‹ Cours d'études historiquesChapitre 15 sur 35 · QUARANTE-TRUI31ÉME LEÇON. ^5 I · texte numérisé non relu

QUARANTE-TRUI31ÉME LEÇON. ^5 I

deu\ Quintius, Titus et Lucius, pour la première. La défection des Herniques et des Latins avait ^tlaihli Rome et enhardi les Votsques; aux périls alarmants d'une guerre extérieure, se joignit au dedans le fléau delà discorde; et la sédition venait, dit Tite-Live , d'où l'on devait le moins l'attendre, d'un patricien , d'un homme illustre, de Marcus Manliug Capitolinus. Il s'indignait de revoir perpétuellement Camille dans les magistratures, Camille à la tête des armées, Camille prenant pour ses propres ministres les collègues élus avec lui sous les mêmes auspices; ce Camille, qui jamais n'eût délivré Rome, si un autre n'eût auparavant sauvé le Capitule! Camille a surpris les Gaulois, désarmés par un traité et recevant une rançon; un autre avait bravé leur audace et leurs armes, et les avait précipités du haut de la citadelle dont ils allaient s'emparer. Celui-là n'a point eu de compagnon de sa victoire, tandis que chaque soldat de l'armée a une part à réclamer dans le triomphe du prétendu lihérateur. Ces discours de Manlius réussissant peu auprès des sénateurs, il se fit populaire; et, selon Tite-Live, c'était la première fois qu'un patricien se jetait dans ce parti : Primuni omtiium ex palribus popularîs factus . Crevier remarque avec raison qne Tite-Live oublie le consul Cassius, qui proposa le premier une loi agraire. Manlius communiqua ses desseins aux tribuns du peuple, décria les p%res conscrits, flatta la multitude, et voulut acquérir une grande plutôt qu'une bonne renommée , famœque magnœ malle qiuim bonœ esse. Non content des lois agraires, il épousa la cause des débiteurs, menacés, disuit-il , non pas seulement de la misère et de l'ignominie, mais de toutes les rigueurs de l'esclavage. IjC besoin

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aSa HISTOIRE ROMA.IHE.

de rebâtir avait multiplié les dettes, fléau qui accable tes pauvres, ruineuK qu'il est pourles riches mêmes, re damnosissima eiiain dîdtibus. Au milieu de ces embarras, la guerre des Latins et des Herniqaes servit de prétexte pour créer un dictateur, que l'on nommait véritablement contre Manlius : ce fut Cossus , et non pasQuintius Capitolinus, quoi qu'en dise Plutarque; ce Quintius ne fut que général de la cavalerie.

Cossus lève une armée et la conduit dans le Pomptinum. o Sans doute, dit Tite-Live, on s'ennuie de lire a les récits de tant de guerres avec les Volsques , et l'on « me demandera , comme je l'ai demandé moi-même aux « auteurs mes devanciers , où ces Volsques et ces Eques , «tant de fois défaits, retrouvent encore des armées : «les anciens ne m'ont rien répondu sur ce point; com- 'I ment répondrai-jc à mon tour, sinon par mes conjeco tures? Apparemment d'une guerre à l'autre , il croissait «une jeunesse nouvelle, qui sufltsaità réparer les perles; «ou bien les levées s'opéraient successivement sur dif- K férentes peuplades ; ou il faut présumer que ces lieux, «qui ne sont plus peuplés que de nos esclaves, étaient « alors habités par d'innombrables multitudes de guer- « riers libres. Toujours les auteurs s'accordenf-ils à dire «qu'après les coups si rudes que depuis peu Camille «avait portés aux Volsques, ils mirent sur pied une «armée considérable, que renforcèrent des Herniques, « des Latins , des Circéiens , et des colons de Vélétri. » Vous voyez , Messieurs , que Tite-Live expose la difficulté beaucoup plus qu'il ne la résout. Il prend les matériaux de son ouvrage tels qu'il les trouve, mais sans se faire illusion sur ce qu'ils ont de défectueux et de fragile. Jjs dictateur Cossus sort de sa tente.

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prend les auspices , sacrifie aux dieux , et adresse à son armée ce discours : a La victoire est à nous, soldats, (i si les dieux et ieurs interprètes savent lire dans l'ave- « nir. Comme il convient à des guerriers pleins d'un <i espoir qui ne les peut tromper, et qui vont combat* « tre de trop faibles ennemis, laissons à nos pieds nos « javelots, et qu'il nous sutBse que nos mains soient « armées de glaives. Il est même superflu de faire un « seul pas en avant. Restez serrés dans vos rangs, et u attendez le choc desennemis. Quand ils auront lancé « leurs traits inutiles , quand ils se porteront en désora dre sur votre immobile phalange , alors faites briller « vos glaives, et que chacun de vous se souvienne o qu'il est des dieux défenseurs de Rome, des dieux a qui vous ont envoyés au combat sous d'heureux « auspices. Et toi, Quintius, retiens l'ardeur de la « cavalerie jusqu'à ce que l'action commence : dès que « tu verras qu'on est aux, prises , fonds sur des miséraa bles que nous aurons déjà frappés d'effroi; accable- (I les d'une autre terreur, et porte la confusion dans (I leurs rangs. » On combattit, cavaliers et fantassins, ainsi que l'avait prescrit le dictateur; te général ne manqua point aux légions, ni la fortune au général : IVec dux legiones, nec fortuna fefellit ducem.

Se promettant la victoire, parce qu'ils étaient supérieurs en nombre, les Volsques ne gardèrent aucun ordre dans l'attaque, aucun dans la retraite. Leurs cris, leur ardeur à lancer des traits, l'impétuosité de leur premier choc annoDçaient leur confiance : bientôt ils ne surent ni résister aux glaives, nicombattre corps à corps, ni soutenir l'aspect des braves dont les yeux brillaient de tout le courage de leurs âmes. Déjà les

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354 HISTOIRE HUMAIKR.

premiers rangs volsques étaient enfoncés, et se renversaient sur les autres , quand la cavalerie romaine acheva leur déroute : les mouvements de leur armée rompue, ébranlée de toutes parts, ressemblaieataux fluc> tuations d'une mer agitée : Ftuctuanti similis acies erat. Chacun prend la fuite, à mesure qu'il voit le carnageapprocherdelui. Ceux qui se sauvent armés et p»r pelotons sont poursuivis par l'infanterie romaine; des escadrons enveloppent et arrêtent ceu\ qui ont jeté leurs armes, les tiennent en échec jusqu'à ce que les fantassins arrivent pour les exterminer. Le même jour, on s'empare du camp des Volsques, on fe livre au pillage; les prisonniers seuls sont réservés. C'étaient pour la plupart des Heralques et des Latins, non-seulement des plébéiens , mais beaucoup de jeunes gens des pre> mières familles; preuve évidente que le gouvernement de ces peuples connivait avec les ennemis des Romains. On recoDDUt aussi des Circéieos et des colons de Vélétri; tous furent envoyés à fiome.

