‹ Cours d'esthétiqueChapitre 42 sur 47 · DE LA VIE REELLE · texte numérisé non relu

DE LA VIE REELLE

Si nous reportons nos regards en arrière , nous avons considéré d'abord la suhjeciivité dans son cercle absolu ou religieux , Tame dans son union avec Dieu, le développement, de Tesprit qui se met en harmonie avec lui-même. Ce qu'il y avait ici d'exclusif, c'est que rtiomme , par un sacrifice volontaire , renonçait au monde et à la société pour se concentrer en luimême, se satisfaire dans la région pure, dans le ciel de rinlelligence. Nous avons vu ensuite la personnalité humaine rejeter cette abnégation , et se développer sur le théâtre de la vie réelle. Son caractère d'infinité s'est révélé dans l'indépendance de l'honneur , dans la profondeur de l'amour et dans le dévoûment de la fidélité. Ces sentiments peuvent , sans doute, se manifester sous une foule de r24[>ports, dans

t>E L^NDÉPËNDÂBîC^ PERSONNELLE. 465

un grand nombre 4e situatÎQns ^ dans le conflit des passions, au lnilî^^ de circonstances très-diverses. Néanmoins, dans cette sphère , nous ne voyons appar^tre que Tindiép^idance du sujet en lui-mén>ey considéré dans sa nature intime et prof<mde. Le troisième point de vue qui nous reste maintesant à considérer, c'est la manière dont to«is les éléments extérieurs de la vie humaine , les circonstances phy-» siques et morales , la nature et tout ce qu'elle ren-^ ferme ou exprime, peuvent entrer dans le domaine de la forme romantique de Fart. Ici donc, c'est le monde de la vie réelle , en général , qui ré(îlame ses droits et qui , n'étant pcfô pénétré par la religion , s'élève sur sa propre base , se développe dans $on domaine propre et indépendant.

Ainsi , dans ce troisième cercle du développement de la forme roiftantique , la religion .et la chevalerie disparaissent avec; leurs hautes conceptions, leurs nobles sentiments et leurs fins tout idéales ^ auxquelles rien ne répond dans le monde de la réalité. Au contraire, ce qui caractéarise les. nouveaux besoins epji demandent à se satisfaire, c'est la soif des jo«issanees de la vie présente , la poursuite ardente des intérêts humains, dans ee'qu'ils.ont d'actuel, de déterminé, de positif. Dans le domaine de l'art, l'homme veut dès-lors, en sacrifiant la beauté et l'idéalité. du fc»d et de la £ôrme, se représenter les objets dans leur réalité palpable et visible. L'art les reproduira dans leur vitalité et leur actualité; ses

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œuvres doivent porter un caractère purénHmt bumain et être des créations toutes personnelles.

La religion chréttenne n'est pas, comme nous Tavons vu plus haut , éclose sur le sol de riitiagînation, comme les mjthes de TOrtent et de la Grèce. Dans rOrient , c'est l'imagination qui , pat sa vertu propre , tire d'elle-même le fmid, pour chercher vainement à y adapter la £(M*me, et, dans Tart classique^ cette union s'accomplit réellement. Noos trouvons, au contraire, dans la religion chrétienne , les particularités de la vie commune admises comme un éMnnent intégrant de l'idéal , ^ l'ame se salisfaitau milieu des choses accidentelles du monde extérit^ur , sans éprou* ver le besoin de là beauté.

D'ailleurs, l'homme n'est uni srvec Dieu qu'en puissance et non en réalité. Tous sont appelés a la sainteté, mais il y en a peu d'élus. Or, l'ame, pour qui le royaume du ciel aussi bien que celui de la terre reste un monde étranger , est forcée d'y renoncer et de se borner à un idéal plus positif , qu'elle trouve dans la vie mondaine et dans l'existence actuelle. Le but est à une distance infime, et comme ce à quoi elle renonçait d'abord est sous sa maisi , comme c'est quelque chose de positif, ce besoin de se retrouvcsr dans le monde , de jouir du présent, besoin qui , ailleurs ^ est l'état primitif, constitue maint^iant la fin du développement de l'art romantique, lui-inéine. Cest le dernier objet dans lequel l'homme finit par de plonger et s'absorber entièrement.

Quaul à U forme qui convient à ce fond nonKeau ^ nous avom trouvé dès Torigine Tart romantique eng^ dw& une opposition , celle de Tame dans sa spiritualité infinie et du monde matériel , la première ne pouyant faire alliance avec celui-cî et devant s'en tenir séparée* CetlQ indépendance des deux éléments qui restent en faeo run de Tautre^ et laconoantratipn der^spritep lui-^Béme, constituent ressencemémede Tart romantique* En se développant^ ces deux prin* oipes -se détacd^ent de plus en plus Tun de Tautre» jusqu'à ce qu'enfin ils soient toutà*fait séparés^ et luon^ trent, par là , quei^'esi dans tin amr$ d^maw^ que celui de Fart qu'ils doivent chercher à se réunir, à.vi vre dans une harmonie parfaite. Dans cette séparation , ces élémenta pr^seAtent toujours le caractère d'une corn-binaison artifieîeUe , parce qu'ils ne peuvent foriner cette pairfaite unité quie leur donne l'idéal classique* L'art classique se maintient dans un cemle de figures qui ODt de la consîstanoe^ au milieu d-une myâhDiogie qu'il a perfeotioinfiée lui«m6me et de ses impérisaaMes créations* La' d^stmeUoei de: l'art classique » coltime nous l'ayons vudatis ia trattiiUon à la fi^rnae uh mantiqu0 de l'art, engendre^ àoâté dudomainieifnn restreint du comique et de la^atyre , un développemntmt donl le caraictére est Vagréable ou une iasotation qui se perd, dans l'érudition , devient froide et morte , ely finalement, dégénérera une faehnique faible et de mauvais goàt* Mais « en jgénéral , las objets restent les mêmes et leè productions antérieurs, pleines

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dlnspiration et de génie, font place seutemetit à un mode de représentation où se fait sentir de plus en phjs Tabsenee d'inspiration , et à mie tfaditi^m utétA* nique tout extérieure. Le développement et la fin de Fart romahtique, au contraire , est la dissolution intérieure de ee qui f»t la matière même de Tart; eelui-ci se sépare dans ses de«x éléments ; c'est un affirancbissement de ses parties^ avec lequel augpienté en proportion Thabileté personnelle de l'artiste et Tari de la représentation, qui se perfeclâonne d'autant phM que l'élément substantiel se dissout davantage.

Nous pouvons maintenant diviser ce dernier chapitre de la manière suivante:

1 "^ Nous aurons à parler d'abord de Vindépendanee du cara$lèr$ , mais en ce sens que l'individu concentré en lui-même s'enferme dans son monde à lai, avec ses qualités personnelles , et poursuit Taecomplissement de ses desseins particuliers.

T En face de cette fusse personnaltié s'ofl^ la fmtne extérieure des situations^ des ié>rénoments particuliers f des actions , etc. Maimetiai la Subjectivité romantique étant iniliflérente tis^à-m de la réalité extérieure, celle-ci se développe au hasard dans toute sa liberté. Etrangère aux idées, aux.- fins et aux ac* tiens de la vie réelle, incapable de les exprimer dans leur manifestaâon libre et indépeddante , elle trahit leur caractère ncddentêl dans le développement dès circonstances et des actions, de leurs conséquences et de leurs suites. Tel est le principe des aventures.

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3"* En troisième lieu enfin se montre la séparation des éléments dont la parfaite unité constitue l'idée proprement dite de Tart , et , par là , s'opère la dissolution èl la destruction de Tart lui-même. D^un côté , Fart s'abandonne à la représentation de la réalité commune des objets de la nature tels qu'ils s'offrent à nos regards, et de leurs particularités ; il n'a d'autre but quf@ de métamorpl^oser cett^ réalité, en son appareqce par ThabUeté technique. D'un ai^rCiCÔtç, ^u contraire y M < tombe dans Tarbitraire ei le caprice , sous le rapport de la concept^m et dq la représeol^ation, dans Vhumomr qui foule aux pieds , détriiit toute objectivité, toute réalité. Ce so^t. alors des jeux d'e^ prit, des caprices et des fantai^es^ de rîm^ination. L'art 4nit avec cette toute^piiissance de Tesprit artistique , <|ui s'exerce sur toute espèce dç sujets* et emploie toutes les formes.

470 IIK l'art ROMANTIQCfE*

■• Ito rimlépeiMliiiiee da cMniciêre

Indlvlcliiel*

La subjectivité infinie, qui est le principe général de la forme romantique de Fart , constitue aussi , dans la sphère présente , le caractère fondamental. Ce qui apparaît ici comme nouveau ^ c'est d'abord le caractère âe particularité de l'idée en vertu de laquelle agissent les personnages, ensuite la coneetiiration de tontes les factiHés humaines dans cette idée particulière quâ absorbe teut* esprit et leur volonté; en troisième lieu enfin, Yinâimdualiti vivante qui circonscrit le carac^ tère dans des limites très-restreintes. Il ne faut donc pas entendre ici , par cette expression : le caractère ^ ce que les Italiens , par exemple , représentent dans leurs masques. Les masques italiens sont , il est vrai , aussi des caractères déterminés , mais en même temps des personnifications abstraites et générales , sans véritable individualité. Au contraire, les caractères , au point de vue où nous sommes , constituent chacun en soi un être original , un personnage individuel et réel. Si donc nous employons ici ces qualifications : Simple , abstrait , appliquées au caractère , elles ne portent que sur un seul point ; c'est que les idées et les sentiments qui remplissent l'ame humaine dans de pareils pcrson-

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tiages, apparaissent comme quelque chose de borné ^ ei par là d^abstrait et d'accidentel. Ce a'est pas un principe mfMral, leyrat et le bien, qui constituent la base du caractère , mais la simple personnalité ; de sorte qu'an Heu de tirer sa force et sa dignité d'une pas»on élevée conforme à la vérité immuable , le persomfiage ne relevée que de lui-même et ne s'appuie que sur ^a propre indépendance.

