‹ Cours d'études historiquesChapitre 16 sur 35 · QUARANTE-QUATRIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

QUARANTE-QUATRIÈME LEÇON

AHHALBS ROMAIKES. ANKÉES S-^g A 366 AVANT J. C.

Messieurs, après vous avoir exposé tout ce que Tite' Live et Plutarque racouteot de la condamnatioa de Manlius Capitolinus, je a'ai pu m'empécher d'éiever quelques doutes sur la réalité des projets criminels qu'on lui imputait, et plus généralement sur la vérité^ des détails et de l'ensemble de son histoire. Car, bien que nous nesoyons plus guère qu'à une distance de cent années de l'époque où commencera la Htllirature des Homaias, leurs annales sont toujours traditionnelles et entremêlées d'un grand nombre de fictions. L'incertitude est encore telle, que Ptutai-que décerne à Quintius Capilotinus la dictature que Tite-Live, avec plus de probabilité, faitexercerparCornélius Cossus. Ce Cossus ordonna, dit-on, l'emprisonnement de Mnniius, quedé' livrèrent bientôt les vives réclamations du peuple et un décret du sénat Mais tespatriciensavaient jurésa perte. Des tribuns militaires, au nombre desquels se retrouvait Camille , le firent accuser par les tribuns du peuple; assemblés au Champ de Mars, d'où l'on voyait le Capitule, les comices allaient absoudre le libérateur de la patrie ; on les transféra au bois Pétélin , où le monument de sa gloire ne frappait plus les regards ; et, condamné à être précipité de la roche Tarpéienne , il pérît à quelques pas de ce Capilole qu'il avait sauvé. Cef tains auteurs disaient que sa sentence avait été prc noncée par des duumvirs; cependant il est fort possi'

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386 HISTOIRE ROMAIHE.

hie que la multitude ait proscrit elte-même celui qu'elle avait adoré la veille et qu'elle pleura le leadetnain. IjCS autres faits de l'histoire de Rome, racontés sous les années 384 à 379 avant notre ère, sont des victoires sur lesVoIsqueset lesÊques, sur lesHerniquesetles Latins, sur les colons rebelles de Circéi et de Vélétri ; l'établissement d'une coloote à Satriaim et non à Sutri ; les ravages de la peste et de Ja faniinejla défection de Lanuvium, de Préiiesteet même des Tusculaus; une bataille nouvelle contre les Voisques perdue par l'imprudent Furîus, et regagnée à l'instant même par le sage Caniille;reutrée decelui-ci à Tusculum, où ilse laisse dé.sarmer , tout inflexible qu'il est, par la iioumissioa des habitants, et par le paisible accueil qu'il reçoit. Auront ces cinq années, le supplice de Manlius et les guerres extérieures ont aflêrmi de plus en plus la puissance patricienne, et amorti les dissensions intestines.

Les six trïbuns militaires installés le 1 1 septooibre 379 étaient Cornélius Maluginensis et LuciusValénut pour la cinquième fois l'un et l'autre, Publius Yalérius, Potituset Sergius Fidénas, tous deux pour la troisième, Lucius Mén^nius I.anatus pour la seconde, etSpurîus Papirius Cuisar pour la première. L'état incertain des deitiâs faisait desîrer un recensement. On élut censeurs Sulpiçius Camérinus et Fostbutnius Régilleosis; le second mourut; le pi«n}ier abdiqua., conformément à la règle que je vous ai exposée. Mais on leur donna tout de suite des successeurs, ce qui n'était pas trop régulier; car on devait, ce semble, attendre la fin du lustre. Aussi trouva-t'on bientôt un vice dans celte seconde nomination : elle fut annulée; et l'on s'alislînt

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QUAHAflTE'QITATHIÈME LRÇOW. ^87

reli|[)eusenient d'en faire une troisième : il était trop clair que les dieux ne voulaient point de censure ea celte année-là: F'elut diis non accipienubus in eaniannum censuram. Les tribuns du peuple prirent mal la chose , c'était un jeu, disaient-ils, /ut^catioRem,- le sénat voulait éviter un recensement, qui montrerait l'éiiorinité des dettes et la profondeur de l'abîme où le peuple allait être englouti. Pour écraser tej pauvres, on suscitait à plaisir des guerres extérieures; on promenait les légions, d'An tium à Satricum, de Satricum à Vélétri, puis àTusculum. Ou s'armait contre les Latins, les Herniques, les Prénestins, pour nuire aux citoyens de Itome bien plus qu'à ses ennemis; pour empêcher le peuple de respirer, de se souvenir de sa liberté antique; d'entendre, dans les assemblées, la voix de ses tribuns et leurs salutaires conseils. Ah! s'il restait à ce peuple quelque élincelle des sentiments qui auimaient ses ancêtres, le tribunat plébéien ne souffrirait pas qu'un sent 'débiteur fût entraîné, ni un seul soldat enrôlé, avant que chacun sût à quoi s'en tenir et jusqu'à quel point il avait à redouter ta servitude et les outrages. Ainsi parlaient les tribuns plébéiens. Or, en ce jo^^là même, on jugeait des débiteurs insolvables, et l'on ordonnait de nouvelles levées : le peuple et ses ma* gistrats interrompirent séditieusement les deux opérations , dont la seconde surtout semblait urgente; car ou apprenait que les ennemis , partis <le Préneste, se campaient sur le territoire de Gabies.

Informés que, par l'effet de ces querelles, Bome n'avait point d'armées sur pied ni de généraux en fonctions, les Préneslins profitèrent d'une occasion si favorable, et s'avancèrent jusqu'à la porte Colline. Rome, épouvantée.

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tiSo Histoire romaine.

crie aux armes et nomme tiii dictateur, Titus Qulntius Ciacinnatus, qui choisît Senipronius Atralinus pour général tte la cavalerie. À l'aspect d'un dictateur, les citoyens s'enrôlent, et les ennemis s'éloignent. Campés auprès de l'Allia, les Préneslins se félicitaient d'occu-^ perunlieusi fatalauxRomains.Ëa effet, si ces Romains sont frappés d'effrOi au retour de la journée qui rappelle leur désastre,que sera-ce quand, surlelieu mémct ils croiront revoir les figures des Gaulois et entendre encore leurs clameurs? Mais, de leur côté, les Romains se disaient que,enquelqueendroitquece fût, ils sauraient bien reconnaître ces Latins vaincus par eux au lac Régille, et réduit» pendant un siècle à une paisible obéis» sance. Près de l'Allia, le besoin d'effecer les traces d'une défaite ne sera, pour les guerriers de Rome, qu'une raison de plus d'être invincibles. IjCS deux armées se rencontrèrent sur les bords de cette rivière , et les Préne$tins,est-il besoin de le dire? ne purent résister ni à la cavalerie deSempronius, ni à l'infanterie du dictateur ; ils s'enfuirent en désordre, et ne se rallièrent que près de leur ville. Au lieu d'y renlret', ils aimèrent mieux établir, dans leurs campagnes, des postes et des retranchements qui les pourraient sauver du pillage. Vain espoir! T..es Romains, après avoir pillé le camp près de l'Allia, s'élancèrent sur les fuyards, et les contraignirent de se renfermer dans leurs murs. Les Prénestins avaient huit autres villes, qui toutes furent emportées d'assaut ainsi que Vététri. La guerre se reporta ensuite sur Prénesle, qui se rendit volontairement; et Quintius, ayant gagné une bataille rangée, pris deux camps, forcé neuf places, et reçu Préncste à compost-* lion, vint en triomphe rapporter auCapirole une sla-

