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2l6 HISTOIRE ROMAIȣ.
principales aclioiis d'Auguste. L'empereur Claude, en 47, remplissant avec I^cius Vitelliusles fonctions de reaseur, passe la revue des chevaliers, rédige une liste de sénateurs, et difnombre près de sept millions de Romain»; c'est lavant-dernier lustre. Le dernier, ou soixanle-seiEième , appelé par Censorin le soixante-cinrjuième depuis l'institution des censeurs, ce qui revient au soixante>quinzième,eut lieu en 73,sous Vespasien et son fils Titus. Au troisième siècle , Décius conçut le projet de réformer les mœurs publiques, etde rétablir la censure; mais ce projet n'eut pas de suite. Voilà, Messieurs, un précis de toute l'Iiistoire de cette magistrature. J'en ai écarté plusieurs controverses relatives aux hypothèses proposées par Sigonius et d'autres modernes pour remplir les lacunes, ou dissiper les incertitudes <|ue les historiens classiques et les Tables capitolines laissent dans la série chronologique des censeurs. J'en ai retranché aussi lesdéveloppementsque j'avais eu déjà occasion de vous présenter , et ceux qui s'offriront à nous dans ta suite de nos études. Mais quelque aride que soit cet abrégé, il contient les preuves historiques de tous les résultats que j'avais énoncés, en traçant le tableau systématique des fonctions censorlales , et par conséquent it complète les notions qu'il nous importait d'acquérir sur cette matière. Le consulat et le censure étant, avec la dictature, les seules dignités curules établies avant la prise de Rome par les Gaulois, nous allons reprendre les récits deTite-Live, et ouvrir son livre sixième.
Auparavant, néanmoins, il ne sera pas inutile de jeter un coup d'œil sur l'espace d'environ un siècle dont ce livre et les quatre suivants comprendront lesanna-
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les. Maiilius, pour avoir flatté le peuple, pour s'en être &Lt aimer, va se voir accusé d'aspirer au pouvoir souverain; il sera, en 384, précipité de la roche Tarpéienne, non loin de ce Capitole, où il a, nous a-t-on dit, rendu (le si éminents services et acquis tant de gloire. Deux fillfss du tribun Fabius Ambustus auront épousé, l'une un plébéien, l'autre un patricien, tribun militaire. La première se déclarera inconsolable, si son mari ne peut parvenir aussi au pouvoir suprême; et celte ambition de femme rallumera les discordes intestines. Bientôt l'intérieur de Rome n'offrira que des alternatives d'anar- 4:hie et de dictature; et cette magistrature extraordinaire va s'user et s'affaiblir de plus en plus, à force d'être employée. Pour sa part, Camille en sera revêtu jusqu'à une cinquième fois : alors il repoussera encore les Gaulois; on nous le racontera du moins; il s'efforcera d'amortir les agitations populaires. I>es tribuns n'en persisteront pas moins à demander que l'un des consuls soit toujours plébéien; à la fia il y faudra consentir; et, en revanche, on instituera de nouvelles dignités patriciennes, la préture et la grande édilité. Camille abdiquera le pouvoir dictatorial, bâtira un temple à ta Concorde, et mourra plusqu'octogénaire en 365. Peu de temps après, un gouffre s'ouvrira dans le Forum; et l'on nous peindra Curtius s'y précipitant, el^ périssant victime d'un patriotisme héroïque et d'une superstition grossière. Le reste du siècle se remplira de guerres avec les Samnites, les Catapanienset les Latins. Vous verrez éclater , dans les ^larrattons de Tile-Live, la bravoure de Valérius Corvus , le dévouement de Décius, la sévérité de Manlius Torquatus, qui condamnera sou fils à la mort, pour avoir accepté le défi d'im
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asA HISTOIRE nOMAINK.
gépéral ennemi, et pour l'avoir lerrassti, malgré la défense faite à tout soldat romain de sortir des rangs. Les Samnites , quelquefois vainqueurs, plus souvent battus, effrayés des périls qui les menaceront, s'allieront avec Pyrrhus, roi d'Kpire. La guerre contre les Samnites, commencée en 343, se prolongera jusqu'en 290. Ce petit nombre d'événements suffira pour remplircinq livres de l'historien latin, et nous nous efforcerons d'en éclaircir et, d'en vérifier les détails, d'apprécier les récits, de séparer le vrai du fabuleux, de recueillir les leçons morales et politiques que recèle cette partie des annales romaines. Nous continuerons aussi d'y mêler rétude des institutions publiques et des habitudes nationales.
L'histoire de ce siècle a été divisée par Tite-Live en cinq sections. La première embrasse vingt et une années, de 388 à 366 , et les faits y sont ceux que le sommaire attribué à Florus annonce en ces termes : Res advenus ^quos, etc.; succès des Romains contre les Éques, les Yolsques et les Étrusques; création de quatre nouvelles tribus, la Stellatinc, la Sabatine, la Tromentine, et celle de Narnia. Manlius, le défenseur du Capitole contre les Gaulois , protège les débiteurs, dégage ceux qut sont détenus comme insolvables, et devient suspect d'aspiier à la royauté : condamné à mort, il est précipité de la roche Tarpéienne; et, pour flétrir sa mémoire, on défend à tout individu de sa race de prendre le prénom de Marcus. Cependant les tribuns du peuple Licinius et Sestius présentent un projet de loi , tendant à faire admettre enfin les plébéiens au (jonsubt, dont les patriciens étaient seuls encore en possession. Les pères conscrits opposent à ce projet la
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plus vive résistance j et néanmoins, après cinq ans de combats, toujours sous les mêmes tribuns du peuple, Sextius est nommé consul. Il est le premier plébéieii qui parvient à cette dignité. Une autre loi défend à tout Romain de posséder plus de cinq cents arpenls de terre.