On peut distinguer ici deuK points de vue principaux.

D'abord se fait remarquer l'énergie et la persévéraiice opÂttiâtre d'une volonté qui s'attache exclusivement à un but déterviiné » et concentre tous ses efforts dans sa réalisation. D'un autre côté, l'individu apparaît comme formant en lui-même un tout complet; mats en même temps l'absence de culture fait qu'il persiste (^iniâtrement dans sa concentration intérieure ; absorbé dans la profondeur du sentiment , il est incsqpable de se développer et de se manifester |>arfaitemeiit au-debors.

I. Ainsi , ce que n<ms avons d'abord sous les yeux , ce sont des caractères pris, en quelque sorte dans l'état de nature* Comme Us ne font que suivre l'im*pulsioû viok&4e d'une passion personnelle et ne représentent aueune idée générale , ils ne peuvent être ni eiâictetnent définis, ni classés rigoureusement.

Un personnage de ce genre n'a dans l'esprit auc^in motif t^ationel , aucune idée générale qui se com-

472 i)K l'art romantique.

bine avec quelque passion particulière; nrnÎB ce qu'A médite, il le réalise, Tacc^Oniplit immédiatement sans plus de réflexion , poiu* obéir à sa nature propre qui est ainsi faite, sans invoquer quelque principe élevé , sans vouloir être justifié par quelque raison morale , inflexible , indompté , inébranlable dans It résolution d'accomplir ses desseins ou de périr. Une pareille indépendance de caractère ne se nmnifeste que là où le sentiment religieux étant très-faible , celui de la personnalité humaine est porté à sou plus haut degré. Tels sont principalement les caractères de Shakespeare chez lesquels Ténergie et ropioiâtreté , développés dans tout leur éclat , constituent le irait principal qui nous les fait admirer. Là, il n'est question ni de religion , ni d^actions dont le motif est le besoin que Thomme éprouve de se mettre en harmonie avec le sentiment religieux; il ne s*agit {ms non plus d*idées morales. Nous avons sous les yeux des personnages indépendants , placés uniquen^^efntén faèe d'eux-mêmes et de leurs propres dessems, qu'ils ont conçus spontaiiément et dont ils poursuivent Texécution avec la conséquence inébranlable de la passion , sans se livrer à des réflexicms accessoires , sans vues générales et uniquement pour leur talisfaction personnelle. Les tragédies comme Macbeth^ Oihelh, Richard Ifl et plusieurs autres, ont pour objet principal la représentation d'un semblable car/ictèré, environné de figures mmns. remarquables et moins énergiques. Ainsi, par "exemple, le caraolère

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de ' Macbeth- est la plus iriotente ambition. Il iiésile d'abord » mais bientôt il étend la main sur la cout^omie. Il ocMnmet un ifoeuptre pour Td^tenir, et pour la conserver il se livre à toul;e8 sortes de '^uautés. dette énergie de résolution perse Yérante, qui ne regarde pas en arrière , oelte eonséquence de l'homme aveb luimême et avec un but qu'il n'a pns qu'en luûménie, donnwt au personnage son intérêt essentiel. Ni'le respect de la majesté royale et de l'espèce de sainteté qui reftviroqne , ni la démenée de son épouse , ni la défection de ses vassaux, ni là ruine qui le menaiee, rieu n'ébranle la résokiti<ni de Macbeth. Il foule aux pieds les droits divins ei humains , rien ne l'arrêté , il marche à son but. Ladj Maciyelh est un semblable caractère; il n*y a que le mauvais goûl elle verbiage inconsidéré de la critique mpdemè qui aient pu lui donner «un rôle amoureux. Lorsqu'elle paraît pour la première fois sur la scène ^ el 'qu'elle reçoit la lettre de Maeteth qui lui. aâtuohce sa' rencontre avec les so<cîèi^s et leur pr^iction -en ' ces^ mots : « Salut: Thqn » deXavrdor , sahit à^loi qcn seras roi» » Elle s'écrie-: « Tu es Glamis et'Cawdor,^ tu dois ^re ce qui t'^ t aiinoncé. Mais je crains ton caractère (thy n^uré) ; « il est trop plein du miel de la douceur himiàim » pour prendnele plus court bbemin. «Elle nemOnlre ni amour ni tendresse^ ne témoîgrc* aucune joie du bonheiir déson époux. ËUe n'éprouve aucun sentîmeiH moral , aucune sympathie ; nulle appréhension , nulle pitié ^ comme il siérait à une arae noble. Elle ne craint

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qu'une chose» c*68t que le caractère de son époux ne aoît uu obstacle i son ambiliou. Pour lui, elle le considère seulcBieni cottuie un, moyen. Vous ne trouvez chez elle aucune hésitation » aucune incertitude ; elle ne <lélibère pa^ , ne fléchît pas un moment* Gc n'est pas la veu^oance qui Tanime , comme d'abord MaebetJi ; il ne faut voir en elle que la simple violence du caractère y. qui lui fait accomplir, sans autre pensée, ce qui est conforme à son but , jusqu'à ce qu'enfin Je malheur vienne la friqpper. Cette catastrophe qui , pour Macbeth y part du dehors et fond sur lui lorsqu'il a consommé ses crimes ,. s'aoéomplit intérieurement chez lady Macbeth; c'est la démence qui s'crafiare de son ame. —On peut en Mre autant de Ridiard Illy d'Oihêlloj de la vielle Mmrgueriie et de tant d'autres personnages de Shakespeare. Rien «e leur ressemble moins que le^ miaérid>les caractères de plusieurs pièces modernes ) de celles de Koiifêbue^ par exdmple^ qui paraissent nobles» exoellentset qui au fond ne sont que pitoyables. Sous un autre rapport, les auteurs plus récents , qui out soûveraînêmeM méprisé K<4zebue» n'ont pas fait beauooap mieux que lui; par exau^le, Henri d$, Kleiêi, dans son Kitlhtèm et soi\ Prmod de Hmnbow^, caractères Chez tesqudte, en oppeaition à la fwce.et à l'énergie d'uhe vokmté éclairée et conséquente avec elle-même, on a repréaenlé, »&mmtà ce qu'il y a de pfus élevé et de plus parfait, iids. rêves, ies visions du magnétisme et du sumnam-^ bulisme.

DE l'iNDEI^NDÀNCë PERSONNELLE. 475

Le prinee de Hombourg est lepla&fmuvregénéaral; ii est distrait lorsqu'il s'agit de prendre des dispositions, et ne sait donner des ordres ; pe^d^ut la nuit ^ il est tourmenté par des visions ;, et pendant le jour , an moment de la bataille, il commet des fautes grossières. Âveeoes incertitudes, cesepntradictionsetces dissonances intérieures du caractère , ces auteurs ont cru marcher sur les traoes de Shake^[)eare. Mais ils en sont bien loin ; car les caractères de Shakespeare sont p^rrfaitement conséquents; ils restent fidèles à eu'x-mômes et à leurs passions, et ce qu'ils méditent, ce qu'ils se proposent , ils l'accomplissent dans leurs aetiobs arec une yolonté inébranlable.

Maintenant, pins le caractère est ainsi égoïste ^ personnel, et approché, par. là, facilement de la perTersiié, plus il doit atoir à lutter contre les obsta-^ des qui se rencontrent sur son chemin et s'oppo^nt à' la réaiUsatton de ses desseins , plus aussi il est en-*^ traîné par cette iréaKsaticH) même à sa propreruine. Car au milieu même du succès , le destin .qu'il s'est prér paré ; qu'il a enfanté , le précipite vers sa cbtite. Vaacomplissement de œtte destinée n'est paâ. seulemeitf pont* te personnage la conséquence de stes actions { mats en mâme temps un dèreloppemeilt du caractère lui^néme dont ki fougue ne peut s'arrêter, et qui continue à se déchaîner dans toute aa violence .^ ou succombe épuisé. Dans les pièces grecques où: la pas^* sbn est aBoMie par le: but, où les actions ont un principe moral , et où la personnalité individuelle ne

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joue pas le principal rôle, le destin est moins inhérent du caractère nléme, qui sait se renfermer dans les limites de son entreprise , ne les franchit pas et reste à la fln ce qu'il était au commenc^nent. Mais au moment où nous sommes , le développement des con- "séquences de Tait^tion est en même temps celui du caractère, dans sa nature la plus intime et la plus personnelle ; ce n'est pas seulement la marche exté* rieure des événements. Ainsi, les crimes de Macbeth apparaissent comme un e£tet de la riolencedeson ca^ ractère qui se pervertit de plus en plus, et cela d'une manière si logique et si fatale qu'aussitdt que l'irrésolution a cessé; que le sort en est jelé^ il ne se laisse pliis arrêter par aucun obstacle. Son épouse est décidée dès le premier moment. Le développement de son rôle ne montre en elle que les anxiétés intérieures qui s'accroissent au point de devenir des tourments physiques. Ces tortùreis de l'esprit se terminent par la démeth^e qui est le dénoâmertt final. H en est de même de la plupart des autres carlK^tères de Shakespeare,-des' subalternes comnie des plus importants. Les caractères antiques montrent bieniauasi la marne fenaietè, et il arrive des sitoaticms extrêmes où>auoun moyen naturel ne pouvant triompiner de leur fésélu-r tion^ le poète est obligé de faire intervenir un DiiU ex fMMckdfià poor le.dénoâment. Cef)eiidant , cette opi** niâtreté , comme on en voit un exèmpfe dans' Philoe-' rë»e^ s'appuie ««r- un motif élevé ,^ et oiMiinairement se justifie par un sentiment mpral. :^ >

DE L'iNDÉFfiWAi^GK PKRSONNELLF. 477.