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ijll A R ANTK'QU AT R I flME LKÇON. 289

tuti (le Jiipiler Empereur, enlevée aux Préneslins : on la plaça ^.oleiinelleineiit entre celles de Jupiter Capitolin et de Minerve, avec uae inscription conçue en ces ternies : « Par le bienfait de Jupiter et de tous les dieux, « Titus QuintiuK, dictateur, prit neuf villes. Il abdiqua « cette dignité, vingt jours après l'avoir reçue. » Il est difficile de concilier ce que Tile-Live vient de nous dire hvec un passage de la quatrième yerrine de Cicéron , oùcettestatuedejupiter Empereurest indiquée comme ayiiot été rapportée de Macédoine et non de Préneste, et placée au Capitole par Quintius Flamininus et non par Quintius Cincinnalus : Tria Jerebantur in orbe terrarum signa Jovîs ImperatoriSf uno in génère palcherrime facta; unum illud macedonicutn^ quod in CopiioUo videmus; alterum, in Ponti ore et angustiis; lertium , quod S/racusis ante yetrem prœtorein fuit. Illud Flamininus ita ex ara sua sustulit, ut in Ciipitolio, hoc est, in terrestri domiciUo Jovis poneret. Sur ce, de savants interprèles disent que Tite-Live s'est trompé , d'autres que Cicéron est dans l'erreur. Une troisième opinion les justifie l'un et l'autre, en supposant qu'il y avait, au Capitole, deux statues de Jupiter Empereur, la première venant de Préneste, et la seconde de Macédoine. Cependant Cicéron dit qu'il - n'en existe en tout que trois dans le monde ; celle du Pont; celle que Verres a dérobée en Sicile, et celle que Quintius Flamininus, revenant delà guerre de Macédoine, a placée au Capitole. Maison répond que Cicéron ne tient pas compte de celle de Préneste, parce qu'elle n'est pas du genre des trois principales, qui se distinguent par leur extrême beauté, /«'«.. . uno in génère j/ulcherrime fada. Certains érudiis, que cette expli- XV. 19

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cation ne satisfaisait pas, ont imaginé que Cicéron avait seulement écrit , par abréviation , les trois lettres ■ imp. qui commençaient le mot impuberis , et non imperatoris comme l'ont cru les copistes. Il ne parlerait donc que des statues de Jupiter Impubère ou enfant; et, par conséquent, il n'aurait point à mettre en ligne de compte celle de Jupiter Empereur, apportée de Piéneste par Quintius Cincinnatus. On a proposé aussi de lire dans Cicéron ImbricitoHs , ou bien Temperatons, Jupiter Pluvieux , Jupiter Modérateur; car, dès qu'une fois le champ est ouvert aux corrections ou restitutions conjecturales, l'imagination des savants est inépuisable, et chacun d'eux se montre jaloux defairt> preuve de sagacité. Je crois, Messieurs, qu'il j a ici une erreur commise ou par Cicéron , ou plus probablement par Tite-Live, qui a moins vécu à Rome, moin» firéquenté le Capitole, et qui aura, par inadvertance, substitué te nom de Quintius Cincinnatus à celui de Quintius Flamininus.

En septembre 378, on élut six tribuns militaires, dont trois étaient plébéiens : Caius Sextitius , Marcus Albinius et Lucius Antistius. Comment la classe plébéienne obtenait-elle cet avantage? Tite-Live ne l'explique pas; et nous n'en pouvons i-îen savoir. Des trois patriciens qui entrèrent dans ce ni€me collège, l'un, Jnlius, avait peu de crédit, quoiqu'il fût appelé pour la seconde fois à cette charge; les deux autres, qui ne l'avaient point remplie encore, étaient deux ManKns , Publius et Caius. On les chargea de la guerre contre les Voisques; et Tite-Live emploie ici les expression» que j'ai citées en traitant de la puissance consulaire : frovincin sine sorte, sine comparntione , extm ordi-

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QbAHAHTt QUATRIÈME LEÇOS. Idt

fiem, data: avecliois seGt (|)ar le sentit) extraordioaiureinent, sans recourir ni au sort, nia une délibération «entre les six collègues. » Ou eut lieu de s'en repentir : les deux Manlius se laissèreut abuser par un soldat de l'armée ennemie, déguisé en soldat romain; et, sur ses faux avis, ils tombèrent dans une embuscade. Cette £)is-, les Voisques triomphèrent , mais ils ne surent pas profiter de la victoire; ils reutrèrent paisiblement cbez eux ; ce qui me parait as»ez difficile à comproudre , de la part d'un peuple si entreprenant y et si opiniâtre ennemi de Rome. Toutefois il y eut du tumulte à Préneste et des révoltes dans le Ijatium; l'historien ne nous apprend pas t:o«iment on y rétablit l'ordre.

Une sédition éclata au sein même de Rome, sous d'autres tribuns militaires, installés le i3 septembre 377 , et au nombre desquels Tîle-Live nommeun Caius Licinius; je vous prie, Mejisieurs de remarquer ce nom, sur lequel je reviendrai bientôt. On avait nommé deux censeurs , Servilius Priscus el Clélius Siculus , qui devaient constatei- l'état des dettes et en rédiger un tableau. Une guerre survint , qui mit obstacle au recensement. Les Voisques rentraient sur le territoire romain; ils te dévastaient , et mettaieot les campagnards eu fuite. Les tribuns du peuple empêchaient les enrôlements : il fallut consentir à suspendre les poursuites contre les débiteurs, et même la levée de l'impôt : à ces conditions, ilï laissèrent former deux armées : l'une, commaudée par les tribuns militaires Furius cl Horatius , se porta sur Antiuni, vers la côte maritime; Servilius et Géganius conduisirent l'autre sur Ecétra , vers les montagaes, à l'est. Ni l'une ni l'autre ne rencontrèrent d'ennemis; peut-être le savait-on bien d'avance. Ëa

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agt niSToïKF rum«ihe.

dédommagement, on leur permit le pillage, qui dura longtemps , et qui s'opéra , selon Titc-Live, en très bon ordre , et non avec la confusion ordinaire en pareil cas On brûla toutes les habitations rnra)e« et de^ bourgs entiers;on n'épaigna pas un seul arbre; on détruisit les blés verts; on enleva tout ce qu'on put trouver d'hommes et de bestiaux, le tout pour la plus grande gloirt* du nom romain. Les débiteurs avaient respiré quelques instants; on recommença de les poursuivre, dès que les deux armées furent rentrées dans Rome; et, loin de pouvoir acquitter leurs anciennes detles,ilâ se virent forcés d'en contracter de nouvelles, pour payer un tribut destiné aux frais de la construction des murs de la ville en pierre de taille, confonnëmetit à l'ordre des censeurs. Ijes nobles reprirent à tel point leur ascendant, que leur classe fournit seule les six tribuns militaires de l'année suivante. Les jeunes gens, enrôlés alors sans difficullé, composèrent trois armées : l'une réservée aux besoins imprévus, l'autre chaînée de la dé> fcnse de la ville, et la Iroisième destinée à marcher vers Satricum, sous le commandement des deux Iribuns consulaires £milius et Valérius. Cette dernière battit les Voisques, et les poursuivit jusque sous les remparts d'Antium. Les Romains, qui manquaient de niacbines, n'entreprirent pas le siège de cette place.

