‹ Cours d'esthétiqueChapitre 37 sur 47 · DE LX CHEVALERIE · texte numérisé non relu

DE LX CHEVALERIE

dMnfînité» le seuihlaot de Thonneur devient la personne elle-même dans sa plus haute réalité. Chaque qualité particulière, dans laquelle Thonneur se manifeste et qu'il s'approprie , est , par cette s^ule a{^a^ rence, élevée à une valeur infinie* — L'honneur ajnsi conçu constitue un des principes fondamentaux de Tart romantique. Il suppose que Tbomme a quitté la sphère simplement religieuse et le monde intérieur, pour entrer dans la vie réelle , et que , sur ce théâtre , il ne nfianifeste que lui-même dans son indépendance personnelle et sa valeur absolue.

Le domaine de l'honneur est très-étendu. En effet , tout ce que je suis , ce que je fais , ce que me font les autres , intéresse mon honneur. Je puis , par conséquent , me fah'e un point d'honneur de ce qui est bien en soi y de la ûdélité envers le prince , du dévoùment à la patrie ^ des dévoilas de mon état , de la fidélité conjugale , de l'équité dans les affaires et le commerce , de la conscience dans les travaux scientifiques, etc. Mais, au point de vue de l'honneur, ces devoirs légitimes d'ailleurs et vrais en soi , ne sont pas encore sanctionnés comme tels et reconnus par eux-mêmes. Us ne le sont qu'autant que je les identifie avec ma personne et que j'en fais des points d'honneur. L'homme d'honneur ^ en tout ceci, pense donc d'abord à lui-même , et qu'une chose soit ou ne soit pas moral^nent bonne , la question pour lui n'est pas ià , mais de savoir s'il lui convient à lui , s'il est conforme à son honneur d'engs^ger ici sa foi qu'il sera

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tenu de garder. C'est ainsi qu'on peut commettre les actions les plus répréhensibles et être encore un homme d'honneur. En outre, l'honneur se crée des fias arbitraires, il se propose pour but de soutenir un certain caractère. On se regarde alors comme lié envers les autres et envers soi par ce qui n'est en réalité ni obligatoire ni nécessaire. L'imagination sème sur la route des difficultés et des embarras chimériques, parce que c'est un point d'honneur de maintenir le caractère que l'on a une fois pris. Ainsi Donna Diana regarde comme contraire à l'honneur de faire l'aveu du sentiment qu'elle éprouve , parce qu'elle avait résolu de ne jamais prêter l'oreille à l'amour. — En général, l'objet sur lequel porte l'honneur n'ayant de valeur que par le sujet auquel il se rapporte , et non par son caractère propre , donne prise à l'accidentel. Aussi , dans les représentations de l'art romantique, nous voyons d'abord ce qui est bien d'une manière absolue exprimé comme loi de V honneur, parce que l'homme combine avec le sentiment du devoir celui de la dignité infinie de sa personne. Que l'honneur ordonne ou défende quelque chose , cela veut dire que l'homme se met tout entier dans l'objet de cet ordre ou de cette défense ; de sorte que la transgression ne se laissera nullement effacer , pardonner ou réparer par une transaction , et que toute compensation est inadmissible. Mais , d'un autre côté , r honneur peut devenir quelque chose de vain , de faux, si , par exemple , le moi qui ,' dans son froid orgueil ,

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:&e r^^arde comme infini , en fait Tunique fond , ou si la personne se croit obligée par quelque motif criminel. L'honneur alors , principalement dans la représentation dramatique , est Une pasrion froide et sans intérêt, parce que les fins qu'il poursuit n'expriment plus des idées vraies , mais une personnalité toute égoïste. Il n'y a d'ailleurs que les idées essentielles de la raison qui , dans la succession des événements, offrent à l'esprit tin jenchatnement régulier et un' développement nécessaire. Ce manque d'idées profondes se fait sentir particulièrement lorsque l'esprit de subtilité pointilleuse fait entrer dans le domaine de i'hcmneur des choses accidentelles et insignifiantes ,qui n'in' téressentque le personnage^ Et les sujets ne manqnent jamais; car alors une minutieuse analyse découvre une foule de distinctions ; alors des particularités , qui , prises en elles-mêmes^sont indifférentes , peuvent prendre de l'importance et ^fournir matière au point d honneur. Les Espagnols surtout ont dévelc^pé cette casuistique du point d'honneur dans leur poésie dramatique, dans les raisonnements auxquels se livrent*, à ce sujet , leurs héros sur la scène. Ainsi , par exemple^ lafidélitéde la femme mariée est recherchéejusquedans les plus minutieuses circonstances, et déjà le simple soupçon d'au trui , il y a plus, laposMbilitéd'unpareH soupçon, lorsmêmequelenMurieB connaît parfaitement la fausseté, deviennent un sujet qui blesse rhonneur. Si cela donne lieu à des collisions, leur développement ne peut nous satisfaire, parce que nous n'avons sous

