‹ Cours d'exploitation des mines (volume 2)Chapitre 86 sur 142 · EXEMPLES · texte numérisé non relu

EXEMPLES

398 — Les dispositifs généraux que je viens de décrire dans leur plus grande simplicité, se compliquent, pour certaines mines, de détails attentivement étudiés, et qui méritent d'être connus, afin que l'on puisse se faire une idée plus juste des ressources que présente, pour l'exploitation souterraine, le principe de l'abandon des massifs. Je présenterai, d'après ce motif, un certain nombre d'exemples, empruntés aux carrières d'ardoise, et aux mines de combustible, de sel ou d'étain.

MfiTHODES D EXPLOITATiON.

Ardoisières de 7V^/fl2éf (Maine-et-Loire), (fig. 272)(*). — Le terrain de transition des environs d*Angers présente une bande schisteuse dirigée vers N. 70* 0., et renfermant notamment quatre veines ardoisières exploitables : celles de l'Union et de la Porée, et surtout celles du Nord et du Sud, ou des Petits et des Grands Carreaux.

Fijf. 272. ArdoIsM'ros do Tr^ axe (conpc vortiraîo).

Elles sont inclinées vers le Nord, de 65*^ sur Thorizontale. Le plan de clivage est à peu près vertical, et fait un angle de plusieurs degrés avec la direction. Le schiste ardoisier n'affleure pas, en général, et ses pointements isolés manquent de fissilité. Le chapeau des

(*) Blaricr, Essai sur Vindustrie ardoisifre d'Angers, 1863, p. 31

veines s'est altéré; il porte le nom de cosse^ et a retardé jusque vers le XI? siècle la découverte de ces utiles gisements.

L'exploitation se fait, d'une part, à l'aide de magnifiques découverts, sur lesquels nous aurons occasion de revenir (n** 545) et, en outre, par la première variante de la méthode des cloisons (n'^SS?), au moyen d'immenses chambres de 35 à 50 mètres, suivant l'horizontale, sur une hauteur qui atteint 1 00 mètres environ aux Grands Carreaux. On les a nommées assez justement des carrières à ciel ouvei'tsous voûte.

Pour établir un de ces chantiers, on commence par gagner la profondeur nécessaire, à l'aide d'un puits vertical de 3 mètres sur 5 mètres, puis on pousse, dans le sens du fU-de-pierfe ^ une galerie jusqu'aux extrémités de la chambre. On trace également une voie perpendiculaire. On bat alors au large en gradins couchés . On désigne par cette expression un front de taille présentant des décrO' chemenls en zigzag, pour que la roche soit dégagée sur deux faces, et plus facile à abattre. Lorsque Ton atteint le périmètre voulu, on commence la confection de la voûte. Celle-ci étaiit terminée, l'on exécute la foncée en gradins droits, comme dans une carrière à ciel ouvert, en élargissant et approfondissant la chambre jusqu'aux limites de la sécurité. On surveille constamment la solidité des parois. Elles sont, à cet effet, revêtues d'un réseau de cheminements, horizontaux ou inclinés, qui servent à examiner de près le rocher. Nous verrons plus tard (chap. XLVI, g 1) comment l'éclairage au gaz, et, depuis, l'éclairage électrique, sont venus améliorer les conditions de l'exploitation de ces immenses espaces souterrains.

894 — Ardoisières de Rimogne (Ardennes), (fig. 269) (*). — La couche principale de schiste ardoisier de Rimogne affecte la forme d'un coin dans le sens de la direction, et présente une inclinaison d'environ 45''. Sa puissance, qui se réduit à zéro vers l'est, atteint 50 mètres à l'ouest.

Cette masse est exploitée, à la carrière de la Grande-Fosse, par la méthode des piliers longs (n" 386). On enlève le schiste par cham-

(') Blavier, Essai sur Vindustrie ardoisiire dt Angers, 18Ô3, p. 66.

AVI MÉTHODES DmPLOlTATIO.

bres carrées, appelées ouvrages ^ de 13 à 15 mètres de côté, entre lesquelles on ménage des piliers de 10 à 12 mètres, que l'on dispose en décrochements plus ou moins réguliers (fig. 269), afin de chercher les portions les plus compactes, en évitant les fllières naturelles.

