TABLES RECTILIGNES
1357 — Table dormante. — La table dormante a la forme d'un rectangle légèrement incliné (*). A la tête, se trouve un chevet en forme de triangle, et d'une pente plus accusée. Il reçoit la lavée sur son sommet, et la répartit en nappe uniforme, par l'influence d'une série de brisants, constitués par des prismes triangulaires, et destinés à diviser consécutivement la lame d'eau, qui, sans cela, tendrait à couler directement par la ligne de plus grande pente. Au-dessus du chevet, se trouve l'auge de distribution, dans laquelle se meut un agitateur, qui remet les matières en suspension, d'une manière aussi homogène que possible.
11 est bien clair qu'une vitesse suffisante étant capable de tout entraîner, un courant moins fort ne laissera que les grains les plus gros et les plus lourds, et, qu'en diminuant progressivement l'allure, on augmentera peu à peu l'importance du dépôt. Il y aurait donc moyen, si l'on voulait, de détacher du premier coup, à la tête de la table, un dépôt très enrichi; mais ce serait au prix de perles considérables. C'est de la manière inverse qu'il convient de procéder. On doit, par une allure modérée, chercher à éliminer
(') Moissenet {Annales, 6«, iX, 63, 94).
(*) Les figures 812 et 815 donneront une idée suffisante de la table dormantei si l'on supprimci par la pensée, la suspension, en supposant fixe l'aire de lavage.
d'abord le stérile. On reprend alors le résidu, sur une seconde table, pour le classer de nouveau, dans des condilions appropriées à son nouvel état.
La lavée s'étale en lame très mince. Le travail du râblage est peu développé. Quand la table est suffisamment chargée d'une matière bien classée, on arrête l'écoulement, et Ton nettoie la surface, en enlevant, à la pelle, les zones successives. Sur les frames des ateliers anglais, on pousse l'opération jusqu'à un degré d'enrichissement plus uniforme, et on balaye finalement le tout, avec un fort courant d'eau, dans une auge placée au pied pour le recevoir. Le classement est alors moins net, et les déchets prennent plus d'importance. On a employé, à llolzappel, des tables dormantes .percées de part en part, suivant des rainures transversales recouvertes d'un cuir. Celui-ci complète, en temps ordinaire, la surface de lavage. Quand l'opération est terminée, on soulève successivement chaque bande de cuir, et un courant d'eau pure chasse dans une auge inférieure, par l'ouverture ainsi laissée libre, tout le contenu de la travée correspondante.
1358 — Caisson allemand. — Cet appareil, que l'on appelle aussi caisse à tombeau (fig. 806), très employé autrefois, a aujour-
Fig. 806. Caisson allemand.
d'hui à peu près disparu, attendu que l'on n'en peut attendre que des résultats imparfaits. C'est plutôt un éboueur qu'un classificateur; un dégrossiseur, qu'un finisseur.
La pente, de 1/12 environ, est plus raide que celle des tables dormantes. La couche des matériaux devient bien plus épaisse.
798 PRÉPARATION ilÉCANIQUE DES MINERAIS.
Ceux-ci sont plus gros, et le râblage beaucoup plus actif. L'ouvrier remonte ainsi, non seulement le sable, mais Teau elle-même, qui s'échappe, dès que le râble disparaît, et, dans cette sorte àe chasse, agit d'une manière plus intense sur le dépôt, pour le débarrasser des matières boueuses ou schlammeuses.
La caisse, de 2 à 4 mètres de longueur, sur 0"*,50 de largeur, el autant de profondeur, est fermée au pied par un revers percé de trous. Derrière celui-ci, se trouve un barrage, par-dessus lequel Teau tombe en cascade dans une auge, avec les fines qu'elle entraîne. Ces caissons sont ordinairement associés, au nombre de trois, pour former une batterie gouvernée par un même ouvrier.
