COUCHES — CHOIX DU PRINCIPE FONDAHBKTAI
SSO — Abandon de massifs. — La question est bientôt résolue, en ce qui concerne le principe de l'abandon des massifs. Il se recommande, ainsi que nous l'avons dit, comme le plus propre à préserver la superficie. A la vérité, c'est sous la réserve d'une prudence sut fisante dans la détermination des massifs, condition beaacoup trop négligée dans la pratique. On doit surtout blâmer, sous ce rapport,
(') Andi*easberg (n» 485).
n Almaden (n« 506).
la tendance à venir reprendre, en les affaiblissant d'une manière téméraire, une partie des piliers laissés par les anciens exploitants. Cette opération ne doit être effectuée, en général, qu'en transformant le principe lui-même, et se résignant à la chute du toit ou à remploi du remblai. Il devient possible, à ce prix, d'effectuer une reprise totale, quand elle en vaut la peine.
Le second point de vue est celui de la valeur. Des matières pierreuses communes ne comportent presque jamais d'autre mode rémunérateur. Mais, en dehors de ce cas, et de celui du sel gemme, en raison de son abondance et de sa solidité, il en existera peu, où la valeur intrinsèque du minerai ne soit pas suffisante, pour supporter l'emploi du foudroyage ou du remblayage.
521 — Foudroyage. — La question est bien plus complexe, quant au choix à faire entre ces deux derniers principes. En ce qui concerne le foudroyage, on peut dire qu'il ne sera pas rationnel d'y avoir recours, en dehoi's de certaines conditions précises qu'il est facile d'énumérer.
En premier lieu : une puissance moyenne. Si elle était .par trop réduite, le danger augmenterait, par la difficulté qu'éprouverait le mineur à se mouvoir, de manière à échapper à l'écrasée. Si elle dépasse 3 mètres, et surtout 4 mètres, on doit, en thèse générale, écarter le foudroyage en une seule tranche, sauf à admettre l'examen attentif de certains cas particuliers, dont nous avons rencontre des exemples (n*^ 431).
L'inclinaison ne dépassera pas 20 à 25", afin de ne pas compliquer le porte-à-faux du toit, et la chute des matériaux fragmentés.
Le plafond doit être solide ; sans quoi le danger devient inadmissible. Il convient que la roche soit nettement détachée du combustible, pour que l'on ait le temps de déterminer la tombée de ce dernier, et de le reculer, avant l'effondrement du toit.
Le charbon ne doit être sujet ni à l'inflammation, ni aux dégagements grisouteux; sans quoi le principe du foudroyage est contre-indiqué (*).
[') Ce qui ne l'empêche pas, cependant, d'être appliqué sur une g^*andc échelle en Angleterre dans de semblables conditions.
Si la profondeur devient suffisante (n° 448), le principe de Téboulement est, non seulement acceptable, mais préférable au remblayage, au point de vue de la conservation de la superficie. Si cette hauteur est trop faible, il doit être rejeté, à moins que Tou ne se résigne au bouleversement complet de la surface.
En admettant que les conditions qui viennent d*ètre formulées se trouvent remplies, le foudroyage se recommande alors par de nombreux avantages : une production de gros plus marquée qu'après une série de petits tassements sur le remblai (^) ; Tabatage facilité; peu de traçage; peu de boisage, la houille n'étant pas fissurée, comme lorsqu'elle a travaillé sur le remblai; une économie notable du prix de revient, malgré une paye plus élevée attribuée à l'ouvrier, en raison du danger qu'il court.
S22 — Remblayage. — Cependant ces avantages ne sont pas absolument décisifs, car on peut également y tendre avec des méthodes de remblayage judicieusement combinées. Il y a lieu principalement d'insister sur la distinction suivante : le foudroyage augmente le gaspillage, c'est-à-dire la perle en matière sur le total du minerai renfermé dans le gîte; le remblayage augmente la dépense, c'est-à-dire la perte en argent sur le prix de revient de chaque tonne marchande.
Si donc il s'agit d'un gitc assez limité, formé d'une substance de grande valeur, il n'y a pas à hésiter, et le remblayage s'impose. Si, au contraire, la matière est plus commune, et en quantité pour ainsi dire inépuisable, au moins pendant une durée qui dépasse les préoccupations les plus sages, la perte matérielle perd son intérêt devant le bénéfice à réaliser sur la vente de la tonne, et le foudroyage reprend ses avantages.