895 — Houillères sons-marines de Whitehaven (Cumberland),(*). — Les mines de houille de Whitehaven , situées sur la côte occidentale d'Angleterre, s'étendent sous la mer d'Irlande jusqu'à deux kilomètres au large. Bien que l'exploitation se trouve à 240 mètres au-dessous du plan d'eau, cette situation exceptionnelle rend tellement indispensable d'éviter les moindres mouvements dans le toit, que l'administration, à la suite de divers accidents, a imposé, pour toute cette région, le mode d'exploitation par piliers tournés (n" 385).

A William-Pit, la couche main-band plonge sous la mer, avec une pente régulière de 0"',14 par mètre. On y pratique un traçage, en avançant au moyen de galeries de 5",50 de large sur 2", 40 de hauteur, et abandonnant en couronne une planche de charbon de O^jSO, pour soutenir un mauvais toit. Les piliers, de forme carrée, ont 18",30 de côté. Mais, quand on bat en retraite, à partir des limites du champ d'exploitation que l'on s'est fixé, on les refend en quatre, au moyen de traversées égales aux premières, c'est-à-dire de 5", 50 de largeur. Les piliers abandonnés ont donc 6'",40 de côt^.

306 — Wickel'System (Nord du pays de Galles), (fig. 273) (*).— Dans des couches de 2 à 3 mètres de puissance, peu inclinées, peu grisouteuses, on conduit, dans un grand nombre des mines de cette région, une artère principale en inclinaison, sous la forme de deux galeries jumelles, séparées par un massif de 12 mètres, et reliées par des traverses d'acrage à des intervalles de 24 mètres (n* 571). Tous les 120 mètres, on v branche des artères secondaires constituées de la même manière, sauf qu'elles sont horizontales, et poursuivies

(') PA, Aiigl. 130.

(*) PA, Angl. 158.

ÂBAKDON DE MASSIFS. 413

en direction sur 360 mètres de long. On rétrograde alors à partir des eitrémilés, en ouvrant des ouvrages montants qui présentent 18 mètres de front en direction, séparés par des piliers longs en inclinaison, d'une largeur trois fois moindre, ijui sont perdus. Sur les deux faces de chaque pilier, l'on ménage dans les [débris, formés de stérile e( de menu que l'on abandonne, des galeries pour

Fig. Î7J. Wickel-svstiin (coupe par le plan du glle).

l'entrée et le retour d'air, pour le roulage et la circulation dos hommes. On réserve cnoiitrc,à l'aval peudagedes artères chassantes, un massif de protection de 12 mètres, au pied duquel viennent s'arrûter les ouvrages montants, branchés sur l'artère inférieure.

3»T — Houillères de Sandwell park (Stafforshire), |Gg. 274) {'). — Le Stafforshire renferme un banc de charbon, connu sous le nom de Ten yards coal ou Dudley Ihich coal, d'autant plus célèbre qu'il forme à peu près la seule couche vraiment puissante de toute l'Angleterre (n' 57C}. Les puits de Sandwell park, entre Dudley et Birmingham, l'ont rcncontri'e à 400 mètres environ, et traversée

[■) AP, AiikI., lifô.

m MÉTHODES D'EXPLOITATION.

sur une épaisseur totale de {{",50, formée de S'.SO de bon char-

bon, et 3", 36 d'ullciiiiuia's suboiiloiinOus de niîriciai de fer et de

combustible, que Ton n*expIoite pas. L'inclinaison est de 0,222. De la recelte, placée à la rencontre du puits et de la couche, on a fait partir une artère de communication, formée de deux galeries jumelles, séparées par un entre-deux de 56", 50, avec recoupes d'aérage tous les 45", 70. Ces galeries, comme toutes les suivantes, sont ouvertes sur 2", 75 de large et 1",85 de hauteur. Les travaux de dépilage, au contraire, se font ensuite sur toute la hauteur, et en gradins renversés (fig. 125 et 126) à cause de cette grande élévation. (Cette artère générale n'est pas représentée sur la figure 274.)

