CHAPITRE XXIII
§i FILONS ET AHAS
615 — Filons. — Je me suis attaché» dans cette longue et laborieuse classification des méthodes d'exploitation, à joindre à la description technique de chacune d'elles, la discussion de ses avantages et de ses inconvénients, de manière à permettre de juger à quel ensemble de circonstances elle peut le mieux convenir .
Il y a lieu maintenant de renverser les termes du problème, et de prendi*e comme point de départ les conditions qui définissent le gîte, en cherchant à en déduire le choix de la méthode qui lui sera le mieux appropriée. Une saurait, en effet, être question d'établir, par une discussion générale, et d'une manière absolue, une sorte de suprématie au profit de l'une de ces méthodes, ou d'un petit nombre d'entre elles, sur toutes les autres. Elles ne deviennent préférables l'une à l'autre, que eu égard aux circonstances que présentera chaque gisement. On peut même très bien concevoir que ce soit, dans un cas donné, un égal progrès de part et d'autre, de voir deux mines échanger mutuellement leurs méthodes, mieux adaptées, après cette permutation, aux conditions des masses minérales qu'elles sont destinées à exploiter.
Rappelons tout d'abord que l'on distingue trois sortes de gîtes minéraux : les filons, les amas et les couches, et considérons successivement ces trois genres de formations.
558 ÎHÉTHODES D'EXPLOITATION-
516 — Les filons présentent, presque toujours, l'une ou l'autre des conditions qui recommandent l'emploi du remblai. Ordinairement, ils sont très minces ; et la nécessité d'entailler les épontes fournit une surabondance de stérile. Trop souvent aussi, même avec une puissance plus satisfaisante, l'irrégularité de composition, l'abondance de la gangue, la présence des nerfs, amènera le même résultat. Le remblai se trouvant alors à pied d'œuvre, si l'on renonçait à s'en servir, au lieu de réaliser par là une économie, on serait conduit à s'imposer une dépense supplémentaire de roulage et d'extraction.
Quand le filon est à la fois puissant et homogène, il présentera souvent une valeur intrinsèque, par mètre cube, assez importante pour qu'il n'y ait pas d'hésitation possible à faire supporter au prix de revient l'accroissement qui résulte de l'introduction d'un remblai extérieur, pour assurer le complet enlèvement du minerai. Ce ne sera donc que dans des circonstances particulières, que l'on songera au foudroyage, et surtout à l'abandon de massifs.
617 — Le principe du remblayage une fois admis dans la grande majorité des cas, il restera à faire un choix, parmi les méthodeasi nombreuses auxquelles il sert de base. Tout d'abord, on s'appuiera sur la distinction fondamentale qui nous a servi pour leur classification, suivant que le gîte est mince ou puissant (n^ 456).
Si la puissance est faible, la composition, en général irrégulière, des filons exclut l'emploi des grandes tailles. L'ampleur de ces méthodes perdrait toute sa valeur dans ce dédale, et elle obligerait à enlever des parties inutiles. Il est, au contraire, ordinairement indispensable, pour connaître préalablement le gite d'une manière suffisante, de l'embrasser tout d'abord dans un traçage, d'autant plus serré que Tirrégularité sera plus accusée. Il y a donc lieu de tenir compte, dans le choix de la méthode d'exploitation, de la né* cessité de ce réseau.
La méthode des chambres comporterait deux manières d'être différentes, suivant que sa base d'opérations serait prise, dans ce traçage^ en direction ou en inclinaison. Le premier mode serait or^ dinairemcnt impraticable, à cause de la raideur du pendagc, si
COMPARAISON DES BiÉTUODES. bô9
l'on ouvrait les chambres en montant f). Quant à les pratiquer en descendant, , on ne pourrait voir dans cette conception qu'un pas rétrograde, nous ramenant aux époques primitives de l'art, lorsque les anciens ne connaissaient, pour ainsi dire, pas d'autre manière d'attaquer un filon, que d'y descendre par des ouvrages inclinés, très rapprochés les uns des autres.
11 n'en sera plus de même, si l'on se rattache, au contraire, à une fendue, avec des chambres pratiquées en chassage. On retrouve alors, dans ces conditions, la méthode horizontale en long, destinée aux faibles puissances (n"" 500). Elle est, en effet, employée dans un certain nombre de filons, quoique d'un usage peu fréquent.
Il ne reste, d'après cela, comme solution normale pour les filons minces, que la méthode des gradins. Quant au choix à faire entre les deux modes qu'elle comporte, il a été déjà l'objet d'une discussion attentive (chap. XXI, § 5). Elle se résume, en ce que les gradins droits ne sont employés que très exceptionnellement, tandis que les gradins renversés constituent la preàque totalité des applications.
St8 — Considérons, en second lieu, un filon puissant. La méthode inclinée y est presque toujours impraticable en raison de leur raideur (*). La méthode verticale et le rabatage ne s'y recommandent pas d'une manière générale, bien qu'applicables à des cas particuliers, dont j'ai cité des exemples. Il ne reste donc comme solution courante que la méthode horizontale. Ce ne sera pas, du reste, le cas de l'appliquer en long ('). Ce mode perd en effet ici son principal intérêt, qui est, soit de passer, au moyen d'étroites recoupes, entre des nerfs réguliers, que l'on ne trouve pas aussi habituellement dans les filons que dans les dépôts sédimentaires ; soit de pouvoir conduire des chantiers en grandes tailles, combinaison
(*) Cependant, nous arons vu un exemple analogue poui* les anthi^adtes de Pernl* «syWanie (n*> 399).
(*) Cependant elle a figuré dans quelques quai'tiei's de la mine d'étain de Hontebi'as (Creuse).
(3) Sauf le cas de la faible puissance, pour lequel nous vendus de la reti*duvcl*.
6G0 MÉTHODES D'EXPLOITATK».
que nous venons d*écarter. Finalement donc, il ne subsiste que la méthode en travers, sans oublier, toutefois, que celle des gradins renverses est extensible aux grandes puissances (n"* 487).
Nous pouvons donc dire, pour résumer ce qui concerne les filons, qu'il n'existe pour eux que [deux méthodes vraiment fondamentales : celle des gradins renversés, quelle que soit la puissance, et, dans les cas seulement où celle-ci devient notable : la méthode en travers. 11 faut mentionner cependant, comme rendant quelques services dans les filons minces, la méthode horizontale en long; et enfin reléguer dans des exceptions absolument rares, le système des gradins droits avec planchers (^), et la méthode verticale fondée sur le muraillement f).
519 — Amas. — Nous avons reconnu (n** 498) qu'il n'existe, pour des amas d'une forme indéterminée, qu'une seule méthode d'exploitation : à savoir, la méthode horizontale. Il reste seulement à choisir, pour sa mise en œuvre, entre les trois principes fondamentaux, qui comportent également l'emploi des tranches horizontales, à savoir : la méthode des estaus (n* 388), celle du foudroyage (n* 435) et celle du remblayage (n* 498). Mais cette discussion de l'appropriation aux amas, des divers principes fondamentaux, ne diffère en rien de celle à laquelle nous arrivons maintenant pour les couches.