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les yeux rien de réel et de vrai. Au lien des émotions profondes que nous fait éprouTor une lutte nécessaire , ce spectade ne produit qu'un sentimmt de pénible anxiété. Dans les drames français y c'estaussi, souvent, le froid honneur fondé sur des raisons purement al> straites qui doit former l'intérêt principal. Mais, sous ce rapport , on ne peut rien voir de plus glacial et de plus insipide que VAlartm de M. Ft. de Sehlegel. Le héros tue sa noble femme. Pourquoi ? — Par un motif d'honneur. Or , cet honneur consiste à vouloir ^K>user la fille du roi pour laquelle il n'éprouve au^ cune passion , et cela afin de devenir le gendre du prince. C'est là un pitoyable moyen d'exciter le pa* Ihétique , une pauvre conception qui prétond avec cela se donner pour quelque chose d'élevé et de noble.

Maintenant y comme Thonneur no réside pas seulement en moi comme manifestation de ma personnalité y mais aussi dans l'opinion des autres qui doivent reconnaître le mien comme je dms reconnaître le leur^ il est essentiellement tusaplible. Car , aussi loin que j'étende mes prétentions , quels que soient les objets sur lesquels elles se portent , leur fondement est toujours ma volonté arbitraire. La plus petite lésion peut avoir pour moi de l'importance. L'homme^ dans la vie sociale , se trouve dans une foule de rapports avec mille objets divers ^ et peut étendre indéfiniment le cercle des choses qu'il a droit de dire siennes , qui le touchent, où il veut placer son honneur; dès-lors la personnalité des individus , leur orgueil et leur fierté,

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sentiments renfermés en principe dans Tbonneur , sont des causes qui éternisent les dissentions et les querelles. Ajouiez à cela que , dans Toflense comme dans rhonrfêur en général ^ il^ne s'agit pas de robjet en lui-même dans lequel je puis me trouver bledsé^ car, ce qui n'est pas respecté , c'est ma personnalité qui a identifié cet objet avec elle , et qui alors se dé* clare attaquée dans un point idéal infini.

Par là , toute offense faite à Thcmneur est regardée comme quelque chose d'infini en soi, et demande une réparation du même genre. Il existe , il est vrai» plusieurs degrés dans l'offense, et de même aussi, dans la satisfaction. Mais ce que la personne regarde ici^ en général, comme une offense, la mesure de cette offense et celle de la réparation dépendent en*tièrement de sa volonté; elle a le droit d'aller jusqu'aux derniers scrupules de la susceptibilité la plu& chatouilleuse. Lorsqu'une pareille satisfaction est demandée , l'agresseur , aussi bien que la personne lésée , doit être regardé comme un homme d'honneur. Car ce que je veux , c'est la reconnaissance de mon propre honneur par mon semblable. Mais , pour qu'il y ait réciprocité, il faut que je le considère lui*mème comme un homme d'honneur , c'est-à-dire qu'il doit passer dans mon esprit , malgré son offense , pour une personne dont la valeur est infinie.

Ainsi , le principe de l'honneur renferme, en général, ce point essentiel : c'est que l'homme ne peut, par ses propres actions , donner à l'homme un droit

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8ur sa personne; par conséquent, quoi qu'il ait fait ou commis, il se regarde, après comme avant, comme un être d'une nature infinie , invariablement le même; il veut être considéré et traité comme tel.