Le diptateur aurait continué cette guerre, s'il n'eût élé rappelé à la ville, où la sédition prenait un caractère de plus en plus alarmant. Manlius ne se bornait plus aux paroles, il inquiétait par ses actions. Ayant vu emmener un centurion condamné à la servitude comme débiteur insolvable, et jadis guerrier distingué, il accourut avec sa troupe au milieu de la place publique, et mit la mai» sur le prisonnier, en déplorant l'infortune d'un si brave citoyen et les misères du peuple, et en déclamant contre la tyrannie des nobles, contre la cruauté des créanciers, a En vain , s'écrîait-il , au- «rais-je sauvé le Capilole et la citadelle, s'il me faut «voir mon concitoyen , mon compagnon d'armes, traîné

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QU AB ANTF.-TROISI felWE LFÇON. -^55 ■

«I dans les fers, tout comme s'il était au pouvoir des Gau- «iois.vEn disant CCS mots, il payela dette devant le peuple, et délivre le centurion qui conjure les dieux et les hommes de récompenser Manlius son bienfaiteur. Accueilli aussitôt dans la troupe des séditieux , le centurion en devient l'un des chefs : il montre les cicatrices qu'il a rapportées de tant de guerres, surtout de celles des Véiens et des Gaulois. Tandis qu'il combattait, pendant qu'il relevait ses pënates renversés , ses créanciers l'écrasaient du poids de leurs usures; il avait déjà payé plusieurs fois en intérêts la valeur du capital emprunté par lui. S'il revoyait la lumière , le Forum , ses concitoyens , c'était l'œuvre de Manlius : il lui devait tous les bienfaits qu'on attend d'un père; aussi lui dévouait-il ce qui lui restait de forces, de vie et de sang; désormais sa patrie , ses pénates, ses droits*, tout lui serait commun avec son libérateur. Ces discours disposaient la multitude à ne plus voir dans l'État qu'un seul homme. Manlius, pour accroître cet enthousiasme, mit en vente un domaine, principale partie de son patrimoine. (• Non , Romains , disait-il , je ne souffrirai pas qu'un aseul d'entre vous soit condamné et enchaîné, tant uqu'il me restera quelque possession. » Ce dernier trait enflamma les esprits , à tel point que le peuple semblait prêt à suivre, dans toutes les voies de la justice ou de la violence, le garant de sa liberté. Il tenait dans sa maison des assemblées ; et, entre autres accusations qu'il débitait contre les pratriciens, sans distinction du faux ou du vrai , il insinuait qu'ils avaient caché au fond de leurs palais les trésors arrachés aux Gaulois; que, non contents d'usurper les terres de la répubhque, ils dérobaient aussi son argent ; et que ce larcin , si on le

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. a56 * HISTOlfiEnOHAINE.

découvrait, suffirait à payer toutes les dettes du peupie. Cet espoir, cette indignité agitaient toutes les âmes. Quoi! chaque citoyen aura contribué de ses deniers à la rançon de la ville, et l'or repris aux Gaulois aura été la proie de quelques nobles! Mais où donc l'avaient-ils caché? Où le fallait-il ressaisir? Manlius différait de répondre à ces questions ; il donnerait ces renseignements quand ni en serait temps. Mais on ne songeait plus qu'à cet objet, on oubliait tout le reste; et il était visible qu'on ne mettrait point de bornes à la reconnaissance, si cette révélation se vérifiait, nia l'indignation, si elleétait fausse. Ces détails. Messieurs, semblent assez conformes à ce que nous a dit TiteJàvi: de la rançon reprise, arrachée des maias des Gaulois. Cependant, il suppose ici que chaque citoyen avait contribué à la payer, tributo collationem factani , et, dans son cinquième livre, il ne nous a parlé que d'une contribution volontaire des dames romaines. II nous a conté aussi que l'or repris aux Gaulois avait élé déposé dans la chapelle de Jupiter, sous lo. niche de sa slalue. Si l'on savait qu'il se retrouvait là, et si pendant cinq ans on avait consenti à l'y laisser, à ne pas le res* tituer à ceux qui l'avaient fourni, comment se fait-il que Manlius annonce que des patriciens l'ont dérobé? et pourquoi personne ne lui répond-il que ce trésor doit se retrouver sous la statue du grand Jupiter, et qu'il n'y a qu'à vérifier s'il y est encore? Des fables telles que celles dont on a composé l'histoire de la prise et de la délivrance de Rome laissent nécessairement dans toute la suite des annales d'un peuple des embarras et des nuages.

De retour à Rome, le dictateur Cossus assemble les

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QU A,R*.KTE-TROISlèME LETON. aS^

sénaleurs, et se rend avec eux au Comitium, où il a fait établir sa chaise curule. De là , il envoie sommer Maiiliiis de comparaître; et Manlîus, en effet, arrive au Forum, accompagné d'une troupe nombreuse à laquelle il a donné des instructions. Le sénat d'un côlé, le peuple de l'autre, sont là comme des armées en présence; et chacune a les yeux Bxés sur son chef. On fait silence, et Cossus dit : a Plût à Dieu que moi et les patriciens « de Rome nous fussions d'accord avec tes plébéiens n surlesautresaf&ires de l'État, comme nous le serons, « j'en ai la confiance, sur ce qui te regarde, ô Man- * lius, et sur la demande que je vais l'adresser! Je « sais que tu as donné au public l'espoir d'acquittée « toutes les dettes avec les trésors des Gaulois, recelés « par tes plus illustres sénateurs. Certes , je suis bien a loin d'y mettre obstacle; au contraire, je viens t'ex- « liorter à libérer les débiteurs plébéiens, et à nous « montrer la place ou des ravisseurs clandestins recè- « lent les trésors de l'État. Si tu ne le faisais pas, comme n il s'ensuivrait, ou que tu as toi-jnême la part dans ce a larcin, ou que ta dénonciation est calomnieuse, je o te ferais conduire en prison , et ne te laisserais « point abusej; plus longtemps la multitude d'un faU H lacieux espoir. » Manlius répondit qu'il savait fort bien que ce n'était pas contre les Volsques toujours eu gueire quand cela convenait au sénat, ni contre les Latins et les Herniques poussés à la révolte par de fausses inculpations, mais contre lui-même ot contre le peuple romain, qu'on avait créé un dictateur; que déjà , négligeant une guerre simulée, on tournait les armes contre sa personne; que déjà le dictateur se déclarait le patron des usuriers contre le peuple; (|iie dojà XV. n

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•iSS HISTOIIII-: noMAlNE.

enfin on entreprenait de le perdre, en lui faisant un crime de la faveur publique. « Oui , ajouta-t-il, et toi, a Cossus, et vous, pères conscrits, cette foule qui s'at- « tache à moi vous offense. Que n'essayez- vous de a me l'elilever, chacun par vos bienfaits, en répondant « pour vos concitoyens, en les sauvant des rigueurs « de la servitude, en les préservant des jugements el « des condamnations, en consacrant à leurs nécessités a le superflu de votre opulence? Mais pourquoi vous « exhortera rien sacrifier de ce qui vous appartient? « Accordez seulementdes conditions «quitables'.dédui- « sez, des capitaux prêtés, les intérêts énormes qui vous « ont été payés; et bientôt mon cortège ne sera pas « plus nombreux que celui d'un autre. Je suis, dires* a vous , le seul qui prenne ainsi la défense des citoyens. « A cela je n'ai rien de plus à vous répondre, que « si vous me demandiez pourquoi seul aussi j'ai sauvé « lé Capitole et la citadelle. Alors j'ai fait ce que j'ai a pu pour tous mes concitoyens ensemble, je le fais M maintenant pour chacun d'eux à part. Quant aux tréa sors gaulois, c'est une affaire fort simple de sa nature, <t et que votre question rend dif^cile. Car pourquoi

< demander ce que vous savez ? Pourquoi nous ordon- « ner d'arracher de votre sein ce que vous en pouvez « déposer vous-m^nies , à moins que cet ordre ne cache

■ quelque autre piège? Oui , plus votis me pressez de

■ dévoiler vos artifices, plus j'ai lieu de craindre que « vous n'ayez préparé les moyens de tromper les re-

< gards les plus attentifs. Ce n'est donc point à moi « d'indiquer vos larcins, mais à vous de publier vos

■ restitutions. »

1^ dictateur enjoint à Manlins de révéler sans dé'

