‹ Cours d'esthétiqueChapitre 43 sur 47 · II. lleraamear · texte numérisé non relu

II. lleraamear

Dans rbuaiour , c'est la p^rsoEpe de l'artiste, qui se met eUè^méme en scène tout entière dans ce qu'elle a de superficiel à-larfoiset de profond ; de sorte qu'il s'agît ^sentieli^aiçnt de la va}rar spirituelle de cette

personnalité.

L'humour ne se propose donc pas de laisser uo^ujet se d6y0lopper de luinadêne conformément à ça nature essentielle , s'orgMiset, prendre ainsi la fornie artistique qui Jui convient ; comme c'est au ^jatraire l'a? tiste lui^imôme qui s'introduit dans son sujet. , sa tAeàe consiste priaeipalement à refouler tout ce qui tend à obtenir ou pamit avmr une ysdeur objective et une forme fixe dans le monde extérieur, à l'éclipser et l'eSacer par la paî»s$ince de se& idées propres , par des éclairs d'imagination et des conceptions frappantes. Par là, le caractère indqpradant de l'idée, l'accord nécessaire de la forme et de l'idée, qui dérive de la nature de Tidée même, sont anà^ntis, et la représentation n'ert plus qu'un jeu de l'imagination ,

qui eombkie à soi» gréks obj^te , «Itères bmileverse leors rapporis, un dèTfpgoiiddgQde.râsprît.qiû s'agite en icmt sens €t. se metià la tortuce pour trov^ver def conceptions extraordinairasi auxquelles railteiif se laisse aller et sacrifie son sujet. L'illusion naturelle en ceci est de s'imaginer qu'il est très-facile de faire des plaisanteries et des jeux d'esprit sur soi-même et sur tout ce qui se présente, ei iï n'est pas rare que le lecteur se laisse séduire en effet par la forme humoristique; mais il arrive souvent aussi que lliumour est fade et insignifiant, lorsque le poète 6e laisse aller au caprice de ses idées et à des plaisanteries qui se succèdent sans suite" ni liaison, ei 06 ies c^ets les plus hétérogènes sont rapprochés av6« une hkarrfiria calculée pour produire de l'effet* Plusieurs nation^ sont indulgentes pour cette espèce d'humour ;^d-ffulres sont plus sévères. Chez lés Français, en général-^ le genre humoristique feit peu foittné. Che« nous, il réussit davantage ; hous sommes plus tolérants contre ce qui s^écarte du vrdi. A*bsI , Jean^PaoI , par exeimple , est un humoriste tf èSr gcMité , et o^nda»t plus que tous les autres il cherît^e i produire de Cef^ fet par des rapprochements bizan^ entre les objets les plus éloignés. Il sème au 'basaïkl ^ il entasse pélis mêle des idées qui n^ont de rapppvt que dans mo imagination.' Le fond du récîl et la manche des évé* n(3ments est ce qu'ail y a de^^moins intéressant dans ses romans ; là chose prindpflle; eésont toujours les traits et les saillies dont ils ^cfnt parsemés. Le* sujet: n'est

DE l/lNDÉl«NDANGE P^SOIVPffilLLE. 515

qii'une Mcaston pour routeur de déployer sa verve humoristique et de faîi^ briller son esprit/ En rtsip>proebant et en eombiitant ainsi des matériaux ramas^ ses de tontêi» les parties du moinde, de toâs les do-*maînes de la réaKté, rhumour rétrograde Ters le symbole, dans lequel la forme et Tidée sont également étrangères l'wie à Tautre. Seulement ici c'est 4a simple persoMiulilé du poète qui fournit les deux éléinenis et les réunit arbitrairement. Mais nne pal^ille suite dt conceptions , enfentées p^r le caprice^ fatigué bientôt y surtout si nous essayons de pénétrer avec nos proprus idées dans ces combinaispns^ presqu'indéèhiffrable^ tftà M sont accidentellement oflfortcfS à Tesprit du poète. Chez JKMi^Paul en particulier, tes métaphores, lès saillies , les plaisanteries sVntre-choquent et se dé^' truisent ; c'est une explosion continuelle dont on est ^loui. Mais ce qui doit se détruire doit auparavant s'être développé et avoir été préparé. D'un autre côté, l'humour, lorsque le poète manque de fond et ïi*est pas inspiré par une connaissance profonde de la réalité, tombe facilement dans le sentimental et la fausse sensibilité , ce dont Jean*Paul fournit égale^ ment l'exemple.