Dans ces sMtes de caradèffes y Tabsence d'idées générales y le but accidente) qu'ils poursuivent €^t IHn-. dépeodanee individueUe ne perinettetitpaS|Uii d€)i(06-. raeot moral. Le i^ppori entre les actions et les in-., fortuqes du héros reste indéterminé , ou n> f^n- soi aucun sena* Le /bnim , Taveugle nécessité, reparaît ici. Quant au héros lui-même ^ il n'y.a qu'une solutiondi^e de lui y c'est de révéler sa personnalité infinie , sa forcef d^ame inébranlable, qui s'élève au-dessus flei sa passion e(t de son destin. « La ^$e est aimi. v. Que» cela lûeunè' d'une. puissance supérieure» de la nécesrj site ou du hasard , peu lui importe , le «talbeur esti an*îvé ; U Ji'en rechercha ni le motif ni . la cause. L'homme reste alors impassible , immobile ^mme un rocher, en face de oetle puissance qui Tâccable.

IL En oppositiott avec ce qui précède , le côté .«6«-. slroà. du : caractère peul consisterV en seponé . iteu , dans la cmcMi^olMm. L'mdividu alors reste efifecmé en luinmème , sans expan wm ni développepaeiit*

Ce Mat ici de ces natures richement douées , qui renieraient en ellea-mèmes tout un ensemble de qua^ htés latentes , ,chèz lesquelles chaque mouvement de Famé Vaccomplit intérieurement, sans laisser, rien ap< paraltreau deh^MTS. h*absiracttQ»y tellequenous l'avons considérée' plus haut , oonsistait en ce que l'individu s'absorbe tout entier dans un but unique ; mais ce but il le laissa parfaitement se manifester au dehors dans la constance opiniâtre avec laquelle il le poursuit , ré^

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solu selon que la foriane lui sera fawrable ou «ontraire , à l'alteindre ou à périr. Ce qui oonsdiue la seeonde espèce do simplicilé adMtraile , cdle âoiil* il s'agit ici , c'est Fabseuce de détdoppement et de ma- Difestati<Mi.Un pareil caractère est oomme une pierre précieuse qui ne se RHHitre que par un point , mais ce point brille comme Téclair.

Pour qu'une semblable concentration ait du prix et présente de l'intérêt , il faut une richesse intérieure de sentiinaent, qui ne laisse apparaître sa profondeur infinie et sa multiplicité que dans des manifestations rares et pour ainsi dire muettes. De telleaaatureis simples 9 naive» et silencieuses peurent exerça* sur nous le plus haut attrait. Mais leur silenee doit êtise le calme immobile de la mer à sa surface, qui cache des abîmes sans fond , et non pas le silence qui annonce Tabsence d'idées, un esprit vide et sans vivacité; car, on renoontre^quelquefois des homiqes d'une intelligence tnès»*oommune, qui, en usant d'une* réserve habile, donnent à penser par quelques mots , qulite^^possèdent une grande sagesse et un e^it profond ; de aorte que Fon croit que des trésors sont renfermés dans leur ame, tandis qu'à la fin on s'^^erçoit. qu'il n'y. a rien obez eux. Au contraire , la richesse et la ^ptrofondeur des caractères silencieux dont nous parlons, se tévèie (ee qui exige d'ailleurs , de la part de l'artiste, beau* coup de talent et d'habileté ) par des traits isolés , diasémtnés ^ naïfs et pleins d'esprit , échappés sans inteiYtioiY, sans égard aux personnép capables de

. DE L^INDÉraNDANOB raRSONNELLË. 479

GonifMriHidre. Ces in teltigenoes saisissent avec profcHi-» deur le vrai dans toet oe qui leur est offert , el cepen^ dant n'enU*ent pas dans le détail pro^ique désintérêts particuliers et des affaires de la vie. Elles ne sont pas distraites par les passions communes , les intérêts et les affections du même genre.

Pour un caractère ainsi enfermé en lui-mtoie, it' doit arriver qn moment où il sara saisi «fains on point détmimné de son monde intérieur ^ où son énergie se concentrera tout entière dans un smil sentiment qui décide de la vie. Il s'y attache alors uvee une force d'autant plus grande qu'elle n'est pas partagée ; il n'y apour lui d'autre alternative que le bonl^ur ou la mort > et œla parce que la consistance lui manque. En effets pour que le caractère ait de la consistance , ii a besoin d'un principe moral qui le soutienne et qui seul peut lui donner une fermeté indépendajBte du s«îe( lui-même. A cette espèce de caractères appartiennent les plus charmantes figures de Tart romantique ^ comme Shakespeare a su également tes créer dans tonte leur beauté. Telle est JuliMa^ par exemple^ dans JulteUe ei Roméo. On peut se représenter Juliette comme étant au commencement de la pièce une jeune ûUe simple et naïve y presque uneenfant^ ayant à peine quinze ou seise ans; elle parait n'avoir aucune connaissance d'elle-même et du monde; son coanr n'a éprouve Mcore aucun mouvement ^ aucune inclination , aucun désir ; dans sa naïveté elle a contemplé le monde qui l'environne ^ oomiue dans une lanterne

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magique , sans en rien apprendre , sans faire la BUÀn^ dre réflexion. : TontWMK)up nous vojmis celle anie cachée dévekqpfier dans tonte leni" force les qualilés qu'elle recelait , montrer de la rose , de la prudence ^ de rénergie , tout sacrifier , se sounai^tre aux plus terribles épreuves. C'est use flami»e allumée par une étincelle; c'est ie houton d'une fleur qui à peine touchée par l'amour s'épanouit toul<à-eoup , ouTre sa corolle et toutes ses pétales y puis se flétrit Tinstant afHrès, et tombe effeuillée ^ plus vite qu'elle n'avait flenrL Miranday dans la Tempête^ est encore une création du même genre. Elevée dans le silence , Shakespeare nous la montre au fiaoment où elle commence à connaître les hommes pour la première Ibis. Il fait son portait en deux scèaes , et ce portrait est achevé. La Théda de Schiller , quoiqu'elle sfHt une création poétique d'un genre [Jus réfléchi,.. peut être regardée comme appiirlenant à la mâme famille. Au milieu du Caste et de l'opulence elle n'est pas toùdiée de ces avaataga»; elle reste sans vanité , simple et nuve, tout entière à . l'unique sentiment qui l'anime. Ce sont particnliéarement de bettes et nobles natures de femmes pour lesquelles le monde et leur propre conscience s'ouvrent pour la première fois dans l'amour , de sorte qu'elles semblent naître, seulement alors à la vie spirituelle.

La plupart.des chants populaires, particulièrement en Allemagne, présentait ce caractère de concentration profonde du sentiment, qui ne peut se développer

DE l'indépendance peasonnelle. /S8t

au dehors. L'ame pleine d'érnolions et d'idées , bien que y saisie d'un vif intérêt, ne peut s'exprimer que par des manifestations brèves qui revêtent cependant toute la profondeur du sentiment. C'est un mode de représentation qui, dans son mutisme, retourne par là même au symbolisme ; car ce qu'il offre , ce n'est pas l'exposition claire et complète delà pensée, mais seulement un signe et une indication. Nous n'avons cependant pas ici un symbole dont le sens soit une généralité abstraite , mais une manisfestation dont le contenu est, au contraire, un sentiment intérieur, vivant et réel. A des époques plus avancées^ lorsque domine toutrà-fait la pensée réfléchie qui s'éloigne le plus de cette naïveté et de cette concentration du sentiment , de semblables productions sont de la plus haute difficulté , et révèlent un génie poétique vraiment inné. Nous avons vu précédemment que Goiik^, surtout dans ses ballades, est maître dans cet art d'esquisser symboliquement, c'est-à-dire d'exprimer par des traits en apparence extérieurs et insignifiants le sentiment dans toute sa vérité et sa profondeur infinie. Tel est, par exemple, le Roi de TAtt^ qui appartient à ce que Goethe a composé de plus beau. J^e roi ne fait connaître son amour que par la coupe que le vieillard a conservée de son amie. Le vieux buveur est près de mourir. Autour de lui , dans la grande salle du palais, sont rangés les dievaliers; il fait à ses liéritiers le partage de son royaume et de ses tré-

482 t>E l'art romamtiquc.

sors , mais sa coupe , il la jetlé dans les flots ; personne après lai ne doit la posséder.