Tous les 200 mètres, on v branche de nouvelles voies doubles montantes, avec 53 mètres d'entre-deux. Elles serviront d'artères secondaires, pour une série de zones d'une largeur constante de 260 mètres en direction, qu'elles partagent par le milieu, et qui sont placées à l'amont-pendage les unes des autres, avec une relevée de 75 mètres suivant l'inclinaison. (La figure 274 montre un tronçon AA, BB d'une de ces artères secondaires, et deux zones distinctes CCDD, et DDEE.)

Chacune de ces zones est destinée à former trois chambres, de 74 mètres en direction sur 58'",50 en inclinaison. Elles sont cloisonnées par deux intervalles de 7*", 50. En outi*e, les chambres extrêmes sont séparées de celles des zones voisines par d'autres massifs de 23 mètres suivant la direction et 16*", 50 suivant l'inclinaison. Toutes ces cloisons seront finalement abandonnées.

Enfin, chaque chambre est partagée en sept bandes horizontales, de neuf rectangles chacune. De ces 65 cases, 51 sont enlevées et 12 subsistent sous forme de piliers abandonnés. Ils sont destinés, comme les entre-deux, à soutenir le toit, au moins pendant l'exploitation, car il finit tôt ou tard par s'ébouler. En outre, les cloisons servent de remparts éventuels contre les incendies, qui prennent facilement naissance, et que l'on arrive plus facilement à cerner, en n'ayant à barrer que les percements pratiqués à travers ces entre-deux.

398 — La succession des opérations s*effectue de la manière suivante. On atteint, à partir de l'artère secondaire A, a Taide de

Aid MÉTUODES D EXPLOITATION.

deux galeries F» G, Taval-pendage des bandes inférieures el supérieures des chambres extrêmes. On relie les galeries, dès l'enUéc dans la chambre, par un montage l(, sur lequel on branche, à Taval-pendage de la troisième et de la cinquième bande, les galeries I, J. (La chambre inférieure de gauche montre, sur la figure 274, cet état de choses.)

On bat alors au large en montant, à partir de ces galeries, pour vider les bandes en inclinaison K, L, M, en commençant par celles du fond de la chambre. (La chambre inférieure de droite >es figurée d'après ce degré d'avancement des opérations.)

Avant que toutes les bandes inclinées soient terminées, on reperce en direction leurs entre-deux, en rétrogradant sur l'artère secondaire, de manière à isoler les piliers définitifs N, 0, P. (La chambre supérieure de droite représente cet état de choses, et tout se termine par le type de la chambre supérieure de gauche.)

Quant aux chambres centrales, elles ne sont prises qu'après celles de droite et de gauche. Elles sont d'ailleurs exploitées, non pas d'un côte à l'autre, comme les précédentes, mais en rabattant de chaque côté vers les voies jumelles qui les partagent par lo milieu. Celles-ci sont conservées dans le ferme, au-dessous des chantiers, qui n'exploitent que l'épaisseur située en couronne au-dessus de ces voies.

399 — Mines d'anthracite de Wilkes-Barre y (Pennsylvanie), (fig. 275) (*). — Le terrain anthracifèi'e de Pennsylvanie, encaissé dans la formation dévonienne, couvre 1400 kilomètres carrés* et a produit en 1880 près de 27 millions de tonnes, c'est-à-dire presque moitié plus que la France. Il comprend trois bassins principaux : ceux de Pottsville, de Mahanoy et de Wyoming. Chacun d'eux renferme au moins une dizaine de couches de 2 à 3 mètres d'épaisseur. La plus importante est celle du Mammouth, ou de Baltimore, dont la puissance se tient ordinairement entre 5 el 8 mètres, en atteignant même 20 mètres. L'anthracite est dure. Les

(') Sauvage, Annales, 7% VII, ti2*2. — Henry. BuU. min.. 2', VII, 000. — Levas^seur. (jénie chiL 111 » 5*24.

roches encaissantes le sont encore plus. Elles sont formées de poudingues et de conglomérats à éléments quartzeux et ciment siliceux. Les couches ont été fortement relevées et pHssées. Ces diverses données géologiques ont déterminé l'institution de la méthode suivante.