Le véritable humour qui veut se tenir éloigné de œtte excroissunoe de^ l'art , dint y par conséquent , joindre à une grande richesse d'imagination beaucoup de sens et de profondeur d'esprit , afin de développer ce qui parsM purement arblfraire^ comme rëellënient plein de Térvté, et de faire resMrtir du sefmde ceii

516 DE l'art ROMANTiQUt:.

parUcularilés accicbii telles une idée subslantielie et vraie^ Pour que le poète s'abaodonne ainsi aa cours de ses idées , comme par exempfe Siême et Hippel , il faut une manière sîwpleei naive, une allure facile qui trofl^^ Toeil et fasse preadfê le eliaiige, qui, avec une finesse déguisée sous une appareftce firivole, donne précii^éinent la plus haute idée de la profondes de la pensée* Par cela m^me que ce sont des traks qui jaiHisaent au hasard et sans ordre , Tenchaînenient intérieur. doit être d'autant |^us profondément marqué , et au milieu de ces particularités doit percer le rayon lumineux de Tesprit.

Nous sommes arrivés ici au terme de Tart romantique, à ce point de vue qui a été développé dans ces derniers. temps, et dont le caractère consiste ^i ce que l'artiste se met au-dessus de son sujet et de son œuvre , se r^rde comme affiranchi de toutes les conditions imposées . piar la nature déterminée du fond comme de la fefrme , croit posséder en lui-même aus^ bien les idées que la manière de les U*ait^, et s'iipagine que tout, dépend de son esprit et de la puissance de son. talent.

nié Mn ^e 1* nrt ■■•wmitHKM*

y ai4> tel que nous Tavons^ considéré àm& soti déveleppement ^ avait pour principe fondamental 1- unité de

FIN tut t'ARt ROMA^TlQeE. 51 1

l'idée et deia forme, et en même temps ridentiflcaiion' de la pensée p^8oniieile de Fartiâte avec son sujet ^ son (Buvre. Il y a plus , c'est le mode déterminé de cette union qui lious a fourni une règle fixe pour classer et juger toutes les manifestations successives de l'art, d'après les idées qui en constituent le fond et les f&r^* mes qui leur correspondent.' ^

Nous avons trouvé à Tori^ne de Tart l'esprit non^ encore libre et n'ayant pas conscience de lui-même. Il cherchait l'abscrfu dans la nature, et concevait, pan conséquent, celle-ci comme divine. Plus tard, dant^ l'art classique , l'imagination représentait les dieux grecs comme des êtres individuels , des puissances fibres et spirituelles , mais d'autant plus essentielle-' ment attachées à la forme humaine. L'art romantique, pour la première fois , plongea Pesprit dans les pro* fondeurs dé sa nature intime. En face de l'esprit , la chair , la matière et le monde en général , qumqœ l'esprit ne pût ^e manifester qu'en eux , furent considérés comme un pur néant ; et cependant, ils surent reconquérir ensuite, jusqu'à un certain d^é, leur importance et l^»r réalité.

Ces différentes manières d'expliquer l'univers constituent la religion , et , en général , l'esprit des peuples et des principales époques de l'humanité. Ces idées ont aussi pénétré dans l'art et dans tous les domaines de la vie réelle. Maintenant, comme chaque homme, quelle que soit sa sphère d'activité politique, religieuse, artistique ou scientifique, est l'enfant de son temps.

5f8 ML l'art MNUNTIQWe.

