‹ Cours d'études historiques [microforme] (volume 2)Chapitre 18 sur 59 · PESTE · texte numérisé non relu

PESTE

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tôt sur l'introduction des garnisons romaines : il me. surait ces délais sur les vivres qui lui restaient : et, après que les débats avaient inutilement rempli la journée, il détachait, au milieu de la nuit, de petites bandes de sessoldats, qui, sortis du camp, cheminaient à l'insu des Romains , grimpaient sur les monts, et prenaient des positions avantageuses. Son infanterie s'écoula ainsi tout entière, descendit des montagnes, et gagna les plaines; il n'avait plus auprès de lui que sa cavalerie et ses éléphants. S'apercevant qu'un brouillard épais allait couvrir le terrain qu'occupaient les armées, il adressa un message à Claudius Néron pour s’excuser de ve qu'il ne pourrait, ce jour-là, se rendre à la confé. rence : c'était, disait-il, une fête carthaginoise à laquelle la religion l’obligeait d'assister, La crédulité du propr teur et le brouillard favorisèrent pleinement lévasion des éléphants, des cavaliers et de leur général. Lorsque le soleil eut dissipé l'obscurité, les Romains trouvèrent le camp des Carthaginois tout à fait désert. En vain ik se mirent à la poursuite d’Asdrubal : il faisait sa retraite en si bon ordre, qu’il en fut quitte pour quelques e carmouches entre son arrière-garde et l'avant-garde de Claudius. La plus belle occasion de terminer au prof de Rome la guerre d'Espagne était manquée. Il la fa: lait recommencer, et aucun général ne paraissait dis: posé à se charger de ce soin. Nul candidat ne se pr sentait au moment où les comices allaient élire un proconsul qui remplacerait définitivement Marcius & Claudius, dont les fonctions n'étaient que provisoires. Un jeune homme se montra seul, revêtu de la robe blanche, sur le tertre des prétendants. C'était Publius Scipion le fils, celui qui déjà avait obtenu l'édilité avai

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CENT NEUVIÈME LEÇON. 139 l'âge fixé par les lois. 11 ne comptait encore que vingtsix ans selon Polybe, que vingt-quatre selon les autres historiens; et néanmoins toutes les centuries, ou même tous les citoyens, s'accordèrent à lui déférer un commandement qui semblait exiger une longue expérience et une habileté consommée, Je dis avec Tite-Live les centuries, quoique Gronovius ait substitué à ce mot celui de tribus dans le texte de cet historien. Il est vrai qu'ordinairement l'élection des proconsuls se faisait en comices par tribus; mais peut-être la gravité des circonstances entraîna-t-elle à préférer, pour cette fois, une forme plus solennelle, Il se pourrait aussi que le proconsulat n'ait été délégué que par simple commission à un si Jeune citoyen.

A peine les Romains eurent-ils proclamé ce choix, qu'ils s'en repentirent : ils se reprochèrent d’avoir plus écouté leurs affections que leur raison, leurs lois et leurs maximes antiques. Le souvenir du désastre des deux Scipions, le père et l'oncle du nouveau proconsul, leur inspirait des alarmes; €’était un mauvais présage. Pour calmer ces lquiétudes populaires, le jeune général prononcça, dans la plus prochaine assemblée, une harangue où respiraient la bravoure et l’espoir. Il usa de toutes les ressources de son éloquence naturelle, que sa physionomie noble et gracieuse rendait de plus en plus persuasive. D'ailleurs un préjugé adroitement propagé depuis son adolescence lui conelliait la faveur publique. On assurait qu'il avait un commerce secret avec les dieux; que des inspirations mystérieuses réglaient toutes ses démarches; que le bonheur le suivait partout; et que les succès attribués à sa prudence étaient réellement des dons célestes. On