On divise la couche en étages de 50 mètres, dans chacun desquels on pratique des tailles, en laissant entre elles des piliers longs, de 5 mètres d'épaisseur. Ces entre-deux peuvent être considérés, en principe, comme abandonnés , bien qu'on les gratte en reculant, de manière à y reprendre ce que l'on peut, jusqu'à ce qu'ils deviennent menaçants. De plus, on ménage dans leur épaisseur des voies de sûreté, communiquant avec l'intérieur des chambres par de courtes recoupes.

Dans les plateures, on avance suivant le pendage. Dans les parties plus redressées, on conduit les chantiers en demi-pente, de manière à conserver l'inclinaison voulue. Pour les parties décidément raidcs, on rétablit l'ouvrage suivant la ligne de plus grande pente, mais avec un dispositif tout particulier, qui rappelle la méthode de remblai pour le fonçage ascendant sous stot (n* 327). Los deux questions offrent en effet beaucoup d'analogie, puisque le chantier forme, dans le cas actuel, une sorte de puits incliné ouvert en montant.

A la base de l'étage, se trouve la mère-galerie chassante, sur laquelle sont branchées les tailles. Elles y débouchent par une cheminée, garnie d'une trappe, et pratiquée à travers un estau de protection. Sauf des passages ménagés pour l'air et pour les hommes, la chambre est remplie d'anthracite concassée, maintenue par un grillage en charpente. On ne vide par la cheminée, au fur et à mesure que le front de taille s'élève, suivi du remblai que le Irop-plein fourni par le foisonnement. Les piqueurs ont les

418 UËTUODES D'EXPLOITATION,

pieds sur ce remplissage, et abattenl le combusUble au-dessus de leur lôte. Lorsque la chambre est arrivée à la limite de l'étage, on la vide complètement par la trappe.

400 — Mine de aelgemme de Wieliczka (Pologne), (iig. 276). — Dans une couche peu inclinée, chaque étage est déterminé par sa

voie de fond A, et par celle B de l'étage supérieur. Il est divisé en sous-étages par un certain nonibr'e de coslresses a, a'. Des plans inclinés, tels que P, les relient toutes à la voie de fond A. Les divers sous-étages sont tous exploités de la même manière, sauf que, à l'amonl-pendage du sous-éluge inférieur, et à l'aval-pendage du sous^tage supérieur, on réserve des massifs contious de pro

ABANDON DE Massifs. 41 9

Icction M, N, pour assurer la conservation des galeries-maltreses A elB. Tel est le traçage.

Pour dépiler un sous-étage, on se développe symétriquement sur les deux ailes, à partir de chaque plan incliné. Ces ouvrages sont conduits en gradins couchés. On a soin de laisser derrière soi un quinconce de piliers tournés, pour soutenir le plafond. L'avancement s'opère en chassant; c'est-à-dire qu'une équipe, partant de l'angle supérieur a du lopin, s'avance en direction. Quand elle est arrivée en a', un second poste attaque en p. Lorsque tous les deux sont parvenus en a", p", un troisième gradin est ouvert en y> <ît ainsi de suite.

401 — Mine de sel potassique de Hlassfurth (Magdeboui'g), (tig. 277, 278) (*). — Le célèbre gîte de Stassfurth est situé dans la partie inférieure du trias. 11 renferme, en même temps que le chlorure de sodium, qui n'y présente, au point de vue industriel, qu'une importance effacée, une épaisse formation de chlorure de potassium , d'où ces mines tirent leur principal intérêt, et dont la découverte a déterminé une perturbation complète dans le commerce de la potasse. Divers sels multiples accompagnent ces deux matières principales : gypse, anhydrite, polyhalile, kiésérite, carnallite, stassfurthite, etc. Celte lentille, dont l'épaisseur se réduit à rien sur les bords, présente dans le centre une puissance, encore inconnue, mais certainement supérieure à 1 50 mètres.