Les Antiates, domptés par les malheurs de tant de guerres, songeaient à se rendre ; les latins, dont la défection était récente , s'obstinaient à la soutenir par les armes; iisquittèrent Antium, où ils croyaient tie pouvoir plus rester sans honte, quand cette ville se livrait aux Romains , et marchèrent sur Satricum, qu'ils incendièrent, sans épargner les lieux saints; ils n'y laissèrent

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IJUAH A NTK-Q U ATR I i'.MK Ll-ÇON. ^t^A

intact t|iie le leniple de la mère Maluta , d'où étatt sortie une voix terrible, qui les menaçait d'une vengeance exemplaire, s'ils osaient attentera cet édifice : f^oj: horrenda, édita tentplo cuin tristibus minis, ni nefastus ignés procul (ielubris amovissent. Pour s'en d(>dommagei',ils coururent à Tusculum, qu'ils voulaient punir de son alliance avec les Romains, et y entrèrent sans obstacle, parceque leur irruption était imprévue. Les Tuscnlans, réfugiés dans leur citadelle, envoyèrent à Borne des députés, à la voix desquels le sénat fît à l'instant partir uuearméesous les ordres des tribuns militaires Quinlius etServilius. Attaqués à la fois parla garnisonde la citadelle et par les troupes romaines, les I^atius ptSrirenl tous jusqu'au dernier, cœsi ad unum omnes. Cependant, au sein de Rome, la misère du peuple était à son comble; on livrait aux créanciers les débiteurs insolvables, c'est-à-dire tous les débiteurs , car aucun n'avait plus le moyen de se tibérer. Oo ne voyait plus de plébéiens recbercber les magistratures, pas même les plébéiennes; et le triomphe des patriciens semblait assuré , quand une petite cause amena , comme il arrive souvent, ut plerumque solet , une grande révolution. Cette réQesion de Tite-Live sert de préambuleà un récit que je vais d'abord traduire, parce qu'il nous faudra ensuite l'examiner. Marcus Fabius Ambustus, lioinme puissanidans son ordre ou son corps^mler stii corporis viros, et même aussi parmi le peuple, parce qu'il ne méprisait pas, quoique noble , la classe inférieure, avait (Ifux Biles mariées, l'une à Servius Sulpicius, et la cadette à Liciiiius Stolon, citoyen distingué et cepenitaiit plébéien. Eu ne dédaignant pas cette alliance, Fabius s'était acquis les bonnes grâces

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394 HISTOIRI-: HOHAIRE.

tie la iQuIlitude. Or il advint que 1rs deux sœurs étant réunies rhez Sulpicius, (ribun militaire, et y passant leur temps à causer, comme il sp pratique, ut fit , le licteur de Sulpicius, accompagnant ce magistral, qui revenait du Forum et rentrait chez lui , frappa la porte avec son faisf^au, commec'est l'usage, ut /nos est. A ce bruit, la jeune Fabîa, pour qui cet usage était nouveau , moris ejas ipsueta, eut peur; et l'aînée se prît à rire dr l'ignorance de la cadette. Ce rire, car peu de ' chose affecte, met en mouvement l'esprit d'une femme, parvis mobili rébus anirno muliebri , blessa vivement celle-ci. Je crois aussi que le nombreux concoui's des citoyensqui reconduisaiept Sulpicius, et lui demandaient ses ordres, faisait sentira la jeune Fabia que sa soeur avait fait un mariage bien plus fortuné que le sien. Je croîs que, par. celle disposition fatale qui nous rend plus insupportable la supériorité des personnes auxquelles nous tenons de plus près, elle eut houle de son propre sort. Son père, la voyant confuse de cette mortification récente, lui demanda si elle ne se trouvait pas mal. Elle dissimula la cause de son chagrin. parce que cette cause n'était ni assez bienveillante pour sa sœur , ni assez honorable pour son mari ; son père, néanmoins, à force de questions et de soins affectiienx, lui fit avouer qu'elle était désolée de se voir associée à un époux d'une condition inférieure à la sienne , à une famille qui ne pouvait aspirer ni aux honneurs ni au crédit. Ambustus consola sa fille, IVxIiorlant à prendre courage, parce que le jour n'était pas loin où elle verrait, dans sa propre maison, les mêmes distinctions que dans celle de sa sœur. Dès ce moment, Amhustus çonunença de tenir conseil avec son gendre el avccLu^

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QUAB AUTE-QU ATft lÈME LÏÇOH. i^S

cius Sextius, jeune homme d'tin grand caiur,ot auquel il ae manquait, pour se prontetiretousiessuccvs, qu'une extraction patricienne.

Ce conte a été copié, non pas à la vérité par Ptu> tarque, quoiqu'il ait parlé de Licinius Stolon d'après Tite-Live, ni par les abréviateurs classiques, Florus, Anrélius Victor et Eutrope, mais par tous les modernes historiens de Rome. Beaufort et I.iévesque sont à peu près les seuls qui l'aient révoqué en doute. L'iavraisemblance qu'ils y trouvent a dû vous frapper, Messieurs, si vous vous êtes souvenus que Sulpicius, l'époux de Fabia l'aînée, avait le titre de tribun militaire seulement , et non de consul ; que tous les plébéiens, et par conséquent Licinius Stolon , le mari de Fabia la cadette, pouvaient aspirer au tribunal militaire; que cela même avait été formellement convenu, lorsqu'on avait substitué ce titre à celui de consul, auquel les plébéiens ne pouvaient pas encoie prétendre ; que, bien que, le plus souvent, et même en général quatorze fois sur quinze, les patriciens se fussent maintenus en la possession de ce tribunat suprême, déj^ pourtant, et fort récemment encore, savoir en 3^8, des plébéiens y étaient parvenus. Je veux que la jeune Fabia aitignoré ces faits et ces usages; que jamais encore elle n'en ait entendu parler, ni chex son père , ni chez son mari , ni chez son beau-frère, oii elle passait le temps à causer; on le conçoit pourtant à peine, surtout quand on la voit si ambitieuse. Mais on ne;Comprend pas du tout 4X>roment son père, Ambustus, oelui offre pasuneuon- Nolalion plus directe, ne lui montre pas que son chagrin est mal fondé. Quand elle s'afflige de se voir .tombée dans utte famille h b<]uelle les liunneurs sont

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'■igG HISTOIRE BOMAIITE.

refusés par ta loi, assiirémenl il' ne tient qu'à tui de répondre : a Vous ne savez, ma très-chère fille , ce que «vous dites. Votre époux Siolou est, selon nos lois, aussi oéligible que votre beau-frère Sulpicius à la dignité de « tribun militaire; et, puisqu'il vous faut im licteur qui «vienne frapper à votre porle, comme à celle de voire « sœur, ditesà votre LiciniusSto!on qu'il vous fasse passer «cette envie, en méritant ou en s'cfforçant d'être élutri- «:bun militaire, comme t'a été, il y a vingt-six ans, soo «parent Licinius Calvus; comme t'ont été depuis le iîls «de ce même Licinius Catvns et plusieurs autres plé- « béiens ; comme lëlaient encore , il y a deux ans , trois « citoyens de cet ordre, n Mais voici. Messieurs, une considération bien plus grave encore; c'est que, sous l'année même qui a précédé immédiatement celle où la jeune Fabia se désole, Tite-Live a cMnpté parmi les tribuns militaires, comme je vous al pries de le remarquer, un Gains Licinius, et que ce Licinius, certainement plébéien, pourrait bien être le Caius Licinius Stolon, l'époux do la fille cadette d'Ambustus. Car bientôt, sous Tannée 368, Tite-Live nous dira que Manlius, dictateur, prit pour commandant de la cavalerie un plébéien appelé Caius Licinius, qui avait été tribun militaire : Caio Licinio gui tiibiinus mililum j'ue.rat. Or, Plutarque ne doute point que le commandant de la cavalerie ne soit ce Licinius Stolon, gendre de Fabius Ambustus. Je sais bien que le père Catrau et Bollin prétendent -qu'ici Plutarque se trompe; ils en jugent ainsi, pai'ee qu'en effet son assertion est inconciliable avec l'aventure de Fabia, qu'ils viennent de laconler d'après Tite- Live; mais c'était cet te narration même qu'il fallait mettre en question ; car i;llc serai) inadmissible encore , alors