â II la vit tomber , s'emplir , puis s'engloutir au » fond de l'abime ; alors ses paupières se fumèrent; » plus jamais le vin n'humecta ses lèvres, t

Mais ces âmes profondes et silencieuses, dans lesquelles est renfermée l'énergie de Tesprit , comme Tétincelie dans les veines du caillou , qui ne savent ni développer ce qu'elles sentent ni s'en rendre compte , ne sont pas pour cela affranchies de la condition commune. Aussi ^ lorsque le son discordant du malheur vient troubler l'harmonie de leur existence, elles sont exposées à cette cruelle contradiction de n'avoir aucune habileté, de ne trouver aucun expédient pour se mettre au niveau de la situation et conjurer le danger. Entraînées dans une collision elles ne savent se tirer d'affaire; elles se précipitent tête baissée dans l'action , ou , dans une passive inertie , laissent les événements suivre leur cours. Hamiet , par exemple, est un beau et noble caractère , et au fond il n'est pas faible; mais il lui manque le sentiment énergique de la réalité. Alors il tombe dans une morne et stupide mélancolie qui lui fait commettre toutes sortes de bévues. Il a roreilfe très-fine ; là où il n'y a aucun signe extérieur , rien qui puisse éveiller le soupçon , il voit de l'extraordinaire. Il n'y a plus pour lui rien de naturel; il a toujours les yeux fixés sur l'attentat monstrueux qui a été commis. L'esprit de son père lui

DE L^NDÈPENDANCE PERSONNELLE. 483

révèle ce qu'il doit faire ; dès-lors il est intérieurement prêt à la vengeance; il pense continuellement à ce devoir que son cœur lui prescrit ; mais il ne se laisse pas entraîner subitement à Faction comme Macbeth. II n'assassine pas , il ne s'abandonne pas à la fureur , il ne tire pas Tépée comme Laërte à la première occasion. Tl reste plongé dans Tinaction d'une belle ame qui ne peut se mouvoir au dehors , s'engager dans les relations de la vie réelle. II attend, il cherche dans la droiture de son cœur une certitude positive. Lorsqu'il l'a obtenue , il ne prend lui-même aucune ferme résolution ; il se laisse conduire par les événements extérieurs. Ainsi privé du sens de la réalité , il se trompe sur ce qui l'environne ; il tue , au lieu du roi , le vieux Polonius. Il agit avec précipitation quand il faudrait user de circonspection , et là , au contraire , où il est besoin de cette activité qui va droit au but, il reste absorbé en lui-même, jusqu'à ce que , sans sa participation , le développement naturel des circonstances ait amené un dénoùment fatal qui parait une conséquence de ce qui s'est passé au fond de son ame.

Mais, dans les temps modernes , cette disposition morale se rencontre particulièrement dans les conditions inférieures dç la société. Des hommes dont l'esprit manque de culture sont incapables de. comprendre des vues générales et la multipHcité des grands intérêts , de sorte que , si le but unique qu'ils poursuivaient leur échappe, leur ame ne peut se re*

poser dans un autre , ni trouver un nouvel objet pour leur activité. Ce défaut de culture intellectuelle explique pourquoi ces caractères concentrés en eux-mêmes s'attachent avec tant d'opiniâtreté et de ténacité à ce qu'ils ont une fois entrepris , quelqu'originale et singulière que soit parfois l'idée qui les domine. Une pareille obstination , dans ces sortes de natures concentrées et taciturnes, se rencontre principalement chez les Allemands qui , pour cette raison , paraissent facilement têtus , hérissés, noueux , inabordables, et, dans leurs actions, dans toute leur conduite, incertains et contradictoires. Comme modèle dans Fart de dessiner et de représenter de pareils caractères pris dans la classe inférieure du peuple , nous ne citerons ici que Hippely l'auteur du Cours de la me en ligne ascendanle , un des rares ouvrages allemands du genre humoristique qui soient vraiment priginaux. Il se tient loin de la sentimentalité de Jean^-Pavl et du mauvais goût de ses situations. Il y a chez lui, au contraire , à un merveilleux degré , individualité , fraîcheur et vitalité. Il excelle à représenter ces caractères concentrés qui étouffent en eux-mêmes , et qui , lorsqu'une fois ils se déterminent à agir, le font avec une violence terrible. Il les peint d'une manière saisissante de vérité. Ces hommes sortent des contradictions infi* nies auxquelles leur ame est en proie , et des malheu* reuses circonstances où ils se voient engagés , en pre<* nant un parti terrible. Ils accomplissent par là ,. de leurs propres mains, ce qui autrement serait le ré-

1>E L'iNDÉPEXDiLNCE PERSONNELLE. 485

sultatd'un destin extérieur. Par exemple, dans Roméo et Juliette, des accidents imprévus font échouer le plan concerté par la prudence et T habileté du moine, et déterminent la mort des deux amants.

Ainsi, ce qui distingue ces caractères abstraits ^ c'est que les uns déploient une force extraordinaire de volonté pour accomplir un dessein tout personnel et qu'ils donnent comme tel , marchent droit au but, en renversant tous les obstacles qui se trouvent sur leur passage ; les autres décèlent une nature riche et féconde, et à'ils viennent à être vivement. émus par quelque intérêt qui les touche profondément, ils concentrent toute retendue et la profondeur de leur individualité sur ce .point. Mais comme ils sont restés étrangers aux aifaires du monde , sMIs se trouvent engagés dans quelque collision , ils sont hors d'état de comprendre leur situation et cl'appeler à leur secours la prudence et Thabileté pour sortir d'embarras.

III. Il nous reste cependant un troisième point à indiquer. Pour que ces caractères exclusifs et bornés sous le rapport des fins qu'ils poursuivent , mais qui possèdent un fond étendu, nous intéressent d'une manière non pas superficielle, mais réellement profonde, il faut que ce qu'il y a de borné chez eux nous apparaisse comme quelque chose d'accidentel , de fatal ; en d'autres termes , que la passion particulière qui absorbe leur volonté se perde dans un ensemble plus vaste et plus profond de qualités morales, (^tto profondeur et cette richesse d'esprit ,

486 DE l'art romantique.

Shakespeare , en effet y nous les manifeste dans ses personnages. Il les montre comme des hommes d'une imagination libre, d'un esprit heureusement doué, supérieurs à ce qu'ils sont et aux situations ou ils se trouvent engagés; de sorte qu'ils sont poussés aux actions qu'ils commettent seulement par le malheur et les circonstances. Cependant , il ne faudrait pas entendre ceci dans ce sens , par exemple , que les crimes de Macbeth ne devraient être imputés qu^à la méchanceté des sorcières. Les sorcières sont bien plutôt le reflet de sa propre volonté déjà fixée et arrêtée. Ce que les personnages de Shakespeare exécutent, 1(3 but particulier qu'ils poursuivent, a son origine, sa racine dans leur individualité. Mais, avec cette individualité toujours identique à elle-même , ils conservent en même temps une certaine élévation qui fait en partie oublier ce qu'ils sont d'après leurs actions et leur conduite réelle , et les agrandit à nos yeux. De même les personnages inférieurs de Shakespeare : StephanOj Trinhale ^ Pislol ^ et le héros entre tous Falstaff^ ne sortent pas de leur trivialité; mais ils se montrent en même temps comme des gens à qui rien ne manque du côté de l'esprit, qui ont une existence toute libre et pourraient être des hommes supérieurs. Au contraire, dans les tragédies françaises, souvent les personnages les plus élevés et les meilleurs, vus de près et à la lumière, ne sont, à la lettre, que de mauvais imbécilles, qui ont tout au plus assez d'esprit pour se justifier par des sophismes. Dans Shakespeare

DE l'indépendance PERSONNELLE. 46T

nous ne trouvons aucune justification , aucune condamnation , mais seulement la pensée d'un destin général , au point de vue duquel se placent les person- . nages, sans se plaindre , sans songer à la vengeance. Ils voient tout s'engloutir dans cet abtme , eux et tout ee qui les environne.

Sous tous ces rapports ,. le domaine que présentent de pareils caractères est un champ infiniment riche , mais où Ton est exposé au danger de tomb^ dans l'insignifiant , le plat et ]^ fade. Aussi n'a-t-il été donné qu'à un petit nombre de grands maîtres d'avoir assez de génie et de goût pour saisir ici le vrai et le beau.

488 DE l'aUT ROIA!fTIQUt:.

Il* Des avMitiires.

Après avoir considéré ce qui doit faire le fond et rélément iniiriêur de la r^[>ré8entation ^ nooB devons jeter un coap d'œil sur la partie txUriewre , sur les circonstances et les situations particulières <pii don^ nent une impulsion au caractère et l'entraînent dans les collisions oà il se développe , en même temps qu'elles fournissent Tensemble des formes que revêt ridée dans les limites de la réalité commune.

Un des principes fondamentaux de Fart romantique, ainsi que nous Favons vu plusieurs fois , c'est que Fesprit trouve en lui-même la plénitude de son être j et, par conséquent, n'a pas besoin de se développer dans le monde extérieur. Celui-ci , dès- lors, n'étant pas pénétré par l'esprit , ^apparaît comme une existence étrangère à lui , séparée de lui, qui est abandonnée à elle-même et livrée au hasard. Dans son allure irrégulièreil présente une complication d'événements accidentels qui s'entre-mêlent sans ordre et sans liaison. D'ailleurs, il est indifférent à Fhomme dont la personnalité est renfermée en elle-même , de se trouver dans telles ou telles situations. Car , s'il agit , il lui importe moins d'accomplir une œuvre utile et durable , que de se signaler par des actions d'éclat.

