EXPLOITATION DU PÉTROLE, DU CSAZ ET DU SEL
iî84 — Pétrole. — Indépendamment des applications précédentes pour l'exécution des travaux souterrains relatifs à l'aménagement des mines, le sondage peut servir pour l'enlèvement en masse de ceux des gîtes minéraux qui sont susceptibles de prendre la forme fluide, de manière à pouvoir, sous l'influence de forces naturelles ou artificielles, s'écouler tout entiers par le passage qu'on leur aura ouvert. Parfois cet état de choses existera spontanément, comme pour les puits artésiens, les sources de pétrole, les fontaines de gaz. D'autres fois on n'y arrive que par voie de dissolution préalable, comme pour le sel gemme.
Cette méthode se recommande spécialement pour les gîtes de pétrole, qu'il serait très difficile d'attaquer à l'aide de travaux sou-
(*) Sauvage, Annales, ?•, VU, 22. — Lecornu, Annales, 7», XIV, 334. — ZeiUchrift BHS, XXIY, 169.
terrains, en raison des diflicultés et des dangers spéciaux que présenteraient Taérage et Téclairage, bien que ces obstacles aient pu être surmontés» dans des conditions analogues» aux mines d*asphaUc de Pechelbronn (Alsace).
Nulle part l'exploitation du pétrole ne présente un développement comparable à celui que l'on rencontre dans le pays de thuUe (Pennsylvanie) ('). On y pratique des trous de sonde à la corde sur 8 ou 10 centimètres de diamètre, et on les garnit de tubages percés de trous, quand la nature des parois l'exige. Ils atteignent 520 mètres de profondeur. En 1876, il y avait plus de sept mille pareils puits en activité. Les plus productifs fournissent jusqu'à 45 litres par minute. Les uns sont jaillissants, et donnent à la fois de l'huile et de l'eau. Dans d'autres, le liquide prend un niveau inférieur à celui du sol, et l'on doit employer des pompes pour l'y reprendre. On observe d'ailleurs un abaissement progressif. Certains puits, d'abord artésiens, exigent plus tard l'établissement d'appareils élévatoires. Le débit va lui-même en diminuant. On réussit quelquefois à le ranimer en repassant la sonde, ou en faisant éclater dans le fond quelques cartouches de dynamite par l'électricité.
L'huile est ainsi élevée, naturellement ou artificiellement, à un niveau où la quantité excédant celle que l'on enferme dans des barils, s'engage dans des tuyaux, à travers lesquels elle s'écoule jusqu'à la ville de Pittsburg, ou au rivage d'embarquement. On a de môme, dans le Caucase, réuni les produits de diverses exploitations de pétrole, pour les envoyer dans un pipe-Une de 80 kilomètres de longueur sur 0'",10 de diamètre, jusqu'au port de Novorosisk sur la mer Noire.
(•) Daubrée, Rapports du Jury international de V Exposition de 1867, Y, 69. — Henry, CRM, juillet 1877, 16. — Gauldrée-Boileau, Annafes, 6», U, 95. — Heurtcau, Mémoire *uy la recherche et V exploitation du pétrole en Gallicie, Annales ^ 6*, IX, 197. — Fuchs et Sarrazin, Note sur les sources de pétrole de Campina (Valachie). (Archives des Sciences de la Bibliothèque universelle, février 1873, Genève.) — E. Windakiewitz, L'Industrie des huiles minérales en Gallicie (Berg und Huttenwesen Zeitung, XXUI, 1 à 113). — Goulié et Haudoin, Le Pétrole^ in-18. — Abich, Sur la production et les conditions géotechniques de la région à naphte de la Caspienne (Comptes rendus de VAcad. des Sciences, LXXXVIU, 891). — Colonel Roroanowski, La région du pétrole dans la province de Kouban (Circassie). (Journal des Mines de Saint-Pétersbourg, a\ril 1873.) — Boudhinon, fiote sur les fiaphtes de Bakou, CRM, 1883, 125 et 173.
i58 RECHERCHES DE MINES.
