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Dans le second siècle avant l'ère vulgaire, voici, relativement à la préture, les faits les plus remarqua- Wes. Deux nouveaux préteurs pour les Ëspagnes ultérieure et citérieure sont créés en 19^ : c'était eu (ont six préteurs; la loi fiébia , en 180 , les réduisit à quatre. C'est sous l'année 168 qu'on place un sénatusconsulte qui obligeait les préteurs à se cooformer, dans leurs jugements, aux dispositions de l'édit qu'ils avaient publié en entrant en charge; ce qui suppose que ces édits annuels étaient déjà en usage, même sous le nom de perpétuel» qu'ils ont .continué de porter. Les Questions perpétuelles datent AeVan i5o; cette expression désigne quatre commissions, à la tête desquelles on plaçait les quatre préteurs provinciaux ou spéciaux; on les chargeait, avant leur départ pour leurs provinces, de rechercher, poursuivre et juger à Rome les y crimes de concussion , de péculat, de brigue illicite, et de trahison. Environ vingt ans après, lesGracquesopérèrent une révolution dans lesjrstème judiciaire, en appelant les chevaliers, au lieu des sénateurs, à remplir le centumvirat, et ta plupart des tribunaux particuliers que les préteurs avaient sous leur dépendance. On peut rapportera l'année 1 15 la préture deMétellus, qui, au mépris des lois positives et de son propre édit, annula le testament de Juventius en faveur d'un Véttlius. De jour en jour les hommes devenaient plus puissants que les lois. En ce même temps, néanmoins , les préteurs rencontraient quelques obstacles aux efforts qu'ils faisaient pour agrandir leur pouvoir : l'un d'eux, Publius T)écius , ne s'étant point levé devant te consul £milius Scaurus, celui-ci envoya ses licteurs briser la chaise curule et déchirer la robe du magistrat.
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en (iéFfndant nux plaideurs de porter leuis causes à son tribunal ; ce qui prouve qu'il ify avait rien de bien déterminé par rapport aux juridictions, aux compé' tences, et aux limites des autorités.
Au premier siècle, en l'an ()4 avant noire ère, on voit le préteur jElius donner audience, dans le sénat, aux envoyés de Masinissa, et renvoyer les sénateurs parla formule Nihilvos moramur, «je nevoqs retiens a plus;» d'où l'on doit conclure que les préteurs étaient encoreles lieutenants ou suppléants des consuls. En 93, Sylla exerce ta préture, qu'il avart obtenue à force de largesses ; a J'userai contre vo\is des droits de la charge « qui m'appartient, » disait-il à César Straboti, qui lui répondit : « Vous avez raison de dire qu'elle est à vous, « car vous l'avei bien achetée. » Les sénateurs étaient encore exclus des tribunaux en ^1, quand le tribun lâvius Drtieus les y fit admettre en nombre égal avec les chevaliers. En 90, on décréta que, tous les ans, chaque tribu choisirait ses quinze juges parmi les patriciens , les chevaliers et les plébéiens indistinctement. Le dictateur Sylla porte le nombre des préteurs à huit; en 81, il rend le pouvoir judiciaire aux seu4s sénateurs; mais, en '^5, le préteur Aurélius Cotta provoque une loi qui recompose les tribunaux de juges pris dans les trois ordres. Verres venait d'exercer en Sicile son odieuse préture. La loi Cornélia, qui exigea des jugements conformes aux règles établies dans les édits annuels de^ préteurs, est de l'an 68. £n 66, Cicéron fut élu premier préteur; il exerçait cette fonction, lorsqu'il prononça son discours Pro lege Manilia. Peu après, un démêlé s'élève entre Brutus et Cassius, nommés préleurs ensemble; ils veulent l'un et
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l'autre l'être de la ville, et c'est Brutiis qui l'emporle. Jutes César, dictateur, juge ud semblable différend entre Trébonius et RuTus; il décerne au premier la préture urbaine, sans recourir au sort. Sous les triumvirs, le nombre des préteurs s'accroît jusqu'à soixante-sept; Auguste le réduit à douze : ce nombre a varié sous les antres empereurs, ainsi que celui des juges. Au temps de Pline le Jeune, il y avait cent quatre-vingts centumvirs. Pour s'investir du pouvoir absolu, les empereurs avaient besoin d'avilir la préture, comme les autres dignités publiques dont ils mainteuaient les titres. Chargés de l'intendance des jeux publics, et condamnés à d'énormes dépenses, les préteurs se confondirent dans la foule des courtisans et des esclaves de la puissance. On s'est néanmoins quelquefois servi d'eux pour réformer la jurisprudeuce. C'est ainsi que, sous Adrien , en l'année i3i de l'ère vulgaire, Salvius Jutianus publia un code qui a retenu plus particulièrement te nom d'édit perpétuel. Marc-Aurèle créa un préleur des tutelles ; depuis, on en Bt un des affranchissements. Le titre de préteur désigna aussi des officiers de finances, des intendants du trésor public, des employés chargés de différentes branches d'administration ; et, quoiqu'il s'appliquât encore à des juges, il reprît le sens vague de préposé, qu'il avait eu originairement. Dans le moyen âge et dans la moderne latinité, il a été parfois étendu à des syndics, à des maires, à des chefs de villes, de communautés , ou même d^grégations militaires.