«oauue U a ^ur lùsioa de réaJûw- les idées qvi en Miit la SBb»l*ttoe el de lew donan- la foraie qa^dk» réeiaineât , b dostiliattOB de l'art doit ôMMiisler de ivéme k Irouver pour l'esprit d'un peuple l'es{M<esHMMi artùli^ae la plus conveûable. Tant cpie l'artiste s'id<iHîfid eoihpIdtenMBl avec l'une de ces eoDceptioas, et reste attaché par une foi vive et femeà une reliptm particali^% , il preed au sérinœ ces idées et leur représentation. En d'autres laines, ces idées sont pour lui le vrai absolu, l'iaQui tel qu'il le trouve éttW sa eonscieoce ; elles foot la partie la plus iBLiaie de son être, sa propre substance; et quant à la forme sous laquelle it les représente, elle est aussi pour lui conHbe artista la manièrfi la plus élevée de se révéler à lui-raéote et<dc~ se. tendre sensible l'abstdu et l'esaenee des cltoses en général. L'idée -étant ainsi imibanmte tn lui, il se trouve par là enchaîné à un iMde dét^fmioéde représentation. U ne se représente pas l'idée ei la forme dans son imagination ; elles sont lui-Diême. Par cooséqueut , il n'a autre chose à Ûiire que de se rendre ebjettif ce qui est en lui, et de se le manifester sous une fwme vivante. C'est seuiemeot alors que l'al'liste est vraiment inspiré et que ses citions ne sont point un produit du ca|M-ice. ■Elles naissant «» lui et de hii , de oe gern»e féeond dont la f(n>cc vivante ne se ir^tose pasi avant d'être narvenue. par son intermédiaire 4 se développer dans !Ut« fotine individuelle, qui lui convienne. Si , au con- Lrairc, nous voulous aujourd'hui prendre pour sujet

FIN DK L ART ROfftANTlQliJË. &19

d'uo ouvrage descuIpUw^oufiq peintjure une diidnUé gEecqu0^ pu ù les Prot4v»taiiis veulem; r^eprén^eiit^Ja Vierge , il ne peut jr ayptr là pour Farti^te rien de y^t ritablççiettt sérieuxt* Ço qui o<ms manque ^c'e^i Ig foi* Sans doiite, daiu» les t0n>psp9l^ I9 cray^ce éta^ pl^ne et eqtqère , Tariiste n'ayait p^^ besoin, d'être c^ qu'oyt ajppqlle communéiuent up liomine pieux , et rarenieiit ^ à .aucune époqi^e , aurait-on rencontré Isf bfaute dévoljian pariai 1^ artistes. Mais il SAtQisait.cpie, pour Tartiste, Tidée <H>nstituàt la sijibstanpe. la.pluir intia^e de l^(*^lénte.et. lui lit.jseqtir un irrçsistii)le besoin de la représenter. Car Tartiste .produit aussi à la manière (fes forces de la xiature; son ta|ent est un talent naiur.eL II ne se place pas. pfir. la réflexion en présence de son sujet, pour se Tassimiler dans le calme de la pensée. Dans le développement. tout spon: tanéde son imagjinatiân , il est immédiatement uni à Tobjet qu'il représente par la partie la plus infime de lui-même. Alors, la personnalité s'absorbe entièrement dans l'objet. L'œuvre d'art sort d'un seul jet de l'activité non partagée du ,génie« L'allure de qelui^cî ^t ferme et assurée ,. il conserve . toute sa force de conicefitration et son intensité. Telje est la condition

loodamentale pour que l'art se présente dans to^te

sa perfection.

Au contraire ^ dans ta situation que nous aivons dâ assigner à l'art au terme de son dévelof^ment, les rapports sont complètement changés. Nqua ne4evons ce^ndanjt pas conférer cela comme un simple

0^0 M l'aut rovantiOUe.

p^ccidént. Une atteinte fanéste portée par une cMîse . étrangère , c^mme un malheur qu'il faut attribuer au temps y au sens prosaïque de Tépoqué et à son défaut d^intérèt, etc., mais à la maifehe nécessaire de Fart même. Sa mission étant de révéler les idées qu'il renferme dans son sein , à chaque pas qu'il fait, il fournit à l'esprit humain un moyen de s'afinranchiridé Tobjet représenté. Ce que Fart et la science manifestent à nos sens ou à notre raison , de manière à épuiser le sujets à ne rien laisser d'obscur et de caché, est passé et a perdu pour nous par-là même son intérêt véritable ; car rintérêt ne se trouve que dans une ac* tivité pleine de jeunesse et de firalcheur. L'esprit n'est tenu en éveil iet vivement sollicité par le besoin de se développer en présence des objets, qu'autant qu'il reste eh eux quelque chose de mystérieux qui n'a pas encore été révélé. C'est ce qui a eu lieu aussi long-temps que les idées sont restées ensevelies au fond de la conscience humaine.