t1t& — Fontaines de gaz. — Des sources de gaz hydrogène carboné (*) accompagnent ordinairement celles de pétrole liquide. On y trouve des pressions capables de lancer à plus de 100 mètres en l'air des blocs d'une vingtaine de kilogrammes (*). On rencontre également de telles fontaines dans certaines formations de houille ou de sel gemme. Le gaz s'échappe par des trous de sonde, au sommet desquels il brûle parfois depuis l'antiquité la plus reculée, comme au pays des Guèbres. En Pennsylvanie, il est capté et envoyé dans des conduites jusqu'à une dizaine de lieues, pour y être employé à l'éclairage de la ville de Pittsburg, au puddlage, au chauffage des chaudières et des fours de verrerie, à l'évaporation des eaux salées.
On voit des tubes concentriques, introduits dans un trou de sonde, fournir à la fois, par des travées distinctes, de l'huile et du gaz; ou encore de l'eau pure et de leau salée, comme au puits magique d'Atchison (Kansas).
tî86 — Exploitation du sel par le sondage. — Le chlorure de sodium est souvent exploité en roche, sous le nom de sel gemme, à l'aide de travaux souterrains qui constituent une mine ordinaire. Mais il peut aussi être retiré par voie d'évaporation. On l'extrait de cette manière soit des eaux de la mer, soit de sources salées naturelles, soit enfin de dissolutions opérées artificiellement, au moyen du sondage, dans les gîtes trop impurs pour pouvoir supporter les dépenses d'une exploitation souterraine, laquelle serait d'ailleurs nécessairement accompagnée d'une dissolution ultérieure, en raison de cette impureté même.
Un trou de sonde d'un diamètre suffisant rejoint alors la formation, et on le garnit de deux tubes concentriques. Dans l'un, on introduit les eaux pures de la surface. Elles se chargent de sel, et prennent leur niveau hydrostatique dans l'autre travée. En raison de l'augmenlation de densité de la saumure, celle-ci se tiendra plus bas que l'eau pure. On la reprend donc avec des pompes, et on l'élève du même coup au-dessus du sol, à une hauteur suffisante pour que le liquide puisse ensuite, par la seule action de la pesan-
(I) Puits de gaz, Bull. Soc. dette, 3% m, 140 et 502. («) Boudhinon, CBM. 1883, i75.
APPUGATIONS DU SONDAGE. 459
leur» traverser tous les appareils où se développent les diverses phases de Tévaporation.
On préfère cependant à ce procédé le forage de deux trous de sonde distincts, situés à une certaine distance l'un de l'autre. L'eau pure descend par l'un et remonte dans l'autre à l'état de saumure, après avoir traversé entre les deux la formation souterraine. On est ainsi mieux assuré delà forcer à se charger de sel, tandis qu'avec le puits unique, cetfe eau peut passer immédiatement d'une travée dans l'autre, sans circuler à travers les argiles salifères, pour s'y imprégner de salure par un séjour suffisant.
PCITS ARTÉSIENS
±1^7 — Puits jaillissants. — Tous les gites minéraux, solides ou fluides, sont limités et susceptibles d'épuisement final, plus ou moins prochain suivant l'activité du système d'exploitation auquel on les soumet. Il faut toutefois enregistrer à cet égard une exception unique, pour Yen puits artésiens. Ce sont des gîtes d'eau^ inépuisables en réalité, car ils se renouvellent par le jeu d'une force permanente, l'insolation, qui, reprenant indéfiniment l'eau à la surface des mers, l'élève dans les nuages, d'où elle se trouve précipitée sur la surface terrestre et de là dans les conduits d'infiltration.