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ajoutait qu'il devait le jour à l’union miraculeuse de sa mère avec un serpent, sous l’image duquel Jupiter s'était peut-être caché. Scipion n’affirmait poiat ces merveilleux récits; il ne les désavouait pas non plus; et, loin de dissiper tant de prestiges, il les entretenait par des pratiques singulières. Chaque jour, avant l'aurore, il allait au Capitole, se faisait ouvrir le temple du dieu, et passait une heure en contemplation. Les chiens qui veillaient à la garde du mont Sacré n’aboyaient point à son approche, apparemment parce que ses fréquentes visites les avaient familiarisés avec son aspect; mais on lui en tenait compte comme d’un prodige; et, jusqu’au sein de sa famille, on croyait ou l’on feiguai de croire à ses priviléges surnaturels. Sa conduite; ne tait pourtant pas d’une régularité fort exemplaire ; dès sa jeunesse, il avait pris des habitudes licencieuses, et son père l'avait un jour arraché des bras d’une cour. tisane: c’est ce que nous ont appris déjà des vers de Nævius. La politique seule a depuis enchaîné ses passions, et lui a commandé plus de sagesse. Du reste, on ad mirait en lui un rare assemblage de vertus civiles « militaires : prudence et activité, désintéressement et magnificence, caractère ferme et manières affables. Toujours accessible, il savait mieux qu'aucun de ss contemporains gagner et conserver laffection du peu ple et des soldats. La nature avait imprimé daos ls traits de son visage tous les signes de la bonté, de la bravoure, des sentiments tendres et nobles, Sans af fecter une vaine parure, il ne négligeait aucun des soins qui devaient entretenir et relever les avantages extt tieurs dont il se sentait doué. Nous lisons dans Aulu- Gelle qu'il se faisait raser la barbe, pratique qui conr

HISTOIRE

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CENT NEUVIÈME LEÇON. 14r

mençait de s’introduire à Rome; et qu’en toute circonstance on le trouvait habillé avec la plus décente et la plus élégante simplicité. Mais il attachait plus d’impor. tance encore à la culture de son esprit ; et j'ai déjà eu occasion de vous parler de ses relations avec le poëte Ennius.

C'était donc un général de la plus haute espérance que l’on envoyait en Espagne. Cependant on crut à propos de lui adjoindre un vieux propréteur, Marcus Junius Silanus, qui devait, non partager son autorité, quoi qu’en ait dit Zonaras, mais l'aider de ses conseils, etau besoin tempérer les mouvements d’une trop vive

|'ardeur. Scipion s’embarqua au port d’Ostie , à la tête

de trente quinquérèmes, qui portaient dix mille hommes d'infanterie et mille de cavalerie. Cette flotte remonta de la mer Tyrrhénienue à celle de la Gaule, se renforça de trois galères à Marseille, doubla le cap des Pyrénées, aujourd’hui cap.de Vendres, et aborda heureusement au port d'Empories.

L'hiver suspendait alors le cours des exploits guerriers : Marcellus, qui depuis la prise de Syracuse n’avait pas quitté la Sicile, revint à Rome. Après son départ de cette île, une flotte carthaginoise y débarqua huit mille fantassins et trois mille cinq cents cavaliers uumides, armée formidable à laquelle se livrèrent Murgance, Hybla, Macella, et d’autres place: moins impor. tantes. Mutinès, qui avait conservé le commandement de sa troupe de Numides, désolait les campagnes et les villes alliées des Romains; il exerçait impunément ces ravages sous les yeux des légions, mécontentes de n’aoi pas suivi Marcellus à Romè pour partager les honneurs de son triomphe; elles se plaignaient aussi de h défense qu'on leur avait faite d’hiverner dans les

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villes siciliennes. De dépit elles restaient inactives, et refusaient d’obéir aux ordres de Marcus Cornélius Cé. thégus, à qui Marcellus avait remis le pouvoir militaire ainsi que l'administration des États d'Hiéron. Il n’eût fallu qu’un chef pour qu’une sédition éclatât. Corne. lius, par la punition des plus mutins, par un adroit mélange d’indulgence et de sévérité, parvint à calmer cette effèrvescence et à rétablir la discipline. On re. prit les armes , et l’on fit rentrer dans le devoir les villes rebelles, y compris Murgance, qui fut abandonnée, avec son territoire, à des Espagnols, en récompense de leurs services et de leur zèle pour les intérêts de la

république. Comme Marcellus était général d’une ar. R

mée établie en un pays étranger, on ne lui donna ppt, à son retour, sa première audience dans l’enceinte de Rome. Le préteur Calpurnius assembla le sénat au temple de Bellone. Ce fut là que le vainqueur de Syra cuse raconta son expédition et demanda le triomphe 11 semblait difficile de le lui refuser, après avoir, en son absence, rendu grâces aux dieux de ses victoires. Se partisans murmuraient de ce qu'on n'avait pas fai revenir avec lui ses soldats, qui auraient attesté sa glorieux services. Mais, parce qu’on lui avait ordonné de remettre son armée aux mains d’un successeur, ot prétendit le traiter comme un général qui n'avait point achevé de remplir sa mission, et l’on ne lui décerna que l’ovation simple. Il entra dans le Capitole à pied, cou ronné de myrte, au son des flûtes et des instrument à cordes, non sur un char ni au bruit des fanfare, non la tête ceinte dé lauriers ni avec un cortége de le gions. Pour justifier le refus de ces honneurs suprêmes, on disait que ses succès paisibles avaient été obtent