Mais itiaintenant^ si l'art a manifesté par toutes leurs fkces les conceptions qui ont fait la base des croyances de rhumanîté , s'il a parcouru le cercle entier des sujets qui leur appartiennent , sa mission , par rapport à chaque peuple, à chaque moment particulier de l'histoire, à chaque croyance déterminée, est finie ; et le véritable besmn de le vmr renaître ne peut s'éveiller que par une réaction contre les idées qui ont exercé tour-à-tour une domination exclusive. C'est ainsi qu'en Grèce, par exemple, Aristophane s'é-

riN B£ L'ART ROMANTIQUE. 52t

leva eontielea mœurs et lesklées descMi teii4)Sy Luci^D conire toute la civilisation grecque antérieure à lui. C'est ainsi fu' à la fin du moji^^âge) en Italie et m Eq^agne, Ariosteet Cervantes commenoèrent à tourner en ridicule la chevalerie.

En oppoutioD avec^'les cfxiques où L'artiste fidèle à Fe^it de sa nation et de scnh siècle se renferme dans le cercle d'une croyance particulière^ des idées qu'elle renferme et de ses formes de représentation , noU9 trouvons une position absolument difierente qui ne s'est développée com|rièteuient et n'a obtenu sa véri-» table- importance que dans les temps modernes. De nos jours y chez presque tous les peuples, te dévelop» panent de la réflexion, la critique» et particulièrement en Altemagne la liberté philosophique, se sont aussi emparés des artistes. Tous les degrés do l'art roman^ tique ayant été déjà parcourus , ils ont fait table rase dans leur esprit. Être enchaiaé à une idée parti<çu^ liére et au mode de représentation qui lui convient , est, pour les artistes d'aujourd'hui, quelque -chose de passé. L'art est devenu ainsi un libre instrument que chacun peut manier convenablement , selon la mesure de son talent personnel , et qui peut s'adapter à toute espèce de sujets, de quelque nature qu'ils soient. L'artiste se tient par là aunlessuS des idées et des formes consacrées. Son esprit se meut dans sa liberté, indépendant des conceptions et des croyances dans lesquelles le principe éternel et divin s'est manifesté à la conscience et aux sens. Aucune idée , aucune

522 »fi l'art ROiiA:^tiWE.

fwme ne (e ccNrfbnd pkM avec resscnee la pi«s intMe tt h pioft profonde de sa aatnre el de 'SOn Mne. Chaque sujet hii est ii^fférent , pourvu <|u'U no soit pas eu exposition avec oette lot tout extérieure ^ui prescrit de se confornirr aux réglés éa beau et de Tart en général. Il n'erâie aigoord'hui auoun sujet qui soit au-dessus de cette conditioB iieiative ^ et qiiaaid même on devrait faire une exœptîon en faveur d'une idée particulière, il n'y aurait encore aucun besoin absolu que cette idée fût r^résentée par l'art. Aussi, l'aniste se trouve vis^-visée se» sujet dans le -même rapport que le poète dramatique Tλè*^8 des personnages qu'il fait paraître sur la seène et qui faû sont étrangers. Il met bien son génie daHs son csuvre , il tire eelte-ci de sa propre substance , n»îs seutemeet quant au caractère général ou purement aceidsnld. Ne lui demandez pas qu'il prête davantage sa propre individualité à ses personnages. Il a recoors ici à son mi^sin de types , de figures /de formes artistiques anl^î^ires qui , prisés en elles^nràmes , lui sont in^ différentes et n'ont d'importanœ que parce qu'elles paraissent {»*écisément les plus conv^mbles pour le sujet qu'il traite. D'ailleurs, dans la plupart des arts^ particulièr^nent dans les arts figuratifs^ le sujet n'est pas choisi par l'artiste ; celui*^ travaille décommande. S'agit41 de r^ésenterdes traits de l'histmre sainte ou profene, de r^rodairedes scènes draniatiques , àe fofre un portrait, de construire une église, il doit seulement songer à la manière d'exécuter ce qui lui