Maintenant, s'il est vrai que Thonneur, dans ses querelles et les réparations qu'il exige , a pour principe l'indépendance personnelle , la conscience d'une liberté illimitée qui ne relève que d'elle-même , nous voyons ici apparaître de nouveau ce qui constituait, dans l'idéal classique , le caractère fondamental des personnages héroïques , savoir , cette même indépendance. Mais , dans l'honneur , nous n'avons pas seulement l'énergie de la volonté et la spontanéité dans les décisions ; l'indépendance personnelle est ici liée à ridée de soi-même , et cette idée constitue précisément l'essence propre de l'honneur; de sorte que, dans tous les objets extérieurs qui l'environne, l'iii^ dividu retrouve son image et se voit lui-même tout entier. L'honneur est la personnalité libre repliée sur elle-même, et qui, absorbée par cet unique sentiment qui est son essence, s'inquiète peu si l'objet est conforme à la vérité morale et à la raison , ou accidentel et insignifiant.

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tf. li^Amoiir.

Le second sentiment qui domine dans les r^réseo^^ tations de Tart romantique est l'amour.

Si le caractère fondamental de Thonneur est le sentiment de la personnalité et de son indépendance^ absolue ^ dans Tamour , au contraire^ le degré le plus élevé est l'abandon de soi-même , T identification du sujet avec une autre personne d'un autre sexe. C'est le renoncenent à sa conscience personnelle , à son individualité propre qui ne se retrouve que dans autrui. Sous ce rapport , l'amour et l'honneur sont opposés l'un à l'autre. Mais, d'un autre côté, nous pouvons considérer l'amour comme la réalisation d'un principe qui se trouve déjà dans l'honneur. L'honneur a essentiellen^nt besoin de voir la personne qui se reconnaît infinie, reconnue de même par une autce personne. Or , . cette reconnaissance est véritable et complète, non pas lorsque ma personnalité in abstraélo^ ou dans quelque cas particuli^ et par conséquent limité, est respectée, mais lorsque moi tout entier, avec tout ce que je suis et renferme en moi-même, tel que j'ai été, tel que je suis et serai , je m'identifie avec un autre , au point de constituer sa volonté , sa pensée, le but de son être et sa possession la plus

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intime. Alors, cet autre ne vit qu'en moi , comme je ne vis qu'en lui. Ces deux êtres n'existent véritablement pour eux-mêi;nes que dans cette unité parfaite. Ils placent dans cette identité toute leur ame et le monde entier. C'est ce caractère d'infinité intérieure qui donne à l'amour son importance dans l'art roman* tique, importance qui Vacoroit encore par la richesse de sentiments que l'idée de l'amour renferme en^ elle* même.

L'honneur s'appuie souvent sur des réflexions abstraites et sur la casuistique du raisonnemait ; il n'ei) est pas de même de l'amour. Son origine est le sentiment j et comme la difl%rence des sexes joue ici un grand rôle , i) présente aussi le caractère d^un rapp^t physique spiriluatisé. Cependant, cette difiërenee n'est essentielle que parce que L'individu met dans cette union son ame, l'élément spirituel et infini de son ëlite. Ce renoncement à soi-même pour s'identr^ avec un autre, cedévoâment, cetâbandon dans lequel lé sujel retrouve cependant la plénitude de son dtre, cet oubli de soi tel que celui qui aime n'existe plus pour lui , ne vit plus pour lui, cx^nstitué le caractère infini de l'ammir. Et ce qui en fait principalenient la beauté , c'est qu'il ne reste pas un sîQiple pènchsmt ni un sentiment; sous son charme , l'imagination voit le mionde entier destiné à lui servir 4'ornement. H attire tout dans son cercle e| n'accorde de prix aux objets que dans leur rapport avec lui. C'est rartout dans les caractères de femmes qu'il se révèle avec

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tott^c sa beauté ; car c^est chez les femines que cel abandon , cet oub^i de soi , est porté à son plus haut degré. Toute leur yie intelleetuelle et morale se eoAcçntre daqs ce sentiment unique et se développe en \m de lui ; il fait la base de leur ^istence , et.» si ijpielque malheur vient à le briser y ell^s disparaissent comme une lumière qui s'éteint au premier soiuffle un peu violent. - — L'amour ne se présente pas avec ce caractère de profondeur dans l'art classique ; il n'y joue y en général , qu'un rôle subalterne , on n'ap-^ paraît que sous le point de vue de la jouissance sensible. Dsgos Hcmire j il ^st traité sans beaucou|> d'importance ; il est représeoté sous sa forme la plus digne dans la. vie d^miestiqit^ onnine la fidélité conjugale , par exemple , dans la personne de Pénélope, ou comme la tendre sollicitude de l'épouse et de la mém dans AndromaquCy ou bien encore dans d'autres n^ lations morales. Au contraire, le lien qui unit Paria à Hélène est reconnu immoral ; et il est la cause déplorable de . tous 1^ désastres ,. de tous las voisân heurs de la. guerre de Troie. L'amour d'Achille et de Briséis n'a ijen de profond ni de sérieux ; car BriséiSi est uw esclave soumise au l^n plaisir du b^poeu Dans les odes de Sapho, le Isin^aga di^ l'amour &'élèw, il est vrai, jusqu'à l'enthoMsiasmi^ lyrique; cepeudant , c'est plutôt l'expression de la flammequi dévore et consume , que celle d'uç s^ntimeut qui pénètre au fond du cœur et remplit l'ame. Dans les charmantes petites poésies d'Ai^oeréan, l'amour pré^