La partie exploitée est inclinée entre 35 et 40 degrés. Elle présente une trentaine de mètres de traversée horizontale. On la prend par la méthode des piliers et estaus (n*" 388). Les tranches ont 8'°,50 de hauteur, et sont séparées par des estaus de 4 mètres d'épaisseur. Une grande galerie d'allongement, de 8", 50 de largeur avec une hauteur égale, règne le long du mur. Une galerie plus petite, de 2 mètres sur 2 mètres, se trouve au toit. L'entre-aeux est divisé en piliers d'une vingtaine de mètres , sur 6 mètres en direction, par des traverses de 8", 50 de largeur, ouvertes sur une hauteur égale.

(*) Fuchs, Anuaîei,^, VHI, \.

UËrUODES D'EXPLOITATrO:).

■mi'.

40S — Mines de sel gemme de Marmarot {Hongrie), (Cg. 279, 280) {'). — La puissante formation de sel du comitat de Harmaros appartient à l'Étage miocène, et s'étend sur toute la longueur de celte province. Les roclies encaissantes ont subi des actions extrêmement marquées de redressement et de froissement, qui sembleraient indiquer une influence éruptive de soulèvement, si cette hypothèse n'était aussi difCcile »

concilier avec la nature du chlorure de sodium. Le sel aftleure en certaines places.

Dans d'autres, il se dissimule sous un recouvrement d'argile d'un noir bleuâtre, qui

atteint jusqu'à 40 mètres d'épaisseur', el forme alors une très utile défense contre l'in filtra lion des eaux. En certains endroits, cette couche est remplacée par un diluvium. La puissance de la masse saline est inconnue. On a dépassé j 50 mètres sans voir s'allarer sa pureté.

A une époque très reculée, qui parait voisine de l'année

(') Serlo, Uitfaden sur Bergbaukunde. I, iM. — M/moiret inédilt de M. Henriot. Élè.e ingénieur des Fig. ï». Silines do M.nni™.

. ■ . . , j Bel lûdc des chambres coupe vcrlicalo).

mines, rar les mines de ael du comitat de Marniaros (1880). et do IL Paulin, éièïc inRénieur des mines, «iii- les anlines de TranMlïBiiic (1888).

4aS MfiTWnHES n'EXn^lTATfOS.

600 aprôs J.-C 011 a commencé à exploilor par bouleiUes (n" â&U\. On s'enfonçait à l'aide de deux puits, séparés par une distance- de 6 à 8 mètres (fig. 279). L'un d'eux servait à l'exlraction, et l'autre à la circulation du personnel. Après la traversée du recouvrement, et d'un estau de protection d'une dizaine de mètres dans le sel, on réunissait les deux percements, et l'on s'élargissait progressivement, en cercle ou en ellipse, jusqu'à une largeur de 50 à Ih mètres, après quoi, l'excavation s'enfonçait verticalement, jusqu'à ce que l'irruption des eaux, ou des menaces d'ébonlement, fissent abandonner la mine , que l'on rouvrait plus loin , à une distance suffisante pour assurer la solidité des parois de strparation.

Certaines de ces chambres, dans des conditions favorables, ont duré deux et trois siècles. La cloche d'Apafy formait une ellipse de 53 mètres sur 62, avec une hauteur sous clef de 120 mètres. On a atteint jusqu'à 147 mètres de hauteur, sur 47 de diamètre.

403 — En 1777, le Bergmeister Grosschmidl substitua au syslème circulaire, qui donnai! lieu à une perte énorme (n° 590. note), un réseau de chambres parallélépipédiques très allongées, se rapprochant de la méthode des piliers longs (n° 586). On pratique au cerveau (iig. 280), des galeries mmiies de gardecorps, sous la sole desquelles on s'élargit à 45 degrés, jusqu'à donner aux chambres une largeur de 40 â 45 mètres, à partir de laquelle on s'approfondit suivant la verticale. I,e sel s'enlève par tranches successives, que l'on débite à l'aide de rouillures, ou bien en gradins droits.

A Bftnaszek, la chambre Marie-Thérèse avait une profondeur de 154 mètres, une longueur de 206 mètres, une largeur de 68 mètres: c'est-à-dire un volume de plus de 1 800 000 mètres cubes. A Szla-

tina, la chambre Cunégonde présente une profondeur de 65 mètres, une longueur de 381 mètres, une largeur, assez variable, de 50 à 60 mètres en moyenne.

