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152 HISTOIRE ROMAINF.
dans Rome , accueillis à la fois par les envieux et par le vulgaire, plus disposé à la compassion qu’à l'examen. Plutarque raconte que les Syracusains s'étant présentés en suppliants à l’assemblée des sénateurs, Lévinus les repoussa, et soutint hautement la cause de son collègue ; que celui-ci, alors occupé à offrir dans le Capitole un sacrifice à Jupiter, accourut au sénat, y prit sa place, proposa divers sujets de délibération qui ne souffraient point de délai, puis quitta son siége, et alla se ranger auprès des députés de Syracuse, pour attendre le jugement à prononcer entre eux et lui. Dans Tite-Live, Marcellus déclare que, si l'échange des départements convient à son collègue, il est prêt à y consentir. « C’est, «ajoute-t-il, un parti que je ne prendrais point, si le sé- «nat avait déjà entendu les plaintes des Syracusains. Je «me prête en ce moment à leurs désirs, afin qu’ils aient « plus de liberté de m’accuser, n'ayant pas à craindre de «me revoir dans leurs foyers. J'entends, au surplus, que «cet échange soit purement volontaire de ma part, et j'es- « père quele sénat nel’exigera point par un décret. » Lesénat en effet ne l’ordonna point, il se contenta de le per. mettre; et Marcellusaccepta lecommandement de l'armée qui devait combattre dans l'Italie méridionale. Aussitôt après ce nouvel arrangement, on donna audience aux Siciliens. Les deux consuls présidaient’assemblée ; et, malgré la présence de leur vainqueur, les envoyés de Syracuse s’exprimèrent sans crainte et sans ménagement. Ils commencèrent par retracer les services du roi Hiéron , et les attribuèrent à leur nation mème; ils assurèrent qu’elle avait détesté Hiéronyme et les deux tyrans Épicyde et Hippocrate; qu’elle était restée toujours ennemie d'Annibal, toujours fidèle au peuple romain. À
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la suite de ce préambule, ils accusèrent Marcellus d’avoir tardé beaucoup trop à les secourir contre l’oppression des deux émissaires de Carthage; d’avoir fortifié le parti d’Annibal par la cruauté révoltante avec laquelle il avait traité les habitants de Léontium; d’avoir dédaigné les propositions et les promesses des plus illustres Syracusains pour écouter un Sosis, simple ouvrier en fer, et s'associe à un Méric, misérable réfugié d'Espagne; d’avoir préféré ce plan de conduite afin de verser des torrents de sang, et de ravir les biens des plus anciens alliés de Rome; d’avoir saccagé les maisons, déponillé les temples, profané les autels, outragé les dieux en les transportant en d’autres demeures ; enfin, de n’avoir laissé en Sicile que des campagnes désolées, qui ne pouvaient plusnourrirleurshabitants. Quand les accusateurs eurent achevé leur harangue, Lévinus leur ordonna de sortir; Marcellus s’y opposa, et voulut qu’ils entendissent sa réponse. On conjecture qu’il quitta la chaise curule, et vint prendre la place d’un accusé. « Non, dit-il, je ne compromets en ce moment «ni la majesté du peuple romain, ni la dignité d’un «consul, Je n’ai point à me justifier, mais il importe de « prouver que les Syracusains se sont attiré leurs mal- «heurs. Que parlent-ils d'Hiéron, et qu'ont-ils ‘: «commun avec lui? Il était le plus religieux observa- « teur des traités : ils se sont établis en révolte ouverte ; «ils ont attenté à la personne de nos ambassadeurs ; «ils nous ont fermé leurs portes; ils ont dirigé con- «tre nous les armes des Carthaginois. Où sont ces « nobles citoyens dont j'ai repoussé les offres? De tous « ceux qui sont ici présents, et qui sans doute s’attri- « buent des rangs distingués, puisqu'ils parlent avec
