inspirations d'une religiosité mystique, dans laquelle on retrouve d'ailleurs toujours le même caractère, le sentiment de la personnalité.

Cette forme de l'art romantique s'est développée dans les deux hémisphères; dans l'Occident, cette terre de la réflexion , de la concentration de l'esprit en luimême , et dans l'Orient , où s'est accomplie la première expansion de la liberté, sa première tentative pour s'aflranchir du fini. Dans l'Occident , la poésie a pour base l'ame repliée sur elle-même , se faisant le centre de toutes choses , et cependant ne considérant . la vie présente que cmnme une partie de sa destinée qu'elle place dans un monde supérieur, celui de la foi. En général , en Orient , c'est le mahométisme qui a balayé le sol ancien, en chassant toute idolâtrie et toutes les religions enfantées par l'imagination. Mais il donne à l'ame une liberté intérieure qui la remplit et l'absorbe à tel point , que le monde entier s'efface et s'évanouit. Le cœur et l'esprit

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plongés dans rivresse de Textase, sans avoir besmtl de se représ^iter Dieu sous Une forme viable , trou^ veni en euK-mênies une joie ineffable *; par ce reHcm* cernent volontaire, ils goûtent , dans la contemplatioii et la glorification de leur objet , les délices de l'amoiir^ le cafane et la félidté.

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!• li*IIoiineiir«

Le motif de Thonneur était inconnu de Tancien art <îlas8ique. DdBs rilliade, la colère d'Achille est le sujet du poème ; c'est la cause qui imprime le mouvement à Faction et à laquelle se rattache tout le cours des événements ; mais ce que nous entendons par honneur , dans le sens moderne , n'est pas compris. Achille ne se trouve vivement blessé que parce que la part de butin qui lui appartient , le prix de sa valeur, sa récompense (>«f«tr), lui a été enlevée par Agamemnon. L'offense porte ici sur quelque chose de matériel, sur un présent auquel, sans doute, a été attachée une. distinction , qui est un hommage rendu à la valeur ; aussi , Achille s'enflamme de colère , parce que Agamemnon l'outrage, ne lui rend pas devant les Grecs les honneurs qui lui sont dus. Mais cette offense ne pénètre pas jusqu'au cœur même de la personnalité, de sorte qu'Achille se trouve satisfait par la reddition de sa part de butin , à laquelle sont ajoutés d'autres objets précieux. Agamemnon ne se refuse pas , en dernier lieu , à cette réparation , quoique , d'après nos idées modernes , les deux héros se fussent injuriés mutuellement de la façon la plus grossière. Ces insultes n'avaient fait

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que les irriter Fun contre l'autre. Aussi , maintenant, Toffense qui était purement positive et matérielle est effacée du moment où la cause extérieure a disparu. L'honneur romantique présentée un tout autre caractère. Ici l'offense ne regarde plus la valeur réelle de rob|et, qu'il s'agisse de propriété , du rang, d'un droit , etc. ; mais la personnalîié en soi , l'opinion que l'homme a de lui-même , la valeur qu'il js'aitribue. Or, cette valeur, au point où nous sommes, est infinie comme le sujet est infini à ses propres yeux. Dans l'honneur , l'homme a donc la conscience h plus intime de sa mbjecUviié infinie , comoie étant indépendante de l'objet lui-naéme. Maintenant, ce que l'individu possède, bien qu'après l'avoir perdu il n'en soit ni plus ni moins qu'auparavant , en vertu de l'honneur , participe de sa personne qui a une valeur absolue à ses yeux et doit l'avoir de même aux yeux des autres. JLa mesure de l'honneur n'est donc pas. dans ce qu'est l'individu en lui-même, mais dans ce qu'il s'imagine être. Or, le propre de l'imagination est de généraliser , de sorte que je puis mettre ma personne tout entière dans cet objet particuUer qui m'appartient. On a coutume de dire que l'honneur est un semblant. Sans doute, rien n'est plus vrai ; mais , au point de vue où nous sommes » il faut le prendre plus au sérieux. Ce n'est pas seulemrat l'apparence, le simple reflet extérieur de la personnalité absolue. L'image de ce qui , en soi , est infini est elle-même quelque chose d'infini. Par ce caractère

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