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sente un tout autre aspect. Cest une jouissance plus serine et plus générale , qui ne connaît ni les tourments infinis , ni l'absorption de l'existence entière dans un sentiment unique , ni Tabandon d'une ame oppressée et languissante. Le poète se laisse aller joyeusement à la jouissance immédiate , naïvement et sans souei , sans attacher à la possession exclusive d'une fenmie particulière une importance qui est aussi loin de sa pensée que l'idée monacale de renoncer à toute relation avec le sexe. La haute tragédie des anciens ne connaît également pas la passion de l'amour dans le sens romantique. Dans Eschyle , particulièrement, et dans Sophocle^ l'amour n'a pas la prétention d'exciter un véritable intérêt. Ainsi, quoique Antigone soit destinée à être l'épouse d'Hémon , qu<Hque celui-ci s'intéresse à elle plus vivement qu'à son père, quoiqu'il aillé ménîe jusqu'à mourir à cause d'elle lorsqu'il désespère de la sauver , il fait cependant valoir devant Créon des raisons loui^-fait indépendantes de sa passion , qui ne ressemble d^ailleurs nullement à celle d'un amant moderne et n'a pas le même caractère sentimental. Enr^pidé traite Tamour comme une passion plus sérieuse dans Phèdre, par exemple. Cependant, l'amour apparaît encore ici comme un égarement coupable , causé par l'ardeur du sang et le trouble des sens , comme un poison funeste versé dans le cœur d'une femme par Vénus qui veut perdre Hippoly té , parce que. ce jeune prince refuse de sacrifier sur ses autels.

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De même , nous avons bien , dans la Vénus de Médicis , une représentation plastique de Tamour, qui ne laisse rien à désirer sous le rapport de la grâce et de la perfection des formes; mais on y chercherait vainement Texprçssion du sentiment intérieur , tel que Fexige Tart romantique. On peut en dire autant de la poésie romaine. Après la destruction de la rèr publique , et à la suite du relâchement des mœurs ^ Tamour n*apparalt plus que comme une jouissance sensuelle. Dans le moyen-âge, au contraire, Piirarque^ par exemple, quoiqu'il regardât ses sonnets qomme des jeux d'esprit , et fondât sa réputation sur ses poésies et ses œuvres latines , s'est immortalisé par cet amour idéal qui, sous le ciel italien, se mariait dans une imagination ardente avec le sentiment relir gieux. L'inspiration sublime du Dante a aussi sa source dans son amour pour Béatrice. Cet amour se transfom^e dans l'amour religieux , lorsque son génie plein d'audace ç'élève à cette conception sublime , dans la: quelle il ose ce que personne n'avait osé avant lui , s'ériger en juge suprême du monde et assigner aux hommes leur place dans l'enfer , dans le purgatoire et dans le ciel. Comme pour former un contraste avec cette grandeur et cette sublimité , Boccace nous repré^ sente l'amour dans la vivacité de la passion, un amour l^er, folâtre, sans moralité, lorsqu'il met sous nos yeux, dans ses nouvelles si variées, tes mœurs de son ten^ps et de son pays. Dans les poésies des itftnne«aiu)rers allemands, l'amour se montre senties

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mental et tendre , sans richesse d'imagination , naïf , mélancolique et monotone. Dans la bouche des Espagnols, il abonde en images; il est chevaleresque, quelquefois subtil dans la recherche et la défense dé ses drmts et de ses devoirs, dont il fait autant de points d'honneur personnels ; il est aussi enthousiaste, lorsqu'il se déploie dans tout son éclat. Chez les Français modernes, it est , au contraire , plus galant ; il tourne à la vanité ; c'est un sentiment qui vise i l'effet poétique, dans l'expression duquel perce souvent beaucoup d'esprit et une subtilité sophistique pleine de sens. Tantôt c'est une volupté sans passion, tantôt une passion sans volupté , une sensibilité ou plutôt une sentimentalité raffinée qui s'analyse dans de longues réflexions. — Mais nous devons couper court à ces observations qui , prolongées davantage, seraient ici déplacées.