La connaissance des fontaines jaillissantes (^) remonte à une haute antiquité. Diodore de Tarse en mentionne l'existence en Egypte dès le quatrième siècle après J.-C. L'explication de ce curieux phénomène a été donnée en 1691 par Bernardini Ramazzini. Le nom de puits artésien dérive de celui de la province d'Artois, où ils se sont multipliés
(*) Garnier, Traité des puiU ariéêiens, 1821. — Héricart de Thury, VArt du fontainier tondeur , 1829. — Arago, Notice sur les puits artésiens, Almanach du bureau des longitudes^ 1835. — Yiollet, Théorie des puits artésiens, 1840. — Degousée el Laurent, Guide du Sondeur, 'i^é&ïU, 1861. — Combes, Traité dt exploitation des mines^ 1, 196. — Calion, Cours d'exploitation des mines, I, 93. — Bulletin de l* Association scientifique de France ^ n*460, p. 332. — Dickinson, Traité sur les sondages artésiens, i826. — Bruckmann, Anleitung nur Anlage artesischer Brunnen, 1838.
m RECHERCHES DE MINES,
en raison de la configuration géologique de cette région. Le forage des puits artésiens a pris beaucoup d'importance, soit pour vivifier des contrées stérilisées par l'absence d'eau, comme le Sahara Algérien ['), soit pour venir en aide à l'alimentation des grandes villes 0 pour le captage d'eaux minérales f), la création d'industries locales (*), ou même de force motrice {*}■
iS8 — Supposons que, dans une contrée dont la surface topographique sera représentée théoriquement par le plan incliné A'A' (iig. 108), une couche perméable BB'B" (sable, calcaire fendillé, craie
blanche, grès vert, etc.) soit comprise entre un loit et un mur imperméables (argile, marne, etc.). La partie supérieure B" des affleurements recevra les eaux atmosphériques, qui satureront celte
(■; Dan* l'Mpace de Tingt-qiisire ans, de 185A à 18S0, le nombre des oasis de rOued-Rir s'etit élevé de !9 A 37 ; lochilTie de la po)iuUtion. de 6672 k ISSSl ; et li valeur cslinutive des palmier», de 1 300000 à 41!7 OUO francs, (tu Oaiit de fOiied- Rir en 18S6 et 1880, par Jus, 18ttO.) — PaiU arIMene de* oaiit mMdionaUi dt FAlgérie, par Berbrug(;er. Alger, 1851. — Fourncl. Sur la ponibilité dHablir atu ckatue de puilt arliftieru à Jroivri le déierl, entre Biiira et Tmiggourt. [CompttÊ rendiu de l'Aead. det Science; XX, 170.) -- Ville, Annale*, fl>, V. 177, 345, 401. — Valomie, Annale; 0*, ÎX, 333.
(■) Le puiis que l'on vient de ei'ouser à Pestli. dana ces dernières années, atteint ft70 métrés de prorondeur. Iirournii par jour 700 métrés cubes d'eau, à 74 degrés centigrades. [Annale; T. XV. 635; — BuJI. Sor. d'enc, V. VI. 370; — Jahrhuch d. k. k. Ceol, Rtichanilall. I. XXVIII, fasc. 4.)
(■) Uur. Sondage de Monlrond. iCRIU, 1800, 107.)
(*) L'un des grands puits arlèeiens de Paris, silué boulevai'd de la Gare, n' 133, a été foré pour la raffinerie de M. C. Say, sur un diamètre variant de 60 i 40 centioié' très et une profondeur de 580 métrés. Trois nappes Jailliisanlea donnent ensemble, par minute, 1 9 métrés au-dessus du sot. 4400 litres d'eau, à 38 degrés centigrades.
(*) Degousée et Laurent, Vanuel du Sondeur, 3* édit.. pi. XL, &g. î.
Uï
couche sans pouvoir s'en échapper, si ce n'est le long des affleurements inférieurs B', où se dessinera une ligne de sources.
Si l'on vient à pratiquer en un point intermédiaire D un trou de sonde CD, en le prolongeant pour plus de clarté par un tube extérieur DE au-dessus du sol, on verra l'eau prendre dans ce tube un certain niveau E, indiquant la pression à laquelle elle se trouve soumise dans le fond D. Si l'on supposait les affleurements calfeutrés dans toute leur étendue, sauf le point le plus élevé B" pour l'introduction des eaux du ciel, le point E, dans cet état statique, se trouverait exactement dans le plan horizontal de B'^ Si alors on enlevait subitement le tube DE, l'eau jaillirait par l'orifice D jusqu'à une hauteur qui ne différerait de ce niveau que par l'influence des résistances subies par l'écoulement dans les conduits souterrains, destiné à fournir au débit de ce jet.