Des galeries de \isite régnent le long des parois. On les établit en encorbellement avec une grande hardiesse (fig. 281). Des madriers sont encastrés, au moyen de blocs 'de bois, dans des potelles pratiquées en plein sel. Leurs joints sont rapidement consolidés par les eaux saturées de chlorure de sodium, qui s'évaporent à l'air. C'est là d'ailleurs l'explication de l'extraordinaire solidité de pareilles voûtes. Les criques résultant des tassements sont bientôt ressoudées par les infiltrations, et la roche forme ainsi perpétuellement une masse compacte, incessamment reconsolidée.

404 — Mine de sel gemme d'Hallstadt (Salzkammergut), (fig. 282, 283) (*). — La formation salifère deHallstadt appartient à l'étage moyen du keuper. La masse de sel, presque verticale, est enveloppée d'un calcaire marneux. Elle est elle-même très imprégnée de matières terreuses, et ne contient que 70 à 75 7o de chlorure de sodium. Celte circonstance oblige à procéder par dissolution et cristallisation, pour donner au produit une valeur marchande. Dès lors, on s'est trouvé tout naturellement amené à pratiquer la dissolution dans le sein même de la montagne, de manière à y abandonner, sans déplacement, le résidu stérile, et à n'évacuer au dehors que la matière utile, avec l'eau qui lui sert de véhicule. La nécessité de confiner ainsi dans des espaces limités cette action dissolvante, a conduit à l'emploi de la méthode des cloisons eteslaus(n*»388).

La formation est partagée en un certain nombre d'étages, d'une quarantaine de mètres de hauteur, au moyen de plans horizontaux conduits par chacune des galeries d'écoulement, ou stollên, que Ton pratique à des hauteurs successives. Chacune d'elles forme l'artère d'exploitation de la tranche, à la base de laquelle elle se trouve. Des galeries secondaires y sont branchées tous les 60 ou 80 mètres, et se correspondent, autant que possible, en projection,

{«) Kcll'^r, Annales, 0% \h I.

Kl VÉTHODES D'EXPLOITATION.

d'un étage à l'autre. Elles aboutissent aux diverseschambresdedissolutioii de cette tranche.

Fig. US, Hclhodc bydriuliqtM du Sililmnmergul (coupe boruoDlalc).

Pour créer une chambre, on commence par brancher sur sa galerie de desserte un réseau de voies en quinconce, divisant en

Pig. 181. Hélboie bjdraulique du Sfliliaiiiniorgut (coupe terlicalej.

piliers de 3 à 4 mètres de côté toute la base de cette chambre, sur une hauteur de 2 ou 3 mètres, une vingtaine de mètres de largeur, une cinquantaine de mètres de longueur. A l'extrémité, la galerie

d*axe se relève en forme démontage, à 45 degrés d*inclinaison. Elle reçoit, par la partie supérieure, les eaux pures, amenées par la canalisation générale de lamine. ATaide de digues, percées de conduites que Ton munit de robinets, on ferme le débouché de la chambre, et on la remplit d'eau, sans laisser la charge s'élever à plus de quelques centimètres au-dessus du plafond. Sous cette action délayante, les piliers s'aflaissent bientôt. On les abat, après avoir vidé la chambre, qui se trouve prête alors pour l'exploitation normale.

406 — La dissolution peut être conduite suivant deux modes différents : continu ou discontinu. Dans la méthode discontinue, qui est la plus ancienne (*), on laisse périodiquement écouler toute l'eau salée, en la remplaçant par de l'eau pure. Dans la marche continue, au contraire, la chambre n'est jamais vide. On ne laisse sortir qu'une partie seulement de l'eau, quand elle est parvenue à 26 7o de salure , et on la remplace par une quantité équivalente d'eau pure. Le plafond n'est donc jamais à sec, et sa solidité se maintient mieux qu'avec des alternatives.