« tant de mépris de Méric et de Sosis, en est-il un seul « qui soit venu me promettre d'introduire les Romains « dans leurs murs? Plus ils rabaissent ceux à qui je «me suis associé, comme à nos seuls amis sincères, « inieux ils prouvent que je n’ai négligé personne, « Leur obstination, leurs offenses m'ont forcé de con. quérir leur ville : ils n’ont à se plaindre que d’Anni- « bal et des Africains, qui les ont abandonnés. Usant « des droits de la victoire, j'ai disposé des richesses de « Syracuse : pères conscrits, je n’en ai pas fait mystère, « puisque j'ai orné de ces dépouilles vos murs et les « temples de vos dieux. Encore une fois, je n’ai nul « besoin de justification; c'est la république qui est « intéressée à l'approbation que vous dounerez aux « mesures que J'ai prises. Cependant, puisque: vous « venez d'entendre les allégations des Siciliens ët ma « réponse, je vais sortir avec eux, afin que notre ab- « sunce atteste la pleine liberté de votre délibération. » Marcellus se retira donc ainsi que ses accusateurs, et se rendit au Capitole pour y procéder au recrutement. Il avait des jaloux, des ennemis parmi les sénateurs. Titus Manlius Torquatus opina contre lui, et entraina plusieurs suffrages. « Oui, disait-il , il ne tenait qu’à Mar. cellus de terminer cette guerre sans effusion de sang. Il fallait délivrer Syracuse de ses tyrans, lui rendre ses biens et la paix. Qu’a-t-il fait en la prenant , en la pillant, que la punir des maux dont Épicyde et Hippocrate l'avaient accablée elle-même? Oubliait- 1 qu'en tous nos besoins elle nous avait secourus de ses grains et de son argent? Ne se souvenait-il plus d'Hiéron? Ah! si cet excellent prince pouvait
revivre, de quel œil verrait-il Roine embellie des
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grâce ; il leur en effet, il p qu'on lui cor et qu'elle ne d'alliée. Elle vices, qu’elle ls fois qu’un Sicile , les citc des couronne par des sacrit ciente de cet!
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« dépouilles de sa capitale saccagée ? » Malgré ces dé-
clamations, le plus grand nombre des suffrages prolama l'innocence de Marcellus et la régularité de ses actes. On approuva le pillage qu’il avait permis; on confirma les donations qu'il avait faites. Seulement il fut recommandé à Lévinus de traiter Syracuse avec bienveillance. Ce décret étant prononcé, les Siciliens rentrèrent dans l’assemblée, et avec eux le consul, qui reprit sa place. Ils se jetèrent à ses pieds et lui demandèrent grâce; tl leur promit sa protection ; et, depuis ce temps en effet, il prit à cœur les intérêts de leur cité, obtint qu'on lui conservât ses lois, ses coutumes, sa liberté, et qu'elle ne dépendiît de Rome qu’au titre honorable d'alliée. Elle se montra si reconnaissante de ces services, qu’elle régla par un décret solennel que toutes ks fois qu’un descendant de Marcellus aborderait en Sicile , les citoyens iraient à sa rencontre , lui offriraient des couronnes de fleurs, et célébreraient son arrivée par des sacrifices. L'île entière se reconnut pour la diente de cette famille. Les vainqueurs romains devement ainsi pour l'ordinaire les patrons des villes et des provinces qu’ils avaient conquises, et ce titre pasait à leurs enfants.
Il restait à statuer sur les plaintes des Campaniens : (Le sang déjà versé, disaient-ils, ne doit-il pas suffire «à votre vengeance? Quelques-uns de nos sénateurs (sesont donné la mort; d’autres ont péri sous la hache «de vos licteurs. Ce qui reste de la noblesse capouane «na pas été jugé assez coupable pour mériter les ‘supplices que lon prodiguait. Nous réclamons, pour
Doccux qui vous ont échappé et pour leurs enfants, la «ie, la liberté, une modique part de leurs biens.