Voilà, Messieurs , non toute l'histoire de la préture, mais les principaux faits qui peuvent donner une idée de ses attributions et de ses vicissitudes. Les auti-es faits qui la concernent se présenteront à nous, à mesure
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que nous étudierons les annales romaines : ils mériteront une attention particulière qui nous sera plus facile, après les notions que nous venons d'acquérir. Pour n'en pas trop compliquer l'exposé, je n'ai rien dît des relations du préteur avec les édiles; elles nous deviendront plus sensibles par l'eicamen que nous ferons, dans notre prochaine séance, de l'édilité curule, instituée, avec la préture, en 367. Pour éviter toute obscurité, nous serons obligés de n'en point séparer l'édilité plébéienne, créée longtemps auparavant. Ce qui déconcerte dans ce genre d'étude, c'est qu'on est forcé d'y renoncer à tout plan méthodique fondé sur la distribution naturelle des pouvoirs politiques. I^s Romains ont établi leurs magistrats selon les besoins l'éets ou imaginaires qu'ils ont éprouvés, au gré des conjonctures et des caprices de l'une ou de l'autre (action , la pâtricieune et la plébéienne. Si vous ne suivez que l'ordre des temps, vous rencontrerez, après les l'ors, des entre-rois, des sénateurs, 'des préfets , des consuls, et des questeurs; puis des dictateurs et des commandants de la cavalerie , des tribuns du peuple, et des édiles plébéiens; ensuite des tribuns militaires, des censeurs, un préteur, des édiles curutes; ensuite des proconsuls, des centumvirs, et plusieurs préteurs. Si vous recherchez où sont les trois pouvoirs, législatif, exécutif et judiciaire, vous trouverez l-'initiative des lois attribuées au sénat, aux consuls, aux dictateurs, aux tribuns du peuple, auxpréteurs même, etàd'autres magistrats; et le droit de les prononcer ou de les sanctionner appartiendra au sénat en certaines matières, surtout de finances , plus généralement aux comices par turies, centuries et tribus; quelquefois aussi au prér
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566 HISTOIBE ROMAINE.
teur, modifiant par ses édits annuels la législation commune. La -puissance executive ou administrative se distribue inégalement et d'une manière extrêmement variable entre presque tous les magistrats que je viens dénommer, depuis les consuls jusqu'aux édiles, outre plusieurs ofHcîers spéciaux, auxquels elle est partiellement et exiraordinairement déléguée. Le pouvoir judiciaire est encore plus difticile à rassembler; il est diversement ëpars eu plusieurs mains. Le peuple juge certains accusés; les consuls prononcent des sentences; quelques actes des censeurs, des questeurs, des édites, ont une teinte judiciaire; et, bien que, depuis l'an 36^, ce pouvoir semble résider principalement daus le préteur et dans les tribunaux qu'il préside ou qu'il surveille, il s'en faut que ce régime demeure précis et uniforme : il est plus ou moins altéré, soit par l'établissement de plusieurs préteurs, soît par leurs attributions administratives, soit aussr par les jugements que de simples administrateurs, et les consuls et les dictateurs, et le sénat, et le peuple entier, sont appelés à prononcer. On ferait de vains efforts pour ramener toutes ces magistratures à un système; et l'on commet une erreur grave, lorsqu'on se figure que la constitution politique des Homains était le fruit d'une profonde sagesse. On y démêle d'excellents détails ; et il est d'ailleurs fort utile d'observer de près le jeu de tous ces ressorts , de reconnaître les effets salutaires ou pernicieux de tant d'iostitutlous diverses. Mais je crois que l'aveugle enthousiasme qu'on a conçu quelquefois pour ce gouvernement a beaucoup nui au progrès des sciences morales et politiques. Ferguson avoue que cette constitution était fort compliquée ; que ses par-