FIN D£ l'art rovaktique. 523

^ pfeaerlL II a beau imttre son ame dans te tajet donné , il ne peut s'identîfiQr coHiiplèlenient aarec lui. Il ne sert de rien non plus de voulmr s'approprier les eroyani^es générales de rtiMiiiailitéy de deiwiir^ par etemple^ catholiqueeil vuede Fan , consmephreîenrs Tout fait dans ces demiérsi temps , aifin de donmer une foraae fixe à l^irsr sentiments , afin de communiquer à la tq[>résentatiQn un caradère plu& arrêté y plus précis, el de lui dcmner quelqueehose d'absolu. L'surtisteabe-^ seÂB de n'être pas forcé de songer à sa sanctification; il ne d(Ht pas se préoeeupor de œn propre salut. Son ame grande et libre , avant dé se mettre à i'œuvre , doit déjà se senlir fenne sur son propre terrain , être sùi^e d^elle-même et ne puiser cette confianèe qu'en ella Surtout le grand artiste aujourd'hui a besoin de cette libre culture de rinteiligence ^ par laquelle toute superstition où toute croymico restreinte à des formes déterminées , n'étant plus à ses yeux qu'un moment de la yérité absolue , il s'élève au«dessus d'elles, n'y voit pas des conditions sacrées qui s'imposent à «on exposition et à son mode de représentation. Hue leur accorde de prix qu'à cause des hautes idées qu'il leur prête en les faisant revivre dans ses créations;

De cette manière toutes les formes comme toutes les idées sont au service de l'artii&te, dont le talent et le génie ne sont plus obligés de se renfermer dans uiie forme particulière de l'art.

Si maintenant nousnous demàndonsquel est le fond et quelles sont les fdrinesqiii |>euvent, néanmoins, être

5^4 DE l'art ROMAKTIQVE.

r^ardéBeonme propres à ce degré du développenent de l'art en vertu de son caractère général , nous trouTonB ce qui sait :

Les formes générâtes dn déTelo{^>efflent de l'art se sont montrées eu rapport avec la vérité absolue -, telle que l'art est capable de l'atteindre, et leur caraclèra particulier a eu pour principe les itiflèr^tes manières de ocHwevoir Tabsoiu tel qu'il s'est révélé à la oobscieitce des peu^es , aux époques suoœesives de l'histoire. Ainsi , nous avons vu dans l'art symbolique les force» de la nature coasthuw le fond des représentations dont ks phénomènes phyûques et les personnifications antrt^xwKHphiqaeB fournissaient la fornie. Dans l'art classique ^parait CindividuaHlé spiritudie , mais encore sous l'apparence de la forme corpwelle; ce sont des divinités particulières au-dessus desquelles s'élève la néoessité abstraite , le destin. Enfin , la base de l'art romantique est la vraie spiritualité avec sa subjectivité ccneentrée en elle-même , ponr laquelle la forme extérieure reste accidoitelles. Dans cette derni«% forme de l'art comme dans les nés {H^cédentes, l'idée religieuse fut d'abord ijet principal de l'art ; mais cette idée devait se liser, passer dans le dmaaine de la vie réelle et lévelo(^r dans la personnalité humaine. D'abord fini de la personnalité se plaça dans l'hcmneurv aour et la fidélité; ensuite dans l'individualité ne , dans l'énei^e du caractère individuel , qui se ferme tout entier dans la poursuite d'un intérêt'