Il convient encore de remarquer, avec Gallon, que la valeur de ces considérations déterminantes se modifie dans une certaine mesure, selon qu'il s'agit, soit d'une Compagnie-propriétairei ou de valeurs de portefeuille à peu près immobilisées dans les mêmes
(*) C'est au point, que l'on se trouve parfois obligé de refendre après coup les morceaux, suilout dans les mines de fer, afin de pouvoir manier plus facilement ces fragments, et, en outre, de ne ])as risquer de défoncer, par leur chute, les vûliiéulcs:
mains ; soit, au contraire, d*une Société amodiataire, qui n'a qu'un temps pour jouir, d'après les conventions acceptées de part et d'autre, ou de titres de spéculation, pour lesquels on est pressé de réaliser des bénéfices, en vue d'en provoquer la hausse et de les écouler sur le marché. Est-il nécessaire d'ajouter que cette dernière hypothèse touche à des tendances dangereuses, capables d'amener la ruine complète de la mine, ou d'apporter du moins de grandes entraves pour son avenir?
Bits — Les considérations précédentes peuvent se préciser davanbge ('). Appelons à cet effet g et 9' le gaspillage proportionnel, suivant que Ton emploie, ou non, le remblai ; r les frais de remblayage par tonne de houille ; b le bénéfice réalisé sur le prix de vente, d'après l'état du marché. Puisque l'on retire, d'un poids P du gîte en place, le tonnage P (1 — g) k l'aide du remblayage, on réalisera, de ce chef, le bénéfice P6 (1 — g). Avec le foudroyage, on n'obtient que la quantité P (1 — g') ; mais le bénéfice par tonne n'est plus seulement fc, il s'y ajoute la suppression des frais de remblayage r. Ce bénéfice devient, d'après cela, pour chaque tonne : 6 -h r, et pour l'ensemble : P (fc H- r) (1 — g'). Il y aura donc avantage à remblayer si l'on a :
d'où l'on déduit :
Pour prendre un exemple, nous nous servirons des observations faites à Montceau-les-Mines, où l'on perdait 30 0/0 avec le foudroyage, là où le rabatage a réduit cette perte à 12 0/0, et la méthode horizontale à 5 0/0 (n° 509, note). Si nous admettons, en outre, la valeur de 4 fr. pour le prix du remblai par tonne de houille (n" 453), la formule précédente deviendra î
(>) Amiul (/l«Mo/c*, 7% IV, 150;.
564 MÉTHODES DTXPLOITATIOxN.
c'est-à-dire :
fc>2%80.
11 sufiit donc, dans ces conditions, de gagner par tonne au moins 2 fr. 80 avec le remblayage, et, par suite, 3 fr. 80 à l'aide du foudroyage, pour que ce dernier mode doive céder la place è l'emploi du remblai, en vue de réaliser le plus grand avantage total.
Or on trouve, dans le rapport général de M. de Ruolz sur la question des houilles (^), les moyennes suivantes, relatives à Tannée 1865, et évaluées sur le carreau de la mine (') :
France. Angleterre.
Prix de vente 1^,79 9^,25
Prix de revient 9, 37 7, 30
Béhéfice. . . . 4^42 l',95
Leur comparaison avec le chiffre précédent expliquerait ainsi, d'une manière rationnelle, la surabondance des exploitations par foudroyage en Angleterre, et leur rareté relative en France f).
(*) Tome UI, page 3.
0 La moyenne générale du prix de vente sfr le marché de Londres était, dans la même année, de 30 fr. 55, y compns 8 fr. 95 pour les droits et frais accessoires ; et de 36 fr. 21 sur celui de Paris, en y comprenant le droit d'octroi de 7 û*. 20.
C) Le rapport de l'ingénieur en chef de la première division des mines de Belgique indique, pour l'année 1882 et l'ensemble des bassins de lions, Centre et Charleroi, les moyennes suivantes :
Prix de revient 9 fr. 76
Prix de vente 10 11
BtniFicE 0 fr. 35
Le résultat semblerait donc, ponr cet exercice, du reste exceptionnel, invci*se de celui de la comparaison entre la France et l'Angleterre ; mais cet ordre de considénticuis est primé, pour la Ttclgique, par la nature de sa formation houillère, composée en général de veines minces, tourmentées et grisouteuses, ce qui exclut a priori Tapplication du foudi'oyage dans la plupart des cas.
§5 CmjdlES — CHOIX DE LA HÉTHeDB D*EXFIiOITATION
— Foudroyage. — Le principe fondamental une fois fixé, il reste à préciser la méthode d'exploitation. Supposons, en premier lieu, que Ton se soit déterminé en faveur du foudroyage. On se trouvera immédiatement circonscrit, d'après la puissance du gisement, dans Tune ou l'autre des deux catégories de méthodes, relatives aux gites minces ou aux gites puissants (n° 417).
Pour les couches minces, on tend beaucoup, en vue d'éviter les inconvénients du traçage, à développer l'emploi, relativement récent, du longwall.
^, néanmoins, on adopte une méthode de traçage, la même préoccupation devra faire préférer les massifs longs aux massifs courts. Ces derniers, en raison de la prépondérance du traçage, des frais d'entretien, et de la complication de l'aérage, devront être écartés, sauf le cas spécial de l'absence complète de grisou, et d'une solidité exceptionnelle de la masse et du toit : conditions ordinairement réalisées par les minerais de fer. Ce traçage surabondant présente, il est vrai, l'avantage de procurer pendant longtemps des produits, sans s'éloigner beaucoup du puits.