Toutes les fois que le bain, a repris son pouvoir dissolvant, par l'introduction d'une certaine quantité d'eau fraîche, il recommence à attaquer le plafond et le pourtour. L'argile, ainsi privée du sel qui lui donnait de la consistance, tombe en boue sur la sole, qui s'élève, tandis que le plafond s'exhausse lui-même. En même temps, la chambre s'élargit successivement; car les couches que leur densité maintient à la base sont saturées, et ne corrodent plus la paroi, l'augmentation de diamètre ne se produisant, dès lors, qu'à la partie supérieure, où surnagent des eaux plus pures et plus dis« solvantes.

Cet élargissement est en outre plus marqué, pour le même motif, au commencement de la période que vers la fin. Il affecte donc la forme AB, et l'ensemble de toutes les opérations le profil ABC (fîg. 284). L'évasement total sera, d'après cela, plus accentué qu'avec la méthode continue, dont la période AB' n'est autre que la fin de la période AB, c'est-à-dire la partie la plus redressée de cette

(*) Les archives de ki mine indiquent qu'elle y a été inti^oduite en i 311 par un ingénieur venu de Hall, où elle fonctionnait déjà antérieurement.

426 MÉTHODES D'EXPLOITATKKV.

courbe. En n*accumulant que les parties raides de ce diagramme AB, on doit naturellement moins s*élargir, que si Ton en fait intervenir tout le développement, y comprisses parties plates. La méthode continue permet donc de serrer davantage les chambres les unes contre les auti^s, et de mieux utiliser le champ d*exploitation, sans perdre autant par les cloisons.

En ce qui concerne la rapidité de la marche ascendante, elle sera plus grande pour la marche discontinue, qui renouvelle le bain avec de l'eau pure, que dans la nouvelle méthode, qui reste toujours

aux teneurs voisines de la saturation. Si nous raisonnons dans l'hypothèse de ce mode discontinu, la surélévation du plafond sera, pour chaque opération, en raison directe de la hauteur actuelle, puisqu'il y a d'autant plus d'eau chargée de coopérer à la dis- • solution de cette petite zone.

Il importe donc de commencer l'exploitation sur une hauteur suffisante. La vitesse variera, en môme temps, en raison inverse de la richesse du gîte, puisque la saturation se produira pour une pénétration d'autant moindre. Le nombre des opérations sera donc proportionnel à la teneur du gisement. L'élargissement augmente par suite d'autant, et dès lors il est important de ne pas commencer avec des dimensions horizontales exagérées, de peur que l'évasement n'arrive à trop aflaiblir les cloisons, vers la fin de la propagation en hauteur.

Le mètre cube de saumure revient à 1 fr. 58. Il faut 5"*, 6 pour fournir une tonne de sel. Le prix de celle-ci ressort par conséquent à 5 fr. 70, c'est-à-dire à un chiffre peu différent de celui des exploitation des gites de sel gemme par le mode ordinaire.

406 — Mine d'élain d'AUenberg (Saxe), (fig. 285) ("). — Le gilc

(') Serlo, Leitfaden zvr Bergbaukunde, I, 439.

Fip. 281.

d*Altenberg consiste dans une masse d'elvan, ou de horstcinporphyr, contemporaine de la venue de Tétain, qui Ta imprégnée coni' plètement.

On traite les parties profondes de ce stockwerk par la méthode des cloisons et estaus. Ces derniers sont d'environ 4 mètres d'épaisseur, et séparent des tranches d*exploitation de 12 à 15 mètres de hauteur. On y pénètre avec des travei*s-bancs partant du puits. On glane dans cet étage, au moyen de chambres de 12 à 18 mètres de diamètre, en

Fig. 285. Mine d'élain d'Altenberg. Cloisons et estaus (coupe horizontale).

furetant dans toutes les directions, pour exploiter les parties riches, et laisser les plus pauvres dans la masse du squelette abandonné. On s'attache, dans la mesure du possible, à faire correspondre d'étage en étage les chambres et les cloisons suivant la verticale. Il est malheureusement difficile, d'après l'irrégularité de ce glanage, de se conformer à cette salutaire prescription. Aussi des crevasses ' ne tardent pas à se produire, et la mine d'Altenberg a été plusieurs fois(chap. XLYIII, § 2) le théâtre d'effondrements formidables.

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