paremeat humain. Cette forme si étroite, ayec son fond d'idées si resserré , finit par engendrer l'humour qui ébranla et détruisit tout principe fixe , s*affiranchit de toute loi , et permit ainsi à Tart de s'élever -au-dessus de lui-même. Toutefois , ce développement de l'esprit a pour conséquence le retour de l'homme sur hii-méme, en vertu duquel il pénètre plus avant dans son propre cœur. L'art , dès-lors , cesse d'être attaché à un cercle déterminé d'idées et de formes, et il se consacre à un nouveau cuite , celui deVkumaniié. Tout ce que le cœur de l'homme renferme dans «w>n immensité , ses joies et ses souffrances , ses inté^ rets j ses actions et ses destinées devient son domaine. Ici l'artiste possède véritablement son sujet en lui^ même. C'est l'esprit de l'homme inspiré par luimême, contemplant l'infinité dé ses sentiments et de ses situations , créant librement , exprimant de même ses conceptions , l'esprit de l'homme à qui rien n'est étrange de ce qui fait battre le cceur humain. C'est là le fbnd sur lequel l'art travaille , et au point de vue artistique il est illimité. Le choix des idées et des formes est abandonné à l'imagination. Aucun intérêt n'est exclu , parce que l'art n'a plus besoin de représenter seulement ce qui est inhérent à une ép€Mi«ie particulière, et que tous les sujets où l'homme peut se retrouver chez lut sont de son domaine.

Biais , au milieu de cette multitude de sujets appartenant à toutes les époques, on doit, avant tout, poser cette condition en principe : C'est que, quant à

526 DE h\w ROMàNTlQUE*

la inaniére de le$ traiier , Tesprit aeluel doîi parlouit se nanité^ié^^ L'artbte moderne pirat» mm doute, nti Imm conteoipQraiB des anciens et même des hommârnih l^wtiquiléla plus reculée» Il esl beau d'être le dernier des homimim* Les représantatkuia qui reproduÎBeal le style de Tart fomwitiqiiif du moyen-âge ont aussi levr mérite. Nais autre cfcwteait eelte universalité d'esprit , cette facuké d'entrer proftwiteMt dans la pensée de ^^que siyet et de saisir son Câm^ tere original ; autre chose est la manière de le traiter. Il ne peut paraître daits notre époque , ni un Jbmère, ni un Sophocle , ni un Dante , un Ariosfe& ou ua Shakeppeare. Ce qu'Homme a chanté, ce que les autres ont esiprimé dans la liberté de leur génie , est dit une foÎ9 pour toutes. Ce soot là des sujets , des idées et des formes qui sont épuisés. L'actuel seul a de la vie et de la fraicb^r , le reste est pâle et froid. JNous devons sans doute reprocher aux Fraoçaîfi , au point de vuedeThistoire et de la critique et aussi sons le rapport de la beauté , d'avoir r^résenté lesi perr sondages grecs, romains, obînoîs ou péruviens * comme des princes et. des prin<îesses frâmç^» de leur avoir prêté les passions et les idé^ du temps de L^is XIV ou de Louis XY. Sîtoutefoia (ies passions et ces idées étaient en eUes-mâmes plus profonde&et plus belles , cette lâi>qribé quejNc^ind l'art de transporta ainsi le présent im^ le passé, n'est {umi si nsauvaise. Au contraire^ toiit sujet, à quelqu'époque et à quelque nation qu'il ^^ppai^ieiM^ » n'obtient sa

FIN Dfi L àRT ROMA^NTIQUE. 527

vérité artîaliqpH^<f0a for celle aetimfité wrnaH». Cest aiMÎfv'il éffi^ut ta cpBur de rhûnime dont il est le reflet ; c'est aûisi qu'il parle à notre sensibilité , à notre imagination» La manifestation , le développement de la nature humaine dans ce qu'elle a d'inva* riable , et en même temp$ daqiBi la multiplicité de ses élémfKDts «t de ses formes, est ce qui déswmais> dans œ vaate champ de situations et de passions , doit oon^* stituer le fond absolu de l'art.