Ija seconde section, qui répond au septième livre de Tite-Live , s'étend de 366 à 34', intervalle de vingt'Cinq ans. Là se placent la création des préteurs et des édiles curules, la mort de Camille, L'iiitroductioo des jeux scéniques dans Rome ; le dévouement de Curtius; l'addition des deux tribus Pomptina et Publilia ; la condamnation de Licinius Stolon, comme infracteur de sa propre loi , défendant de posséder plus de cinq cents arpents; l'exploit qui valut à Valérius le s<t|iaom de Corvus; le commencement de la guerre desSamnites; un brillant fait d'armes de Décius Mus; la dictature de Valérius Corvus, et d'heureuses expéditions des Romains contre la plupart des peuples qui les environnent.
Dans la troisième section, huitième livre de l'historien latin, on descend de l'an 34 ■ à 3^1 ; et ces vingt années, dont treize correspondent au règne d'Alexandre le Grand, nous présenteront l'arrêt prononcé par Manlius Torquatus coutre son propre fils; la, mort héroïque du consul Décius ; la soumission des latins, des Priveruates et des Palépolitains ; puis la condamnation delà vestale Minucia; celle de plusieurs dames romaines, accusées d'avoir empoisonné leurs époux; une loi sur les empoisonnements; l'établissement de quelques colonies; une loi favorable aux débiteui-s; la dictature de Papirius Cursor, puis celle de Cossus Arvina , et divers
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triomphes ou avantages remportés sur les Satnnîtes. Les dix-huit aunées comprises de 32i à 3o3 fournissent la matière de la quatrième section ou du livre IX de Tite-Livc. Ce livre s'ouvre par !e désastre queles Romains essuient aux Fourches Caudines. Il contient une digression sur Alexandre le Grand, sur la question desavoir ce qui serait arrivé, si ce conquérant eût porté ses armes en Italie. "Vous y trouverez aussi la fondation de deux colonies; rétablissement de deux tribus, l'Ufentine et la Falérine; tous les détails de la censure d'Appius Claudius Cœcus , et de celle de Fabius Maximus; diverses expéditions contre les Etrusques, les Marses, les Éques et tes Ombriens, et le récit des avantages que les Romains, après leur défaite aux Fourches Caudines, reprirent sur les Samnites.
La cinquième et dernière section renferme treize années, de 3o3 à 290. Le dixième livre de Tile-Live ne descend pas tout à fait jusque-là : il finit en SgS, au trentième recensement, celui que firent Marcius Ruiilus et Cornélius Arvina. C'était au commencement de son livre XI, aujourd'hui perdu, que Tite-Live parlait des trois dernières années. de la guerre des Samnites; mais nous conduirons les annales romaines jusqu'à la fin de cette guerre. Outre ces campagnes, la cinquième section en comprendra plusieurs contre les Ombriens , les Etrusques et même aussi contre les Gaulois, et nous aurons à y observer de plus des querelles , ÎDiestines, l'augmentation du collège des augures, des établissements colouiaux, et la création des deux tribus dites Aniensis et Térentina. Voilà, Messieurs, la route que nous avons à parcourir.
Eii nous reportant à l'époque où les Gaulois sor-
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QU A.R AHT£-DEIIXlt:MB LEÇOH. a3l
laieut de Borne, nous trouvons, dans Tite-Live, Camille continuant sa dictature , et les trois fils de Fabius Ambustus achevant l'année de leur tribunal militaire. On se souvenait de l'imprudence extrême avec laquelle ils avaient, dans leur ambassade à Clusium, provoqué une guerre si désastreuse, et des fautes non inoins graves qu'ils avaient commises, en la conduisant comme magistrats et comme généraux. Leur magistrature venait à peine d'expirer, quand Marcius, tribun du peuple, cita devant tes comices celui de ces trois Fabius que désiguait le prénom de Quintus, et qui, en tuant un officier gaulois, avait attiré jusqu'au pied du CafHtoIe l'armée des barbares. Convaincu d'avoir enfreint ses devoirs de légat et violé le droit des gens, Quintus Fabius aurairété immanquablement condamné, s'il n'était mort avant l'ouverture des comices qui devaient le juger. If mourait si à propos, que cet accident ne parut point naturel. On créa des entre-rois, d'abord Cornélius Scipion, puis Camille, et enfin six trtbuiu militaires, Valéi-ius Publicota pour la seconde fois, Virginius Tricostus , Cornélit» Cossus, Mantius Capîtolinus, £milius Mamercus, et Postbumius Albinus Bégillensis. On recueillit, du mieux qu'on put, tous les vestiges d'anciens traités et de lois publiques. On refit les Dcmze ïabtes et les ordonnauces royales, mais eu retranchant les articles qui concernaient les sacrifices. Ijes pontifes voulaient s'en réserver la connaissance, et condamner le peuple à les ignorer, afin de le mieux retenir dans les liens de la religion ; Ut reUgiorle ob' itrictos haberent multitudinis animos. Ils voulaient, pour mieux captiver la multitude, l'accoutumer à n'apprtindre que d'eux seuls ce qu'il fallait croire et obser-