±29 — Pour étudier ce phénomène, rappelons le théorème de Daniel Bernoulli qui régit, dans les conditions les plus générales, l'écoulement d'un filet liquide sous l'action de la pesanteur. 11 consiste en ce que la fonction suivante garde une valeur constante en tous les points de ce canal :
8 y désigne la longueur comptée sur la trajectoire depuis une origine fixe 0 jusqu'à un point variable M (fig. 1 09) , z l'altitude du centre de gravité de la section du canal en ce point audessus d'un plan de comparaison, Cl) l'aire de cette section, p la pression en
= const.
Fig. 109.
Ui RECHERCHES DE MINES.
son centre de gravité, v la vitesse, r la résistance en ce point rapportée à l'unité de longueur, -d = 1000 le poids spécifique de l'eau, g = 9,8088 l'accélération de la pesanteur.
Je rappelle en outre l'équation de continuité :
(2) q = wv,
fournissant le débit q qui traverse la section dans l'unité de temps: ainsi que l'expression de la résistance :
(5) r=viyj(v),
dans laquelle x désigne le périmètre de la section (i>, et f une fonction susceptible de diverses formes empiriques, qu'il est inutile d'énumérer ici. Son caractère essentiel est d'être croissante en même temps que sa variable.
Si Ton substitue cette valeur de r dans la relation (1), et qu'on y remplace en môme temps v par sa valeur déduite de l'équation (2), il viendra :
fë+')+^^ A^œ*="""-
Cette formule détermine l'altitude ^ + 2 du niveau piézométrique M qu'attendrait l'eau stagnante, dans un tube élevé au point M, pour mesurer, à l'aide de cette colonne d'eau ^ , la pression développée dans le canal en ce point. Cette altitude se trouve, comme on le voit, exprimée, pour un débit donné g, en fonction des seuls éléments géométriques du canal, à savoir: la distance s qui caractérise le point variable M, l'aire o) et le périmètre x de la section en ce point*
f 30 — Élevons par la pensée un tube piézométrique sur chaque point des canaux d*aliinentation qui sillonnent la nappe aquifère. Le lieu géométrique de leurs sommets dessinera la surface piézomé' trique du bassin, dont il nous faut envisager les relations avec les deux suivantes : la surface topographique et la surface aquifère. La seconde se trouve à ciel ouvert, la troisième est essentiellement souterraine; quant à la surface piézométrique, elle peut s'étendre audessus ou au-dessous du sol. Elle ne saurait rencontrer la surfece aquifère, puisqu'elle en est partout séparée par la distance verticale ^ qui ne peut s'annuler, mais rien ne s'oppose à ce qu'elle
coupe la surface topographique, en passant du dessus en dessous ou réciproquement. Leur ligne d'intersection prend d'après cela une grande importance. Elle répartit la carte géographique de la contrée en deux sortes distinctes de zones, que l'on peut s'y flgurer comme teintées de deux nuances différentes. J'appellerai positives celles dans lesquelles la surface piézométrique s'élève audessus du terrain, et négatives celles pour lesquelles elle plonge au-dessous du sol. La courbe d'intersection qui les limite devient ainsi la ligne de partage hydrologique de la région, au point de vue qui nous occupe.
La conclusion est maintenant facile à formuler. Tout sondage foré dans une zone positive donnera lieu à un puits artésien. Tout sondage exécuté sur une zone négative fournira un puits ordinaire^ dans lequel l'eau se tiendra à une certaine distance au-dessous du sol.