Après avoir ainsi caractérisé d'une manière géné^ raie ce nouveau degré du développement de l'art , si BOUS jetons un coup d'œil en arriére, sur les formes que nous avons considérées corome. annonçant la ruine de l'art romantique ^ nous avons signalé , d'à* bord, oomme symptôme principal de cette dissolur tioh , l'imitation servilc de ja, nature dans ses formes accidentelles; tandis que, d'un autre côté, nous avons vu , au contraire, dans VhutBour^ la personnalité poussée à son dernier degré d'indépendance traiter le fond de Tari de la manière la plus cdfnrîcieuae et la plus arbitraire. Comme terme final , nous pouvons encope> dans le cercle des idées antérieurement indiquées , faire r^narquer un rapport entre ces deux extrénDes.**^ Dans le plissage de l'art symbolique à Kart classique , nous avons consid^é comme formes de transition , l'image , la comparaison et l'épigramme. Or , nous avons ici à mentionner dans l'art romantique . un geiire analogue. Dans la comparaison et ses divers modes , la chose principale était la séparation de l'idée

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et de la forme extérieure, séparatian en partie dffaeée par une cembinaîson àrtifieielle de rimagmatioii du poète y et étt partie transformée en «me identificaâcm aussi parfaite que possible ; c'est ce que nous a offi^t particulièrement l'épigramme. L'art romantique avait pour principe fondamiMital la conœntratioa de Famé en elle-même, qui, ne trouvant pas que le monde réel répondu parfaitement à sa nature intime , refait indifférente en face de lui« Cette oj^position Vest développée dans la période de l'art ronaantique , au point que nous avons vu Tintérét se fixer tantôt sur les accidents du monde extérieur, tantôt sur les caprices de la pcarsonnalité. Mais , maintenant , si cet intérêt va jusqu'à faire que l'écrit s'absorbe dans la contemplation cxtàrieure , et qu'^i même temps l'humour , tout en conservant son caractère subjectif et réfléchi , se laisse captiver par l'objet et sa fomle réelle , nous <ibtenons dans cette pénétration intime un humour en qudqne sorte vbjeclif.

Cependant, cette inspiration ne peut être que partielle et momentahée ; elle doit se montrer , par exemple, dans des poésies détachées, ou dans un morceau qui fait partie d'un poème plus considérable. Car, en prenant plus d'extension, en se développant davantage, le sujet deviendrait une action, unéirénement important. Ce serait, la matière d'une représentation indépendant et véritablement objective. Ce dont il s'a* git , au contraire ici , c'est de rendre l'impression que l'amc éprouve lorsque, douée d'une vive sensibilité,

FIN DE l'art romantique. 529

elle s'identifie avec son objet. Sans doute , ce sentiment demande à être développé; mais il se meut.dans la ^hère tout intérieure de Timagination et du cœur. Tantôt encore c'est une pensée fugitive , qui n'est {kiint 0 cependant Une fantaisie capricieuse ; c'est un trait profond qui s'échappe de l'esprit, lorsque celui-ci tout entier occupé de son sujet, s'y intéresse vivement et s'en laisse pénétrer.

Nous pouvons , sous ce rapport , comparer cette dernière fleur de l'art à l'ancienne épigramme où elle apparaît dans sa première simpSoité. Cette forme' se montre pour la première fois, lorsque l'expression d'un objet ne consiste pas seulement dans le terme qui le nomnie, ni dans une inscription ou une épigraphe qui dit simplement ce qu'il est d'une manièi^ générale; mais lorsqu'il s'y joint un sentiment plus profond, un trait d'esprit, une réflexion pleine de sens , un tour vif et brillant de l'imagination , qui anime et agrandit les plus petites choses par la manière poétique de les saisir et de les représenter.