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ver. On <1élerniina les joui-s néfastes, parmi lesquels on ne manqua point de comprendre le i4 avant les calendes d'août, ou le i8 juillet, prétendu anniversaire de la défaite des trois cents Fabius et du désastre d' Allia. On mit aussi au nombre des jours malheureux le 16 juillet, lendemain des ides, parce que ce jour-là, l'avant-veilie de la bataille d'Allia , on avait offert aux dieux un sacriRce qu'ils n'avaient point agréé. On fît plus, on déclara néfastes tous les lendemains d'ides, et même tous les lendemains de nones et de calendes. Comment espérer quelque progrès au sein d'une société livrée à de telles superstitions? Fana morlaîitas , s'écrie à cette occasion. le judicieux Pline l'Ancien, et ad circumscribendum seingeniosa, «Pauvre et frivole nespèce bumaine, ingénieuseàsecirconscrireet à s'en- H cbainer elle-même! »
L'alliance naturelle de la superstition avec l'inhumanité rendrait presque croyable un fait d'ailleurs mal attesté, savoir, que les Romains, se voyant réduits à une disette extrême, prirent le parti de jeter du haut des ponts dans le Tibre tous leurs vieillards âgés de plus ' de soixante ans; de là l'expression depontaai senes. Vous n'avez pas oublié. Messieurs, qu'on attribue une pareille coutume aux anciens habitants du Latium, qui apaisaient ainsi Saturne, jusqu'à l'époque où Hercule leur apprit, dit-on, à substituer aux hommes des mannequins ou figures qu'on appela du nom d'Argées. Mais on donne une autre explication des mots senes (lepontani. Il y avait des ponts sur lesquels il citait passer pour entrer dans le parc ou l'enceinte où l'on introduisait les sections du peuple romain, à mesure qu'elles étaient appelées à voter dans les comices;
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je VOUS en ai parié , en vous exposant les foniies de ces assemblées. La distribution des bulletins se faisait sur ces petits ponts; et il arrivait quelquefois que les jeunes citoyens en précipitaient les plus vieux, pour les empêcher d'exercer le droit de suffrages. Ovide s'en exprime en ces termes :
Pars pulat, ut ferrent juvenes sufltagia soli. Pontibus iafirmos przcipilasse seoes ;
et Macrobe emploie tout h fait dans le même sens les mots de ponte dejicere. C'était un désordre inexcusable, mais du moins il n'y avait pas mort d'hommes ; et d'ailleurs nous remarquons , parmi les sénateurs et les divers magistrats romains de - toute époque, un si grand nombre de sexagénaires, qu'il ne paraît pas qu'on ait jamais eu l'idée ni de s'en défaire, ni même de les exclure.
Cependant les Volsques avaient pris les armes, persuadés que le moment était venu d'anéantir le nom romain. Les chefs des peuples étrusques s'étaient rassemblés au temple de Voltumna, pour concerter les moyens d'accabler Rome ; et l'on annonçait de plus la défection des Latins et des Herniques , ses alliés depuis cent ans fidèles. Comment détourner ces nouveaux périls ? On créa un dictateur; et ce fut Camille. C'était, selon les récits de Tite-Live et de Plutarque , la troisième fois qu'il exerçait ce pouvoir suprême. Il prit pour commandant de la cavalerie Caius Seivilîus Ahala; et, après avoir interrompu l'administration de la justice, il enrôla tous les jeunes gens , même plusieurs vieillards auxquels il restait quelque vigueur. Des trois corps d'armée qu'il forma, l'un marcha, sous la conduite du
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tribun militaire i£milius, au-devant des Etrusques; l'autre, commandé par Aulus Manllus, demeura campé sous les murs àe Rome; et Camille, à la tête du troisième, se pressa d'attaquer le camp des Voisques , brûla les palissades derrière lesquelles ils s'étaient retranchés, tes enfonça, les tailla en pièces, et, contre sa coutume, abandonna tout le butin à ses soldats. Ayant ainsi subjugué les Voisques, il courut sur les Eques, surprit leur armée près de Bola, et emporta d'emblée leur camp et leur ville. Les deux autres corps de l'armée romaine n'obtenaient point , a beaucoup près, autant de succès. Les Étrusques assiégeaient Sutrium, ville alliée de Borne, et les Sutriens avaient ^igné une capitulation, qui les obligeait à sortir de leur patrie sans armes, et sans autres débris de leurs biens que les vêtements qu'ils portaient sur eux. Au moment où cette troupe désolée se met en marcbe, Camille survient soudainement, comme devant les Gaulois, quand ils recevaient la rançon des Romains. Un décret du sénat lui avait prescrit de se porter à Sutrium , quoique, en général , te sénat n'eût point d'ordres à donner à un dictateur. Camille trouve les Étrusques enivrés de leurs succès, pleins de confiance dans leur bonne fortune, etconfusément dispersés pour piller. Ils avaient pris Sutrium le matin, il reprend cette place avant la Bn du jour ; il égorge les Etrusques , n'épargne que ceux qui renoncent à toute résistance, et qui se livrent à sa discrétion avant la nuit. Les Sutriens sont remis en po.ssession de leur ville : Oppidum ante noctem Sutrinis redditum. Tel est le récit de Tite-Live.