131 — Reprenons, par exemple, l'hypothèse dans laquelle la ligne d'affleurement de la couche aquifère serait calfeutrée dans toute son étendue, sauf le point le plus haut ; la surface piézométrique, dans cet état de repos, se réduira au plan horizontal mené paf ce point. La ligne de partage sera dès lors la courbe de niveau de la contrée pour celte cote d'altitude, et les régions positive et négative seront limitées par elle, comme l'océan est séparé de la terre ferme par un rivage horizontal.
Si maintenant nous supprimons subitement cette fermeture, ou
si Ton vient à ouvrir un ou plusieurs puits artésiens en des points intermédiaires» il s'opère dans Tensemble une mise en mouvement. On verra naître un régime, essentiellement variable, qui ira sans cesse en s*éloignant de Tétat initial, déiini tout à Theure, et tendra de plus en plus vers un certain type limite. Si cet état se trouvait une fois établi, il persisterait indéfiniment, mais, en ce moment, nous ne devons le considérer que comme un régime asymptotique.
Dans la réalité, cette conception théorique sera encore troublée par des variations étrangères, inhérentes aux saisons et qui, par le jeu des pluies, des sécheresses, des fontes de neige, viendront modifier dans une mesure importante le mode d'alimentation, et par suite le régime souterrain. On comprend donc que cet état de choses est éminemment variable, et que la ligne de partage hydrologique, au lieu de former un élément fixe de la carte, comme les lignes de faite ou de thalweg, reste susceptible d'osciller entre certaines limites, en faisant varier avec elle les zones positive et négative dont elle établit la séparation.
Néanmoins, après avoir indiqué l'existence de ces perturbations, nous allons les écarter par la pensée, pour élucider les lois du phénomène, et nous nous supposerons parvenus à un état limite qui subsiste indéfiniment. Ces lois, fort simples, consistent dans les énoncés suivants.
182 — Le niveau statique de Veau dans le puits est indépendant du diamètre.
En effet, si Ton applique l'équation (4) aux filets qui passent à la base du puits sans y entrer, pendant qu'on le maintient sans écoulement en le surmontant d'un tube suffisamment long, elle déterminera pour eux en ce point une certaine pression p, qui ne dépend nullement de la section de ce manomètre.
133 — Le débit du puits, à un niveau variable au-dessus du soU augmente si Von abaisse Vorifice d'écoulement.
Appliquons en effet l'équation (1) depuis une origine 0 quelconque prise sur un filet élémentaire, jusqu'à Vorifice même du tube
APPUCATIONS DU SONDAGE. 145
vet*tical maintenu à Vétat d'écoulement à un niveau arbitraire. Quand on abaisse cet orifice en supprimant une portion du tube, on fait disparaitre une partie des éléments de l'intégrale, tous essentiellement positifs; on restreint donc sa valeur. On diminue de môme z. Quant à p, il conserve la môme valeur, à savoir celle de la pression barométrique, puisqu'on arrive à Tair libre. Il s'ensuit que V doit augmenter. Mais d'ailleurs (o garde la môme valeur dans Tcquation (2), attendu que le tube vertical est cylindrique; donc q s'accroît lui-même.
134 — Le débit augmente avec le diamètre du puits^ mais non pas proportionnellement à sa section.
Que le débit d'ensemble augmente, si l'on agrandit le puits, ou si Ton en fore un second dans un voisinage tout à fait immédiat, c'est l'évidence môme, puisqu'on ouvre ainsi un débouché plus facile, ce qui ne saurait réduire l'écoulement.
Mais ce serait une erreur de penser que si l'on double la section, on doublera par cela môme le débit, comme semblerait l'indiquer l'équation (2), d'après laquelle q est proportionnel à («>, si v reste (*.onstant. Nous allons voir en effet que la vitesse v, qui se développe dans le tube vertical agrandi, aura diminué par le fait de cet agrandissement.