De pareilles poésies dont le sujet ou l'occasion est le premier objet venu, un arbre, un moulin, le printemps, etc., tout ce qui est animé ou inanimé dans la nature , peuvent être d'une variété infime et nattre indistinctement chez tous les peuples. Cependant , c'est toujours un genre infiérieur et qui devient facilement banal et fade. Partout où les facultés de l'esprit et les formes du langage oiit reçu un certain degré de cullure, il n'est personne qui ne puisse , si la fan-

530 DE l\m romai^tique.

taisielui en vient , exprimer en vers quelques-uned des siluatioBS de sa vie , comme chacun est en état d'écrire une lettre. Un pareil genre, aussi universellement répandu, sans cesse reproduit sous mille formes, quoiqu'avec des nuances différentes , devient bientôt fastidieux. Le vrai talent consiste ici à être doué èa pouvoir dé se pénétrer par une -sensibilité vive, un sens délicat et une imagination féconde, des diverses situations que Ton veut dépendre , de s'identifier avec elles , de le& animer , de tirer par-là d'une idée commune une œuvrB ori^nale, belle et digne d'intérêt. Les Perses et les Arabes dan^ le luxe oriental de leurs images , dans Tivresse à laquelle leur imagination toute contemplative s'abandonne en face du spectacle de la nature, fournissent un brillant modèle pour la poésie actuelle et le sentimentalisme subjectif qui règne aujourd'hui. Les Espagnols et^ les Italiens ont aussi d'excellentes productions en ce genre. Klopsloek , il est vrai , a dit de Pétrarque :

u Pétrarque a chanté Laure dans des vers fort beaux pour ses admirateurs , mais non pour les amants. »

Cependant , les poésies d'amour de Klopstock sont elles-m^es remplies de réflexions morales , de vagues aspirations I d'élans, passionnés, de. soupirs vers le bonheur et l'immortalité, tandis que nous admirons dans Pétrarque la liberté du sentiment, qui s'anoblit par cela seul que tout en exprimant le désir de posséder sa bien-aimée le poète se satisfait en lui-même. En effet , le désir de la jouissance réelle , qu'il s'agisse

DE l'indépenbance perso'nnelle. 53t

de viBh on d'amour , etc. , peut bien intervenir dans ces chants ; mais l'imagination en éloigne ici dans son propre intérêt l'objet lui-même ; car c'est en elle, même qu'elle puise tout son intérêt , dans le plaisir de la création artistique qui lui suffit. Elle se déploie librement sous mille formes, se joue dans ses conceptions avec la tristesse comme avec la joie ; l'artiste répand ainsi les trésors de son génie. Parmi les poètes nouveaux qui ont montré cette liberté d'imagination jointe à une sei^sibilité profonde, Goethe et Ruekeri , occupent le premier rang. La manière de Goethe en particulier diffère beaucoup dans son Divan de celle qui domine dans ses poésies précédentes. Par exemple la pièce intitulée WiUkommen und Abschied est remarquable par la beauté du style et h profondeur du sentiment ; mais ta situation est tout-à-fait commune ; la fin est triviale , et Timaginàtion dans toute sa liberté n'a pu s'élever au-delà. Il en est tout autrement dans le chant du WestosUichen Dwan, intitulé Wiederfinden. Ici l'amour est placé tout entier dans la sphère de l'imagination, qui trouve dans son propre mouvement son bonheur et sa félicité. En général, nous ne voyons dans de semblables productions ni les soupirs d'un amant épris, ni même aucun désir. C'est simplement l'imagination qui se plaît à contempler les objets, qui s'abandonne au torrent de ses impressions et, dans une libre insouciance , s'amuse à jouer avec la rime et la mesure savante des vers. Partout néanmoins respire une satisfaction intime , une séré-

532 n L-ART ROHAMTIQUE.

nité intérieure de Tame qui , dans son essor , plane au-de^us des en^barras et des soucis de la vie réelle.

Nous pouvons terminer ici la considération des lormes particulières q^e revêt Tidéal dans son déven loppement. Nous avons fait de ces formes Folj^et d'une recherche étendue , afin de faire connsdtre les idées qu'elles renferment et d'où se déduit égaleoient le mode de représentation artistique. Car l'idée est ce qui dans Tart , comme dans toute œuvre humaine^ est l'élément essentiel. L'art, en vertu de sa nature même» n'a pas d'autre destination que celle de manifester , sous une forme sensible et adéquate. Vidée qui cons-* titue le fond des choses ; et la philosophie de l'art , par conséquent, a pour but principal de saisir par la pensée abstraite cette idée et sa mamfestation sous la forme du beau dans l'histoire de l'humanité.

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