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par des insinuations et d'adroits manéges, plutôt que par la force des armes et par l’effusion du sang. Le sénat décréta néanmoins que Marcellus conserverait au sein de la ville les insignes du généralat, le titre de proconsul, et ne rentrerait point dans la condition privée. Marcellus voulut se rendre à lui-même une justice plus complète. De sa propre autorité, il parut sur la montagne d’Albe avec toute la pompe triomphale, le char, les lauriers, les trompettes. J’avouerai, Messieurs, que je ne puis voir, dans cette démarche , qu’une ostentation puérile, tout à fait indigne d’un si grand homme. Personne cependant ne lui reprocha cette audace ; on ne bläma que l’ingratitude ou les vains scrupules des sénateurs. Il ne manqua rien à la solennité de son ovati: nais de son triomphe illégal. On porta devant lui vs a de Syracuse, quelques machines d'Archimède , des'meubles précieux, des vases, des statues, des tableaux, de riches dépouilles en bronze, en argent et en or. Il était précédé aussi de huit éléphants, et de deux personnages qui avaient contribué à ses victoires, Méric et Sosis. Vous vous souvenez, Messieurs, que le premier est un Espagnol qui a livré aux Romains l’île d’Ortygie, et le second un Syracusain qui leur a ouvert l’Achradine. Rome les récompensa libéralement : elle leur accorda le droit de cité, et leur assigna des domaines ; à Méric, cinq cents mesures de terre à prendre sur les biens confisqués en Sicile; à Sosis, des propriétés d’une égalesurface dans le territoire de Syracuse, avec une magnifique maison au sein de cette ville, On chargea de plus le préteur Marcus Cornélius de désigner, en telle partie de Pile qu'il jugerait à propos, une villeet des terres qui appartiendraient

à Méric et à ses Espagnols. Enfin l’on gratifia de quatre cents arpents Belligène, qui avait — Méric à se déclarer pour les Romains.

Nous avons dit, en l’unc de nos séances précédentes, que Marcellus avait fait transporter à Rome plusieurs productions de la sculpture et de la peinture des Grecs, Il en décora particulièrement les temples de la Vert et de l’Honneur, érigés par lui pour accomplir uu vœu qu’il avait fait durant la guerre contre les Gaulois. Ces deux temples, bâtis hors des murs, étaient tellement disposés, qu’on ne pouvait entrer au sanctuaire de l’'Honneur sans passer par celui de la Vertu. Plutarque nous apprend que les Romains ne se couvraient pas la tête lorsqu'ils sacrifiaient à l’Honneur; et il conjecture qu'ils ont voulu par là faire entendre qu’il et de la na. ture de l’honneur de se montrer à découvert. Il ajoute que peut-être aussi cette pratique était fondée sur l'an. cien usage de se découvrir en présence des personnages honorables. Sur le revers d’une médaille de Galba, l’'Honneur, représenté sous un habit de femme, tient de la main gauche une corne d’abondance, et de la droite une pique. La Vertu se montre en habit militaire, le casque en tête, et tenant une pique de la main droite, un bâton de la gauche. Ces deux divinités se trouvent séparément sur plusieurs médailles consulaires et impériales. Disons à cette occasion qu'il existe aussi une médaille du triomphe de Ma -ellus, où se lit son nom, et où se voient deux épis de blé, symboles de la fertilité de la Sicile.

