‹ Cours d'études historiquesChapitre 12 sur 35 · QUARANTE-DEUXIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

QUARANTE-DEUXIÈME LEÇON

(SEUBS. AflNALES BOHAIHES. ANNÉES 388 A !Ï84

AVAWT J. C.

Messieurs , la magistrature censoriale, au sein de la république romaine, était d'une si haute importance, qu'après avoir essayé d'en apprécier le caractère , d'en recounaître toutes les attributions, et d'en observer les limites, j'ai cru devoir vous offrir encore un tableau chronologique de son histoire; et, à la ûa de notre dernière séance, j'ai conduit ce sommaire depuis l'an 44^ avant Jésus-Cbrist, époque del'établissementde lacensure, jusqu'à la fin de la guerre des Samnites, en :190. Dix. lustres avaient été célébrés par les rois et par les consuls ; je vous ai indiqué les censeurs qui ont opéré les vingt dénombrements suivants jusques et y compris le trentième, et j'ai rattaché à leurs noms , à ceux du moins qui sont- restés connus, les principaux faits lelatifs à leurs fonctions. Vous avez vu que l'esereice en a été bomé à dix-huit mois ; qu'on est convenu de laisser vacantes jusqu'au nouveau lustre les deux places de censeurs, quand l'un d'eux viendrait à mourir avant ce terme; qu'un plébéien a été pour la première fois élevéà cette dignité en 35 1 , et que, depuis, une loi ,u prescrit de prendre un de ces magistrats dans la classe plébéienne, sans exiger qu'on choisît l'autre dans la patricienne. Ils ont d'ailleurs, dans ce même intervalle de442 à 290, acquis et exercé déjà tous leurs pouvoirs , revue

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de» chevaliers , formation des listes de l'ordre équestre et du sénat, droit d'aggraver les impôts personnels, d'exclure, de dégrader, de transférer d'une tribu à l'autre, d'établir de nouvelles tribus, d'affermer les revenus de l'État, de surveiller la construction desédilïces publics et spécialement des chemins. Jusqu'en 390, les seules restrictions apportées à leur autorité ont été, d'une part, la réduction de la durée de leur charge, et, de l'autre, l'annulation d'une liste sénatoriale sur laquelle ils avaient inscrit des fïls d'affranchis.

De l'an 290 à 300, le nombre des recensements est de quinze, savoir, du trente et unième au quarante-cincjuième. On ne sait rien du trente et unième,sinon le résultat de deux cent soixante-treize mille dénombrés. Le trente-deuxième fut clos parDomitîus^nobarbus ; c'est le premier plébéien qui ait présidé à cette cérémonie; on ignore le nom de son colique. La censure de Luscinus et de Papus, en 3^5, est mémorable , parce qu'ils dégradèrent plusieurs chevaliers , et que l'ex-dictateur Cornélius Kufinus fut l'un des sénateurs qu'ils exclurent; son crime était d'avoir, comme je l'ai dit, une vaisselle d'argent du poids d'environ dix livres. T.,es censeurs suivants, Curius Dentatus et Papirius Cursor, n'ont rien fait qui les distingue. Après eux vient Cornélius Blasio , à qui l'on avait donné pour collègue NoniusButilus. Celui-ci, qui avait déjà rempli cette charge, représenta combien il était dangereux de confier deux fois au même citoyen une telle puissance ; et une loi interdit pour l'avenir cette réélection. Duilius célébra, en 258,1a clôture du trente-sixième lustre. Mégellus,éki censeur en a53, mourut , et son collègue abdiqua. On

asO HISTOIRE BOMAINE.

Domma Messala et SemprODÎus Sophus,(]u),en opérant le I rente-septième receiisemect , exclurent treize sénateurs, et ôtèrent le cheval public à quatre cents chevaliers. Au lustre suivant , Catatiaus et Manlius Torquatus tfouvèrent une énorme diminution dans le nombre des citoyens, à cause des revers que Kome avait essuyés à la guerre contre Carthage. Aurélius Cottaetson collègue, qui n'est pas bien connu, créèrent, en a4ii deux tribus nouvelles, la Véline et la Quirine, qui complétèrent le nombre de trente-cinq. Il ne faut pas comprendre dans la série des censeurs Lentulus Claudinus et Lutatius Cerco, parce que, le second étant mort, les pouvoirs du premier cessèrent. On élut Atilius Balbus et Posthumius Albinus, qui Brent le quarantième recensement. Au suivant s'attachent les noms de Fabius Verrticosus et de Marcus Semprooius Tuditanus, et au quarante-deuxième ceux de Claudius Centho et de Junius Péta. £o 220, Papus et Flaminius reléguèrent dans les quatre tribus urbaines les affranchis qui s'étaient introduits dans les rustiques; de plus, ils construisirent le cirque et la voie Flaminienne. Nous rencontrons ensuite deux élections de censeurs , qui deviennent nulles, chaque fois par le décès de l'un des deux collègues ; et ce sont Céthégus et Publius Sempronius Tuditanus qui font, en 208, le quarante-quatrième lustre. Leur dénombrement ne donne que cent trente-sept mrllecitoyens, au lieu de deux cent soixante-dix mille que leurs prédécesseurs avaient comptés; nous aurons un joiir à examiner cet énorme décroissement, et à en rechercher les ' causes. Je ne m'arrête point au quarante-cinquième dénombrement, fait, en ao/i, p^'' !-•>' vius Salinator et Claudius Néron ; je vous ai assez parlé

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de leurs extravagances : vous savez qu'ils se dégradèrent réciproquement, et que Salinator prétendit dégrader tout le peuple romain , ou du moins trente-quatre tribus sur trente-cinq.