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QU A R A HTE- QdATRI ÈHE LEi,'a». 3()7

même qu'on ne recoimaîlrait pas que Liciiiius Stolon eût déjà été tribun militaire en 377 , puisqu'elle reposerait toujours sur une hypothèse ëvidemnient fausse, savotr^quel'acrèsde celle dignité fut interdit aux plébéiens. Cette fable puérile est tellement réfutée par les au< très récits de Tite-Live, qu'on a peine à concevoir com? ment ce grand historien a pu tomber dans une contradiction si palpable; et, lorsqu'on volt que ni Plutarque ai les anciens abréviateurs ne reproduisent un coûte si frivole, on se demande si par hasard il n'aurait point été ajouté au texte de Tite-Live dans le cours du moyen âge. Les manuscrits offrent en ce chapitre un trèsgrand nombre de variantes, que Drakenborch a rassemblées dans les notes de son édition. La formule ut pie' ^ rumque solet , ut fit, ut mos est, comme il arrive d'ordinaire, comme il se pratique, comme c'est l'usage, est repétée trois fois en huit lignes; et cette négligence pourrait sembler peu digne d'un tel écrivain. Il serait permis d'y remarquer de plus certaines expressions d'un goût , ce semble, peu classique : par exemple, inter sut corporis viros, entre les hommes de son corps au lien de son ordre , comme !'/« nostro docto corpore des médecins. Mais je sais qu'on doit se défier de ces criticjues purement littéraires ou grammaticales, et qu'il y aurait de la témérité à nier l'authenticité d'un chapitre que tous les manuscrits fournissenl, quoique plus ou moins défiguré. Si Tile-Live l'a réellement écrit, s'il ne s'est point aperçu que ce récit était démenti par tous ceux qui le précédaient, c'est une distraction un peu forte, et telle néanmoins qu'il en peut arriver à l'auteur d'un très-long ouvrage :

... iiperc il) liingo fas est obreperc somnum.

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2Q& UISTo'tltK ROMAINE.

Ce qui n'a point d'excuse, c'est l'obstination des auteurs moderues à répéter de livre eu livre ces puérilités, à les maintenir dans i'iastruction élémentaire, et à les y conrondre, «ans aucune réserve, avec les faits avérés ou probables.

. Quoi qu'il en soit, dans Tite-Live, te résultat du conseil tenu entre Fabius Ambustus, Stolon et Sextius , est que ces deux derniers se feront d'abord élire tribuns du peuple. A peine investis de ce pouvoir, iU proposent trois projets lie loi. Premièrement, on déduira du capital des créances tout ce qui a été payé en intérêts, et les débiteurs auront trois ans pour acquitter le reste eu trois payements égaux. Second projet : Personne ne pourra plus posséder plus de cinq cents arpents de terres. En troistéfne lieu, il'n'y aura plus de tribuns militaires; et l'on nommera chaque année deux consuls, dont l'un sera pris nécessairement parmi les plébéiens. C'était menacer à la fois tous tes intérêts des nobles, et il y aurait eu moyen sans doute de faire sentir l'injustice et les inconvénients de ces dispositions. Pour soustraire les débiteurs à d'indignes traitements, on sacrifiait presque tous les droits des créanciers. En haine des rapines, on entravait les acquisitions légitimes, et l'on prétendait limiter les fruits de l'industrie, déjà si peu active. On voulait enfin forcer les suffrages, au lieu de réformer les habitudes qui les égaraient. Les nobles n'entamèrent point ces discussions; ils séduisirent quelques tribuns du peuple, qui vinrent s'opposera toute délibération sur les trois propositions de leurs collègues, Licioius Stolon et Sextius. « Eh bien , répliquèrent « ceux-ci , puisque vous reconnaissez cette puissance du (I veto tribunitien , à notre tour nous l'opposons à toute

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Q(Jt.R A NTE-QI1 ATRIÈME LEÇOH. ^99

«élection de tribuns militaires et de magistrats curules. « Il D*y aura plus que des tribuns du peuple et des éài' « les plébéiens. » Et Tite-Live assure qu'ea effet il en fat ainsi durant cinq années, à chacune desquelles le peuple renommait tribuns du peuple Sexiius et Stolon. Par un bonheur inouï , les ennemis de Rome la laissèrent en paix, excepté pourtant qu'à ta Ha, les Yéliteroes ou habitants de Vélétri se permirent des incursions sur le territoire romain, el entreprirent le siège de Tusculum. Alors Stolon et Sexiius levèrent leur opposition, et un entre-roi tint des comices, qui élurent six tribuns militaires, te i3 mars 370. Je vais, Messieurs, vous lire d'abord les huit ou dix Hgnes, qui, dans Tite-Live, composent toute l'histoire de ces cinq années. Vous verrez qu'elles ne disent rien de plus que ce que vous venez d'entendre : Licinius Sexliusgue, triàuni pleèù r^ecti, lutlios curules magistratus creari passi sttnt : eaque SoUtudo magistratuum, et plèbe refiâerUe duos tribit' nos , et /lis comitia tribunorum militum. toUenlibus , per quinquennium itrbem tenait. j4lia bella opportune quievere : VelUerni coloni, gestientes otio, quod nullus exercitus romanus esset , el agrum rarnanian aliqtioties incursavere, et Tusculum oppugnare tuiorti sunt. Eaque rcs, Tusculanis vete.ribus sociis , novis civibus , opem orantihus , verecundia maxime non patres modo, sed etiam. plebem movit. Remittenlîhus tribanis p/ebisy comitia per interregein sunt habita; creatique tribuni militum.

C'est, Messieurs, un accident fort étrange que celte lacune de cinq ans dans les smnates de Rome; car, s'il n'y avait pas de magistrats suprêmes, c'était une raison (lour qu'il y eût plus d'événements intérieurs v\.

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3oO aiSTOlRK KOMAinF.

extérieurs. Comment se fait-il que les Voisqties , les £<]ue5, les Herniques, les latins, les Etrusques, ennemis si opiniâtres de la république romaine, aient la complaisance de la laisser en pain, pendant tout le temps qu'il lui plaît de n'avoir ni fermée ni généraux? . Comment aussi, dans cette Rome toujours si agitée, même sous les plus impérieux consuls, ne voit-on renaître aucun trouble, éclater aucun tumulte , lorsque le pouvoir destiné à réprimer ces désordres n'existe plus? Que font, durant cette anarchie, les deux tribuns du peuple Sextius et Licinius? Que tait le sénat ? Ne crée-t-il pas au moins des entre-rois? Et , parmi ces magistrats éphémères, ne s'en trouve-t-il aucun qui se signale par quelque entreprise? I^ puissance législative et la puissance executive demeuraient elles tout à fait suspendues? Les tribunaux étaient-ils fermés? Ne poursuivait-on plus les débiteurs, qui restaient sans défense, puisque le projet proposé en leur faveur n'avait pu être soumis aux comices? Aucun texte, aucun monument, aucune tradition même ne répond à ces questions. Seulement Vopisque, dans la vie de l'empereur Tacite, nous dit incidemment qu'il y avait, pendant cette anarchie, des entre-rois, ou du moins qu'on ne sait pas qu'il n'y eu eût point : Tamen non est prodituminterreges eo tempore non fuisse. Vopisque, d'ailleurs, réduit à quatre ans la durée de ce régime : Curules magisiratus apud majores nostrosquadriennium in repuhlica non fuisse; nous lisons de même dans Eulrope quadriennium ita in urbe fiuxit, ut polestates ibi majores non essent; et le nombre de quatre ans est exprimé aussi par Cassiodore et par Zonaras. £n conséquence, Catrou, dont la critique ordi-