Pour le reconnaître, appliquons l'équation (1) depuis l'origine U prise sur un filet souterrain jusqu'à un point M situé dans le tube vertical très près de son pied, mais assez avant pour se trouver déjà dans la partie où le mouvement s'eiTectue par filets parallèles, et d'une manière uniforme d'après la constance de la section, z ne change pas quand on remplace ce tube par un plus grand, p reste égal à la somme de la pression atmosphérique qui s'exerce sur la surface libre, et du poids de la colonne hydrostatique, d'unité de section, située entre l'orifice et le pied du puits. En effet, le mouvement rectiligne et uniforme qui règne dans cette partie est soumis aux ^ois de l'équilibre, c'est-à-dire de l'hydrostatique. Mais l'intégrale a augmenté, comme je vais le faire voir, et dès lors il deviendra évident que t^ a dû diminuer au point M, ainsi que nous l'avons annoncé.
Le motif qui accroit alors la valeur de Tintégrale consiste en ce que, pour que le tube agrandi débite plus que l'ancien, il faut, puisque les canaux d'alimentation n'ont pas changé de forme, que la vitesse y augmente. Mais alors, dans chacun des éléments de l'intégrale, r prend, d'après son expression (3), une valeur plus grande, puisque v y reçoit de son côté une valeur supérieure dans la fonction /*, qui est croissante.
On remarquera avec soin cette opposition dans la variation des vitesses, qui diminuent dans le tube vertical, tandis qu'elles augmentent dans les canaux souterrains.
185 — La loi d'hydrologie souterraine que nous venons d'établir prend une importance très grande, dans la question du fonçage des avaleresses qui donnent une grande quantité d'eau (n*" 317). Si, en effet, après avoir garni toute la section disponible du puits des engins les plus puissants qu'il soit possible d'y concentrer, on ne parvient pas à maîtriser les eaux par une activité suffisante de l'épuisement, il reste alors la ressource de percer un second puits à une très faible distance du premier. Le débit total augmentera par là, il est vrai, ainsi, par conséquent, que les frais occasionnés par cet épuisement. Mais ce n'est pas en ce moment la question décisive. Il s'agit de franchir à tout prix le niveau aquifère. L'essentiel, à ce point de vue, est que le débit ne sera pas double du précédent, tandis que la surface de section, se trouvant doublée, permettra de doubler également la puissance des moyens d'action mis en jeu et de dominer peut-être la venue d'eau.
On doit également se pénétrer de cette vérité, en ce qui concerne le captage des eaux souterraines. Le rayon de protection des eaux thermales (*) a pour but d'empêcher qu'un forage, inconsidérément exécuté dans le voisinage d'une source artésienne qui intéresse la santé publique, n'en dérange le régime d'une manière fâcheuse. C'est pour un motif de môme nature que, lorsque fut élaboré le projet de sondage artésien de la Chapelle, à Paris, on décida de traverser le grès vert avec un tubage, sans en recueillir les eaux,
n Loi du i4-22 juUlet 1856, art. 3.
APPLICATIONS DU SONDAGE. ii7
pour ne pas aflaiblir le débit du puits de Passy, et d'aller à un niveau inférieur chercher des nappes aquifères jurassiques.
f 3G — Le débit augmente souvent, quand on vient à tuber un puits qui ne fêtait pas.
On supprime en effet par là les pertes produites par des couches perméables, qui empruntent pour leur part une portion des eaux artésiennes soulevées par la pression inférieure.
Inversement, le débit peut baisser avec le temps si le tubage se perce par Toxydation, en permettant par là des infiltrations dans des couches perméables adjacentes. En pareil cas, le remède consiste à retirer ce tube et à le remplacer par un autre, établi dans de meilleures conditions de durée.
Cependant on ne doit le faire qu'après s'être assuré que la diminution de débit ne tient pas à une obstruction partielle, due à un corps étranger qui serait tombé par l'orifice, ou se serait détaché d'une partie de la paroi laissée sans revêtement. Dans ce cas, au contraire, ce qu'il y aurait à faire consisterait à repasser la sonde pour détruire cet obstacle; après toutefois qu'on aurait essayé d'ébranler le corps et de le détacher au moyen de coups de bélier, que l'on détermine en ouvrant et fermant brusquement l'orifice d'écoulement.