DE l'indépendance personnelle. 489

Sous un rapport , on peut dire que la nature ici n'apparaît plus marquée de Tenipreinte divine. L'esprit s'est retiré du monde extérieur en lui-même; oomme il n'y voit plus son image, les objets qui le remplissent se développent d'une manière indépendante, sans rapport essentiel avec lui, et lui sont indifférents. Quant à J'atne humaine elle-même, sans doute en général elle tend à s'unir à Dieu et à se mettre en harmonie avec sa volonté; mais comme nous sommes ici sur ie terrain de l'individualité libre qui ne relève que d'elle-même et maintient sa propre indépendance , l'idée religieuse ne se fait pas non plus sentir dans le développement des caractères et dans les actions des personnages. Ceux-ci poursuivent leurs fins toutes personnelles dans un monde où tout parait également arbitraire et accidentel ; de là naissent une multitude de collisions et une complication d'événements particuliers ^ sans suite ni liaison , et déterminés par le seul hasarda C'est là ce qui constitue ce qu'on appelle les amniurês^ et c'est aussi ce qui fournit , quant à la forme des événements et des ao« tions y le iype fondamental du romantique.

Dans le véritable idéal classique, l'action et les événements doivent se rattacher à un but général , à un prindpo vrai , nécessaire , qui détermine aussi la forme , le caractère et le mode de développaient des circonstances extérieures : il n'en est pas de même dans l'art romantique* Nous trouvons bien ici égaiemont des intérêts généraux , des idées morales , mais

490 DE l'art ROMANTiQUEii

elles ne déterminent pas ostensiblement les événements, elles ne sont pas le principe qui en ordonne et règle le cours. Ceux-ci doivent , au contraire , conservw leur libre allure et affecter une forme acciden-^ telle.

Le monde romantique n'avait qu'une grande mission à remplir, étendre ladominaticHi ducbristianisme) faire triompher Tesprit de Téglise. Dans les premiers, temps, au milieu d'un monde ennemi, d'abord en jHcésence de l'antiquité païenne , ensuite en face de la barbarie et de l'esprit grossier des peuples nouveaux^ cette œuvre , quand on passait de l'enseignement à l'action, était principalement une œuvre passive de soufirance et de martyre ; c'était le sacrifice de la vie présente pour le salut éternel de l'ame. Plus tard , au moyen-âge, sur le théâtre véritaUe de l'action , Ja même mission fut continuée par la chevalerie chrétienne qui repoussa les Maures et les Arabes et , en général , l'invasion du mabométisme. Le fait principal fut les croûodes dont le but était la conquête du saint Sépulcre. Ce n'était cependant pas là un but qui intéressât l'humanité en elle-même; aussi n'ont-elies été faites que par des collections d'individus, qui se précipitaient vers cette expédition selon leur bon plaisir et leur caprice personnel. Sous ce rapport, nous pouvons appeler les croisades les grandes aventures du monde chrétien, aventures dont l'objet était faux et imaginaire. Elles ont sans doute un côté spirituel, cependant leur principe est matériel; quant

DE l'iKOëPENDANCE PERSONNELLE. , 491

aux exploits et aux personnages , ils offrent un caractère mensonger. En effet, si Ton considère les croisades sous le point de vue religieux , elles ont un but tout extérieur et illusoire. I/ame chrétienne ne doit trouver son salut que dans le Christ ressuscité, dans le Christ qui par sa résurrection est entré dans les drmts de sa divinité , qui habite le ciel des intelligences et non un tombeau , le lieu visible de son séjour momentané. Or la pensée et les vœux du moyen-âge sont tournés vers le lieu qui fut le théâtre de la Passion. Ajoutez à cela le motif purement profane et intéressé de la conquête et du gain , dont le caractère niatériel n'est pas moins en contradiction avec Tidée religieuse., Cette contradiction fait que les deux éléments s'al* tërent , se corrompent mutuellement , au lieu de se concilier, et présentent un monstrueux amalgame. La piété se livre à des actes d'une cruauté barbare, et^ en même temps on voit ces hommes grossiers , qui tout-à-rheure s'abandonnaient sans frein à leurs passions égoïstes^ touchés subitement de repentir et de componction , se plonger dans la dévotion la plu^ mystique.

Dans cette discordance entre les deux principes^ le défaut d'unité, Tabsénce de plan et de direction font manquer les entreprises. Les efforts et les tentatives se multiplient et se disséminent en une foule d'aventures particulières, qui offrent des alternatives de victoires et de défaites, et des hasards de tout genre. L'issue ne répond pas aux moyens et aux préparatifs;

492 DE L*ART ROHANTt<}tE«

le but lui'-méme 6e détrait en se réalisant. Car les croisades Toukiient accomplir une seconde fois cette parole : « Tu ne le laisses pas reposer dans le tombeau, i ttt ne souffres pas que le flis de Dieu soit la proie de » la corruption, t Mais précisément chercher dans les lieux saints, dans le tombeau , dans le séjour de la mort, le Christ, le dieu vivant, vouloir y trouver pour raiiie la plus haute satisfaction, ce n^est là, quoiqu'en ait dit M. de Chateaubriand , que la mort de l'esprit , dont tout chrétien doit ressusciter pour re« tourner à la vie réelle et vraiment spirituelle.

On trouve un semblable but, mystique sous un rapport , fantastique sous un autre , et aventureux quant à son accomplissement , dans la recherche du Saini-^Groal.

Une oeuvre d'un caractère plus élevé est celle que chaque homme doit accomplir par rapport à lui-même, sa vie, par laquelle il décide de son sort éternel. C'est ce sujet que Dante , par exemple , a conçu dans sa Dwine Comédie ^ d'après le point de vue catholique, lorsqu'il nous conduit à travers Tenfer , le purgatoire et le paradis. Ici encore, malgré la régularité du plan, les idées fantastiques et les incidents aventureux ne manquent pas ; car le poème ne nous représente pas la béatitude des saints et les tourments des damnés en général ; il nous met aussi sous les yeux un nombre infini de personnages , avec leur physionomie originale; et d'ailleurs le poète s'arroge le droit de l'église , prend dans ses mains les clefs du ciel , ca-

DE l'Indépendange pebsonnelle. 493

nonise ou damne selon son bon plaisir ; s^ constitue ainsi souverain jnge de Tunivers , mettant les per<r sonnages les plus célèbres du monde ancien et ebré'^ tien , poètes, citoyens, guerriers , cardinaux et papes, en enfer , en purgatoire ou en paradis.

Dans un autre domaine , celui de la vie profane et mondaine , la carrière est ouverte à une foule d'à* vèntujres dont Tobjet est plus ou moins iniaginaire et accidentel et dont le principe est Tamour, Thonneur ou la fidélité ; ainsi , se battre pour la gloire de son nom , voler au secours de Tinnocence outragée , ou bien accomplir les plus merveilleux exploits pour rhonneur de sa dame , défendre par la force et l'adresse de son bras , la cau^e du faible opprimé , dût^il arriver parfois de délivrer quelque bande de filous* Dans la plupart de ces aventures on ne trouve * ni un sujet , ni une situation , ni un conflit réel qui rendent l'action n^c0^atr«« Mais il faut à l'individu des occasions de manifester les sentiments qui l'animenL Ainsi , dans telle circonstance, les exploits inspirés par ramour n'ont pas en eux-mêmes d'autre but que celui de révéler la force de la passion , de donner des preuves de constance et de fidélité , de montrer que dans le monde et dans la société tout n'a de valeur que comme servant à manifester cet amour. Par là , le fait particulier qui a pour but cette manifestation , n'étant qu'une simple démonstration , n'est pas déterminé par lui-même , il est abandonné au bon vouloir , au caprice de la dame , ou au basard des ao-

A94 DE l'art romantique.

cidents extérieurs. Il en est de même des exploits qui ont pour principe Vhonneur ai la bravoure. Le but est font personnel à Thomme, dont la pensée est très-Nn de toule idée morale. Sa personnalité se montre en toute circonstance ; à chaque instant son honneur est blessé. Il ne cherche d'ailleurs qu'une occasion de montrer son courage et son adresse. Comme ici il n'y a aucune mesure pour apprécier ce qui est réellement moral et ce qui ne l'est pas , on manque aussi de règle fixe pour juger de ce qui peut être une véritable violation de l'honneur et un motif légitime de montrer son courage. La même observation s'applique au maintien du droit, qui est également le but de la chevalerie. Le droit et la loi ne se montrent pas adcore comme un principe fixe et absolu , qui se réalise sans cesse en vertu de la législation positive et de son contenu nécessaire ; ils sont subordonnés à l'opinion de chacun ; de sorte que la détermination du délit en luimême , aussi bien que l'appréciation générale de ce qui est ou n'est pas conforme à la justice , reste entièrement abandonnée au jugement arbitraire des individus. Ainsi , ce qui doit particulièrement nous frapper dans le tableau que nous présente la chevalerie et dans les caractères abstraits que nous avons examinés précédemment, c'est la forme accidentelle qui se manifeste plus ou moins, à-la-fois, dans la volonté des personnages et dans les circonstances où ils agissent. En effet , ces personnages , dont l'individualité est si iorte et si exclusive, peuvent prendrQ pour motif de

DE l'iNDÉPEND4NCE PERSONNELLE. 495

leurs actions un but arbitraire, qu'ils anoblissent par rénergie de leur volonté; ik triomphent ou ils échouent dans des collisions déterminées par des causes purement extérieures. Il en est de même de la chevalerie qui , dans Thonneur, Famour et la fidélité, trouve une justification plus haute en apparence, et est plus conforme à la véritable moralité. D'abord , te caractère accidentel résulte de ce que les circonstances contre lesquelles luttent les personnages se produisent isolément , parce qu'au lieu d'une œuvre générale, ils ne poursuivent que des fins particulières. Les événements n^offrent alors aucun enchaînement nécessaire. Ensuite , pour ce qui est des personnages eux-mêmes, l'arbitraire et l'illusion occupent une grande place dans leurs desseins , leurs plans et leurs entreprises. Développée conséquemment , cette «érie d'aventures , avec la multiplicité de ses actions , de ses situations et de leurs suites , ofire un monde où les événements et les destinées s'entrechoquent et se détruisent, et qui, par conséquent, présente un caractère comique.