Dans le cours de l'avanl-dernier siècle avant l'ère vulgaire, c'est-à-dire de l'an aoo à loo, nous trouverons dix-neuf recensements, à partir du quarante sixième et à finir au soisante-quatrième. Ce qu'on sait du quarante-sixième se réduit à peu près aux noms des deux censeurs,CéliusPétusetScipion l'Africain. Après eux , Pétus Calvus et un Cétbégus ne comptèrent que cent quarante- trois mille citoyens ; c'étaient soixante et onze mille de moins que Salinator et Néron n'en avaient dénombré dix ans auparavant; et ce qu'il y a de fort étonnantc'estquecessoixanteetonzemillese retrouvent accrus de plus de quarante mille dans le compte fait, en 190, par Flaminius et Marcellus : ceux-ci exclurent quatre sénateurs. La censure suivante est la plus célèbre de toutes; c'est celle de Catool'Ancien, dont le collègue était Valérius Flaccus; je vous en exposerai les détails quand nous parviendrons à l'an i85 avant Jésus-Christ. j£milius Lépidus et Fulvius Nobilior, entre lesquels avait jusqu'alors régné une inimitié implacable, se réconcilièrent en exerçant ensemble cette magistrature. Leurs successeurs, Flaccus et Albinus, se signalèrent parl'exMusion de sept sénateurs, parmi lesquels on remarquait uu ancien gouverneur de l'Espagne, le préteur actuel de la ville , et un frère de Flaccus lui-même, l'un des censeurs. Plus rigoureux encore, Tibérius SemproniusGraccbus et Claudius Pulcher classèrent tous les afîi-ancbis dans laseule tribu Esquiline, réduisirent un très-grand nombre de citoyens à la

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332 UISTOIRR HOHAIME.

conditioit de tnbutaires, dégradèrent beaucoup de chevaliers, dont l'un était tribun du peuple, ej: rayèrent sept sénateurs; ils furent, durant l'exercice de leur charge, accusés par le tribun Rutilius et absous par les comices, ^milius Paulus et Marcus Philippus usèrent des mêmes pouvoirs, mais avec plus d'indulgence : ils érigèrent une statue à la Concorde. La construction des portiques du Capilole et l'établissement d'uneclepsydi-e publique sont les principaux souvenirs qu'a laissés la magistrature censoriale de Popilius Lénas et de Scipion Nasica. Viennent ensuite Valérius Messala et Cassius Longinus, qui entreprennent un nouveau théâtre, et qui transfèrent la statue de la Concorde, du Forum dans la salle du sénat. Ce qu'ont fait Lentulus Lupus et Lucius Marcius, censeurs en l'an 148, est resté à peu près inconnu. Vous avez entendu Scipion Émitien, ou l'Africain le jeune, se plaindre de la nullité de sa censure, et en rejeter la faute sur la mollesse de sou collègue Mummius. Les noms des magistrats qui leur succédèrent ne sont pas dans Tite-Lîve, et l'on supplée mal à son silence. Jusqu'en iSa, on n'avait point usé de ta faculté de prendre l'un et l'autre censeur dans la classe plébéienne; en cette année, pour la première fois , on nomma deux plébéiens , Macédoniens et Quintus Pompélus. I^s actes deServilius Caepio et de Cassius Longinus occuperontuneassezgrande place dans riiistoire, et s'y mêleront aux récits qui concerneront les Gracques. Oq attribue à ces deux censeurs l'aqueduc qui portait le nom S Aqua Tepula^ et quelques articles ajoutés au code censorlal; ils tracassèrent l'ex-consul ^Emilins l^pidus, parce qu'il avait dépensé pour le loyer de sa maison six mille sesterces.

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v'est-à-(lire sept cent cmtjuanle francs selon Catrou et Crevier, cinq cent vingt-cinq selon M. Garnier. Il est vrai qu'eu égard au prix du blé, cinq cent vingtcinq francs pris à cette époque en représentaient deux mille six cent vingt-cinq d'aujourd'hui: c'estencore M. Garnier qui fait celte évaluation. Onn'a point lés noms des censeurs du soixante et unième lustre; mais on peut placer au soixante-deuxième Métellus Dalinaticus et Domitius ^nobarbus, qui chassèrent du sénat trente-deux personnages, dont l'un était Licinius Géta, qui avait été consul, et qui depuis devint censeur, à ce qu'assurent Cicéron et Valère Maxime. Il est dif- Bcile de fixer l'année où ceGéta exerça la censure; car on manque de renseignements précis sur le soixantetroisième et le soixante-quatrième lustre, qui eurent lieu dans les douze dernières années du second siècle avant Jésus-Christ.