« Qu'il vous souvienne que d'anciens traités leur ac. « cordaient le droit d’épouser des Romaines. Leur sang « s’est mêlé avec le vôtre : puisse une alliance si étroite « leur donner parmi vous autant de protecteurs que « de parents ! » Malgré l’adresse de cette harangue, et quoique la cause des Capouans pût sembler meilleure que celle de Syracuse, ils furent traités avec plus de sévérité, On se souvenait que leur défection avait été le signal de celle de bien d’autres villes : ils s’étaient obstinés à soutenir le parti d’Annibal; et ils n’en pouvaient pas, comme les Syracusains, rejeter la faute sur des usurpateurs du pouvoir. Après qu’on eut entendu et fait sortir leurs députés, des sénateurs proposèrent de mander Fulvius et d'écouter son rapport. Mais, parmi les sénateurs présents, on remarquait des lieutenàants généraux, qui, dans les armées proconsulaires, avaient contribué à Ja prise de Capoue. Interrogés en cette qualité, Marcus Atilius Régulus répondit : « Je nai « connu en cette ville que deux personnes amies du « nom romain ; c’étaient deux ferrines, Oppia et Faucula. « La seconde n'est pas recommadable par la pureté « de ses mœurs, mais elle a soulagé, accueilli, comblé « de bienfaits nos guerriers. Tous les autres Capouans, « plus dévoués au perfide Annibal que les Carthaginoïs « eux-mêmes, sont aussi coupables que ceux que Ful- « vins a condamnés. Cependant ils sont citoyens ro- « mains; leur crime n’a point aboli leurs priviléges; « ce n’est point au sénat, c’est au peuple qu’il appartient « de Jes juger. Les pères conscrits n’ont prononce jadis « sur les Satricans rebelles qu'après que le peuple, sur « la proposition du tribun Antistius, leur eut renvoÿt « cette cause. Il faut aujourd’hui recourir de même
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«au ministère des tribuns du peuple pour qu'ils nous « fassent autoriser à punir les Campaniens. » Conformément à cet avis de Marcus Régulus, on s’adressa aussitôt à un autre Régulus, dont le prénom était Lucius, et qui occupait une place dans le collége tribunitien; il présenta aux tribus une demande conçue en ces termes : « Qu'il vous plaise, Romains, de statuer selon « votre volonté sur le sort des Atellans, des Calatins, « des peuples qui habitent les bords du Sabatus, et « généralement de tous les Campaniens vaincus et as- « sujettis par le proconsul Fulvius. Décidez ce qui sera « fait de leurs villes, de leurs campagnes, de leurs « meubles tant sacrés que profanes. » Les comices répondirent : « Voulons et ordonnons que les pères con- «scrits maintenant assemblés puissent, après avoir « prêté un nouveau serment, juger à la pluralité des « voix l'affaire qui nous est proposée, id volumus « jubemusque. » En vertu de ce plébiscite, le sénat décréta que les dames Oppia et Faucula seraient maintenues libres et en pleine possession de leurs biens; que, si elles avaient d’autres grâces à demander, elles viendraient à Rome; qu’on partagerait les autres Capouans en plusieurs catégories; qu’on punirait ceux de la première par la confiscation de leurs biens, par l'esclavage de leurs femmes et de leurs enfants, à l’exception des filles ,qui, à raison de mariage, étaient sorties du pays avant la reddition ; que les seconds demeureraient détenus en prison jusqu’à un jugement définitif; qu’on traiterait moins rigoureusement les troisièmes; qu’on leur rendrait leurs meubles, mais que le fisc retiendrait tous leurs bestiaux , hormis les chevaux propres au labourage, et tous leurs esclaves excepté les impubères.
DRE U Pr a
Du reste, les Atellans, les Calatins , les peuples voisin, du Sabatus, restaient libres, hors ceux qui s'étaient ré. fugiés chez les ennemis. Injonction de sortir de |: Campanie à tous les Capouans qu’on avait trouvés cn. fermés dans leur ville durant le siége: on leur assignait des habitations au delà du Tibre, mais non sur les ri. ves de ce fleuve; ils n'avaient permission de s'établir que dans les territoires de Véies, de Sutri, de Néputé; encore n’y devaient-ils pas posséder plus de cinquante arpents de terre. Ceux qui ne s'étaient enfermés ni dans Ciuvue ni en aucune autre ville rebelle pouvaient s'établir au delà du Liris, du côté de Rome. Ceux qui avaient quitté Capoue avant l’arrivée d’Annibal furent transportés en deçà du Vulturne, sans pouvoir séjour. ner, ni bâtir de maisons, ni posséder de terres, dans uv espace de quinze milles à partir de la mer. Il était sta. tué, de plus, que les hiens des sénateurs capouans, des magistrats d’Atella et de Calatie, seraient vendus dans Capoue; que les personnes nées libres et qui venaient d’être condamnées à l'esclavage seraient conduites à xome pour y être mises à l’enchère ; enfin, que les sta.