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QIJA^KAIÏ TK-TROISIÈMK LEÇON. sSq

tour ce qu'il sait, OU de s'avouer calomniateur; et, sur ^ reft]s d'une répottse catégorique, il ordonne de le mener en prison. Saisi par te.viateur, Manlius s'écrie : «Très-bon el très-grand Ju[Hter, et toi, reine Jtinon, e( a toi, Minerve, et vous tous, autres dieuK et (tresses qui n liabilez le Capitole et la citadelle, souffrirez-vous que « votre soldat, votre défenseur, soit ainsi toyrmenté par n ses ennemis? que celte main, qui a dissipé les Gaulois " agresseurs de vos asiles sacrés, soit aujourd'tiui char- .(gée de fers?» Tous frétuissaienten voyant ce spectacle, «n ccoutaat ces supplication;;. Mais l'iiabitude du pitis fiatient respect pour l'autorité légilime était invincible au sein de la cité : ni les tribuns du peuple, ni le peuple même n'osaient murmurer ni lever les yens devant 4a puissance dictatoriale. On sait seulement que, après rîncarcéralion de Manlius, plusieurs citoyens laissèrent croître leurs clieveux et leiH" barbe, et qt)'uii« multitude af'fligéeasHiégeait l'entrée de ta prison. T^tHctateurt lioniplia des Volsques, honneur qui Itti valut plus de liaine tfiie de gloire : on osait dire que ce triomphe, oittenu par la tyrannie plus que par la victoire, signalait la défaite d'un citoyen el non pas des ennemi», et qu'il ne tnaiiquail à tant d'orgueil que de traîner Manlius enchaîné an char triomphal, Une sédition allait éclater; le sénat la pi'évint par une largesse volontaire et subite : il Ht conduire à Satricum une colonie de deux mîHe H-itoyens romains, à chacun desquels il assignait deux itrpents el demi de terre. C'était peu de chose, c'était j>eu de donataires ; on voyait dans cette faveur le prix de la proscription de Manlius , et ce remède à la sédition en aigrissait les ferments. Déjà le parti du prosirit mettait plusd'appareiJ dans les signes de son deuil:

a6o HISTOIRE nOMAIRE.

te triomphe et l'abdication du dictateur avaient dissipe la terreur, affranchi les sentiments, et délié les langues. Ce dernier chapitre ofifre deux difRcuItés , qui ont occupé lesérudits. La première consiste en ce que l'historien semble considérer comme un signe de deuil chez les Romains l'affectation de laisser croître leur barbe, tandis que, au contraire, Varron nous apprend que,jusqu'au temps de Scipion l'Africain le jeune , c'est-à-dire jusqu'au deuxième siècle avant notre ère , ils l'avaient toujours portée longue en toute circonstance. Il a fort bien pu arriver à Tite-Lîve , comme à plusieurs autres historiens , de transporter un usage de leur propre temps auï temps dont ils écrivaient l'Iiistoire. Pour lui sauver cette méprise, remarquée par Rollin, des commentateurs, et particulièrement Crévier, ont prétendu que l'expression barbam protnisisse, équivalait à harbam neglexisse; et en conséquence les partisans de Manhus,qui, dans la traduction de Guérin, laissent croître leur barbe, la né^igent dans celle de M. Dureau de la Malle, qui n'est pas en cette rencontre, non plus qu'en beaucoup d'autres, la plus exacte. Je crois que la fidélité d'une traduction doit s'étendre jusqu'à retracer toutes les idées singulières et toutes les erreurs qu'offrirait l'original. £n lisant la version de Guérin , voas êtes avertis, comme en lisant le texte, de la difficulté qui existe ici. M. Dureau de la Malle la fait disparaître, et substitue une expression vague à celte de Tîte-Live, qui peut bien être faussement appliquée, mais qui est précise.

La seconde difficulté concerne le lieu où furent envoyés les deux mille colons; le texte porte Safricum dans les meilleurs manuscrits, dans les bonnes éditions,

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QUARANTE-TROISIÈME LEÇON. sGl

et même dans cellequi accompagne ha version de M. de la Malle; mais ce traducteur écrit en français Su/ri, sans aucune note qui rende raison de ce changement. ■ Il y avait lieu d'avertir que cer.tains éditeurs substituent Sulrium à Satricum , en se fondant sur ce que Velléius Paterculus, dans la notice des colonies qui se joint aux fragments de son premier livre, dit que, sept ans après la prise de Rome par tes Gaulois, une colonie fut conduite à Sutrium : Posiseptem annos quum GalUurbeni ceperunt, Sutrium f/er/ucto colonia est. Est-ce le texte de Velléius ou celui de Tite-Live qu'il faut corriger?' Sigonius reelîBe celui de Velléius par celui de Tit«- Live; et je serais de cet avis, si je ne pensais qu'il vaut encore mieux les laisser l'un et l'autre tels qu'ils, sont, et ne pas trancher, par l'akération de l'un de ees textes, ta question géographique que leur opposilioiiprésenle. Si l'on prétendait concilier entre eux tous les historiens antiques , on serait entraîné à dénaturer tous leui's livres. Il me semble qu'il n'est pas plus permis de les corriger de cette manière , que d'altérer les écri-tui'es d'après lesquelles un procès doit être jugé. Sutrium, aujourd'hui Sutri, était une ville étrusque,, voisine de Mepi, ou de l'ancienne Népélé. Satricum ou Satrica était, au contraire, dans le pays def» Voisques. Ces deux villes se trouvaient, la première au nord de Rome, la seconde au midi, aux deux extrémités de l'État romain. Dans laquelle une colonie fut-elle onvoyée en 383 ? Ni Tite-Live, ni Velléius Paterculus ne lesavaientassez bien peut-être. Mais l'académicien Secousse, dans un mémoire sur quelques erreurs de Plutarqne, qui a confondu aussi Satricum avec Sutrium, montra qu'il est fort prenable qu'il n'a jamais été établi de

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•^6% HiSTOIltE nUMAINE.

coloiùe romaine à Sutti, «t qu'ù tous égards il -oi)- ■vtent de s'en tenir à la leçon Satricum des manuscrits et des éditions de Ïite-Live. C'est ce qu'a fait Guéria, qui traduit i«i Satrique; en quoi je pense que M. Dur«au delà Malteaurait dû encore l'imiter. Quoique de pareils détails ne soient pas ce qu'il y a de plus intéressant dans une histoire, il est bon qu'ils aient, dans une traduction , la plus grande exactitude possible; et^ par exactitude, j'entends ici la plus scrupuleuse conformité avec le texte. Quand Ïite-Live écrit Satricum^ a. quel pi-opos traduire SutriPSi l'on croit qu'il s'est trompe , n'a-t-on pas la ressource d'en avertir dans une note ? Mais, en ce point, il y a toute apparence que ce n'est pas lut qui s'abuse , et qu'en le contredisant au Heu de te traduire, on n'a pas été plus lieuraux que 6dèle, Pour l'ésoudre la diftîculté, M. Poirson fait établir par (e sénat deux colonies, la première à Satrique, en 384iSetou Tite-Live ; la seconde à Sutri, en 383, selon Velléius Paterculus. Mais tout annonce que ces deux auteurs parlent d'un seul et même fait, et que, si l'un écrit Sutrium et l'autre Satricum, c'est uue erreur de l'un ou. de l'autre, ou de leurs copistes.

Cependant , sur la place publique de Rome , des liarangueurs reprocliaietit à la multitude de sacrifier ses défenseurs, de les abandonner au moment du péril. Ainsi Cassius.qui l'avait appelée au partage des terres; ainsi Mélius, qui l'avait nourrie à ses dépensen un temps de famine, s'étaient vus opprimés par elle; ainsi Maulius, qui reiulait à la liberté et à la lumière les débiteurs plongés daus les cachots des usuriers, venait d'être livré à ses ennemis. Le peuple engraissait ses favoris comme des victimes : Saginare plebetn popu-