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Qll A 1) AKTE-qU ATRIRHE LiiÇON. Zoi

uaire consiste à compter les auteurs, décide que Tile- Live s'est trompé en écrivant quinifuennium. D'autres modernes, Bollin et Crevier par exemple, empruntent dé Diodore de Sicile la liste de six tribuns militaires, Papirius, Ménénius, etc., élus, dit-on, en même temps que Licinius Stolon et Sextius se faisaient nommer tribuns du peuple ; et celte hypothèse est adoptiie dans une note qui accompagne la traduction de M. Dur-eau de la Malle. Tite-Live n'indique point ce tribunal militaire, qui aurait commencé en septembre 875 pour finir en septembre 374- En ce cas, il ne resterait que quatre ans d'anarchie; et cependant Rollin en compte cinq, tant il met de négligence à raccorder ces détails! I^a vérité est que l'autorité de Diodore de Sicile n'est ici d'aucune valeur contre celle de Tite-Live. Nous avons vu déjà combien sont fautives les nomenclatures consulaires de Diodore. Pour établir, dans l'iiisloire de Rome, une chronologie claire et constante, il faut, comme t'a prouvé M. Albert, admettre cinq ans d'anarchie ou de lacune, ou du moins quatre ans et demi , depuis septembre ^-jB jusqu'au i3 mars 370.

Ce i3 mars 370, on installa tribuns militaires Cornélius Maluginensis pour la sixième fois, Valérius Potitus Poplicola pour la cinquième, AulusManlius pour la quatrième, fiufus Praetextatus' pour la troisième, Furius Médullinus pour la seconde, et Valérius Potitus Volusus pour la première, tous six patriciens. Ils firent lever le siège deXusculum, et commencèrent le siège de Vélétri. Leurs successeurs, élus en mars 36q, ne l'achevèrent pas. Us avaient à soutenir, dans Rome, une guerre plus importante. Stolon et Sextius venaient d'être renommés pour la huitième fois tribuns du peu-

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30S aiSTOIftK HOMAIflfe.

pie, et le beau-père de Stolon, Fabius Atnbustus, était l'un des six tiibuns militaires. Tous trois concertaient les mojens d'obtenir les lois proposées, et de vaincre l'opposition qu'y apportaient les cinq autres tribuns militaires et cinq des dix tribuns du peuple; car Sextius et Stolon avaient su rattacher à leur cause trois de leurs collègues. Ils allaient donc déclamant contre l'avidité des patriciens et contre U dureté des créanciers. Fallait-il plus de cinq cents arp^tsà an noble, quand on n'en distribuait que deui à chaque plébéien ? Voulait-on qu'il y eût toujours, dans le palais d'un patricien, une prison pour les débiteurs? Non, tant que le peuple n'aurait pas un consul à lui , un garant de sa liberté, les rapines et les usures n'auraient pas de terme. ijR tribunal plébéien était méprisé; il avait brisé luitnéme le ressort de sa force, en usant de son droit d'opposition au gré et au profit des sénateurs. L'équité devait consister non à mettre d'une part la puissance et de l'autre la d^iose, mais à partager la puissance même. De quoi servait-il d'avoir déclaré les plébéiens éligibles à la fonction de tribuns militaires.' Aucun d'eus, en quarante-quatre ans, n'yétaït parvenu : Quatuor et quaAnginta annis neminem ex plèbe tri&unum mUilum creaium esse, La noblesse avait m occuper $«^e jusqu'à huit places à la fois : Octava looa occupare soliti. Ce que les comices ne gavent pa« effectuer, c'est à la loi de le garantir , en exigeant que l'un des consuls soit plébéien. Oserait-on contester l'aptitude des hommes du peuple? Licinius Calvus a repoussé cet outrage par l'énergie et tes succès de sa magistrature. On a condamné des patriciens pour avoir abusé do pouvoir : jamais plébéien n'a subi tant de boute; et,

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QU A AANTE'QUATBiàHE LEÇON. 3o3

de|)ui& qu'on prend des questeurs dans la classe plébéienne, on ne s'est repenti d'aucun de ces choix. Pourquoi donc l'accès du consulat resterait-il fermé au plus grand nombre des Romains? L'expulsion des rois ne sera consomméa que du jour où le peuple aura reconquis tes honneurs suprêmes. Vous avez sans doute, Messieurs, remarqué une erreur dans les mots octava loca : Tite-Live persévère à supposer qu'il y a eu huit tribuns militaires en ^Oi, parce ^u'il compte dans ce nombre Camille et Posthumius, qui n'étaient alors que censeurs; mais il s'était passé, en effet, quarante-quatre ans, ou même quarante-cinq , de 444 à Sqq , sans que le peuple usât du droit d'appeler au tribunal militaire de simples plébéiens.

\ leurs trois projets, Licinius et Sextius en ajoutèrent un quatrième, portant qu'au lieu de deux prêtres sibyllins, il en serait créé dix, dont la moitié se prendrait dans la classe plébéienne. Cela n'était point indifféi'ent; tarées prêtres acquéraient de l'influence dan» les circonstances critiques où le sénat ordonnait de consulter les livres de la Sibylle, dans lesquels on ne lisait que ce qui convenait à l'autorité. I^e moment vint de renouveler le trifaiioat militaire ou consulaire; on élut, en mars 368, six magistrats, tous patriciens encore. Stolon et Sentius continuaimt leurs manœuvres; on leur opposa un dictateur, l'imposant Camille, qui avait déjà trois fiais exercé ce pouvoir souverain. Les deux tribuns du peuple ne s'en effrayèrent pas : ils osèi-ent convoquer les comices, et mettre en délibération les quatre projets de loi. Gros de colère et de mennces, pienus irœ mimirumque , le dictateur se rend au Forum, avec un cortège de patriciens qui ressnnble à

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3o4 BISTOIIIE BOH&^IHE.

une armée. Une pretnièi-e lutte s'engage entre tes auteurs de ces projets , d'une part , et leurs propres collègues de l'autre. Malgré le vêtu de la plupart de ses tribuns, le peuple commençait d'aller aux voix; et les premières tribus avaient voté uti rogas ; vous savec. Messieurs, que c'était la formule du vote afiSrmatif. oltomains, s'écrie Camille, puisque c'est le caprice « et non la puissance de vos tribuns qui vous régit, et «que vous antiulez vous-mêmes ce droit d'opposition «jadis conquis sur le mont Sacré, j'interviendrai, comme « dictateur, moins pour les intérêts de la république enalîère que pour ceux de votre classe, et je protégerai «démon suprême empire vos droits que vous renversez. «Si LiciniusetSextius cèdent à l'opposition de leurs col- «lègues, je n'interposerai pas mon autorité patricienne uauseind'uueassemblée populaire; mais si, malgré cette 0 opposition, ils prétendent nous imposer des lois comme «à une ville prise, je ne souffrirai pas que la puissance «Iribunitiennesedissolveelle-même.» Ce discours n'était pas déraisonnable ; cependant Sextius el Stolon n'en tiennent pas compte : ils continuent de recueillir les suffrages. Camille, outré de colère, envoie ses licteurs dissiper les votants; il tonne, il menace; il va, dit-il, dès l'instant même enrôler la jeunesse , et la conduire armée hors de Rome. La multitude s'épouvante; Jes deux tribuns s'enhardissent; et, comme on ne sait ce que la fortune en va décider, Camille se hâte d'abdiquer la dictature, quecetle fois il n'a pas rendue fort brillante. Peut-être y avail-il quelques vices dans son élection : c'est ce que Tite-Live a lu dans certains historiens. Peut-être aussi le grand Camille eut-il peur d'un décret subitement proposé par les deu;! tribuns, et adopté