Ce dernier donne les matières à la tête du caisson, et y refoule incessamment le dépôt, jusqu'à ce qu'il le juge suffisamment purifié. Au fur et à mesure que s'élève l'épaisseur, on ferme les orifices itorrespondants, de manière à maintenir l'écoulement au niveau de la couche actuelle. Lorsque la caisse est entièrement pleine, on arrête la lavée. On débouche les trous inférieurs, pour laisser échapper l'eau, et l'on coupe le dépôt à la pelle en trois tranches, perpendiculairement à la longueur, en se guidant d'après l'aspect qu'il présente.
1359 — Lavoir à eau couinante, — Il existe encore quelques exemples des anciens lavoirs à eau courante {*), destinés au traitement de combustibles de la grosseur d'une noix, ou d'une noisette. Dans ces auges, de 0'",50 à 1",00 de largeur et de quelques dizaines de mètres de longueur, on distribue les matières au sommet de la pente, et un courant assez vif les entraine, en les classant approximativement. Le charbon s'échappe à l'extrémité de ce couloir, et le schiste s'y accumule peu à peu. Au bout d'un certain temps, on arrête l'écoulement, et l'on enlève les matières à la pelle. La tête du dépôt est rejetée définitivement, et l'on sépare, au pied, un mélange à repasser.
A Tredegar (South-Wales) f ), on a disposé côte à côte trois auges,
(*) Il en a été établi à Decixe, à Carmaux, etc.
(*) Harvey. On Coal-wasliing [Proceedings of ihe Inslitulton of civil Engitteen, LXX, 4- partie).
qui présentent Ténorrae longueur de 80 mètres (fig. 807); une largeur de 0",60 à la surface, et O'^jSO au plafond; 0™,55 de profondeur ; et une pente de 1/30. La main-d'œuvre ne dépasse pas 0 fr. 20 à 0 fr. 40 par tonne, mais l'appareil est embarrassant, les résultats incertains, et la gelée arrête tout travail.
fi\S. 807. Lavoir k eau courante de Tredegar.
Ce mode de fonctionnement a été précisé d'une manière intéressante à Commentry, pour le traitement des schlamms charbonneux. Imaginons que, dans un couloir d'une longueur suffisante, on donne la lavée pendant une durée, que nous supposerons de 5 minutes, pour fixer les idées. On l'arrête à ce moment, et on la soumet ensuite à l'action d'un courant d'eau pure. Les matières cheminent, sous cette influence, avec des vitesses différentes suivant la difficulté qu'elles éprouvent, en raison du frottement. Les schistes, et surtout les pyrites, restent nettement à l'arrière, les charbons s'en séparent et forment une zone intermédiaire, puis les mourres argileuses, obéissant plus facilement encore au courant, prennent l'avance sur le combustible proprement dit. Au moment où Ton juge, d'après l'aspect de ces divers segments, que la séparation est assez nette, on arrête le courant d'eau pure. Supposons qu'il ait duré 15 minutes. Après cette expérience d'essai (répétée, bien entendu, un nombre de fois suffisant pour fournir des moyennes précises), on opère couramment de la manière suivante.
On donne 5 minutes de lavée, on l'arrête, et l'on admet l'eau pure pendant 15 minutes, après quoi l'on suspend l'écoulement. Dans ces conditions, les mourres auront nettement quitté le charbon, et se seront précipitées dans le bassin de dépôt, que l'on a creusé en tête
800 PRÉPARATION MÉCANIQUE DES MmERAIS.
de la travée occupée par le combustible dans les essais précédents. On relève celui-ci, sur l'étendue qu'il garnit. On reprend ensuite un quart de la longueur occupée par les schistes, afin de repasser cette portion dans l'opération suivante, et l'on rejette enfin les trois derniers quarts; après quoi, l'opération recommence indéfiniment.