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QU AltÀNTK-TUOlSlÈUE LtÇOM. 2ti3

iares suos ut juf^ulentur. Uu consulaire souffrir tant d'indignités , pour n'avoir pas répondu aux premiers mots d'un dictateur! A supposer même qu'il en eût d'abord trop dit, et qu'eu conséquence il ne lui restât rien à répondre, quel esclave encore avait été jetédans les fers pour un mensonge? On ne s'était donc |>as retracé l'image de cette nuit qui faillît être la dernière, l'éternelle nuit du nom romain * ni de cette armée gauloise qui escaladait la roclie Tarpéieniie! ni de ce Manlius, tel qu'on Tavait vu, couvert de sueur et de sang, arracher Jupiter même à des mains barbares ! Croyait -ou avoir, par quelques onces de farine, récompensé le libérateur de la patrie? Et celui qu'on avait élevé aux cieux, et associé à Jupiter par le surnom de Capitolin, pouvait-on souffrir qu'enchainédans lesténèbresd'uue prison , il ne respirât qu'au gré d'un bourreau ? Un seul avaittoutfaitpourtous,ettons ne feraient rien pour un seul! I^a nuit même ne dissipait point la foute, qui écoutait ces discoui-s; elle menaçait d'enfoncer la prison. Ce qu'elle allait obtenir de force, on Le lui accorda : un séaatus-consulte mit en liberté Manlius; et la sédition, au lieu de s'éteindre, eut un chef En ces mêmes jours, les Latins et les Herniques, les colons de Circéi et de Vélétrî vinrent se justifier d'avoir pris part à la guerre des Volsques, et redemander leurs prisonniers pour les punir selon leurs tois : on leui' répondit avec rigueur, surtout aux colons, qui, citoyens romains, étaient plus coupables d'avoir attaqué leur patrie. Non-seulement on leur refusa les prisonniers, mais (ce qu'on ne fit point à l'égard des alliés ) on leur signifia, au nom du sénat , de sortir à l'instant de la ville, de ne pas s'exposer plus longtemps aux regards du peuple romain, de peur que

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264 IIISTUIRJI ROMAIHE.

le droit d'ambassade, acquis aux étrangefs, non aux

citoyens, ne suffit point à les protéger.

La sédition de MantiuR se ranimait, lorsque de nouveaux tribuns militaires s'installèrent le 7 septembre 383, C'était Camille pour la cinquième fois, outre sa censure et ses trois dictatures ; Cornélius Maluginensis pour la troisième fois, et Potllus Publicola, Cornélius Kufus, Papirius Crassus, Quintius Cîncinnatus, pour la seconde fois tous quatre. La paix extérieure, établie à l'ouverture decetteannée consulaire, semblait arriver fort à propos pour le peuple et pour les patriciens : pour le peuple, parce que les enrôlements ne le détourneraient pas de poursuivre, sous un chef si puissant, l'abolition des dettes; pour les patriciens, parce que des alarmes étrangères ne les distrairaient pas du soin de guérir les maux domestiques. Tant de confiance des deux parts annonçait un combat prochain. Manlius tenait chez lui des assemblées populaires; jour et nuit, il concertait avec les chefs du peuple le plan de ses innovations ; il se montrait plus audacieux et plus irrité que jamais. Un récent outrageavaitçnflammé de colère un cœur peu accoutumé aux affronts; et sa fierté s'exaltait, en songeant que le dictateur n'avait point osé contre lui ce que Cincinnatus jadis s'était permis contre Mélius ; que, pour échapper à la responsabilité d'une incarcération odieuse. Cossus s'était pressé d'abdiquer la dictature ; et que le sénat même avait craint d'en supporter plus longtemps le reproche. A la fois enorgueilli et exaspéré par ces pensées, il irritait les esprits, déjà trop enflammés d'eux-mêmes. « Jusqu'à quand mécon- ■ naîtrez- vous vos propres forces ? Les animaux sentent «les leurs: la nature leur apprend à les mesurer. Comp-

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QUl^R ANTE'THOISIÈME LEÇOH. a65

n tez du moins combien vous êtes et combien vous avez «d'adversaires. Si vous combattiez un contre un, je « croirais encore que vous seriez.plus ardents à défendre u votre liberté qu'eue à soutenir leur tyrannie. Mais aua tant vous étiez de clients autour d'un patron , autant « vous êtes d'agresseurs d'un seul ennemi. Montrez seu- « tement la guerre, vous aurez la paix. Qu'ils vous voient «prêtsà déployer vos forces, ils reconnaîtront vos droits. « Il &ut tous ensemble oser quelque chose, ou tout souffi frir chacun à part. Jusqu'à quand (ixerez-vous sur moi «tous vos regards? Certes, je ne manquerai à aucun de n vous ; faites que la fortune ne me manque point. Moi, a votre libérateur, dès que mes ennemis l'ont voulu , j'ai u été anéanti ; et vous avez vu , tous tant que vous êtes , «charger de fers celui qui avait brisé ceux de chacun « de vous. Qu'ai-je à espérer si mes ennemis osent da- «vantage?Dois-je attendre le sort de Cassius et de Mé- « lius? Vous repoussez ces présages; vous avez raison : « les dieux empêcheront ces horreurs ; maïs les dieux ne « descendront pas pour moi du ciel. Puissent-ils vous ins- > pirer la résolution de résister à mes prescripteurs , « comme ils m'ont donné, sous les annesou sous la toge, ■ la volonté de vous défendre contre des étrangers «barbares, et contre des patriciens superbes! Quoi! si « peu de courage dans un si grand peuple ! El, toujours « réduits à implorer des secours contre vos oppresseurs, « jamais vous ne sauriez combattre ces patriciens que « pour modifier les formes de la domination que vous « leur permettez d'exercer sur vous! Non, ce n'est point n là votre caractère naturel , c'est une habitude qui vous « enchaîne. Car enfin pourquoi vous voit-on si fiers cona tie des étrangers, si persuadés qu'il vous appartient de

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266 HISTOIRE UOHA.1NE.

a leur dicter des lois? C'est parce que vous êtes accoutu' «mes à les courber sous votre empire; au lieu qu'avec a vos eanemis intérieurs, vousessayez la liberté plus (|ue «vous ne la savez exiger et inaiatenir. Toutefois, quels «qu^aient été vos cbefs , quels que vous ayez été vous- « ménif^ jusqu'ici , tout ce que vous avez demandé , vous « l'avez obtenu , soit par vos forces , soit par votre boone « fortune. Il est temps de faire de plus grands efforts. it Éprouvez votrebonheuretmouzèle,qui vous est connu, «je l'espère, par une heureuse expérience. Vous aurez « moins de peine à imposer un maître à ce» patriciens. Il que vous n'en avez eu à leur opposer des adversaires «chargés de résister à leur empire. A bas les dictatures et aies consulats! Solo (Equandcesuntdictaturœ consolamasque} Que la tête du peuple romain se relève triom- «phante. Joignez-vous doue à moi, empêchez les pouru suites pour dettes : je me déclare le patron du peuple; «mes soins et ma fidélité m'ont revêtu de ce titre. S'il «eu faut un plus insigne, plus révéré, plus honorable, « plus digne de votre chef, ce chef, dont vous disposerez «toujours, n'en sera que plus puissant pour accomplir « vos volontés. » Ou dit que Manlius partitde là pour parler de royauté; mais avec qui traita-t-il ce point, et jusqu'où poussa-t-il l'affaire? Les traditions ne nous l'appreoneat pas assez clairement, ditTite-Live.