Cet historien n'y joint pas un conte que Flutarque a inséré dans la vie de Camille. Les Latins ayant en-
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voyé demander en mariage des (îlles romaines de condition libre, on soupçonna que cette proposition cachait quelque piège. Une esclave alors se présenta aux magistrats de Borne : elle s'appelaitTutola ou bien Philotis; elle s'offrit pour être envoyée aux Latins, avec d'autres servantes, jeunes et belles, accoiM(rei?j en filles de bonne maison. On les livra, en effet, aux ennemis campés non loin de Rome ; et Tutola , au milieu de la nuit, tandis que ses compagnes dérobaient et cachaient les épées des guerriers latins, grimpa sur un figuier sauvage, et de là fît un signal convenu entre elle et les magistrats de Rome. C'était uu flambeau allumé, mais tellement disposé, qu'il était visible au loin, et point du tout aux ennemis campés tout auprès. A ce signal, les magistrats romains mettent sur pied des soldats, qui, n'ayant pas été prévenus, s'assemblent sans ordre et en tumulte , et n'en vont pas moins surprendre les Latins endormis, et en massacrer le plus grand nombre. Cela se passait auic noues de quintilis ou de juillet, nommées depuis nones caprotines, parce qu'un figuier s'appelle caprijicus en latin. Ce jour, les servantes, richement parées, vont par la ville, jouant et sebattant; on leur sert un festin sur des feuillées de figuier sauvage, et les hommes vont et vieuDeat , s'entr'appelant des noms les plus communs, Caius, Marcus, Lucius. Toutefois on faisait aussi remonter cetle fête à l'époque de la disparition Je Romulus, et on la disait destinée à en rappeler le souvenir, parce que le roi haranguait le peuple près du lieu appelé le marais de la Chèvre, au moment où un orage et une nuée mystérieuse le dérobèrent pour jamais aux yeux des mortels.
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Camille rentra dans Rome en triomphe; il avait lui seul terminé trois guerres. D'innombrables prisonniers précédèrent son char ; on les vendit ; et cette vente produisit de quoi payer aux dames romaines le pris de l'or qu'elles avaient fourni pour la rançon exigée par les Gaulois, et de quoi encore faire trois coupes d'or, qu'on déposa dans la chapelle de Jupiter, aux pieds de la statue de Junon , avec une inscription portant le nom de Camille. Je vous ai déjà fait observer, Messieurs, combien cette restitution du prix de l'or livré par les dames romaines , prelio pro aura reddîto , ce sont les expressions de Tile-Live, s'accorde mal avec ce que cet historien nous a dit de Camille empêchant les Gaulois d'emporter aucune partie de la rançon qui leur avait été promise. A l'exemple des Falisques , les Fidénales et les Véiens venaient de prendre parti pour Rome contre les Étrusques, contre les Voisques et les Eques ; on leur accorda le droit de bourgeoisie, et on leur assigna des terres. Comme beaucoup de Romains se retiraient à Véies, préférant tes habitations qu'ils y trouvaient à celles qu'il fallait reconstruire sur les sept collines, on leur enjoignit de revenir, en menaçant d'une peine capitale ceux qui désobéiraient. Voilà comment les magistrats de Rome comprenaient la liberté. En l'espace d'un an, la nouvelle Rome fut bâtie. £n cherchant à reconnaître les lieux où avaient existé les anciens tentpies, soin que Camille avait fort à cœur, a ou retrouva a par cas d'adventure, dit Plutarque,lebaston augurai « deRomulus. C'estunbaston courbéparrundesboiits, « quel'on appelle Litiius, et en usent les devins à désigner a tes régions du ciel, quand ils veulent contempler le « vol des oiseaux pour deviner les choses à advenir. Ro-
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a iiiulus qui estoit bien entenctu en cet art de deviner a en usoit... , et le retrouvans lors sain et entier, là « où toutes autres choses estoient perles et consumées « par le feu, les prebstres en furent très>joyeuK, a pour ce qu'ils interprétèrent que c'étoit là un signe « qui promettoit éternelle durée à la ville de Rome. ■ Ces détails, Messieurs, sont toujours à recueillir, parce que les idées et les pratiques superstitieuses des anciens peuples forment une partie considérable et très-importante de leur histoire.