Nous trouvons le tableau le plus fidèle de cette destruction de la chevalerie dans VAriosle et dans Cervantes. Quant à ces caractères abstraits dont l'énergique individualité forme le trait principal , leur côté faible et leur inconsistance ont été sentis et représentés parfaitement par Shakespeare.

Ce qui amuse surtout dans VArioste^ c'est la manière dont les événements , les personnages et leurs entre-

4% t>B l'art RONANTiQUE.

prises se croisent et s'eotrelaceni , ce labyrinthe de contes où se succèdent dans un mobile tableau une foule de rapports fantastiques et de situations comi* ques^avec lesquels le poète se joue aventnreu^^ement jusqu'à la frivolité. C'est une plaisanterie et une folie perpétuelles, que les hm>s doivent prendre au sérieux. L'amour principalement tombe des pures régions de l'amour divin du Dante et de la tendresse idéale de Pétrarque, dans des histoires obscènes et des collisions risibles. En même temps, l'héroisme et la bravoure sont poussés à un degré d'exagération tel , qu'au lieu d'exciter l'étonnement sans exclure la croyance , ils font seulement rire du caractère fabuleux de tous ces exploits. Mais malgré la manière bizarre dont les situations sont amenées, dont les démêlés et les conflits s<mt mis en scène, commencent, sont interrompus et repris, puis coupés de nouveau ot enfin se terminent par un dénoûment inattendu, malgré sa manière comique de traiter la chevalerie, Arioste sait c^ndant conserver et faire ressortir ce que celle-ci a de grand et de noble , les sentiments généreux, l'amour, T honneur et la bravoure, de même qu'il excelle à peindre des qualités d'un autre genre , la finesse et la ruse , la présence d'esprit, etc. Si la manière de l'Ârioste se rapproche du conté ^ celle de Cervantes tient davantage du roman. Dans son Don QuichoUe, le héros est une noble nature. La chevalerie Ta rendu fou , parce qu'avec son caractère aventureux , il se trouve placé au milieu d'une so-

t>E L'lNDéi«MMi>ii!K PERSONNELLE. 497

ciété organisée et d'une dviHsationrasiez dé vdoppée. C'est €S6 qui fournit' k- contradiction comique d'un monde irégiiUèreaient' constitué et. d'une ame isolée qui- vi^ut :af^r cet. ordre régulier par la chevaterie, qjuaod relle*Gi ne pouvait que le renverser. Mais malgré ^^ette plaisante: aberration y nous retrouvons ici ce que nous awns plus haut hMié dans Shakespare. Cervantes, a au^ lait de soii héros un caractère naturoliem^tnobley doué d'une ^ule dequalitésde Tesprit et duoœiirqai ler^^de»tvôritabienienttntér^sant.Don Quichotte est, malgré sa folie, parfaitement sûr de lui-méiiio et de son bot; ou plutôt sa foKe coneiste précisément dans cette conviction profonde et dans son idée fixe* Sans cette naïve sécurité ett ee qui regarde le but' et lesucoès de son.entreprise , il né serait pas- un personnage véritablement nonifeintique. GetCie impeirturbable assurance dans la vérité de ses opinions est encore . relevée d'une maaière toot-à«fa(it 'grande;et heureuse parles plus beaux traite de caractère*: Tout Touvrage n'en ^t pas moinis ùàe .p^pétui&Ue i^risiou; dé la chevalerie romantique; Partout ï^ue UA^ véritadile iilonië , tiandis que dans TArioste le réqHd(9 toutes ces aventures n'^É qu uiie plaisanl^ rie frîivole* MmSj d'un autre côlé, T histoire î de: fioh Qttî^bonen'estqut la trama éans laqueli8is»'«nilfaBiiéle ton^ Une série. de nonvelfes Vraiment jrciini^liqued. L'in€[tituti4n^que fe reste du roman dé|roît par le ridicule , contôrvb eocoi^ sa^val^N* et soil imfwir tance. Deinêmequeinous voyoiisricî la^bovaferie^velc les

^^ Dfi L ART ROMANTIQUE.

idées qui Jui denaent un haut intérél tomber dans le ridieule ; de inônie Shatespeare , à côté de ses pep- MDnages principaux el de. leur énergique individna- Kté « à côté des situations et des collisions tragiques , nous représQple des figures et des scènes comiques; ou bimi il tiève ses caractères par un htmmr profond , au-dessus du but grossier, borné et faux qu'ils poursuivent. Fiiêiaf, par exemple ; le bouffm dans le roi Lear ; la siièae des musiciens dans Roméù et Julùitê^ sont, du premier genre. jR^pAord /// appartient an second*

A la destruction du romantique , sous la iwme ou èllé s'est présentée jusqu'à présent , se rattache en troisième lieu le rûmam moderne qui a pour antécédent historique le roman de chevalerie et le roman pastoral. — Le roitian est la chevalerie de nMveao prise au sérieux et rentrée dans la vie réelte. A un état de choses ou dominait FarUtraire et le hasard , a soecédé For^e fixe et régulier de la société civile ot de rËtat. Maintenant y la police, les tribunaux, Tarmée, le gouvernement, remplacent les idées ^hnériques que se créait la ctievalerie. Par là adft changer aussi le caractère chevaleresque des héros qui figurent dans les nouveaux romans. Ceuxnei, avec leurs prétentions personnelles , inspirées par Tammir, l'honneur ou rmnhîtiofi , avec leurs rêves d'améiioraiion sociale, se posent comme -imMvidus en face de cet ordre constilaié et de cette prose de la réalité , qtti de toutes parts sèment des obstacles sur leur cbe^

min. Alors les désirô , le» etigetides slrritent ei s'etaltent à l^xcée dans cette eppo^tion. Chacun tPMve <tevatit lui un monde absurde ei comioie enchaîné, qu'il doit combattre , puisqu'il l'arrête et Ten* traye , puisque dans sa dédaigneuse inflexibilité il ne ?eut pas céder à ses passions , et lui oppose oomme obstacle ta volonté d'un père, d'une tante, des convenances sociales, etc. Les jeunes gens, particulier rement , sont ces nouveaux chevaliers qui doivent se fteire jour en combattant à trav^s ce inonde matériel et positif; ils regardent comme un malheur qu'en gé^ néral il y ait une famillç , une société civile , des lois, des devoirs de prcrfession , parce que ces rapports , qui constituent la base des mœurs réelles , opposent leurs barrières violentes à l'idéal et aux droits infinis du cœur. On se propose alors de faire une brèche à cet ordre de choses, de changer et d'améliorer la société ; ou au moins , pour se consoler , on se taille à sa fantaisie un ciel sur la terre. Il s'agit de chercher la femme comme (m la veut , de la trouver , de l'obtenir malgré la mauvaise volonté des parents , ou en triomphant d'autres obstacles , de faire ainsi sa conquête par la force. Mais ces combats romanesques dans le monde moderne ne sont autre chose que l'apprentissage de la vie , l'éducation sociale de l'individu. C'est là leur véritable sens. En eifet , comment se termine cet apprentissage? Le jeune homme, après avoir jeté sa gourme, met ses désirs et ses opinions en harmonie avec les lois de la société et avec la rai-

500 me l'art romantique.

son qu'ils eipriment ; il se case et obtient une position eonvenahle. Après avoir été bien long'^mps en querelle avec le monde , s'être agité. en tout sens, il finit toujours par r^oontrer la femme cpi'il cherchait et uni poste quelconque. Il se marie , décent un inoffensif bourgeois. Ls^ femme préside au ménage ^ viennent les enfants ; Têtre unique , Fange qu'il a épousée se trouve être à-peurprèd comme toutes, les autres femmes ; la place donne du travail et de Tennui; le mariage amène ses croix et ses soucis^ le reste n'est guère plu^ poétique* — Nous vqyons ici le même caractère aventureux; seulement, il trouve son vrai sens , et le fantastique rencontre son correctif nécessaire.

DE l'indépendance PERSONNELLE. 50i

lll^ Destt>iietloii Ile rari TCmaiitliiBe<

he dernier poiiit qui nous reste à traiter consiste à faire voir comment le principe romantique, après avoir détruit l'idéal classique, est entraîné lui-même à s^ propre ruine.