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QUARANTE-QUATRIÈME LEÇON. 3oS

par les tribus, décret qui le meiiaç^ait d'une amende de ciaq cent raille as (enviroo vîiigt-stx mille deux cent cinquante francs ), dans le cas où il oserait user, au sein des comices, de la |)iiissance dîetatoriale. ToutefoisTîle-Live repousse cet te seconde explication, comme injurieuse au caractère de Camille. Ce personnage sera bientôt renommé dictateur; or il eût rougi, dit notre historien , de reprendre une dignité dégradée entre ses mains. D'ailleurs manquait-il de moyens de s'opposer à cette loi, qui prétendait l'assujettir éventuellement à uneamendePEt n'est-il pas inouï, dans loutes les annales romaines, que la dictature ait cédé à de tels pouvoirs? En ctTet, Messieurs, nous ne reconnaissons plus ici cette toute-puissance dictatoriale, que nous avons toujours vue souveraine, supérieure au\ lois déjà renducs, et devant laquelle s'abaissait la majesté même du peuple romain. Le récit que nous venons d'entf^ndre dérange à tel point les notions que nous avons acquises, qu'il peut bien nous sembler suspect. Tout nous annonce que l'histoire de ces temps avait été fort altérée. Plutarque, au surplus, nous apprend que Camille avait accepté à contre-cœur une dictature qui le devait mettre aux prises avec des plébéiens puissants, et que , a ce nonobstant , essayant de remédier au mal « présent, et sachant le jour auquel les tribuns du peu- « pie avoyent proposé de mettre leur edict en avant pour « le faire passer par les vojx du peuple, il denoncea et « publia par affiches que ce mesme jour-là il vouloît s lever gens pour la guerre, à fin de révoquer le peuc pie de la place au Champ de Mars;... les tribuns du a peuple, au contraire, s'opposoyent à ses menaces, et ju- ■ royentqu'ilzlecondamneroycntluy-mesme à l'amende XV. 80

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3o6 HISTOIRE ROMArSK.

■ de cinquaDte mille drachmes d'argent » ( notez , Messieurs, qu'il n'y avait point encore de monnaies dar- 'genl à Rome 1, « s'il ne se desportoit de cuyder ema ' ppscher le peuple de donner ses voix pour atithoriser « telle loy qui luy ptairoît. Quoy voyant, Camitlus, soit K qu'il craignist d'estre une aultre fois condamné et * banni , ce qui n'estoit plus convenable à luy, homme n jà vieil et ancien, et qui avoit fait tant de belles et s grandeschoseStOuqu'ilnesesentistpasafisez puissant « pour soustcnir ne divertir un effort de peuple, il »e a retira pour ce jour-là en sa maison ; et, les jours en- « suyvans, feignant esire malade, se desmeit à la fin « de sa charge, d Vous conclurez , Messieurs , si vous vous en rapportez à ce récit de Plutarque, que le caractère de Camille s'était, quoi qu'en dise Tite-Live^ extrêmement affaibli.

Entre l'abdication de Camille et l'élévation de Maslius à la dictature il y eut une sorte d'interrègne , vetutper interregnum. Licinius et Sextius tinrent une assemblée de plébéiens, où l'on parut fort disposé à sanctionner les deux premiers projets qui concernaient les dettes et le partage des terres, et à rejeter le troisième, celui qui 'exigeait que l'un des deux consuls fût toujours pris hors de la classe patricienne. Les tribun» du peuple déclarèrent qu'il fallait, ou les adopter togs trois, ou n'en accepter aucun. £n ces circonstances, Publius Manlius, créé diclal,eur, embrassa, on ne sait trop comment ni pourquoi , la cause populaire. Il choisit, pour commandant de la cavalerie, un plébéien, Caius Licinius, qui avait été tribun militaire, Caio Licinioy qui tribuntis militum fuerat , magislru equi' lion de plehe dicto; et c'esl ici que Pill^a^que assure

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QUk FI ANTK -Qll kTKl klKK I. CÇUN. ^07

t|u« «c'estoit ce mesme S(olo, aittheui' et protiiuteur de o toute césle sédition. «Encore une fois. Messieurs, je tie prétends point que cette identité soit incontestable; mais je la crois fort admissible. Titp-Ijve lui-même n'a dit nulle part eicpressément le contraire, quoiqu'il pût se croire presque obligé, par ce qu'il avait raconté de la Jeune Fabia , de distinguer ici deux Licinius. Dans Plutarque, un même Stolon, tout en remplissant les fonctions de général de la cavalerie, continue de tiavailleià faire sanctionner ses projets de loi, et semble êti'e toujours tribun du peuple. Dans Tite-Live, le sénat est mécontent du clioix qu'a fait Mantius; et le dictateur répond qu'un citoyen qui à été tribun consulaire peut fort bien être appelé à la charge très-inférieure de magister equitUm. Au moment de l'élection des tribuns du peuple, l'hislorien làlin rapporte les discours tenus par Sextius et par Licinius, quelque soit re personnage, distinct 011 hon de Tàdjoint du dictateur. Il y a neuf ans, disent lés deux triSuiis, qu'ils sont nx\\ prises avec la noblesse; et ils se lasseul de s'exposer à des périls personnels, qui n'amènent aucun avantage public. On leur a opposé leurs propres collègues ; on leur a enlevé lés jeuhes guerriers qu'on reléguait sous tes murs de Vélélri; Camille vient de les menacer de sa foudre dictatoriale, dictatoriùm fulmeii; il est vrai qu'en ce moment ils n'ont plus à craindre les mêmes excès. Le chois d'un plébéien pour général de la cavalerie, ina- ^isiro equitum de plèbe , est un présage du consulat ; mais il plaît au peuple de se déclarer contre ses propres intérêts, d'écarter de la carrière des honneurs ceux qui l'aident à s'affranchir de la tyrannie des créanciers, et à rentrer dans des possessions usurpées. In-

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3oS HISTOIRE ROMAINE.

différent sur le sort de son vieux défenseur, il songe à leur ôler tout espoir d'être récompensés de leurs anciens services, et tout moyen de lui eu rendre de plus signalés, C'est à ce peuple de savoir enfin ce qu'il veut. S'il accepte les trois projets ensemble, il ne tiendra qu'à lui de réélire, comme il paraît le désirer, les mêmes tribuns; ils sauront consommer leur ouvrage. Mais s'il n'adopte que ce qui convient à des intérêts privés, les tribuns n'ont aucun besoin d'être, maintenus dans une fonction qui ne leur attire que des haines. '

Appius Claudius, le petit-fils du décemvir, répond à ces discours par une harangue qui remplit les chapitres jL et XLi du sixième livre de Tite-Live. « Romains, « ce ne sera pas pour moi une chose nouvelle ni impré- « vue, si le reproche unique que des tribuns séditieux B ont toujours fait à ma famille m'est adressé à mon tour, n llsdiroutque,dèsIecomniencement,lesClaudiusn'ont « pris à cœur, dans la république, que la majesté des o patriciens , et se sont perpétuellement opposés aux H intérêts du peuple. Il y a dans cette allégation un point K que nous ne nions pas, ni moi ni les autres Claudius : u oui , depuis que nous avons été associés à cette cité et « à l'ordre des patriciens , nous avons fait de constants « efforts pour qu'on pût dire avec vérité que l'éclat des B familles parmi lesquelles vous avez inscrit la nôtre R a été par nos soins augmenté plutôt qu'affaibli. Quant « à l'autre point, j'oserai soutenir que jamais, ni moi ni • u mes ancêtres, nous n'avons, dans nos relations privées H non plus que dans nos magistratures , rien fait sciem- K ment au désavantage de la classe plébéienne, a moins « cependant, Romains, qu'un ne prétende qu'elle com-

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QUAnAWTE-QUATBIF.ME LEÇOM. 3ng