Le 27 juillet 38^, six nouveaux tribuns militaires s'installèrent : Quintus Servilius Fidénas pour la cinquième fois, Lucréttus Tricipitiuus pour la seconde, Titus Quintins Cincinnatus, Julius lulus, Aquilius Corvus ,et SulpitiusBufus pour la première. Ils ravagèrent le territoire des Eques, déjà vaincus, soumis, désa rmés, et dirigèrent uneautrearméesur les villes étrusques nommées Cortuosa et Contenebra, qu'ils réduisirent et saccagèrent. A Rome, quoiqu'on fût occupé de consti'uctions, et qu'on renouvelât même les fondations du Capitole, en y employant de grandes pierres carrées , saxo qutidrato substructum, ouvrage encore remarqué au temps de Tite-Live, les tribuns du peuple recommençaient à jeter dans te public des propositions dangereuses, celle surtout du partage des terres du Pomptiniim enlevées aux Voisques. Ils peignaient les brigandages des nobles comme bien plus redoutables que ceux des ennemis étrangers. Mais le peuple, qui s'épuisait à se bâtir des maisons, eût manqué de fonds pour mettre en valeur des possessions territoriales; et d'ailleurs les terreurs superstitieuses captivaient plus que jamais les esprits : le gouvernement ne s'en pré-
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servait guère mieux que la multitude. Ayant des scrupules sur les auspices et sur la validité des dernières élections, on eut recours à des interrègnes, successivement exercés par Manlîus Capîtolinus, Sulpitius Camértnus et Valénus Potitus. Celui-ci enfin convoqua les comices, qui , le 34 ^oût 386 , élurent tribuns militaires, Valérius Publicota pour la troisième fois, ^milius Mamercinus pour la seconde, et Papirius Cursor, Ménénius Lana^us, Caius Cornélius Cossus, Gains Sergîus Fidénas. Titus Quintius fil la dédicace du temple que, durant la guerre des Gaulois, on avait solennellement promis au dieu Mars. It n'y avait encore que vingt et une tribus, y compris les quatre urbaines; on en porta le nombre à vingt-cinq, en créant les quatre qui sont désignées par les nomgdeStellalina, Sabatina, Tromentina, et Narniensis ou plutôt Arniensîs; ces quatre noms varient dans les manuscrits, et donnent lieu à des ditHcultés assez peu importantes; je ne reviens pas sur ce que j'en ai dit , lorsque je vous ai parlé des tribus romaines.
Bientôt le tribun du peuple Lucîus Sicinius remit en question .le partage du territoire pomptin ; et cette fois ce débat agitait plus vivement les esprits. Pour y faire diversion, le sénat |)rojetait uii armement contre les Latins et les Herniques; mais on n'avait pas besoin de chercher des ennemis : les Étrusques se disposaient à entreprendre une guerre -sérieuse. On leur opposa, ainsi qu'aux tribuns du peuple, l'infatigable Camille, qu'on élut tribun militaire avec Servius Cornélius Maluginensis, Lucîus Quintiiis Cincinnatus, Horatiiis Puivîllus, Publius Vatérius, et pour ta sixième fois Servilius Fidénas : ils entrèrent en charge le 5 septem-
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hre 385. L'année romaiiie allait se porter sur rÉtriirie, lorsqu'on apprit que tes Antiates, renforcés par des volontaires du Latium, venaient de prendre les armes. Les cinq collègues de Camille s'empressèrent de lui déférer le commandemCht suprême. Il déclara que c'était lui imposer un fardeau bien pesant, que de le créer pour la quatrième fois dictateur, se dictatorern jam quartum. Ces mots de Tite-Live jettent ici quelque embarras ; Camille a été déjà investi trois fois de la dictature; mais, cette fois, ce n'est point cette puissance qu'on lui confère; ce sont ses collègues qui , par déférence, le pressent de se mettre à la tête de l'armée. Il était fort accoutumé à occuper la première place. Il allait, disait-il, faire des efforts pour eesurpasser luimême , et pour justifier l'opinion trop honorable qu'on avait conçue de son mérite. Vous voyez. Messieurs, que ces formules de modestie sont fort anciennes. A l'égard des Antiates, il les trouvait plus menaçants que dangereux; il conseillait de ne pas les craindre, et pourtant de ne pas les mépriser. Rome ayant à la fois plusieurs ennemis, il jugeait à propos de diviser les troupes entre plusieurs chefs :aToi, Yalérius, il me plaît « de t'associer à mon commandement et à mes conseils : « nous marcherons ensemble contre les Antiates. Servi- «lîus, tu resteras campé dans Home, prêt à t'élaiicer ou «sur les Étrusques, ou sur les latins et les Herniques, « s'ils renouvellent leurs mouvements : j'aime à croire que «tu vas te conduire d'une manière digne de ton aïeul, « de ton père, de toi>raême et de tes six tribunats. Quin- «tius formera une troisième armée, destinée à garder « nos remparts. Je charge Horattus de pourvoir aux ap- ■ provisionnements d'armes et de vivres. Et toi, Coroé-
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aliuSjjel'établisW président desdvIihératioDs publiques, « le dépositaire des choses religieuses, l'administrateur «de lacité.>iVatérius,qui devait accompagner Camille, protesta qu'il sentait tout le prix de cet honneur; qu'au surplus, il ne se regarderait jamais que comme un commandant de la cavalerie, et qu'il obéirait à Camille comme à un dictateur. Camille n'aspirait pas sans doute au pouvoir souverain; mais, en distribuant les emplois à ses collègues, il parlait presque déjà le tangage que tiendra, trois siècles après, Jules César :
Brutus et Cassius me suivront en Asie;
Ad loi ne retiendra la Uaule et l'Italie;
Je donne à Marcellus
11 me semble. Messieurs, qu'en écoutant Camille, et en contemplant l'humble attitude de ses collègues, on aurait pu, sans être aruspiceni augure, prévoir Jules César. Les tribunaux ayant été fermés, et l'enrôlement achevé, Camille et Valérius se dirigent vei-s Satricum, où les Antiates ont rassemblé une multitude de guerriers yolsques, d'Hernîques et de Latins. Les centurions avertirent Camille que le corps d'armée romaine avait peur, et ne se pressait pas de sortir du camp, disant' que tes ennemis étaient cent coutre un. Camille monte à cheval, et parcourt les rangs; il s'écrie : «Quel est, soladats, cet abattement, ce retard inaccoutumé? Ignorez- «vous quel est votre ennemi, qui je suis, qui vous êtes? «Votre ennemi est tel qu'il vous le faut pour entretenir u votre vaillance et perpétuer votre gloire. Et vous , sous «ma conduite, sans parler de Paieries et deVéiesque n vous avez prises, ni des légions gauloises que vous avez «détruites sur les ruines de votre patrie, ne venez-vous « pas de remporter un triple triomphe sur les Voisques, « lesÊques et les Étrusques? Quoi! vous ne reconnaissez
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u plus Camille , parce qu'il n'est pas dictateur, mais sim- M pie tiibun mililaire! Jamais la dictature n'a élevé mon «courage, pas plus que ne l'a rabaissé mou exil. Oui, « nous sommes tout ce que nous avons été. Et, puisque « rieu ne nous manque , en cette guerre , de ce que nous u avons apporté aux précédentes , attendons^en le même Cl événement. Dès que vous serez aux prises avec de tels u ennemis, chacun fera ce qu'il sait faire : vous vaincrez «et ils fuiront, vos vincetis , ilU/ugienl.»