Ce qui doit ici nous frapper avant tout, c'est le caractère complètement accidentel et extérieur de la matière que l^art met en œuvre. Dans le plasticisme de Tart classique , l'élément inrtérieur et spirituel est si étroitement lié k l'élément eictérieurv que colui-ci est sa forme même , et ne s'en détache pas eomme terme indépertdanf . Mais , dads l'art romantique où Tame sie retire en elle-même, tout ee que renferme le monde extérieur obtient le droit de' se développer séparément, de se maintenir dans son existence propre et particulière. D'un autre côté,^ comme le but essentiel de la représentation est de manifester la personnalité humaine concentrée en elle-même, peu importent les objets déterminés du monde physique et du monde moral où celle-ci se développe. Le principe qui fait le fond de l'art romantique peut donc se montrer dans toute espèce de circonstances, dans mille situations diverses , dans les relations les plus

502 DB L^RT ROMANTIOVC'

Opposées y dans toutes sortes d'écarts et d'égarements^ de conflits et de réparations. Car ce que Ton cherche^ ce que Ton veut faire ressortir , c'est le développeniei»! aufa^eolif fil perawBel de riaéiméa ^ m manière d'être et de se saisir ^ et non pas une idée objective ^ un principe général et absolu. Dans les représentations de l'art romantique , tout a une place. Toutes les sphères ^ toutes les manifestations de la vie , ce qu'il y a de plus grand et de plus petit , déplus étevé et de plus bas , le moral et Timmorat ^ y figarenit également. En particulier, à mesure que l'art devient plus profane , il s'enfonce de plus en plus dans les particularités du mood6 réel y s'y attache de prédilection., leur attribue une haute valeur, et Tartine a Uea accompli sa tiebe d|i moment oà il les a représentées fidèlememt. Ainsi nous voyons dans Shakespeare des scènes piurti!(^îères , sans lie» avec l'action totale, se disséminer dans la pièce, présenter une foule d^incidents 8eQ<HMiaire& où toutes les situations viennent prendre place. Des plus hautes régions ^ des intérêts les plus importants , on descend aux détails les plus vulgaires et aux c^ses les phis insignifiantes : par exemple , dans U^wlM , la conversation des . sentineUes dans la QQur du palais ; dans Bornéo et Juliette ,. I(*s propos d(9s dotiaestiques ; dans d'autres pièces , sans compter les bouffons, les scènes de taverne où rien ne manqua à la décoration. lyos objets les plus vulgaires de la vie commune sont exposés aux yeux absolument comme dans le cercle religieux , lorsqu'on

DE L'lN0ÉI»EMl>AiyC£ PERSONNELLE. 503

r^xrésente la nàissanœ du Chri&t et Tadoration des Mages, les bcBufs et les ânes, la crèche ^t la paUle font iine partie essentielle du tableau. On dirait que ce mot « les humbieft seront étevés 9 doit aussi- trouver son acoomplisseinefit dans Tart.

Tons ces ébf^^ entrent dans la représentation, en partie comme simples accessoires par rapport à un fond qui a en lui-même une plus haute importance ; ils sont en outre en partie représentés pour euxmèioes. Quoi qu'il en sml , c'est dans ce domaine de Vacdéentel que se déclare la ruhie de Fart romantique, déjà indiquée plus haut. Car, d'un côté, la réalHé au point de vue de l'idéal se présente dans son objectivilé prosaïque ; c'est le fond de la vie commune qui , au lieu d'i^ne^sai»} daA3.âQQ essanoe, dans sa partie morale et divine, est représenté dans son élément passager et fini. D'un autre côté, l'artiste, avec sa m«mèpe toute perBonnelle de sentir et de concevoir , avec les droits et le pouvoir arbitraire de ce qu'ont appelle commùiément Vtspritj s'érige e» maître dé toute réalité , cbaj»ge à son gré l'ordre naturel' ées choses , ne respecte riesk , fouie aux pieds la règle et la coutume ; il n'est satisfait que quand lès obfett» qui figurent dans son tableau , par la forme et la po* sîtioD bizarre que tour demient l'opinion , le caprice ou la verve humoristique , ofirent un ensemble con* tradicloire, un spectaclefantastiqueoù tout se heurte et se détruit.

^Qus avons, par consécpiént,. à parler d'abord da

5U4 WL i/art romantique.

priODcipe (le ces nombreux outrages d'arts chez ies^ (fuels la représentation de la vie oommune et de la réalité extérieure se rapproche de ee cpie nous afvDns cooèume d'appeler imikUtOH âe:lB ndiiire.

Ensuite^ nous dirons un moi de Vbmmour qui joue un grand rôle dans Tart moderne^ et eonstkueaii (iar- Iftoulier, chez plusieurs poêles^ le ^earadièpe fondamental de leurs ouvrages.

En êraiêième lieu , comme (inclusion géoéfale , il ne nous restera plus qu'à indîqpier la situation actuelle de Tari et les oohdltions selon lesquelles il peut eneo«!e se développer, de nos jours.

W* De l^imlUMtoik^ ««I ï^el émnm l'art.

. Le (lercle des objets que peut embrasser cette sphère s'étend a rthfini , parce que' Tart prend pour stjeldeses représentations non des idées nécessaires^ doiat le domaine est essentiellement limité , mais la réalité aocndentelley la multiplicité infinie de ses modifications et de ses rapports , la nature et l'innombrable variété des phénomènes qui se jouent à sa surfoce 9 la vie de Tlmmine et ses accideBis journaliers, les besoins et les jouissances physiques^ies habitudes, les situations , les actions , soit dans la famille soit dans la société civile , en général , toute cette face niolMie du monde extérieur. De cette manière , Fart

DE L'lM)£P£PfDAJNGg PERSONNELLE. 565

fi'incUtie pas seulement , oonfiipe cela se remap^ftiQ partout dans le romantique , vers le genre deaeeîptif et le portrait} il s'y al)soffbe^toutientier;q«'il s'agisse de si^uipture ^ depeintwe 611^. des deaoriptioDS de la poésie', il retowne à riâiilaliori de la nature. Il cherçbie à dessein èk se rapproobor des éccidenlâ.4e la yie réelle prise imelleHil^aiey^souveiitlfiide etproaaiqitô^

loi, par coDiséquênt ., se présente: une question; celle de savoir si., e^ général ^ de par^Ues prodaG-* tiofiS: peiav0ot eneoine être appelées: de& œuvres d'art.

Sans doute 9 si nous les comparonsfatiK véritables citéatioiis de I-ar^qui/présenfient le caraet^ de i'iddal, c'e$t-àrdJii?e»oii Ton troui^ëà*là«foi& une idée esaenlâfiUe ettvraie et uncirorme qui lui convient parfaitediefil , elles {peuvent p^tisattre ret^eraiîp^essousde* sa sphère. Maifi Fart renferme i^Beore;un autre éléme^ , qui est ici , .en ^partiouKer , .d'wie inqpdrtance essen^tleUe: la conception es rexeoution; personnelle dô rartiste.,' le talent avec lequd il sait reproduine fidèlement, là vie dasB les êtres de -Ja nabu^e y. et saisir les traits par lesquels J^e^prit se manifeste dans les particularisés tes plus extérieures de renisteo^e «humaine. Piarlà ilpvête WK* sens et -de l'intérêt à ce qui.eet en soi ioâignî'* fiant. Or^ celte vérité et. cette habileté mériteotd^étre admirées dans la représentation. Ajoutez à cela le pQUV4>ir qua l'artisite de. communiquer aux objets sa propre vitalité, de leur prêter son esprit et sa sensi-^ bilité^ de les représenter à. Timaginatioo «ous une forme vivante et animée. Sous ce rapport , nous ne

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pouvons refiisw aux produclioiis de ce genre le lilre d'œuTrei d'art*

Nous ferons remarquer qve , parmi les arts particoliers , ce sont prinoipalenient la poésie et la peinture qui se sont appliquées à représenter de pareils d))ets. En effet , le fond de la représMilation est iei qoelque eboae de particulier. La forme est également jmse dans une partieularilé accidentée et eependant vraie éa monde extérieur. Or, ni Farchkectare ; ni la seulpture, ni la musique ne peuvmt salii^iBire à une pareille condition.

Ikuis la poésie , c'est la vie doipestiqne mwec ses vertus privées , la probité , la sagesse pratique et la morale du jour , qui est représentée dans des intrigues et des seénes bourgeoises , oà figurant des person-* nages empruntés aux oonditions moyennes et înfS^ rieurs de la société. En France, JMferoi^ particuliè* renient , a cherché à faire prévrioir , dans ce sens , rimitation de la nature et de la vie réelle. Chez nous, GoiikB et Schiller, pendant leur jeunesse , entràwnt dans une pareille viâe ; cependant , ils comprenaient le naturel dans un s^s plus élevé, et cherchaient , Ml milieu èd ces particularités vivantes , une idée plus profonde et des collisions d'un intérêt phis réel. En* suite, vinrent Kott^ms et fffwikà. Le premmr, avec sa rapidité superficielle de concqfUion et de produc^ lien , et le second, avec sa suffisance sérieuse et sa moralité bourgeoise , se mirent à raconter les mœurs du jour , considérées sous un j^oint de vue étroit et pro-

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saïqiie , avec peu de sdh» pour la véritabfe poéBÎe. En général , Tari a chez nous adoplé ce gemre avec prédîleelibn ^ quoique lrè&-Ufd ^ et il a au atteindre à une certaine virtuosité. Pondant Jong-temp» Fart fut pour noms quelque chose de plu8 on moins étranger , d'em* pninté ; MMi une création originale. Or , cette tendance à rîmitation du réel a pour résultat la néces<sUé pour le poète de tirer ses sujets du mande qui renvîroone, de les prendre dans la vie nationaieeldatts les motsurs du public. Par suite de ce besoin do créer un art qui nous fût pr<^e et une> poésie nationale^ fût^^ce môme au préjudice de Tidéal et de la beauté, la brîde^ fut Uchée au penchant qui entrainaît vers de semblables représentations. D'autres peuples ks ont dédaignées davantage, ou ne font qu'y arriver.