L'on s'en tiendra donc, en général, aux massifs longs, en ayant soin de pratiquer des galeries aussi spacieuses que le comporte la solidité, tout en gardant des piliers largement suffisants, pour ne pas se trouver fatigués par la durée de l'exploitation. Ces conditions ne sont d'ailleurs nullement opposées l'une à l'autre. Quant au système qu'il conviendra d'adopter pour le dépilage, on peut faire remarquer que le mode en travers est inadmissible dans les gttes grisouteux s'il est montant, et, dans les mines aquifères. s'il est descendant. Le dépilage en long échappe à ce double incon vénient. Mais il suppose, d'après la largeur de la taille, qui est la relevée même du pilier, une tenue meilleure pour le gîte, que celle qui pourra suffire avec des enlevures en travers, dont la largeur reste arbitraire.
Quant aux couches puissantes, le choix entre la méthode inclinée et la méthode horizontale dépendra surtout de la raideur du gîte, la première n'admettant que des inclinaisons modérées. Les tranches présenteront d'ailleurs dans ces méthodes plus de hauteur qu'avec le remblayage.
5IS5 — Remblayage. — Supposons maintenant que l'on se soit arrêté au principe du remblayage. On commencera encore par circonscrire la question, d'après l'épaisseur du gisement (n" 456).
Pour les gites les plus minces, la méthode des grandes tailles s'impose, afin d'utiliser le remblai à pied d'œuvre. Nous avons, du reste, présenté la discussion de ses divers modes d'application (chap. XXI, § 3), avec des détails qui nous dispensent d'y revenir en ce moment. La méthode des chambres se recommande pour les puissances moyennes, et aussi les solidités moyennes. Quant à la méthode des gradins, elle ne constituera, pour les gites sédimentaires, qu'une exception, motivée par la raideur du plongemenl. Môme alors, on emploie presque toujours le dispositif des maintenages (n* 471), qui concilie, avec le rôle protecteur des décrochements en gradins renversés, les facilités que procure l'aménagement général de la méthode chassante, pour le roulage de masses importantes.
Arrivant aux grandes puissances, nous mentionnerons à part, à titre d'exception, la méthode verticale, décisive pour les charbons les plus inflammables, mais contre-indiquée en dehors de ce cas. Le rabatage constitue également un cas relativement rare. Il exige un charbon particulièrement solide, l'absence de grisou, un bon remblai, une traversée importante si l'on veut appliquer le mode en travers.
La solution vraiment normale pour les couches . puissantes, consiste dans l'emploi des deux méthodes : inclinée ou horizontale. La première est excellente pour les puissances et les inclinaisons moyennes. Elle est particulièrement recommandable pour les couches barrées par des nerfs bien caractérisés, assez importants pour être réservés sous forme d'entre-deux, ou abattus distinctement pour faciliter le triage.
En dehors de ces conditions, on s'arrêtera à la méthode horizontale. Le mode en long pourra être préféré, si la solidité du charbon et du toit en comporte l'emploi. Conduite en taille unique, elle admet, à l'inverse de la méthode en travers, l'aérage continu, et le roulage distinct pour les terres et pour le charbon. Appliquée avec des recoupes contiguês, elle se prête au passage entre les nerfs, que la méthode en travers hacherait complètement, au grand détriment de la pureté du combustible.
HONNÉES 1VUMÉBIQUE8
6S6 — Les comparaisons précédentes se maintiennent jusqu'à un certain point dans le vague. Mais cette indécision est dans la nature des choses, tant que Ton reste dans les généralités. Elle ne peut disparaître complètement que lorsque Ton se trouve, pour chaque cas, en face de données numériques précises. L'appropriation exacte d'une méthode d'exploitation à des circonstances définies, dépend en effet de bien des éléments. On devra s'y préoccuper, à la fois, de la puissance et de l'inclinaison ; de la régularité des nerfs, et de la répartition de la richesse ; de la solidité des épontes, de celle du minerai, de ses clivages ; de la présence et de l'abondance du grisou, de l'inflammabilité du combustible; de la nature du remblai ; du prix et des dimensions des bois disponibles dans la contrée ; du taux des salaires, des habitudes de la population ouvrière ; des moyens de transport, de l'étendue du marché accessible, de son activité commerciale, etc.
Pour faciliter les comparaisons, je placerai ici un tableau (') relatif à un ensemble, à la fois assez large et assez homogène, de cou ches puissantes de combustible. Les trois colonnes qui définissent le gltc, se rapportent à la partie spéciale de ce gisement qui a
(') Dressé à laide de celui qui a été inséré par M. l'ingénieur des mines Amiot, dans son important mémoire sur les houillères puissantes du centre et du midi de la France [Annale*, 7v IV, 162).
H es