Depuis l'an lOO jusqu'à l'an i" avant noire ère, le nombre des recensements nes'élève qu'à douze. Le premier en ce siècle est le soixante-cinquième de la série générale, opéré parMarcus Antonius et ValériusFIaccus,qui effacèrent DuroDÎusde la liste sénatoriale, parce qu'étant tribun du peuple, il avait fait abroger une loi somptuaire comme sentant la rouille du vieux temps , horridœvetustatis rubigine obsiturn imperiam, dit-il, dans Valère Maxime. On rencontre ensuite cet £00barbus et ce Lucîus Licinius Grassus , que nous avons vus si zélés contre les nouvelles écoles de littérature. Il paraît que Pubtius Grassus et Lucius César abdiquèrent leurs fonctions censoriales avant la clôture du lustre; carcette cérémonie eut lieu sous Philippus et Ferpenna. Cependant il y a des variantes sur ce point.

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324 HISTOfBR MOMAIHS.

Ce qui est constant, cVsl qu'en l'an 89, les censeurs formèrent huit nouvelles tribus, dans lesquelles ÎIs distribuèrent les alliés qui avaient récemment acquis le droit de bourgeoisie, mais à la condition de ne voter qu'après tes trente-cinq anciennes. De là jusqu'en 71, espace d'environ dix-huit ans, plus de censeurs. Cette dignité est enfin déférée à Gellius Publicola et à I^eotulus Clodianus, qui, pour en reproduire les rigueurs et l'éclat, expulsent soixante sénaleurs. S'il est vrai qu'on ait élu des censeurs en l'an 64 ou 63, ce lustre, qui peut-être n'a pas été clos, estdemeuré anonyme, ainsi que le suivant ou soixantedixième. C'est par des conjectures très-hasardées que l'on attaclie à l'un ou à l'autre les noms d'Aurélius Cotta et de Servilius Isauricus. Vers cette époque, le fait le plus mémorabledans les annales de la censure est l'échec qu'elle reçut par la loi qu'obtint Clodîus, tribun du peuple en 59. Cette loi astreignait les censeurs à des formalités judiciaires ; ils ne pouvaient plus exclure un sénateur qu'après qu'il avait été juridiquement accusé et convaincu; ou leur laissait toutefois le pouvoir de prononcer sa condamnation, pourvu qu'ils fussent unanimes.Cicéron, l'ennemi de Clodius, se plaint vivement de cesdispositions,contraires, en effet,à l'institution et au caractère de cette magistrature. Elles ne subsistèrent que sept ans : MétellusScipion les Ht abroger en 53. En5i , AppiusClaudius Pulcfaer, censeur avec Catpurnius Pison , chassa du sénat tous ceux qu'il crut attachés au parti de Jules César, et entre autres l'historien Salluste. Ces deux magistrats ont été les derniers censeurs de la république romaine; et il n'est pas certain qu'ils aient fait la clôture du soixante et

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onzième lustre. Jules César fut cliargé par le stinat de veiller pendant trois mois sur les mœurs des citoyens. It prit en conséquence le titre de prœfectus morum, et on lui décerna encore celui de censeur. Il entreprit un dénombrement, mais d'aprèsunnouveaumode, en sorte qu'on ne le compte point au nombre des lustres. Auguste en tit trois; il avait été chargé du régime perpétuel des mœurs et des lois , recepit et morum legumque regimen perpeluum, dit Suétone. Les Fastes consulaires lui donnent le titre de magister morum ; et comme revêtu de la puissance censorîale, censoria potestate, il procéda, en l'année 29, à un recensement qui est réellementle soixante-douzième, quoiqueCensorin ne le compte que pour lesoiiante et onzième. L'historien Dion Cassius produit, sous l'année a3, jEmilius J^épidus et Munatius Plancus , comme portant le nom de censeurs; titre purement honorifique, à ce qu'il semble, car ils n'ont achevé ni commencé même aucune opération censoriale. En l'an gavant Jésus-Christ, Auguste procède à un autre dénombrement, savoir au soixante-tieizième, ou au soixante-douzième pour compter comme Censorin. Les dénombrés s'élèvent alors à un total de quatre millions.

Pour continuer dans le premier siècle de l'ère chrétienne l'histoire de la censure, ou plutôt des recensements, il faut noter d'abord celui. qu'Auguste fit en l'an i3, peu de mois avant sa mort, conjointement avec Tibère : c'est le soixante-treizième ou plus véritablement le soixante-quat<fl-zième. Il est indiqué, ainsi que lesdeuxprécédents,dans l'inscription célèbre connue sous le nom de Monument d'Ancyre, Monumenlum ancyranum, lequel contient un exposé sommaire des

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