De son côté, le sénat s'inquiétait de cette scission du peuple, de ces rassemblements daus une maison privée, située dans ta citadelle, et assez forte pour menacer la liberté publique. Plusieurs s'écriaient qu'on avait besoin d'un Servitius Âhala , qui, au lieu d'irriter l'ennemi de l'État par un emprisonnement, éteignit la guerre intestine dans le sang d'un seul homme. T^es avis

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Ql) ARANTJE-TROISlÈHt: LEI^OH. 267

des sectateurs se rallièrent à la mSsui'e, plus modérée et non moins ef^cace, d'ordonner aux magistrats de pourvoir à ce que la république n'éprouviît aucun dommage des pernicieux desseins deMaulius. Tribuns consulaires et tribuns plébéiens (car ceux-ci prévoyaient que leur pouvoir allait tomber avec la liberté publique) s'étaient ratlacbés à l'autorité du sénat ; tous concertèrent ensemble les moyens à prendre. Personne ne trouvant d'autre expédient que la force et l'assassinat, qui produiraient, on le présumait, une commotion périlleuse, deux tribuns du peuple, Méuius et, Pubtilius, parlèrent en ces termes : «Pourquoi faire une « guerre entre les patriciens et les plébéiens, de ce qui «est la cause de la cité entière contre un citoyen cor- « rupteur? Pourquoi combattre le peuple en même temps «que celui qu'on est sûr d'attaquer bien mieux par le «peuple même, et d'accabler par les forces qu'il croit les « siennes ? Nous avons dessein de le citer devant les co- « mices. Il n'y a rien de moins populaire que la royauté, u Dès que la multitude verra qu'on ne s'en prend point «à elle, et qu'on l'appelle à juger celui qui l'a entraînée uà te défendre; quand elle verra dans les accusateurs «des plébéiens, dans l'accusé un patricien, dont le crime «est d'aspirer au trône, elle ne connaîtra plus d'îiutrc «afifeclion que l'amour de la liberté. »

Tous approuvant cet avis, les tribuns du peuple ajournent Manlius , dit la version de Guérin, et le somment decompuraltre à certain jour devant son tribunal. Voilà beaucoup de paroles pour les trois mots latins diem Manlio dtctint, outre qu'il n'est peut-être pas trèsconvenable d'appeler l'assemblée du peuple un tribunal. M. Dureau de la Malle traduit ilx di-essent. fncte

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a68 HISTOIRE ROMAINE.

tF accusation , expression toute moderne, qui s'applique assez malaux formes des jugements antiques. Il n'y avait point d'acte d'accusation proprement dit, c'està-dire d'exposé des caractères, des circonstanœs du crime, avec indication des preuves : on se bornait à un énoncé beaucoup plus simple de ta seule nature du crime. A. la nouvelle de cette accusation , le peuple s'émut d'abord, surtout lorsqu'il vit l'accusé en habits de deuil , sans que ses parents , ses alliés , ses deux frères mêmes, Aulus et Titus Manlius, prissent à lui le moindre intérêt. Jusqu'alors les proches n'avaient jamais manqué de changer d'habits en de si critiques conjonctures. Appius Claudius ayant été mis aux fers, Caius Claudius, son ennemi, et toute la famille Claudienne avaient pris le deuil : mais on voulait opprimer Manlius à cause de sa popularité , et parce qu'il était le premier qui eût abandonné la cause patricienne pour celle du peuple. (Tite-Live oublie toujours Cassius, quoiqu'il l'ait fait citer deux fois dans les chapitres précédents.)Lejour vint; les accusateursalléguèrentles rassemblements, fes paroles séditieuses, les largesses, et la révélation mensongère. Je ne trouve nulle part, dit Tite-Live, aucune charge plus précise, plus proprement relative au crime d'aspirer au trône, perUnentia proprie ad crimen regni ; mais je ne doute pas , continue-t-il , qu'il n'y en eût dont la force n'était pas médiocre, puisque, si le peuple hésitait à condamner , c'était à cause du lieu, et non du fond de l'affaire. Les détails de ce jugement apprendront comment de brillants titres de gloire sont devenus non-seulement inutiles, mais odieux, par la honteuse ambition de régner. QiUF et (juanta décora, fœda cupiditas re^ni, non in-

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QUARANTE-TROISIÈME LKÇON. 2G<)

grata solatn,sed invisa etiam reddiderit. On lit, dans la traduction de M. de ta Malle , « combien de belles acntions, toutes du plus grand éclat, rendirent odieuse « même l'ambition de régner. » Il faut qu'il y ait là quelque faute d'impression ; car il est tcop clair que, daus le texte, ce n'est pas l'ambition de régner qui devient odieuse à cause des belles actions, mais ces actions mêmes qui sont ternies par cette ambition coupable. Manlius produisit, dit-ou, près de quatre cents liommes dont il avait empêché de vendre les biens et de ravir la liberté , en leur prêtant , sans intérêt , de quoi payer leurs dettes. Ensuite il rappela, il exposa les monuments de ses exploits guerriers, les dépouilles de trente ennemis tués de sa main, quarante récompenses décernées par les généraux , eutre autres deux couronnes murales et huit civiques. Il fit comparaître les citoyens qu'il avait sauvés au milieu des combats, ajoutant à leurs noms celui de Servilius, commandant de la cavalerie sons Camille, et alors absent. Après un discours dont l'éclat égalait celui des faits d'armes que Manlius y retraçait rapidement, il découvrit sa poitrine, couverte de glorieuses cicatrices j et, portant quelques regards sur leCapitole, il appelait Jupiter et les autres dieux au secours de ses destinées; il les priait de renouveler ce qu'ilsavaient opéré, lorsq n'inspiré par eux.itdéfendait, pour le salut du peuple romain, la citadelle capitoline, d'animer les Romains à leur tour decemême zèle pour le sauver de ses périls; et, s adressant à chacun en particulier, à tous ensemble , il les suppliait de regarder le Capitole et la forteresse , et de ne le juger qu'en présence des dieux immortels. lA peuple votait par centuries au champ de Mars; l'accusé ten-

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1170 HISTOIRE ROMAIWE.

dait les mains vers le Capitole, et, ne priant plus les hommes, il implorait les dieux. I>es tribuns sentirent (fue, s'ils ne détournaient les yeux des juges du monument de tant de gloire, jamais les preuves ducrime ne prévaudraient, dans les esprits, sur des préventions inspirées par le souvenir d'uu tel "bienfait. Ils prorogèrent In cause, et indiquèrent une assemblée dans le bois Pétélin, hors de la porte Nomentana, d'où l'on ne voyait pas le Capitole. Là , prévalut l'accusation ; et l'on prononça tristement une sentence odieuse aux juges mê- Tn<^s. Il y a des auteurs qui prétendent que Mantîtis fut condamné par des duumvirs créés exprès pourrecherdier son crime. Les tribuns le précipitèrent de la roche Tarpéienne; et ce même lieu, théâtre de sa gloire éclatante, le fut de son dernier supplice. C'était peu de sa mort; on y ajouta deux notes d'infamie : l'une publique, et consistant en une loi qui défendait à tout patricien d'habiter au Capitole, et dansJa citadelle où Manlius avait occupé une maison, remplacée aujourd'hui par ie temple et l'atelier de la déesse de la Monnaie ; l'autre domestique, et résultant de ta résolution , prise par la famille Manlienne, de ne jamais laisser porter à aucun de ses membres le prénom de Marcus. Ces traditions étaient, Messieurs, si incertaines, qu'Aurélius Victor s'y est mépris: il dit que la familledu condamné renonça au nom même de Manlius : Gentilitas ejus Mania cognomen ejuravU. Pour Tiie-Live, voici comment il termine ce récit : « Telle fut la fin d'un «homme mémorable, s'il n'était né au sein d'une cité «libre. Le peuple le regretta bientôt, quand, n'ayant ■« plus à le redouter, il ne se ressouvint que de ses gran- «dcA qualités. Une peste survint peu après; et In plupari

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QU AU AMTE-TBOISI iMK LEÇOH. 1^ t

« ne trouvaient pas de cause plus manifeste tie ce ll^au n que le supplice de Manlius. Le Capitote était souillé » du sang de sou sauveur; et l'on venait de contrister les a dieux , en leur offrant de si près le spectacle de ta n mort d'un homme qui avait arraché leurs temples aux « mains des barbares. »

Quoique Camille fût alors tribun milita ire, Tite-Live ne lui fait jouer aucun rôle particulierdans la condamnation de Manlius. Chez Plutarque, c'est Camille qui fait transporter lesïége decejugement hors de la ville, en un lieu appelé le bocage Fétilien; de là on ne pouvait voir le Capitote. Et Plutarque, et Tile-Live, el tous les anciens auteurs, et tous les modernes , y compris Machiavel, Condîllac, M. de Ségur et M. Poirson, s'accordent à déclarer Manlius coupable et digne du sort qu'il a subi. Machiavel se sert de cet exemple pour montrer qu'on ne doit jamais laisser impuni le crime d'un citoyen qui a rendu d'émînenls services. Il a fallu le récompenser pour avoir sauvé le Capitule; il le faut précipiter de la roche Tarpéienne pour avoir conspiré. Un seul écrivain moderne a soumis à un examen critique le récit que nous venons de recueillir : c'est l'auteur anonyme des Discours et râjîexions critiques sur l'histoire et le goutfememmt de tanr.ienne Rome, publiés, en 17814, en trois vol. in- 1 2. « De tous les prétendus aspirants à ta royauté, dît- « il, le plus célèbre est sans contredit Marcus Manlius Ca- « pitotinus : sa naissance, son élévation, sa gloire, favo- « risaient l'accusation intentée contre lui par le sénat. « Si quelqu'un à Rome pouvait concevoir le fol espoir o d'arriver à la monarchie , c'était lui ; et c'est par cetti- «raison, de toutes les accusations è,v cette nature

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2^a HISTOIRE ROMAINE.