Il dit, et donne le «igoal ; descendu, de cheval , it saisit par la main le plus proche enseigne, et l'entraîne vers l'ennemi en s'écriant, injer, miles , signum ; «en «avant l'éteudard.» Quand les Romains voient Camille oubliant son âge et s'élançant au milieu cfes Voisques , ils s'y précipitent avec lui : Suivons notre général est leur cri unanime. On dit qu'il fit jeter l'étendard dans les rangs ennemis, et que les efforts qu'on se commanda pour le reprendre décidèrent la victoire; c'est une circonstance que nous avons déjà rencontrée, et qui se reproduira dans plusieurs récits d'anciennes batailles. L'aile ganchcrdes Romains pliait cependant; Camille s'en aperçoit; il remonte à cheval sans quitter son large bouclier de fantassin. En un clin d'œil, il a rétabli te combat et maîtrisé La fortune. Mais les vaincus étaient si nombreux, qu'ils s'embarrassaient dans leur fuite, et qu'on n'eût pas suffi à les massacrer. Tout à coup survint un orage afTreux , une pluie inondante : des deux parts, on sonna la retraite. Les Herniques et les Latins abandonnèrent les Voisques, qui, réduits à leurs propres forces, coururent se renfermer dans Satricum. Pour attaquer régulièrement celte place, le général romain creusait une ligne de circonvallation ,
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n^î' HISTOIRK ROMAINK.
élevait des terrasses, disposait des machines. Il reconnut bientôt que tant de travaux étalent superflus; car les Votsques n'osaient tenter aucune sortie. Il ordonne imeescalade , eten un moment la villeest emportée; les VoliKjaes jettent lenrs armes, et se rendent à discrétion. Anlium, leur capitale, était le foyer de toutes ces guerres : Camille conçut le projet de la détruire; et, laissant son collègue Valérius à l'armée, il se rendit à Rome pour décider le sénat à cette entreprise. « Je «crois, dit Tite-Live, que les dieux avaient à cœur de n prolonger les destinées d' Antium : Credo rem Antiatem Kdiuturnioremmanerediis cordi/aisse.» C'est un langage poétique qu'on se permet, parce qu'il semble sans conséquence , mais qu'il vaut encore mieux éviter en écrivant l'histoire, de peur qu'il ne soit entendu selon la rigueur des ternies. Quoi qu'il en soit, des députés de Xépété et de Sutrium vinrent demander du secours contre les Étrusques. Ces deux villes servaient en quelque sorte de barrières; on les pouvait regarder comme des portes de l'État romain. Le sénat invita Camille à les défendre, au lieu d'attaquer Anttum, et mit sous se* ordres les légions qui avaient été tenues en réserve sons le commandement de Quintius. Camille accepta cette mission nouvelle; «t il faut lui en savoir gré; car il eût préféré de rester à la tête de l'armée qui avait vaincu les Voisques. Seulement il pria de loi laisser pour associé Valérius, avec lequel il marcha vers Sutrium. Ils trouvèrent les Étrusques déjà maîtres d'une partie de cette ville , et les forcèrent d'en sortir. Après avoir remis encore une fois cette place au pouvoir de ses habitants,- l'armée romaine se porta sur Népété, qui avait déjà capitulé, et subi le joug des Étrusques.
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QUARAMTK-REUXlfeME LEÇO». a^î
« T<a reprise de cette place, dit Tite-Live, semblait de- « voir coûter plus de peine, non-seulement parce que « les ennemis la possédaient tout entière, mais aussi u parce que la trahison d'une partie des Népétios en « avait déterminé la reddition. On jugea néanmoins à u propos d'envoyer dire à leurs chefs de se séparer des « Étrusques , et de garder eux-mêmes cette fidélité qu'ils « avaient demandée aux Romains. Ils répondirent que « rien n'était plus en leur puissance; que les Etrusques « occupaient les remparts et les portes. Pour effrayer « les Népétins, Camille commença par dévaster leur « territoire; et, les voyant, plus fidèles à leurs nouveaux II maîtres qu'à leurs anciens alliés, il conduisit son ar-
0 mée sous leurs murs. Après avoir ramassé dans leurs « champs une grande quantité de branchages, il en M combla les fossés, dressa les échelles, et, au premier « signai, du premier choc , s'empara delà ville. Va édit « ordonna aux Népéitns de mettre bas les armes, et « aux Romains d'épargner ceux qui auraient obéi; K mais (es Étrusques , armés ou désarmés, ffjrentégor- K gés sans distinction. Ceux aussi des Népétins qui u avaient livré la place expirèrent sous la hache. L'in- K nocente multitude des habitants rentra en possession a de ses biens, et on lui laissa une garnison pour sa n sûreté. Ainsi deux villes alliées étaient reprises sur a l'ennemi. Les deux- tribuns militaires ramenaient à n Rome une armée couverte de gloire. En la même
1 année, Rome adressa des réclamations aux I>atins et » aux Berniques, leur demandant pourquoi, dans les t derniers temps, ils n'avaient point fourni leur conlin. K gent de troupes. Chez chacun de ces deux peuples 4 il se tint une assemblée nombreuse , qui répondit que
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a44 HISTOIRE RU M AINE.