tues de bronze enlevées aux Campaniens, leurs autres |
meubles sacrés et profanes pareillement confisqués seraient à la disposition des pontifes, pour être employés à des usages religieux. Quand les sénateurs eu-
rent arrêté tous ces articles, ils rappelèrent dans leur
salle les députés de Capoue, qui, après la lecture d'un décret si détaillé, n’imputèrent plus leurs malheurs qu’à leurs propres égarements et au courroux des «lieux immortels. Ils cessèrent d’accuser Fulvius d’inhumanité, quoiqu'il eût assurément trop mérité ce reproche. Par l'exécution prompte et rigoureuse de ces dispos:
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ses vinrent c ramena bien Les consu pagne proch terent des re manquant de la inarine, il l'une fois em Lournir, par E vres pour tre “ioyens roma D lin 218, que essoUrCes prit murmura , il s aix méconten déjà que les lampanie, se É lui restait qu’u es Carthagina Ü république sudoyer des nouvelle? Con D Ioyens ne posé Enette en vent de l'escla vage, Sattroupait ; e
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fisqués re em- Lurs elns leur re d’un alheurs es dieux nhumaproche.
dispos:
CENT NEUVIÈME LEÇON. 159 tons, la Campanie 8e vit arracher les monuments de sa puissance et presque tous ses anciens habitants. De nouvelles colonies romaines la repeuplèrent. La mollesse et l’oisiveté l'avaient perdue : des mains laborieuses vinrent cultiver son riche territoire, et l’industrie y vaména bientôt la prospérité.
Les consuls s'occupère::t des préparatifs de la campagne prochaine, continuèrent les enrôlemnents, recrurent des rameurs et des matelots. Le trésor public manquant des meyens de pourvoir à tous les besoins de li inarine, ils recoururent à un expédient déjà plus l'une fois employé : c'était d’obliger les particuliers à bournir, par tête, la solde des gens de mer et des vi-
Lures pour trente jours, Ce tribut parut onéreux : les
ciioyens romains en avaient payé tant d’autres depuis
À lan 218, que leur générosité se lassait, et que leurs
ressources privées commençaient à s’épuiser. Le peuple murmura , il s'indigna; il ne manquait plus qu’un chef aux mécontents pour que la révolte éclatät. Ils disaient dejà que les consuls, après avoir ruiné la Sicile et la Campanie, se disposaient à exploiter Rome. Déjà il ne
L lui restait qu’une terre déserte , ravagée l’an dernier par
ks Carthaginois, L’ennemni a enlevé les laboureurs, et
La république enrôlé les esclaves. Maintenant il faut puoniq
soudoyer des matelots, Où puiser cette contribution nouvelle? Comment donner ce qu'on n’a pas? Les ci-
Moyens ne possèdent plus que leur liberté; qu'on les fnette en vente, ils n'auront pas de quoi se racheter
le l'esclavage, Ces propos s’échauffaient . la multitude sattroupait ; elle obsédait les consuls, et leur signifiait
. , , . . , LA s, ue 51, dans un délai de trois jours, ils ne révoquaient
js leur édit, elle saurait se rendre justice à elle-même.
Touchés de ces plaintes ou effrayés de Dr Ses les consuls assemblèrent L sénat dès . Ps sens Les pères conscrits voulaient a ss - à l'unique moyen de préserver l'Italie de la de . roi de Macédoine, de conserver la DES te avec Aunibal. Lévinus ouvrit ua avis que j posa au commencement de notre prothaine séance, OÙ ]àchèverai l’histoire de ce consulat,
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