1360 — Labyrinthe. — Un ensemble de préparation mécanique se termine, presque toujours, par une dernière rigole, dans laquelle s'engagent définitivement toutes les eaux, qui ont terminé leur rôle sur les divers appareils. On cherche ainsi à prélever un dernier dépôt, surtout ce que ces eaux ont pu conserver encore de matières riches. Un classement fait dans de telles conditions, sera nécessairement 1res confus. On ne peut, dans tous les cas, le réaliser qu'en laissant au liquide, pour déposer ces troubles, un temps qui lui avait manqué jusque-là. Il faut donc que ce couloir présente une grande longueur. Mais comme son développement en ligne droite deviendrait dès lors gênant, par les distances qu'il obligerait à parcourir, on est dans l'habitude de le replier un grand nombre de fois sur lui-môme, en ligne brisée, de manière à le faire tenir dans une superficie modérée. De là l'expression de /aftynn/Ac, qui sert ordinairement à diisigner ce dispositif.
Cet organe, quand il est établi avec les soins convenables, présente plusieurs parties distinctes. On commence par un, deux, ou trois canaux très courts à contre-pente, et de moins en moins inclinés. Ils sont destinés à retenir les matières les plus lourdes, en raison de la difficulté qu'elles éprouvent à gravir ces rampes. On y recueille des sortes grossièrement graduées, que l'on doit, du moins,dégagerle plus possible des fines,en tes débourbant légèrement à la pelle. Ensuite commence le labyrinthe proprement dit, à inclinaison descendante, qui se rapproche de plus en plus de l'horizontale, en môme temps que la largeur augmente, afin de diminuer progressivement la vitesse, et de coordonner par là, le mieux possible, la nature des dépôts qui s'y accumuleront. I/ensemble se termine par deux grands bassins, de plusieurs centaines de mètres carrés, dans lesquels la vitesse devient inappréciable, ce qui permet aux derniers schiamms de s'arrêter, autant dans le but de clarifier
les eaux, avant de les rendre aux riverains places en aval, que pour recueilir ce qui mérite encore de l'être. Ces bassins sont au nombre de deux, ainsi que nous avons déjà eu l'occasion de le dire (n® 1322), afin que Ton puisse procéder au curage, sans interrompre le service.
•Th.
1361 — Tables à toile. — La table à toile fixe, ou plannenheerd, est une sorte de table dormante, sur la surface de laquelle on a plaqué une grosse toile adhérente, destinée à retenir, dans son tissu, les pépites susceptibles de s'y accrocher (*).
La table de Brunton consiste en une toile sans fin, sur laquelle s'écoule la lavée, à peu près dans les conditions précédentes, avec cette différence capitale, toutefois, que la toile elle-même remonle sa propre pente, sous l'empire de rouleaux tenseurs, animés d'un mouvement de rotation. On en peut ainsi régler la vitesse, de manière que le mouvement différentiel dont le grain se trouve animé, dure un temps suffisant pour assurer la netteté des résultats. C'est, en quelque sorte, l'équivalent d'une infinité de ràblages infiniment petits. Ce principe est très ingénieux; cependant, sous cette première forme, l'appareil parait abandonné.
On retrouve la même donnée dans la table de Frue (Frue vanning machine) r qui est représentée par la figure 808 (*). Elle ne diffère du dispositif précédent, qu'en ce qu'on lui communique des se cousses légères. Par là, elle rentre dans le principe dont nous étudierons, au paragraphe 4, l'influence spéciale. En outre, ces ébranlements aident à détacher, en dessous, les parcelles qui resteraient adhérentes à la toile, au lieu de tomber dans le bassin tjesliné à les
recueillir.
Le lavoir d'Uren, employé pour les cuivres natifs du lac Supérieur ('), dérive encore du même principe, mais avec une modifi-
(*) Ce principe rappelle remploi des peaux de mouton que, de nos jours encore, on immerge dans les courants aurifères de TAbasie, pour retenir au passage les pépites d'or. On retrouve ainsi, après trente-deux siècles, cette pratique gi-ossière de préparation mécanique, qui a visiblement donné naissance à la légende de la Toison d'Or, à l'occasion de l'expédition effectuée pai* les Argonautes dans cette même contrée, Ters 1330 avant J.-C
(>) Ainsi que dans le concentrateur Embrey.
(») Rev. univ. </. m. et «., 1868, 412.