L'époque des élections approchait, et les consuls encore en charge étaient tous deux en Apulie assez dés: œuvrés; car Annibal, depuis la prise de Capoue, se

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CENT NEUVIËME LEÇON. 145 tenait traucuille au fond du Bruttium. A vrai dire, Centumalus et Sulpieius Galba n’ont attaché leurs noms propres à aucun des faits mémorables qui remplissent l’histoire de leur consulat; ce sont deux noms qui ue servent que de dates. Sulpicius Galba reçut l’ordre d'aller prendre, en Grèce, la place de Lévinus, qu sa maladie retenait à Anticyre, et qui ne pouvait plus observer les mouvements de Philippe ni seconder ceux des Étoliens, Centumalus vint à Rome présider les comices. Le sort appela la centurie composée des plus jeunes citoyens de la tribu Véturia à voter la première : elle*se déclara pour Otacilius alors absent, et pour Maalius Torquatus, qui étonna toute l'assemblée en demandant qu'on ôtât la prérogative à la centurie qui venait de le désigner. Pressé d'exposer le motif d’une proposition si étrange, « C'est, dit-il, que ces jeunes gens «vous proposent, en ma personne, un sujet qui m'est «connu comme incapable de remplir les fonctions con- «sulaires ; car il a la vue faible, et serait sans cesse obligé « d'emprunter les yeux d'autrui, Ce n’est point quand «les Carthaginois sont à vos portes, qu’il vous faut un «aveugle à la tête de vos armées. » Cette modestie de Manlius détermina la centurie à persister dans le choix qu’elle avait fait de fui. Pour lors il le prit sur un ton plus haut : « Vous ne me connaissez pas, leur dit-il ; « sachez que’ je ne souffrirais point la licence de vos « mœurs, et que vous sentiriez le poids de la puissance « dont vous m'auriez revêtu. Croyez-moi, choisissez « mieux, et Souvenez-vous que vous avez besoin de « consuls dignes de #8 mesurer avec Annibal. » Les jeunes citoyens cédèrent : ils prirent conseil des anciens

de leurs tribus, qui se trouvaient distribués en d’autres AIX, 10

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146 HISTOIRE ROMAINF.

centuries, et qui leur proposèrent letemporiseur Fabius, Marcellus ou Lévinus. Ils ne voulurent pas du teinporiseur : ils nommèrent Lévinus et Marcellus, qui obtinrent les suffrages de toutes les autres centuries. On élut ensuite quatre préteurs, Publius Manlius Volso, Lucius Manlius Acidinus, Caius Lætorius et Lucius Cincius Alimentus. Des lettres de Sicile annoncèrent la mort d'Otacilius, qui venait d'être d’abord désigné pour consul avec Manlius par la tribu Prérogative. Les élections furent suivies d’un nouveau règlement en matière religieuse. Le sénat ordonna une seconde célébration des jeux apollinaires ; il les déclara annuels. Les bruits de prodiges se renouvelaient : on racontait que la statue de la Victoire, érigée sur le faite du temple de la Concorde, avait été transportée, par un coup de foudre, sur l’une des corniches de l'édifice ; que le feu du ciel avait renversé les portes et les remparts d'Anagnia et de Frégelles; que des ruisseaux de sang avaient coulé pendant une journée entière dans la grande place de Suder, ville d’'Ombrie ( aujourd’hui Todi); qu'une pluie de pierres venait de tomber sur la ville d'Érétum, et une mule d’enfanter un poulain à Réaté. Décret du sénat pour prescrire un jour de prières solennelles et neuf jours consécutifs de sacrifices ; empressement des citoyens à fléchir le courroux des dieux par l’immolation des grandes victimes; élection des nouveaux ministres du culte, en remplacement de ceux qui sont morts dans le cours de l’année. Mareus Æmilius Lépidus devint quindécemvir : sibyllin. Caius Livius remplit dans le cdflége pontifical la place vacante par le décès de Pomponius Matho. Marcus Servilius succéda, comme chef des augures, à Spurius

Carvilius aussi un cesseur :

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CENT NEUVIÈME LEÇON. 147 Carvilius. La mort récente d'Otacilius faisait vaquer aussi un pontificat; mais on ajourna le choix du successeur; on destitua le grand prêtre de Jupiter, Caius Claudius, qu'on accusait de n'avoir pas observé ponctuellement les rites en ‘offrant les entrailles d’une victime. Il importe de recueillir ces détails, afin de ne pas se former uue trop h1ute idée de la sagesse romœne : les grossières superstitions de ce peuple rendsnt raison de ses fautes et de ses malheurs.