Si no^s voulons cependant faire ressortir ce qui a été composé de plus digne d'être admiré soss ce: raff^ort , nous devons considérer la jietndir» ée fmi^ des HoUaud4m. Nous avons deyà, dans k première partie de cet ouvrage ^ , en traitant de l'idéal , indiqué^ d'une manière générale et caractérisé la véritable^ cause qui lui a donné naissance. Chez les Holtan-' dais , cette satisfaction que leur fait éprouver la réalité présente , même etk ce qui touche aux détails les plu& oritinaires et aux plus petites particularités de la vie, s'explique facilement. Les avantages que la nature fournit immédiatement aux autres peu()les, ils^ontdu

■ l»»^ vol., pagelfô.

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les conquérir par de rades cambals et «n travail apiniâlre. Renfermés dans vn étroit espace , ils sont devenus grands par le soin et l'importance attachés au pins petites choses. D'un autre côté , e^est un peuple de pécheurs , de matelote , de bourgeois et de paysans , et parla ils sentent naturellement le prix de ce qu'ils. savent se procurer par une vie active , patiente et industrioMe. A l'égard de leur religion , un point important 4 considérer, c'est que les Hollandais étaient protestansw Or , il n'appartient qu'au ' protestantisme de- saMToir entrer complètement daiis la prose de la vie, de lui laisser sa place indépendante et son libre développ«Ma4 à côté des rapports religieux, il ne serait vMiu à l'esprit d'aucun autre peuple placé dans des conditions différentes , de choisir , pour en faire le fond principal de ses œuvres d'art, des- diijèits semblaUes à ceux que la peinture hoIlandaisQ nous met sous les yeux. Mats , au milieu des intérêts Hfiatériels , les Hotltmdais n*ont pas ressenti , en quelque sorte , la nécessité et la pauvreté, ni l'asservissement de Tesprit. Ils ont réformé eux-mêmes leur église , triomphé du despotisme religieux aussi bien que de fa puissance tempoveHfe et de la grandezza espagnole , par leur activité , leur zèle patriotique , leur bravoure , leur économie; c'est ainsi que se sont développées chez eux , avec le sentiment d'une' liberté qu'ils ne doivent qu'à eux-ménfi^, avec Taisance et le bien-être, les qualités qui les distinguent, l'honnêteté , la franchise, la bonne humeur, une joyeuse gaîté, et on |>eut dire

m l'indépendance m:rsonnelle. 009

aussi rorgueil d'une existence tranqui lie et sereine. C'est Ui y en même temps , ce qui justifie le choix de leurs sujets de peinture;

De pareilles représentations ne peuvent satisfaire un esprit jcfui demande à l'art des idées profondes , un fond substantiel et vrai; mais si elles parlent peu à l'intelligence , elles peuvent plaire aux sens. €e qin doit ici nous charmer et nous séduire , c'est l'art de peindre, le talent du peintre comme tel. Et, en effet, si Ton veut savoir jusqu'où peut aller cet art, il faut examiner ces petits tableaux. C'est alors qu'on dir^ de tel ou tel maître: « Celui-là sait peindre, $ Par conséquent , il ne s'agit pas , pour le peintre , de nous donBer^ dans une œuvre d'art, la représentation des choses qu'il nous met sous les y^ix : des raisins , des fleurs, des cei€s, des arbres, des dunes, la mer, le soleil, le ciel, fesol^ets* qui servent de parure ou d'ornement à la vîé commune, <fes chevaux, desguer^^ riers, des paysans, l'ac^n de fctmer ou d'arriaohér 4es dents , toutes sortes de scènes domestiques; nous avons d'avance la représimtation parfaite de tout cela dans notre esprit, et toules^ces choses existent^ d^i suffisamment dans la nature. Ce qui doit nous^uire, œ. n'est donc pas l'objet en lui-même 0t sa réalité', mais i^opparenqe qui, relativement à c0' qu'elte'rdp^senite, est dépourvue d'intérêt. Indépen4aifaiMeiît de la beauté de l'objet , l'apparencei est eii quelque sortie fixée en elle-même et pour elle-même; l'art n'est autre chose' que Thàbileté supérieure à représenter

510 DE l'art romantique.

tous les secrets de Tapparence visible, sur laquelle se conoeatreraUmtion* L'arteonsîste principalement à saisir les phénomènes du mottde réel dans leur vitalité ^ tout en observant les lois générales de l'apparence, à épier avec finesse les traits instantanés et mobiles , et à fixer ainsi avec fidélité et vérité ce i}u'il y a de plus fugitif. Un arbre, un paysage sont déji quelque chose en soi de fixe et de permanent ; mats le brillant du métal, Téclat d'unie grappe de raisin convenablement éclairée, un rayon dérobé à la luae ou au soleil, un sourire, l'expression si rapidement effacée des affections de l'ame , un geste comique, des poses , les airs du visage, œ qu'il y a au monde de plus fugitif , ce qui passe si rapidement , le saisir, le rendre durable pour les yeux dans sa plus parfaite titafité, tel est le problème difficile de l'art à ee degré. L'art classique dans son idéal ne rq>résen(e que ce qui est substantiel et fixe. Ici , c'est laiiature changeante dans ses phénomènes les plus mobiles : le murs d'une rivière, une chute d'eau , les vagues écumantes de la mer , un intérieur avec l'éclat des verres el des assiettes , etc. ; puis les circonstances extérieures , les situations les plusaccident elles de la vie : une femme qui enfile, une aiguille à la faimière, une halte de brigands; ce qu'il y a de plus instantané dao(» le geste et le maintien , dans leurexpression ^pi s'efface si vite : le rire ou le ricaneinent d'un paysan, ce qu'un Otiad^^ uh T$men^, un Gr^n, savent repré' swAer en maîtres. Tout cela est fixé sur la toile et

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pose 4<îvaot nos yeuK. C'est un triompbe de Tari sur .k durée passade, et danâ lequel il trompe l'esprit lui-fiième pour «outrer uniquement sa puissanee sur la féalité accidentelle et fugitive.

Maintenant , comme Tapparencô en elle*Mêtne est Tobjet essentiel de l'art^ eekii«ci va encore plus loin lorsqu'il entreprend de la fixer* En effet , indépendamment des objets, les moyens de représentation deviemienteuxH»én9es un but ; de sorte que Thabileté «personneUe de Tartiste dans l'emploi des moyens technlqiies^ s'élève au rang d'objet réel et important dan^ je^.(Buvres dart. Déjà les anciens peintres^ hollandais avaient étudié à fond les eifet& physiques des eouleui^. Van Eyek, Hendmg, Scharrel savaient imiter, de manière à produire la plu9. parfaite illusion, l'éclat de l'or et de. l'argent , le brillant des pierres précieuses, .de la soii^ ^ du veloiirs , des fourrures. Cette faeulté de ppuvoir produire, pw la magie des couleurs et les aeerets d'unart merv^leux , les eSets tes plus fr^>paiits, donne défà à l'ceuvre d'art une valeur propre. De même qu^en général l'écrit , en saisissait le monde eittérieur par l'imagination et la pensée , se reproduit .lui*ia^ae, éo mém^ ici la chose principale j indépen- . damment de l'iobjet , est le pouvoir créateur de l'ar- ^De dans L'élément sensible des couleurs et de la lumière. C'est là en quelque sorte une musique . visible: les sons send>lent transformés en couleurs. Ënettett, si, dan&la musique , chaque sonprk isoléiment Q 'est rien pai! lui-mén)e, et noprodiM^son e£fet

5f2 DE lVrt nOMANTIQUC.

que pa# son rapport avac d'autres sons , en concourant à former des oppositions , des accords ^ des tranlâlions, il en est de même des couleurs. Si nous regardons de près Tappareuce colorée qui, delorn, a le brillant de For ou le faible éclat du galon , nous ne Toyons plus là que des raies jaunes et blanches , et des surfaces peintes. Chaque couleur en particulier n'a point cet éclat et ce luisant qui e^ un eSki ée la comlÂnaison seule. Prenons pour exemple le salin de Terbwrg; chaque trait de couleur pris isolément est d'un gris mat, qui tient plus ou moins du blanc , du bleu et du jaune ; mais dand un certain éloignement , la position relative des couleurs fait 'ap^raître le beau et doux reflet qui est propre au sisitin réel, tt eh est de même du velours , dé divers jeux de lumière , de la teinte vaporeuse des nuages y en général de- tout ce qui peut être représenté. Ce n'est pas léi' le sentiment qui cherche à se refléter dans les obj^s, 'Comme cela, par encraiple, a lieu souvent dans les paysages; mais c^est le talent personnel deTartififtè qui se manifeste ainsi ot^ëetîvement par Fhabileté avec lliquelle il dispose de ses moyeiofs» et* der teut^ ^effeis / pour re(ir6- ^enter tes ^jels té^l& avec une parfaite nèsséfifiAiladce. Mais , par là ausiû ,! IHntérêt i^r r^j€« t^epré- ^senté se reporté uniquement "Sui!^ la' persi^miiB de Tai^lisle lui-mêtoe , qui éttéi^ié' à se Ihohtr* , et ■ ^î , dans ce but , ne' s'apj^iqué plas ft exécuter un œuvre d^art parftît eh sdi , mais à faire une producliob diàtts' laquéMe le talent • de Fâuteti* ' apjf^araisse '^t

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se montre «eol. Or , du memen% oà cette jiAymiivàtf nie conc^ne plus les itioyens ettériears y œaiîsf le fomd même de la repirésentition , Tart tomte dans Je do* maine du caprice et de Vhuinmr.

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