« la plus vraisemblable. Examinons donc l'Iiistoireque CI nous a laissée Tite-Live, de sa condamnation : peut- Hêtre trouverons- nous que sa mort n'a eu d'autre » cause que cette même jalousie qui avait déjà fait pén rir Cassius, Génucius et Mélius. » Après un extrait de la narration de Tile-Live, l'auteur de la dissertation poursuit en ces termes : « J'ose m'iiiscrire en «faux contre tout ce détail, particulièrement contre « ce qui est dit de la citation de Manlius par Corné- « lius Cossus, et de son jugement par le peuple sur a l'accusation des tribuns. Le dictateur reproche à Man- II lius d'avoir calomnié les principaux du sénat, en « leur imputant d'avoir caché l'or que Camille avait « enlevé aux Gaulois... Or il est certain , par le récit M de Polybe, que Camille n'enleva pas aux Gaulois « cet or, mais qu'ils l'emportèrent fort tranquillement. « Il ne se peut donc pas que Manlius ait accusé les sé- « nateurs d'avoir caché ce que tout le monde savait

«avoir été emporté par les ennemis Tite-Live ne

« veut pas que cet or demeure entre les mains des bar- « bares, parce que c'est une chose tout à fait indigne, « de supposer que le peuple romain a été racheté à « prix d'argent, comme une troupe de misérables escla- « ves. Que devint donc cet or si miraculeusement sauvé, « tant celui qui , dans la consternation générale, fut en- M levé des différents temples et tran-sporté pour plus a grande sûreté au Capitole, que celui qui avait été « fourni par les dames romaines? Il fui, selon Titea Live, déposé sous ta statue de Jupiter. Mais quand u les Gaulois furent retirés,... pourquoi ne pas rendre n aux familles leurs trésors, et aux différents sanc- « tuaires leurs statues, surtout dans un temps où lu

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QL AKAfr Tft-THOiSlfeME LKÇOM. I^S

* plupart, suivant notre historien, furent obligés (l'cm- «t pi-uiiter (Ift l'argent à de gro;i intérêts?... S'il y avait R quoique fondement à cette partie de l'histoire oil n Manlius impute aux sénateurs d'avoir caché l'or levé « sur les citoyens, il tie peut regarder t'or emporté H par les Gaulois, mais la somme qui restait entre les V mains des sénateurs. Celte somme peut avoir été très- H considérable , et suffisaule pour pajrer une grande •r partie des dettes des citoyens indigents; et l'accusa- « tton de JVlanlius , par rapport à ce restant , pouvait ■ « être très-bien fondée. »

Plusieurs de ces réflexions. Messieurs , nous ont été déjà suggérées par la lecture attentive du texte de Tile" Live, et par le rapprocbement des circonstances diverses qu'il rapporte. Si, quoi <]u'ilen dise, les Gaulois ont tout emporté, ainsi que Polybe , Suétone , et, d'après Trogne Pompée, Justin et Orose l'assurent, Manlius n'a pu accuser les sénateurs d'avoir dérobé cet or; S'il est resté à Rome, et si on l'a caché sous la statue de Jupiter, il fallait voir s'il s'y trouvait encore. Mais en supposant que, au milieu de ce désastre, il y ait eu quelques débris précieux à ravir, les nobles sénateurs de Rome étaient fort capables de se les approprier, ainsi qu'ils en usaient depuis fort longtemps à l'égard des terres conquises. N'oublions pas qu'on avait aperçu, chez l'honnêle et austère Camille, des portes de bronze d'un goût toscan, et qu'il s'était adjugées peut-être, comme l'un des fruits de ses victoires en Étrurie, en même temps qu'il faisait constamment si petite la part des soldats au butin; et observons que les (patriciens avaient fort à cœur de s'enrichir, moins par cupidité, ils ne savaient pas jouirencore , que pour

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174 HISTOIRE ROMAIBIK.

s'élever de plusea plus au-dessus des plébéiens, (|iii presque tous restaient paiivreK, et se ménager ainiii les moyens d'avoir toujours un grand nombre de clients et di; déliiteurs à tenir sous leur dépendance ou à réduire en servitude. C'était là le principal ressort de l'a rist ocra lie romaine, et l'un des effets delà classiScatiou opérée jadis par ServiusTullius.

L'anonyme déclare ensuite que la condamnation de Manlius, par une assemblée de centuries, pour avoir voulu se faire roi de Rome, lui paraît tout aussi fausse que celle de sa citation par le dictateur Cossus; et il est vrai. Messieurs, qu'on en peut douter, lorsque Tite- Ijîve avoue, d'un côté, que, selon certaines traditions, le ' jugemeut fut prononcé par des duumvirs; de l'autre, qu'il ne trouve nulle part de preuves directes du crime imputé à ce personnage. On peut s'étonner aussi que, ses Iarge8se.s étant l'un des chefs ou des motifs de l'accusation intentée contre lui, largitionem, il s'applique lui-même à en faire la preuve, en pioduisant, pour sa défense, quatre t^nts citoyens qui doivent leur repos et leur liberté à ses bienfaits. Il est fâcheux encore que la proposition de le juger dans le bois Pétélin, d'où l'on ne verra pas te Capitole, soit faite dans Tite- Live par les tribuns, et dans Plutarque par Camille. Tant de variantes et d'invraisemblances sufBsent assurément pour inspirer des doutes sur un fait dont il n'euste aujourd'hui, dont il n'existait, au temps de Tite-Live ni au temps de Fabius Cictor, aucuite relation contemporaine, et dont le souvenii- s'est, durant un siècle de profonde ignorance, perpétué et altéré ' par uue tradition vague. De plus, l'anonyme demande li le crime imputé à Manlius a le moindre degré de

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QIIAR ANTK-THOISIÈME I.EÇOM. 3^5

probabilité. Manlîus igOorait-il seul la passion ^esRo* mains pour la liberté, les exécrations qu'ils avaient proiioQcées contre celui qui entreprendrait de rétablir la royauté? Quel était donc son «rime?.... Les reproches sanglants qu'il faisait aux grands dans ses discours, et eiicon- plus par sa conduitr géiiér«ti9e, de leur odieuse l'apacité, de leur insatiable avarice, de leur usure intolérable.