« ce.nViait pas la faute de la cité, ni Vefftt d'aucuDe « ttélibération publique, si une partie de leur jeunesse « s'était engagée dans l'armée voisque; que ces volonu taires araieet porté la pciue de leur résolution coua pable; que pas un seul n'était revenu dans ses foyers; « qu'à l'égard du contingent non fourni, il fallait s'en « prendre aux alarmes que la nation voisque n'avait a cessé d'inspirer : ce 6éau, toujours attaché à leurs « flancs, n'avait pu être extirpé encore par tant de « guerres successives. Ces raisons entendues, les pères « conscrits jugèrent que, si te motif de déclarer la « guerre ne manquait pas,. le moment n'en était pas « venu. » Voilà, Messieurs, comment Tite-Lîve termine l'histoire de ce tribunal militaire de Camille. I^ père Catrou a jugé à propos d'y ajouter, de son propre fonds, cette espèce d'épilogue, a Telle fut la glorieuse M campagne qui continua d'illustrer le nom du grand a Camille. Quoique marquée par des victoires et par u des conquêtes, elle ne fut pas suivie du triomphe; n sans doute que le modeste général ne s'empressa pas « de demander un honneur qu'il ne pouvait par- « tager avec des collègues, dont t'estime et la modé- « ration avaient si fort contribué à sa gloire. Une si a belle année fut mémorable dans la république; on (c avouait à Rome» (observez, Messieurs, qu'aucun auteur classique ne parle de ce prétendu aveu ) , a on a avouait à Rome que, si tous les ans elle eut eu des « magistrats du caractère de Camille et de ses collé- « gués, jamais il n'eût été nécessaire de créer des dicu tateurs. » je suis loin, Messieurs, de contester à un auteur moderne le droit de joindre ses propres réflexions aux détails de l'histoire ancienne qu'il entreprend
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QU AHA.NTE-DEU3II feltTB LEÇON. H^S
de recueillir; mais donner à de telles remarques le caractère, tnéme de faits, les confondre avec les récits par renchaîncment des idées et parles formes du style, laisser croire qu'on les puise à des sources antiques, c'est abuser de la coniiance des lecteurs, dénaturer les annales des peuples , et imprimer à ce genre d'études la plus fausse et la plus dangereuse direction, 1) feut scrupuleusement extraire tout ce que tes anciens racontent, sans lacune, sans altération et sans embellissements; sauf à dire ensuite ce qu'on en pense, en' le distinguant bien de ce qu'ils ont eux-mêmes dit efc pensé.
Le i-j septembre 384, six nouveaux tribuns militaires entrèrent en charge;: mais nous ne dépasserons point aujourd'hui ce terme, afin de ne pas morceler ce qui concerne la condamnation de Manlius Capitolinus. Nous nous ariêtous en ce moment au commencement du chapitre xi du livre VI de Tite-Live; les dix premiers n'ont guère embrassé que quatre années de l'histoire romaine, années fort importantes en. elles-mêmes comme les premières d'une sorte d'ère nouvelle après la seconde fondation de Borne. On ne saurait voir avec trop de détails ce qu'était ce peuple à cette époque; ce qu'il avait d'institutions et d'habitudes. Malheureusement il s'y glisse encore, ainsi qiievous l'avez pu remarquer, beaucoup de mensonges ^ d'erreurs ou d'incertitudes. A la vérité, nous ne sommes plus qu'à un siècle ou un siècle et demi de dis- . tance du temps oîi vécurent Fabius Pictor et les autres historiens primitifs dans les écrits desquels Tite-Live a cherché les matériaux de son ouvrage. Le siècle de Camille et de Papiriiis Cufsor était aussi peu
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recule pour Fabius Pictor, que l'est pour nous aujourd'hui le règne de Louis XIV. Mais un si court espace de temps est un vide énorme, quand on manque de relations originales, de monuments et d'actes publics bien conservés, et qu'on est réduit à recueillir des traditions populaires, ou à puiser en de-s mémoires de fa* mille ou en des livres composés par des étrangers. Nous avons tout lieu de croire que des Grecs avaient écrit des morceaux d'histoire romaine avant les plus anciens auteurs latins. Denys d'Halica masse cite, comme ' ayant précédé tous les autres, Jérôme ou Hîéronyme de Cardie, puis Timée de Sicile. Ces deux écrivains grecs vivaientsousPtoléméePliikdelplie, qui est mort l'an 285 avant notre ère, et par conséquent on peut supposer qu'ils composaient leurs livres vers les années de 'ino à 3oo avant notre ère, c'est-à-dire environ de soixante à quatre-viugts ans après l'expédition de Camille sur Népété. Bioctès d« Péparèthe est moins ancien; et, selon Plui tarque, c'est celui de qui Fabius Pictor a le plus eropruDté. Or, les auteurs grecs avaient plus ou moins le goût des narrations merveilleuses, et fort peu l'habitude des recheixhes exactes. Il est probable qu'ils ont iuti'oduit dans les annales romaines quelques-unes de ces fictions vulgaires, et pour ainsi dire banales, qui plabaient fort aux peuples de l'antiquité, et que jusqu'ici tous leurs historiens, à l'exception de.Thucydideet de Polybe, ont avidement ou complaisamment recueillies. Sans parler de l'aventure de l'esclave Tutola, ni du bâton augurai de Bomulus, retrouvé eu rebâtisnaut Rome , contes évidemment fabuleux , il est permis de soupçonner au moins quelque exagération dans les exploits et les victoires de ce Camille, qui n'a ja-
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QHAllAMTK-DRUXIÈME HÇOM. -i^J
mais qu'à se moutrer pour mettre ea déroute de formidables années et pour reprendre des villes.