Le consulat de Marcus Claudius Marceilus et de Marcus Valérius Lévinus s'ouvrit aux ides où quinzième jour de mars de l’an de Rome 544, 5 avril de l’an 210 avant notre ère; c'était pour la quatrième fois que Marcellus obtenait cette dignité. Il convoqua le sénat selon l'usage, mais en avertissant qu'il ne prendrait aucune résolution importante avant l’arrivée de son collègue Lévinus, encore malade à Anticyre. Marcellus wignorait pas les manœuvres secrètes de ses ennemis personnels, surtout de Cornélius Céthégus , préteur en Sicile, homme ambitieux et envieux, quoique recommandable par des talents et des succès. Céthégus avait soumis, repris plusieurs villes siciliennes ; mais, pour jouir d’une réputation égale à celle de Marcellus, il avait besoin de le rabaisser. Après avoir écrit à Rome plusieurs lettres, où il affirmait que presque tout restait à faire en Sicile, et qu’on se trompait si l’on croyait avoir affaibli les Carthaginois et subjugué les insulaires, il envoya en Italie des Syracusains , qui, apostés autour de Rome et cachés dans les villages , devaient se réunir quand il en serait temps, et se plaindre tous ensemble de l'administration de Marcellus. Cette trame odieuse vint, malgré le secret qui l’enveloppait, à la connais- 10,

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sance du consul, qui, dès la première assemblée des sé. nateurs, s’en expliqua en ces termes : « J'ai des ennemis « qui du fond de leurs retraites sèment des bruits sourds « contre moi. Pourquoi tant de mystères? Je convo- « querai moi-même le sénat, et leur fournira tous « les moyens de produire leur accusation au grand « jour. » Cette franchise déconcerta l'intrigue, et la força du moins d’ajourner ses attaques. Une tranquilité profonde régna durant quelques jours. Mais bientôt les places publiques commencèrent à retentir des murmures d’un peuple inquiet et volage. « Quels consuls nous « a-t-on donnés? Braves guerriers, il est vrai, habiles « capitaines; mais la république ne sera-t-elle Jamais « gouvernée que par des entrepreneurs d expéditions et « de conquêtes? N’avons-nous pas, lan dernier, bien « assez souffert de l'approche d’Annibal? Nos champs « n’ont-ils pas été assez dévastés? L’incendie de nos gran- « ges fumeencore. Pas un seulconsulatqui nesoit marqué « par un désastre, par le massacre de quelques légions, « par la diminution du nombre des citoyens. » Pendant que ces vains propos circulaient dans Rome, le feu prit soudainement à divers quartiers, la veille des fêtes de Minerve appelées Quinquatries , c’est-à-dire le 19 mars romain , qui, en cette année, correspondait au 19 avril julien. L’embrasement commença autour du Forum, cousuma des boutiques de changeurs et des auberges, s’'étendit à beaucoup d'habitations particulières, aux prisons publiques, à la poissonnerie voisine du Tibre, au parvis de l’ancien palais des rois ; le temple de Vesta n’en fut préservé que par ledévouement de treize esclaves, qu’on affranchit en récompense de ce service. Il était trop aisé de reconnaître que ce malheur n’était pas for-

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CENT NEUVIÈME LEÇON. 149 tuit : les premières flammes étaient sorties de différents lieux au même instant. Le consul ordonna une enquête: il promit de payer les dénonciations; et bientôt la fa-

mille des Calavius fut accusée sur le témoignage de l’un

de ses esclaves, nommé Mannus. Campaniens d’origine, les Calavius avaient voulu tirer vengeance des rigueurs récemment exercées contre les Capouans, et s'étaient associé cinq jeu2es gens de ce pays , fils des victimes de Fulvius Flaccus. Mannus les dénonça tous, en les déclarant disposés à d’autres entreprises criminelles, si l’on ne se hâtait de les arrêter. En vain ils prétendirent qu’on ne devait point écouter un esclave dont ils avaient, la veille, sévèrement puni lindocilité : il leur fallut subir eux-mêmes un interrogatoire public dans la grande place. Convaincus par l’incohérence de leurs réponses mensongères, et enfin par leurs aveux, ils périrent du dernier supplice, avec ceux de leurs serviteurs qui avaient coopéré à leur crime. Mannus, mis en liberté, reçut une somme de vigt mille as d’airain.