Pour se fixer à cet égard, il sufGra d'exhausser le tube de manière à y laisser l'eau prendre son niveau statique. 11 est clair, en effet, que l'obstruction partielle ne saurait troubler en rien ce niveau, qiii sera, par conséquent, resté le même qu'auparavant; tandis qu'une perte en route aura pour effet de l'abaisser. Si, en effet, quand on ouvre une fissure, l'eau, jusque-là immobile dans le tube, en sort pour passer à l'extérieur, c'est qu'elle y trouve une pression moindre que celle que marquait son niveau hydrostatique.
137 — Pour les puits rapprochés de la mer, le débit peut varier aux diverses heures du jour.
En effet, si la couche aquifère affleure sous l'océan, la colonne piézométrique qui la surmonte varie en ce point suivant l'heure de
la marée. Celte altération exerce naturellement un retentissement à une certaine distance dans les canauiL souterrains, en modifiant le jeu des pressions, et, par suite, la surface piézométrique qui règle te niveau de l'eau dans les colonnes ascendantes. La ligne de partage hydrologique se déplacera donc elle-même, en balayant une certaine zone, qui appartiendra alternativement aux régions positive ou négative. 11 arrivera, d'après cela, pour les puits qui se trouveraient forés dans cette bande spéciale, qu'ils deviendront, suivant l'heure, artésiens ou souterrains.
On a observé des influences de ce genre h NoycUe-sur-Mer et à l'hôpital militaire de Lille, où \c puits artésien suit, à huit heures de distance , les oscillations de la marée (').
Fig. 110. Boi'uut nialcur.
138 — Puits absorbantt. — Lorsque le niveau statique des puits su tient au-dessous du sol , leur usage le plus fréquent est de permettre d'y puiser de l'eau au moyen d'appareils élévatoires , ordinaire* ment des plus élémentaires. Mais, dans le cas où le banc aquifère est nettement perméable, on peut les Iransformer en- puiU absorbant», en y versant des eaux gênantes de la surface, pour les perdre dans celle couche souterraine. Ces puits, que l'on appelle aussi boitouts, rendent de réels services; mais ils ont ordinairement une durée plus éphémère que celle des puits artésiens , les matières introduites par les eaux tendant à encrasser
('; Vûiîail, Prodromtt de Gciilogit, II, 0J7.
l'entrée des canaux élémentaires, qui jouent à leur égard le rôle de filtre (').
139 — On a également appliqué les boitouts à la création de forces motrices (*), à la vérité sur Téchelle la plus modeste, mais cependant de manière à rendre quelques services. Le principe consiste (fig. 110) à engouffrer des eaux de surface jusqu'à une couche absorbante, en utilisant cette chute artificielle au moyen d'un chapelet hydraulique ou d'une fontaine de Héron, disposés dans le trou de sonde. Le travail recueilli est transmis au dehors par les organes ordinaires, ou encore sous la forme d'air comprimé, si l'on emploie la fontaine de Héron.
On peut arriver ainsi, dans des exploitations agricoles, à actionner des machines à battre, ou à élever jusqu'au sol, au moyen d'un double tubage, des eaux meilleures pour la consommation que celles dont on se débarrasse par l'engouffrement. On peut même, quand on rencontre une couche aquiCère, mais non artésienne, et plus bas une couche absorbante, laisser descendre dans cette dernière une partie du débit de la précédente, en utilisant son travail pour remonter le reste jusqu'à la surface.
(*) Cependant, on peut citer comme exemple du contraire les forages absorbants à l'aide desquels la plaine des Paluns, qui formait un marécage voisin de Marseille, a été assainie il y a quatre siècles, sous le règne du roi René. Ils fonctionnent encore aujourd'hui, et on leur attribue la production des sources jaillissantes du port de Hion, près Cassis.
(*) Les premiers essais à cet égard sont dus à Flachat, en 18!28. Ils ont été repris par MM. Mignon et Rouai*t, et rendus définitivement pratiques par M. Uenriau. (Haton de la Goupilliére, JM/. Soc. (Tenc, 3", III, 1.)