Le monde et la vie réelle sont remplis de causes de division. Or, que l'on se représente d'un côté la société avec son organisation actuelle , la ^e domestique , les rapports civils et politiques , la loi , le droit , les mœurs, etc. , et, en opposition avec cette réalité positive , une passion qui germe dans des âmes ardentes et généreuses, l'amour, cette religion des cœurs , qui tantôt se confond avec la religion , tantôt se la subordonne , l'oublie même , et , se regardant comme l'afl&ire essentielle, unique, vraiment importante de la vie , ne p^t cependant se résoudre à renoncer à tout le reste ^ fuir au désert avec rdbjel

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WÊoéy capable d^ailleorê de se livrer à tous les excès, jusqu'-à ai))urér y par iHie dégradatien cynique , la di* gnité humaine. On conçoit facitemënt que cette op* position ne doit pâ^ manquer d'engendrer de nombrenaes eoUùma; car, les autres intérêt» de la yie feni mxsm valoir leurs exigences et leurs droits , et doivent par là- blesser Tamour dans ses prétentions à une domination souveraine.

La premi^e eolfision que nous ayons é menUonncr y et qui est la plus fréquente , est le conflit de Vanumr et de Vhonnemt. L'honneur, en effist, a le même caractère, infini que Tamour , et il peut jeter sur son chemin un motif qui soit un obstacle absolu . Dans ce cas , le devoir de l'homme peut réclamer le sacrifice dé Tamour. Dans une certaine classe de la sodété y par exemple., il serait contraire à Thonneur d'aimer une femme, d'une.condîlicm inférieure. La diSërenee des conditions est un résultat néoessaire de It nataire des choses; et, d'ailleurs, elle existe* Si môntenant la vie sociale n'a pas encore été r^nérée par l'idée de la vraie fiberté , en vertu de laqudle le sujet peut choisir lui4B^QQe sa condition et déterminar sa vocation , c'est toujours , plus ou .moins , la nais* sance qn assigne à rbomme. son rang et sa posHîm. Mm oiitre, ces diatiac^ons aoat encore consacrées eonime absolues par l'honneur. On se fait un point d'honneur de ne pas déroger..

Mais , en second lieu , outre l'honneur , les principes éternels de l'ordre moral eux-mêmes^ l'intérêt

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de l'État , TamoBr de ia patrie , les devws de • £a^ mille, etc. , peuvent entrer en lotte avec l'amour et s'opposer à raooomplissement de ses fins. Dans les représentations modernes où ces principes ont ime haute valeur , ce genre de collision est un thème fo^ vori. L'amour se présente alors lui-même comme un droit imposant , le droit sacré du cœur, et s'oppose à d'autres devoirs et à. d'autres droits. On il lesrdé* dare inférieurs à lui et s'affranchit de leur autorité ; ou il reconnaît leur supériorité , et alors un combat s'engage au fond de l'ame entre la violence de la pas* sion et une idée supérieure. La PuetUê-d'OrUimA ^ y par exemple , roule sur cette dernière collision.

En troisième lieu , il peut exister des rapports et des obstacles extérieurs qui s^opposeot à l'amour; ainsi , le cours ordinaire des choses , la prose de la vie , des accidents malheureux , les passions , les préjugés, des idées étroites, l'égoifime dans les autres , une foule d'incidenta de toute espècet L'odieux , le terrible et le repoussant y occupent souvent beaucoup de place, parce que c'est la perversité, la grossièreté, la rudesse sauvage des passions étrangères qui sont miees en opposition avec la tendre beauté de l'amour. C'est surtout dans les drames et les romans qui ont paru dans ces derniers temps , que nous voyons iréqueasi'ment de semblables collisions extérieures^ Elles intéressent principalement à cause de la part que nous

' De Schilter. G. B.

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