« pose en quelque sorte une autre cité, et que c'est la « blesser que de servir la république entière. On ne peut a réellrment nous reprocher aucun acte, aucune parole ri qui ait contrarié vos intérêts; je ne dis pas vosvoton- R tés, auxquelles, en effet, nous avons résisté quelque- « Fois. D Ce début, Messieurs, pouvait étonner par son extrême impudence ; car, sans remonter à de plus anciens Claudius, on n'était qu'à quatre-vingts ans de distance des proscriptions décemvirales d'Appius, l'aïeul de l'orateur; mais il le faut écouter patiemment. « Est-ce donc u aujourd'hui, poursutt-i I, quand je n'appartiendrais pas à a la famille Claudienne; quaud un sang patricien ne cou- <i lerait pus dans mes veines; quand je ne serais qu'un u Romain, né seulement d'un père et d'une mère libres, « et me souvenant que c'est au sein d'une cité libre que « je respire ; est-ce que je pourrais me taire sur l'inso- « lence que neuf années de règne ont inspirée à un Sex- (c tins, à un Licinius, vos tribuns perpétuels, si lesdieux " le permettent? Et souffrirai-je qu'ils osent vous signi- <• fier que, dans vos élections, dans vos délibérations sur « les lois, ils ne vous laisseront aucune liberté de suf- 11 frages? Ce n'est qu'à des conditions qu'ils vous laissent « la liberté de les renommer, pour la dixième fois , tribuns. « N'est-ce pas vous dire : Ce que les autres demandent, u nous le dédaignons , et ne l'accepterons que si vous y «joignez une grande récompense? £t quel est, leur « dirais-je, le prix auquel il faut acheter l'avantage de n VOUS avoir toujours pour tribuns du peuple? C'est, «répondent-ils, d'adopter indivisiblement toutes nos « propositions agréables ou odieuses, utiles ou incom- « modes. De grâce, nouveaux Tarquins, dits tribuns du « peuple, supposez <pie c'est, au lieu de la voix d'Ap-

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3lO HISTOIHE BOMAinH.

« piu«, celte d'un cilojen de voire assembtée qui s'éa lève : il vous supplie qu'il vous plaisi; dç le lais;^r « choisir, mrre vos projets, ceux qu'il juge salutifiros, « et de rejeter les autres. Nop, répliquent-ils, poiotde H choix ; vous adopteriez les dispositions sur lt;s usu- • res, sur les terres, ce qui intéresse cliacun de vous; et « vous ne voudriez point du régime, selon vous, inous- « troeux , indigne , abonùaable , qui doi;qerait à Rome

■ Sextiiis et Licinius pour consuls. Ou prenez tout, ou M nous iiept'Oposniis rien. C'est coitini<; si fou présentait,

■ à cel ui que la t'aiin presse , un. poison et de bops ali- « menis, en lui ordonnant de s'at^slenir de ce qui soutien- « drait sa vie, ou d'y mêler ce qpi hâtera sa mort. Ah! si « cette ville était, encore libre, que de voix se seraient a déjà réfinies pour crier à Sextius,; Loin d'ici tes tri-^ ' bunals et tes projets! Qu'importe que tu tte proptfses M plus les lois que le peuple a intérêt de sanctionner? « n'^ a-t-il donc personne qui les lui ptiisse offrir? « Romains^ si quelque patriciçq, ou, ee q^'^U, trouvent « plus odieux oqeore, si unÇlapdius venait, voq$ dire, a Prenez tout, ou je nç vous offre rien , qui de vpt^s.le •> souffrirait ? Ne saurez- vous donc jamais considérer. le,s « choses mêmes pUitôt que tes personpps/et; voq^,v.çrraf

■ t;on l<>ii}oLirs acLueillir avec bienveillance toutes les r< paroles de vos tribuns, avec défaveur toutes celles de -< l'un d'entre nous? Pur Hercule, ce n'est po^i^t un lapn gpge popiilai^re qu'ils vous tien ^^^ aujourd'hui; caf, « après tout, quell^ est la proposition qu'ils s'ind^nenl « de voit- éi-artée par vous? En voici la^traduçliopfidè- << le: Je demandcqu'il ne vous soit pas perm,(s de nomr « m,er consuls qui vous voudrez, Romains, Vous propo- « ï;eiit-ils autre chose, quand ijs exigent quo l'u» des,

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QU AH AMTE-QUATRIÈME LFÇOM- 3iI

a consuls soit pris clans la classe plébéienne, et <ju'its vous

■ dërendent d'élire deux patriciens?Qu'aujourd*hui des «guerres éclatent, semblables à celles des Étrusques

■ quand Porsenna occupait le Jaaicûle, ou des tiaulois , « quand Rome entière, excepte le Capitole et la citadelle, «était au pouvoir des ennemis; que l'illustre Camille « vienne,avec un autre patricien, demander te consulat a en concurrence avec le seul Sextiiis, il faudra de né- «cessité que Sextius soit consul, et Camille exposé à la «chance d'un refus : pouvez-vous soutenir cette idée?

0 Est-ce placer eu commun les honneurs, que de permet- •t tiv d'élire deux plébéiens, et d'interdire la nomination « de deux patriciens, de telle sorte qu'il soit nécessaire « de prendre l'un des deux magistrats dans une seule «classe, et possible de n'en choisir aucun dans l'autre? « Y a-t-il là société , y a-t-il partage? C'est peu d'obtenir « une part dans ce qui vous a été jusqu'ici tout à fait

1 inaccessible ; en demandant une part , vous entendez « attirer lé tout. Je crains, dit Sextius, que, s'il reste loi- « sible de nommer deux patriciens, il n'y ait aucun plé- « béien d'élu. Romains, c'est vous dire que, parce qu»

0 vous ne feriez pas volontairement d'indignes choix , ou « voXjs impose la nécessité d'en faire malgré vous. C'est « vous annoncer aussi qu'un plébéien ne vous devra au- «cune'reconnaissance,lorsqu'ea concurrence avec deux K patriciens il se trouvera créé consul, non par vos sufTra- " gès, mais par là force delaloi. Ils cherchent le moyen fl d'extorquer les honneurs, non de les postuler. Ils en

■ nbtîendrotit de siiprémes , sans vous être plus redeva-

1 blés que pour les derniers! Il leur faut, pour s'élever, a dès occasions, non du méi-ite. Quoi! se soustraire à «16lit examen, à tout jugement! trouver juste dé s'assu-

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3la HISTOIRE ROMAIHE.

a rer l'nvaiilage entre ties compétiteurs! s'affranchir de « votre libre arbitre! vous demander des suffrages néces- « saires et non spontanés , forcés et non volontaires ! Je H ne parte plus de Licinius et de Sextius; leur perpétuelle « etaugustemagistraturevous sert aujourd'hui àcomp- « 1er les années, comme autrefois au Capitole le règne « de chaque roi. Mais sera-t-il désormais, dans la ville,

■ un si obscur plébéien qui, à ta faveur de celte loi, • n'arrive ait consulat bleu plus facilement que nous et •( nos (ils, puisqu'il y aura des occasions où vous ne pour- 0 rez pas nous élire qii;md vous en auriez la volonté, et « où vous serez coiilraints de prendre ces personnages, « même en ne les voulant point? C'en est assez sur les

■ inconvenances; car ce ne sont là que des considérations « humaines. Que dirai-jedela religion et des auspices, n du mépris et des outrages dont ce projet menace les n dieux immortels? Que les auspices aient présidé à la « fondation de Rome, que les auspices règlent la guerre a et la paix, l'administration intérieure et les entreprises n militaires, aucun de vous ne l'ignore. Or, les auspices,