Lévinus, dont la santé se rétablissait, rentrait en Italie. Les Campaniens , lorsqu'il traversa leur province, s'attroupèrent autour de lui, implorant sa protection, et demandant la permission de porter au sénat romain leurs justes plaintes contre le cruel Fulvius, leur persécuteur implacable. «Je n'ai, répondait ce proconsul, «aucun motif personnel de maltraiter les Campaniens ; « mais, tant qu'ils seront les ennemis déclarés de Rome, «tantqu'ils poursuivront le cours de leurs trahisons et de «leurs forfaits, je les contiendrai dans leurs murs,comme «des bêtes féroces dont il importe de prévenir les rava: « ges. Quel usage ont-ils fait de quelques moments de «liberté? Ils se sont réfugiés près d’Annibal, et ils ont

incendié Rome. Non, Lévinus, vous ne tarderez

« point à contempler les effets de leurs fureurs. A « peine le temple de Vesta, auquel est attaché notre « salut, a-t-il échappé à leurs derniers attentats. » Le consul néanmoins crut devoir quelque pitié à de malheu:reux suppliants. Par son ordre, ils jurèrent entre les mains de Fulvius qu'ils rentreraient dans Capoue le cinquième jour après l'audience qu’ils obtiendraient des sénateurs. Moyennant cette promesse, Lévinus leur permit de le suivre à Rome. En approchant de cette ville, il rencontra la troupe de Syracusains apostée pour accuser Marcellus, et se laissa aussi accompagner de cette autre escorte. Regardait-il comme une sorte d'entrée triomphale celle qu’il allait faire au milieu des députés de deux grandes cités conquises? ou bien croyait-il honorer la république par ce spectacle de deux peuples vaincus, réduits à d’humbles supplications ? Toujours ne se pressa-t-il point d'introduire dans l’assemblée du sénat ces Siciliens et ces Capouans; la république avait bien d’autres affaires. D'abord il rendit compte aux pères conscrits de l’état où il avait laissé la Macédoine, le roi Philippe, les Étoliens, les confédérés de la Grèce et de l'Asie. Il dit que, Philippe ayant désormais assez d'embarras dans ses propres domaines pour ne plus songer à descendre en Italie, la flotte romaine laissée en Grèce suffirait pour le forcer au repos, et que Sulpicius n’avait plus besoin de la légion que portaient ses galères. On la rappela en Italie, où devait rester l’un des consuls pour continuer la guerre sontre Aunibal, L'autre se rendrait en Sicile, et y aurait sous ses ordres le préteur Cincius et la flotte qu'Otacilius commandait. On donnait à chacun des deux ma-

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gistrats suprêmes deux légions , et l’on statuait que celui à qui le sort attribuerait l'expédition d'Italie nommerait à son gré un général des troupes destinées à la Gaule cisalpine. On prorogea le proconsulat de Centumalus en Apulie, de Fulvius en Campanie. Calpurnius alla commander en Étrurie , et Manlius Volso, avec le titre de préteur, en Sardaigne, Le nombre des légions fut diminué : de deux on n’en fit qu’une, composée de cinq mille fantassins et de trois cents cavaliers. Les soldats qui comptaient plusieurs années de services obtinrent leur congé. Rome se repeupla ; Annibal n’inspirait plus de terreur. Dans Tite-Live, Sulpicius Galba reçoit l’ordre de renvoyer toute son armée, et de ne garder que des Romains; Marcus Cornélius, de remettre ses troupes à celui des consuls qui passera en Sicile; le préteur Cincius, de conduire en cette île deux légions formées des débris de la bataille de Cannes. Les légionnaires qui ont servi sous Marcus Claudius, sous Marcus Valérius, sous Fulvius, sont dispensés de faire la campagne de l’an 2 10. La république ne met sur pied que vingt et une légions.

Le sort assigna l'Italie à Lévinus, la Sicile à Marcellus. À la nouvelle de ce partage, les Siciliens qui se trouvaient à Rome jetèrent des cris d’alarmes. Vêtus d'habits lugubres, ils coururent chez tous les sénateurs, pour déclarer qu’ils déserteraient leur patrie plutôt que de retomber sous la puissance d’un tel magistrat. A les entendre, il cût mieux valu pour la Sicile d’être consumée par les flammes de l’Etna, ou engloutie dans les lots de la mer, quedesubirencorelejougdeson vainqueur et de son tyran. Ces discours, auxquels leur exagération même aurait dû ne laisser aucun crédit, retentissaient

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