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ties, trop peu cohérentes, trap indépendantes l'une de l'autre, semblaient renfermer des germes de dissensions et de dissolutions ; que le gouvernement o'étalt pas aussi central, aussi compact, ni l'unité de pouvoir aussi bien établie qu'on le pourrait désirw; que le sénat et les comices se contrariaient mutuellement dans tout ce qui concernait la législation; qu'on n'avait pris aucun soiu de déterminer ni les qualités nécessaires pour jouir des droits de cité , ni le nombre de citoyens présents requis pour former une assemblée du peuple; qu'on pouvait faire passer furtivement des lois funestes , en l'absence des citoyens qui n'en avaient pas prévu les conséquences; que les consuls avaient à leur disposition des étrangers, auxquels ils donnaient illégalement voix délibérative ; qu'«o6a on faisait délibérer quelquefois des légions sous les armes et au sein des camps. Cependant, malgré ces vices que Lhistoire atteste, et dont Feçguson reconnaît l'existence à l'époque où nous sommes parvenus, il croit que ces dé- Ëiuts se contre-balançaient l'un l'autre , et n'empêchaient point la république de s'accroître, de s'illustrer et de prospérer. Si le séuat préparait les décrets , il avait besoin de solliciter les tribuns pour prévenir leurs oppositions, besoin aussi de capter les suffrages de tous les citoyens qui devaient concourir à les ratifier. Si les consuls en exercice étaient à peu près les maîtres des délibérations du sénat et des comices; si le rang de chaque citoyen demeurait à la disposition des censeurs; et sa fortune à la merci des préteurs et des juges, il appartenait à tout le peuple d'élire chacun de ces magistrats, de leur faire rendre compte des fonctions exercées pareux, et de lesjuger souverainement. Enfin,
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si les dissensions intestines ou si les entreprises des ennemis extérieurs exposaient la république à quelque péril, oti avait la ressource des dictatures, et, contre les abus de la dictature elte-même, la brièveté de sa durée. Voilà bien. Messieurs, le système des contre-poids substitué à celui de la division précise et de la distribution régulière des pouvoirs. L'une des plus importantes questions politiques serait de rechercher lequel de ces deux systèmes garantit le mieux la jouissance des droits individuels , la paix publique et ta félicité de l'État. Il y aurait deux manières de procéder à cet examen : l'une, par l'analyse philosophique de la société; l'autre, par les résultats des expériences qu'expose et décrit l'histoire; et c'est à cette seconde méthode que nous doit principalement entraîner le genre d'éludé qui nous occupe. Or, je doute qu'à ne consulter que l'histoire, on puisse trouver les Romains si heureux de n'avoir connu d'autre bien que la compensation des maux; et je ne peose pas, Messieurs, qu'ils vous aient paru aussi grands, aussi admirables, ni surtout aus» fortunés que Ferguson le suppose. Longtemps leur territoire ne s'est presque pas agrandi; et, lorsqu'ils en étendent les limites, il n'est pas certain que ce soit pour le plus grand bien ni de Rome ni des contrées conquises par elle. Sans doute , il s'est déjà élevé dans son sein des citoyens recommandahles par l'énergie de leur caractère, par leur vaillance militaire et même par leur courage civil , par un généreux dévouement aux intérêts de leur patrie; et l'on voit bien que la liberté, alors même qu'elle n'est qu'imparfaitement garantie, développe toutes les vertus dont la nature a jeté les germes dans le cœur des hommes : mais , sans
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parler de l'incertitude de la plupart des actions glorieuses qui nous ont été racontées, et en les prenant toutes pour réelles, combien il s'en faut encore qu'elles aient répandu sur la nation entière un pur et véritable éclat, celui qui résulte de l'activité des travaux, de l'étendue des lumières, de ta culture des esprits, de la douceur des habitudes , et de l'humanité des mœurs ! Un siècle encore , et Rome sera formidable au monde : elle subjuguera tous les peuples et tous les rois. *En sera-t-ellc plus heureuse? Vous verrez, Messieurs, qu'elle y perdra sa propre liberté; ses institutions si vantées, si bien contre-balancées, auront préparé ses ' conquêtes; et ses conquêtes si brillantes amèneront son irréparable asservissement.
Dans la prochaine séance je traiterai des édiles, aiîn de les rapprocher des préteurs, avec lesquels ils ont plusieurs rapports.
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