ÏjS trait le plus pronoocé des nHBurs romaines de cette époque est une superstition grossière. Or de deux choses l'une^ ou biea il ne faut point admettre ce que Tite-l^ive en raconte, et, en ce cas, ses autres récits a* mériteraient pas- plus de coD&mce ; il aurait été trompé par Fatàus Pîctor et par Valérius Antias, abusés euKmêmes , soit par des Grecs , soit par de fausses traditions; eu bien les Aomains ero^ient réellement aux jours malheureux, au lituus deRomulus, à l'art des devins, aux présages, aux prodiges, et à la uécessitéde renouveler des élections quand on a.vait mal pris les auspices, et cela suffît pour nous explit^uer commeat ils ne pouvaient avoir d'histoire véritable et raisonn»~ ble. Car l'histoire, soit traditionnelle, soit même écrite^ ne vaut jamais mieux que le peuple a qui elle appartient ; elle ne saurait être plus vraie qu'il- n'est sage. Elle est aus^i mensongère qu'il est crédule , aussi défectueuse (}u'il est igaorant^ttussi fabuleuse qi^'il est superstilienx. Et aloirs elle n'est utile et Bdèle qu'en ce qu'elle donne la mesure des erreurs et des prestiges de chacun des âges di»it elle retrace le souvenir. 11 ne Êiut puiser chez elle que ce genre de résultais, en y joignant toutefois les faits qui sont, en euvmémes, naturels, cohérents et probables.
A ces titre», aous pouvons admettre que, durant tes quatre années dont Tite-Live vient de nous plîrir le la|>lsiu, l'aristocratie réussit à se rétablir et à se fortifier daus cette Rome qui renaissait de ses cendres. Quoi qu'en aient dit Cicéron et ceux qui ont suppose comme lui qu'il restait un élément monarchique dans
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iqo HISTOIRE ROMAINE.
la constittitîoa romaine, la royauté demeurait tellement abolie et réprouvée, que l'accusation la plus ordinaire et la plus redoutable était d'avcûr sougé à s'en investir : vous verrez bientôt Manlius périr victime de ce soupçon. L'un des moyens que l'aristocratie employait alors le plus volontiers pour repousser les entreprises populaires consistait à supposer qu'elles cachaient des projets d'usurper le pouvoir suprême et de le concentrer en un seul homme. Par la crainte de ces inculpations, les patriciens contenaient leurs ennemis, et se maintenaient en possession des terres conquises hors des murs de Rome, et des dignités publiques au sein de la ville. Nous n'avons vu , en ces quatre ans, aucun plébéien parvenir au tribunat militaire. Les mouvements de quelques tribuns du peuple pour remettre en discussion les lois agraires n'ont produit aucun effet, et la multitude même a froidement accueilli ces propositions. On s'est occupé, presque sans relâche, de guerres extérieures, remède éprouvé depuis longtemps, et reconnu comme le plus efficace pour prévenir ou comprimer les agitations intestines. L'autorité s'est resserrée dans les mains ou des tribuns militaires ou du dictateur; la création de quatre tribus s'est opérée sans le concours des censeurs, à ce qu'il semble. Tout est dans le collège des six magistrats suprêmes, et le plus souvent dans le seul Camille. Il est en quelque sorte le représentant de l'aristocratie enlière;il la doit couvrir de son éclat personnel, et lui léguer la puissance qu'il aura exercée pour elle. L'histoire ne le fait si grand , si glorieux, que pour ta déclarer et la rendre forte.
En géuéral, Messieurs, chaque livre de Tite-Live
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QUlBAKTli-DEUXlÈME LEÇON. H^Q
nous occupera pendant trois séances, et, par conséquent,nous n'en étudierons chaque fois qu'environ quinze chapitres. Ceux d'entre vous qui voudraient, ou les lire d'avance, ou les revoir dans le texte même , le pourraient fort aisément d'une séance à l'autre. C'est une lecture à la fois instructive et pleine de charmes. Une intéressatrte matière nous sera surtout offerte dans les chapitres xi à xxvi du livre VI , lesquels correspondent aux cinq anpées comprises entre le 1 7 septembre 384 et le I j septembre 379 avant l'ère vulgaire : c'est le sujet qui nous occupera dans notre prochaine séance.
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