A ces observations , l'auteur en ajoute quelques-unes, qui me semblent beaucoup moins jostes. Pour prou* ver que Maulius était ta victime du jaloux orgueil de Camille, l'anonyme s'autorise du témoignage de Plutarquedaiis la comparaison de Camille et de Tbémistocle; mais cette comparaison n'est point de Plutarque; elle manque dans ses œuvres à la suite des vies de ces deux personnages, et y a été ajoutée au seizième siècle. Je ne trouverais d'ailleurs aucune in^raisemhlance, ni dans le parti que prennent les tribunsdu peuple, d'abandonner la cdVise de Mantius et d'épouser celle du sénat; ni dans l'influence d'un nouveau local, d'où le Capitole ne se voit point, sur le jugement à prononcer par une multitude grossière et passionna; ni dans l'inconstance et l'extrême mobilité de ce peuple, qui adore son idole, la sacrifie, et pleure de l'avoir perdue. Tels ont été tous les peuples qui ont été appelés r juger, toujours disposés à condamner, sauf à s'en repentir. Une disposition plus sage supposerait des sentiments de justice et d'humanité, fondés sur une instruction vraie et précise, que la multitude n'a jamais reçue nulle part. S'il n'y avait donc que ces dernières raisons de douter du i-écit de Tite-Live, je n'hésiterais point à l'admettre. Mais je tous en ai exposé

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1iy6 HISTOIRE ROMAINE.

d'abord de plus plausibles , et qui ineoIraMienl a soiip» çonnerque ces détails de la condamnation de Manlius ne méritent guère plus de confiance que ceux de ses exploits au Capitole. Il est seulement fort possible que, s'il a pris les intérêts des plébéiens, l'aristocratie , qui dominait alors, l'ait écrasé d'une maoièi'e quelconque, en l'accusant de prétendre au pouvmr royal. Il y a toujours quelque accusation banale dont les partis se servent contre ceux qu'ils ont résolu de perdre, et qui suffit, quellesqu'elles soient, quand ces partis sont puissants. Or c'était celle-là durant les premiers siècles de la république romaine. Tite-Livea disposé en conséquence toutesa narration. Car, siManliuseût tenu, en elTet,les discours qu'on lui prête, s'il eût parle d'abattre la puissance consulaire, et d'y substituer un chef qui s'appellerait d'un nom plus auguste, il eût été évidemment coupable, et alors même on ne concevrait pas comment Tite-Live ne trouverait nulle part de preuves directes. Manlius serait convaincu par ses propres paroles, adressées à tant de plébéiens, si nous pouvions apercevoir, dans ces harangues, autre chose qu'un ornement dont l'historien se plait à parer ses récits , et qu'il ne prend pas toujours la peine de coneilier parfaitement avec eux.

La peste et ta famine désolaieut Borne, lorsque, le ao septembre 38a, on installa six nouveaux tribuns' militaires avec puissance consulaire, Trébonius Crispus Flavius pour la première fois, pour la troisième Aulus Manlius, Sutpicius Rufus, Lucrétius Tricipitinus, £milius Mainercinus, et pour la quatrième Valérius Potitus Poplicola. Outre les Volsques, qui semblaient destii^s à exercer éternellement le soldat romain ,sorie

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IJUAH A.HTE-TII OISIÈME LEÇON. «77

quadam prope exercendo in œternum romano mi- Uti datas, outre les colonies de Circé) et de Vëlétrî dont la défection se préparait depuis longtemps, outre . ie Latium déjà si suspect, de nouveaux ennemis s'élevèrent : c'étaient les habitants de Lanuvium, cité jusqu'alors si Rdèle. Persuadés que la cause du mal était dans la trop longue impunité de la défection des Vélétriens , les sénateurs décrétèrent qu'au premier jour, le peuple serait invité à leur déclarer la guerre; et, pour le disposer à cette expédition, ils créèrent cinq commissaires chargés de partager des terres pomptines, et trois qui devaient conduire une colonie à Népété. Après quoi, le projet de déclaration de guerre fut porté au peuple, qui, malgré les réclamations de ses trïbuns, adopta cette proposition à l'unanimité des tribus : Oni' nés tribus jusserunl ; expression qui semble dire que cette délibération se prit en comices par tribus et non par centuries. Les préparatifs étant achevés dès cette année, la peste empêcha l'armée de se mettre en cam? pagne; ce délai donnait aux colons le temps d'apaiser le sénat romain. En effet, une grande partie de ces colons inclinait à envoyer à Rome une légation suppliante; mais, comme il est fort ordinaire, les iutérêts privés traversèrent l'intérêt public; les auteurs de la défection, craignant d'être seuls déclarés coupables, seuls sacri6és au courroux des Romains, détournèrent les colonies de tout dessein pacifique. Nonseulement ils s'opposèrent dans leur sénat à toute ambassade , mais Ils excitèrent les peuples à dévaster la campagne de Rome, nouvel outrage qui éloignait tout espoir de pacification. En niême temps se répandait le premier bruit de la défection de Préncsie. Elle était

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Syâ HISTOIRE HOMAlIifE.

annoncée put- iesTiisttiIaiis, lesGubîenset les Ijivicans, dout les Préneslins venaient d'entamer les territoires. Le sénat répondit &i mollement à ces avis, qu'on voyait bien qu'il ne doutait des faits dénoncés que parce qu'il eût voulu qu'ils ne fussent pas vrais.

Deux PapiriiM, Spurius Kt Lucius, tribuns militaires de l'année suivante, c'est-à-dire après le ^ septembre 38 1 , conduisirent les légions à Vélétri; leurs quatre collègues veillaient à la défttilse de Boine, et se tenaient en mesure contre les nouveaux mouvements que se permettraient les ÉtrtiHques; car tout était suspect de ce côté, à Vélétri. On engagea, non sans succès, une bataille contre la multitude et les colons, et contre les Prénesiiiis, presque plus nombreux, qui les renforçaient. l.'eiMiemi était tout près de la ville de Vélétri : cette poxii»ité,qui décida plus promptement sa fuite , assura aussi son salut, l^s deux tribuns s'abstinrent d'attaquer b place, parce que l'entreprise était iiasardeuse; et d'ailleurs Rome, à pe combat, eût perdu une colonie. Dans leurs lettres au sénat , en anuouçaiit leur victoire , les tribun» se plaignaient des Préoestins plus amèrement que di's Vélétrieus. Amss» le sénat et le peuple déclarèlent-ils la guerre à Pvénesle, dont l'atmée, jointe à celte des Volsques, s'empara deSatricum, malgré la défense opiniâtre des polons romains qui l'habitaient. Cette fois, M. Oure^u (te la Malle conserve le nom de Satricuni, quoiqu'il s'agisse de la colonie qu'il a nommée Sutfi plus haut. Miûtres de cette ville, les Préoestins y usèrent inhumainement de la victoire. L'expédition des deux Papirius sur Vélétri et la prise di; Satricum par les Prénestins sont. Messieurs, les seuls faits que Tite- Live rapporte sous l'année coiisprise entre le g septem-

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QU AR ANTE'TKU tSl KM K [,KÇOn ^-JÇl

bre 38i et le 31 septembre 3Bo. L'année suivante va être plus ffi-tileeii événemenls.

Affligée du revers essuyé à Salricu|ii, Rome eut recours à son Camille : elle te (ît tribun militaire pour la septième fois, ditTite-Live, qui persévère à comp" ter pour un premier tribunal la censure de Camille en 4o3' Plutarque dit ta sixième fois, ce qui est plus exact. I^es cinq collègues du grand bomme étaient deux Poslhttmlus, Furius Médullinus, Marcu^i Fabius Ambuslus, et pour la troisième fois Lucrétius Tricipilinus. Oncbargeaextraordiiiairement,ex^aor<&>i«7n, Camille de la guerre des Voisques; et le sort lui donna Lucitis Furius pour adjoint, ce qui était moins beureux pour l'État que pour Camille, dont cet associé allait faire mieux ressortir toute la gloire. Honnne public, Camille rélablit les affaires compromises par la témérité de son collègue; et, dans les relations privées, il profita des fautes de Furius poui' gagner l'affection de ses collègues, plutôt que pour accroître sa gloire personnelle. Tite-Live et Plutarque, qui le traduit ici, disent que Camille allégua son grand âge et TafFaiblissement de sa santé, pour se soustraire au fardeau qu'on lui voulait imposer; mais la vigueur de sa tête, les mouvements de son cœur, l'ialégritéde ses sens lui donnaient une verte vieillesse : Sedvegetum ingenium in vivido. pectore vigebat, virebatque integris sensiàtis. S'il ne prenait plus une grande part aux aflaires civiles, la guerre lui rendait toute son activité. Dès |e lendemain, il assemble, à la porte Ësquiline, son armée composée de quatre légions, de quatre mille hommes chacune; il part pourSatricum. Son approche n'intimide pas les ennemis, maîtres de cette place: ils se fient à la su.~

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aSo HISTOIRE ROMAINE,

périorité de leur nombre; ils s'avancent, résolus à ne pas différer une bataille décisive, et persuadés que les ruses d'un général, unique ressource de Rome, ne compenseront pas l'infériorité de ses forces.