■ « quels sont les citoyens qui les possèdent , selon les in- « stitutions de nos ancêtres? Vous le savez, ce sont les « patriciens. Nulle magistrature plébéienne n'est consau crée par les auspices. Ils nous sont tellement propres, « que non -seulement des auspices doivent précéder les « nominations de magistrats patriciens faites par le « peuple , mais que nous-mâmes , lorsque, sans les sufo frages du peuple, nous créons un entre-roi,, c'est « encore après avoir pris des auspices. Nous en pre- « nous dans l'intérieur de nos familles , tandis que les H plébéiens n'en peuvent prendre même pour leurs fonc-

■ lions publiques. ^J'est-re donc pas abolir les auspices

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QHAn AHTE-QU ATR I KMF LEÇON. 3r3

« dans Kome, que d'ocarter les patriciens, qui seuls en < peuvent avoir la possession ? Mais vous tournez en déa rision nos observances religieuses : Le grand malheur, tt dites-vous , que des poulets ne mangent pas, qu'ils «sortent un peu plus tard de leur cage, ou qu'un oiseau «ait fait entendre certains cris! Petites choses, il est « vrai ; mais c'est en ne les méprisant pas que nos ancê- « très ont agrandi la république. Maintenant, comme si « nouso'avions plus besoin de la bienveillance des dieux, « nous profanons les chosessaintes. Eh bieniqu'on prenne n au hasard les pontifes, les augures, le roi des sacrifices; « qu'on place sur la tête du premier venu , ayant figure « humaine, la tiare du flamen de Jupiter; livrons aux proi< fanes les boucliers sacrés, les sanctuaires , les dieux et « leurs cultes; qu'il ne faille plus d'auspices pour faire a des lois, pour créer des magistrats ; qu'on tienne des «comices par centuries ou par curies , en se passant de « l'autorisation des sénateurs; que Sextius et I.iciaius , u comme jadis Romulus et Tatius, régnent dans Rome, c puisqu'ils abolissent les dettes, puisqu'ils donnent libé- « ralement les territoires d'autrui. Il est si doux de s'enn richir de ce qu'on dérobe! Et il ne vous vient point à a l'esprit que l'une de ces lois, en expulsant les anciens u propriétaires , va changer vos campagnes en de vastes a solitudes; etquerautre,enabrogeantla foi des contrats, « détruit toute société humaine! Pour moi , par tous ces « motifs, je suis d'avis que vous rejetiez les trois projets; « et je prie les dieuxdevous inspirer des résolutions qui « fassentvotre bonheur. »

J'aurai, Messieurs, quelques observations à vous offrir sur ce discours d'Appius, au commencement de notre prochaine séance. Je terminerai celle-ci par l'analyse

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3l4 HISTOIRE ROMAIKF.

du quarani«-tl<euxième et dernier <^h9pilr'e du sixième livre de Tite-Li*e, Réélus tribuns' du' peuple pour ta dixième foi», Sextius et Lîcimtrï oblrénncnt la loi' qui coneeme les prêtres sibyllins. Le nombre de Ces ptêtres étant porté à dix, cinq plébéiens s'introduisir'etil dans ce collège. C'était uu acbeminement au consulat'. Satisfait de ce premier succès, le peuple conseiilit à' nommer eneore six tribuns militaires; et ménie'il Ves choisit tous dans' l'ordre patricien; Peu' après l'instîtllbtion des magistrats qui s'était feite le 5 mars 367', oit reçut la nouvelle d'ijne invasion soudaine des Gaulois, et pourla' cinquième lois on investir Camllledé Iti dictature; il assigna le' commandement de la- cavalerie à Titus Quintius Pennusi L'historien Claudius QuadrigariuB rapportait' à cette époque une bataille livrée sur les bords de l'Arno, et le' combat singulier de Titus Manlius contre un Gaulois. Mais l'autorité d'un plus grand nombre d'écrivains m'entraîne àpenser, dit Tite- Live^que ce oombat et cette bataillé n'ont eu lieu qut dis ans plus tard ; etqu'cti l'année dont il's'agit maintenant, Camille n'a combattu les Gaulois que dans la cam-pagne d'Albe. J'aurai , Messieurs, qupitjues difficultés àr vous exposer, même sur ce point: Tite-Live continue son -récit eri' disant que, malgré la terreur qu'attaehait'au itomdes Gaulois le souvenir du désastre dont ils avaient' afflîgéRome, la victoire ne fut tti dotKeoso ni difficile au dictateur; Des milliers de barbares-périrent' sur lè-champ de bataille, des milliers encore à la prise de leur camp. Le reste dispersé gagda surtout 'rApulre- : c''était fuirbîwi loin dé leurs foyers. Leur trouble; lëur'eflT'oi les'avaieiit partagés en petites bandes; mais ces-circonstances mêmes protégèrent'Ieur

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QU ABARTE-QU ATH lËME I.EÇOIÊ. 3l5

évasion , et empéclièreat de les poursuivre. Le sénat et lepeuple décernèrent à Camille l'honoeur du triomphe. CepeudaDt à peine avait-il achevé^cette guerre , qu'il eut à essuyer, au seia de Rome, une sédition bien plus terrible. Après de violents débats, ingentia certamina, dont Tite-Live ne nous apprend pas les détails, le dictateur et le sénat fléchirent; ce qui vous montre, de plus en pJu8,Messieurs, que Camille, alors presque octogénaire selon Plutarque, ne couservait d'activité, d'énei^ie , qu'à la gueire. Ilfallufcaccepter tes propositions des tribuns du. peuple; et l'un d'eux, Sextius,fut nommé consul au mois de mars 366. Il est le premier plébéien qui ait obtenues titre. On lui donna pour collègue le patricien Lucius £miliu8 Mamercinus. Les disseusions n'étaient pourtaRtpas terminées : les sénateurs refusant de ratifier l'élection , le peuple sliait.ea venir à une scission nouvelle; eL l'on se voyait menacé des horreurs d'une guerre civile. Le dictateur, qui était devenu fort pacifique dans l'intérieur de l'État, proposa des condition» qui apaisèrent la discorde. La noblesse (malgré la religion des auspices) consentit à laisser aux plébéiens un consul de leur ordre; et les plébéiens accordèrent à ta noblesse l'institution d'un préteur patricien, qui rendrait la justice dans la ville. La concorde qui succédait enfin à de si longs démêlés , à tant d'inimitiés entre les deux ordres, parut au sénat un bonheur, dont il convenait , mieux que jamais, de remercier les dieux immortels. H décréta donc la célébration des grands jeux, avec addition d'un jour aux trois que devait durer cette solennité. Les édiles plébéiens refusaient ce dispendieux service ; mais les jeunes patriciens s'écrièrent tous ensemble que, pour l'honneur des immortels, ils se chargeraient

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3l6 HISTOIRE ROMAIRE.

volontiers de IVdilité. Tout le inonde leur en ayant rt^ndu grâces, le sénat pressa le dictateur de proposer au peuple la création de deux édiles patriciens, et rati' fia d'ailleurs tout ce qui s'était fait dans les comices de cette année.

Voilà, Messieurs, deux magistratures nouvelles, l'une et Tautre curutes , la préture et la grande édilité. Pour en étudier la nature et les caractères, pour eu reconnaître les attributions, nous attendrons qu'elles se soient montrées durant plusieurs années dans Tbistoire. Nous entamerons, dans notre procbaine séance, le septième livre deTite-Live, mais après nous être arrêtés à quelques observations sur les trois derniers chapitres du sixième. Ce livre nous a conduit de l'an 388 avant J. C. à l'an 366, intervalle de vingt-deux années; le septième en comprendra vingt-cinq : il descendra juSqu'en 34i; mais, la prochaine fols, nous n'irons point au delà du treizième chapitre, qui n'aboutira qu'à l'an 36o.

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