Camille sentait le besoin d'altendre quelque occasion de suppléer au nombre par les combinaisons de l'art : l'ennemi n'en était que plus pressé d'engager lt> combat; et malheui-euseraent Furius cédait à ta même impatience. Il échauffait les soldats romains, déjà trop ardents, parlait du grand âge de son collègue, disait que la guerre était l'apanage de la jeunesse; que le& âmes se fortifiaient avec les corps, et s'affaiblissaient avec eux; que, d'un guerrier jadis si bouillant ^ il ne restait plus qu'un teraporiseur, refroidi et engourdi par les vieux ans. N'avait-il pas assez vécu, assez ac> quis de gloire? et falUit-il que la ville immortelle vieillîtavec un magistrat suranné?Ëgarées par ces discours, les légions demandaient à sortir du camp. Vous entendez leurs clameurs, dit Furius à Camille : u Nous ne «pouvons plus résistera l'élan des sol<kts; nos lenteurs «ont porté au dernier terme l'intolérable fierté de l'enanemi. Songez qu'un seul doit cédera tous et souffrez «qua notre a.vis, prévalant sur le vôtre, accélère votre « triomphe. » Catiiilte répondait que, jusqu'alors, ni lui ni Jes Romains ne s'étaient repentis de la direction qu'il avait donnée à tant de guerres, qu'aujourd'hui néanmoins , ayant un collègue qui l'égalait on pouvoir et le surpassait par la vigueur de l'âge, il ne s'opposerait plus à ce qu'on voulait entreprendre; qu'à l'égard des soldats, son usage était de leur signifier ses ordres, et non de recevoir les leurs ; qu'il ne cédait qu'à son collègue, dont les desseins scraipnt sans doute secondés.

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QUAHAItTE-TROISiÈME I.KÇON. 28 i

pur les dieux; qu'au surplus, puisque la première ligne o'était plus la place d'un vieillard tel que lui , il demandait qu'on lui permît de ne remplir que des devoirs convenables à son âge. II se ciiargea d'un corps de ré< serve, et observa, d'un lieu élevé, le succès des dispositions qu'un autre allait prendre.

Au premier choc , les ennemis reculèrent par ruse et non par crainte : les Komains, en les poursuivant , se laissèrent engager sur un terrain raontueux, et s'y virent bientôt envelûfipés à la fois de nouvelles troupes et des premiers combattants qui se repliaient, après leur fuite simulée. Camille, dès qu'il aperçait la déroule de l'armée romaine , se fait mettre à cheval ; il accourt, avec son corps de réserve, à la rencontre des soldats de Furius, qui ne fuient que trop réellement, « Le voilà donc, < dit-il, ce combat que vous demandiez! Quel homme, « quel dieu accuserez-vous, soldats? Vous êtes seuls « coupables, de témérité d'abord, puis de lâcheté. ■ C'est avoir suivi bien assez un autre chef : maintea naut suivez Camille; et, comme il vous arrive quand a il vous conduit, gagnez la bataille. Que regardezd vous? VQS palissades et votre camp? Non, pas un de « vous n'y rentrera que vainqueur, o I^a honte arrête leur fuite; les enselgues se retournent en face de l'ennemi; la ligne se reforme; Camille rallie l'in&nterie, et charge son collègue de commander les cavaliers. Furius se conduisît bien dans le reste de la journée; il n'avait le droit d'adresser à personne aucun reproche; il priait , il suppliait qu'on l'aidât à réparer ses torts. L-es cavaliers quittèrent leurs chevaux, et combattirent à pied. Ni Tite-Live ni Plutarque ne donnent les détails de ce deuxième combat. Mais Camille vainquit,

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382 HISTOIRE ROMAlBi:.

selon son usage. Beaucoup de Volsques périi-eiil dans la mêlëe, batucoupdaBS leur fuite, beaucoup dans leur camp qui fut emporté du même élan ; et le nombre de leurs prisonniers surpassa eucore celui des morts.

Entre ces prisonniers, on- reconnut des Tu se u la us. Ils déclarèrent qu'ils n'avaient pris les armes qu'en vertu d'une dëlibératioa de leur cité : Camille les conduisit à Rome, afin que le sénat pût s'assurer de la défection de Tusculum, ville si voisine et depuis si longtemps alliée. On résolut de prendre les armes contre elle, et l'on chargea Camille de cette expét^tiou. Il demanda qu'on lui adjoignît un de ses o>liègues; on y consentit, en lui laissant le choix. Contre l'attente générale, il choisit Furius; mais il n'y eut pas de guerre avec les Tuscuians, car ils ne voulurent point s'armer. Les Romains entrèrent sur leur territoire, sans éprouver de résistance : personne n'abandonnait les habitations; les travaux champêtres n'étaient pas interrompus; les portes de Tusculum restèrent ouvertes; et beaucoup de citoyens,revêtus de toge6,altèreot au-devantdes généraux de Rome. De toutes parts, on s'empressait d'apporter des approvisionnements à l'armée de Camille. Pour lui, il ne s'expliquait point comment, dans l'intérieur de la ville, les maisons denteuraient ouvertes, les boutiques garnies, les marchandises étalées , les écoles fréquentées, les artisans occupés de leurs travaux, les rues remplies de gens qui allaient et venaient pour leurs affaires, sans aucun signe ni de frayeur ni d'étonnemeot, sans la moindre apparence de guerre.

■ Cfi néantmoins, dit Plutarque, toutes ces roines ■ ne feirent pas descroire à Caniiltus qii'ilz n'eussent * point machiné de se rebeller contre les Romains;

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QU AR4I1TK-TROISIÈHE LEÇON. a83

« mais bien feireut-elles (ju'il eust pitié d'euU , vo^'ant a qu'ilz se repentoyent de ce qu'ils avoyent voulu faire. « Si leur commanda d'aller à Borne vers le sénat re^ « quérir pardon de leur faulte ; et luy-meune leur aida , ■ Don-Seulement à aire absouidre leur ville du crime a de rébellion , mais aussi à leur faire ottroyer privilège a de bourgeoisie romaine. » DansTite-Live, le discours adressé par des légats tusculans laisse en doute s'il y avait eu effectivement défection. Ils prétendent que celte inculpation est assez réfutée par les sentiments pacifiques et l'humble soumission qu'il viennent de manifester. «Et quand il serait vrai, ajoutent-ils ^qufi nous «eussions failli, l'aveu en serait sans danger pour nous, «après un si éclatant repentir. Qu'on ait des torts avec « vous, pourvu que vous méritiez toujours de pareilles «satisfactions. »

Camille et sescollègues furent remplacés, le 1 1 septembre 379, par six nouveaux tribuns militaires avec puissance consulaire. I^s agitations intérieures étaient fort amorties depuis ta mort de Manlius. Mais une multitude d'ennemis étrangers continuaient de menacer Rome ; au nord c'était toute la nation étrusque , au midi cellfe des Yolsques et les peuplades qui s'y rattachaient. Les cités les plus voisines des Romains, leurs alliés, leurs colons viennent de s'armer plus d'une fois con- tre eux. Vous avez remarqué les défections des Herniques, des Latins, des Prénestins, des habitants de Cir> céi, de Vélétri, de T^uuvium et de Tusculum même. Au milieu de tant de rivaux, la république romaine n'a pas encore étendu son territoire; il demeure resserré on d'étroites limites. Mais le moment n'est pua.

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384 HISTOIRE ROMAIHR.

loin où elle ne pourra plus se maintenir qu'en s'agrandissant.

Dans notre prochaine séance, les seize derniers chapitres du sixième livre de Tite-Live nous offriront l'his* toire d'environ treize années', depuis septembre 379 jusqu'en février 366.

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