AMÉNAGEMENT DES EAUX
pleine mer^ au milieu môme de la baie. Le cuvelage, en fonte, a été enfoncé à la trousse coupante à Taide de charges qui atteignaient 250 tonnes. On les amenait à la mer haute, dans des barques que Ton amarrait sur la tète du cuvelage, de manière à les y faire porter de tout leur poids à la marée basse. La nature vaseuse du fond et le peu d'épaisseur de la couronne obligent à boiser très solidement les galeries de service. On laisse au moins 9 mètres d'épaisseur, et l'on arrive de cette manière à pouvoir exploiter par éboulement, quelque paradoxal que cela puisse paraître a priori dans de pareilles conditions (*). On s'avance à contre-pente, à partir d'un second puits de 33 mètres, foncé sur le rivage en un point placé audessus de la ligne des plus hautes eaux. Ce puits sert pour l'épuisement des infiltrations. Il se trouve à 200 mètres du premier ; mais les travaux s'étendent au large, à une distance plus que double.
SEmmESlENTS ET PLATBtf-GlIVES
894 — Serreinents. — Lorsqu'une galerie est exposée à fournir un accès à des eaux redoutables, on y établit un barrage qui prend le nom de serrement (*). Ce genre d'ouvrages est de ceux qui demandent le plus de soin. Ils ont, en efTet, à résister à des pressions qui peuvent devenir énormes, car chaque mètre carré de surface plane aura à supporter autant de tonnes, qu'il se trouve audessus de lui de mètres d'eau en charge. En même temps, le sort de la mine dépend de leur conservation.
(1) Tome I, p. 432.
(*) Gonot. Serrements de la houillère de la Chai'treuse {Annaleê^ 3*, IX, 137). ,— De Reydellet. Serrement à clapet établi au Vi^^an (Antialest 4*, XIV, 39). — Petif jean. Serrement sphérique {Bull, min., 1*^, VIU, 51). — Micha. Serrement sphériqne (BtUL min,, i~, X,ii). — Chansselle. Serrement en maçonnerie (Bull, min., XIV, 209). — Hanigier. Construction d*un serrement sphérique (BulL min., 2*, XU, 555). — Landsberg. Serrement de Diepelinchen [Rev, univ. d. m. et «., i**, XVIH, 537). — ZeiUehrift BUS, IV, 146; XVII, 65. — Archives de Kartten, XIV, 84. — Gâtzschmann (Jahrbueh fur d. Berg^ und Huit. Mann., 1839, 9).— ZeiUch-ift deê Vereins deutsch. Ing., XIV, 200.— CEêterreichiêche Zeiischrifl f. B. u. H., 1880, të^.—Berg-und HiUt. Zeitung, 1805, 185. — Wochenschrifl des Vereins deutscher Ing., 1880, 30.
La première préoccupation doit être de se procurer, pour celle voûle, de bonnes naissances, en les pratiquant à la pointeroUe et sans poudre, pour ne déterminer aucun ébrantement dans un massif qui doit être absolument résistant et étanche sous les plus grandes pressions. On voit des roches, pourtant très solides, se comprimer sous refTort qu'elles subissent, el certains serrements avancer tout d'une pièce avant de trouver un appui définitif (').
Une seconde précaution très essentielle doit être de ne pas laisser d'air emprisonné derrière le serrement, qui doit être exactement baigné par l'eau dans toute son étendue, lorsqu'on le met en charge- Il est, en effet, d'observation fréquente, sans qu'il paraisse facile d'en donner une explication bien satisfaisante, que les serrements rompent quand on a négligé ce soin. On ménage, pour cela, dans l'épaisseur du barrage, un petit canal aboutissant au point le
plus haut. Quand on voit, au moment de la mise en [charge, l'eau sortir par cet orifice, c'est le signe que tout l'air a été chassé, et l'on y force un tampon de bois à coups de masse.
Les serrements peuvent être faits en pierre, en bois ou en métal. Le premier mode est le moins employé, car les fissures sont alors difGcilcs à aveugler. Le bois, en raison de son élasticité, finit par
(■) 0-.18 en 16 mois au Crvutol. Un »ultitemetitde300à300inèl.cubeE enSibeures. MUS Tonne de brouillard, a fini par a'arrOlcr compléleroent pir celte mise en seingc:
AMÉNAGEMENT liKS UL:X. iôd
prendre bien mieux son aplomb. On peut appareiller l'ouvrage eu voûte cylindrique ou sphérique {fi^'. b~î> et bli). Je supposerai, pour fixer les idées, qu'il s'agisse d'L'Iiiblir un serrement spliéiiqtie.
89S — Api'ès avoir préparé, dans la roche qui forme les parois de la galerie, la culée de la voûk', sous lu forme d'un tronc de cùne dont la grande base est opposée aux eaux, on commence pur passer de ce cÂté le bouchon central en bois de diéiie, qui servira finalement de clefà l'ouvrage. Celiioc est destiné à s'adapter rigoureusement à l'intérieur d'un tube métiiHique central, ou trou d'homme, de forme tronc-conique, l'I assez ^'and pour servir de passage à un ouvrier, le trou d'homme est mis en place, lorsqu'on a disposé un nombre suffisant de voussoirs sphériques pour lui servir d'assiette. L'on continue cnsuileà garnir de voussoii-s tout le reste de la section. Quand la voûte est terminée, on procède à un brandissage semblable à celui qui sert pour la pose des trousa's picotées ('), effectué du côté qui devra èti-e baigné par les eaux Cela fait, on attache une corde à un anneau fixé à la petite base du bouchon tronc^onique. Les mineurs lepasscnt par le tiou d homme, et attirent ce bouchon à l'aide de la curde, de mamtiL a 1 engi^^ci dans son logement.
Lorsque l'on se trouve pen dant l'exécution d'un série ment, trop gêné par l'affluence des eaux, on dispose deux ba tardeaux destinés à isoler une chambre de travail, qui sera seulement traversée pat un tube, servant à faire passer le liquide de l'un de ces bai ragea à l'autre. Ce tuyau déplacé au fur et k mesure dt, l'avancement des opérations finit par passer à lra\era te trou d homme, el ce n'est qu'ai
dernier moment qu'on l'en relire pour compléter la fermeture. Pour les serrements plans (fîg. 575), il est bon de recouvrir toute la surface d'une forte toile bien goudronnée. afin que, appliquée par ta pression de l'eau, sans danger de déchirure, elle concoure au besoin à aveugler les fissures qui auraient pu échapper au brandissage. On assure également la solidité du système en l'arc-boutant sur des jambes de force, qui reportent tes pressions contre les parois de la galerie. Il faut toutefois prendre garde, quand on les met en tension, de déterminer des efforts capables de repousser le barrage, dans un moment où une baisse des eaux délerminerait, de l'autre câté, une diminution notable de pression. On peut également disposer l'ouvrage en serrement butqué, comme des portes d'écluse.
Fig. 576. Serremcat métilliqui; (conpe horûonlBlc).
Quant aux serrements métalliques (6g 576, 577), ils sont surtout avantageux comme en-cas préparc en prévision d'une invasion subite des eaux. Certaines mines sont en effet plus particuhèrement placées sous le coup de celte menace d'une manière permanente, an moins pour quelques-uns de leurs quartiers. A Pontpéan, on barre la section trapézoïdale de la galerie par un cadre en fonte
AMÉNAGKMENT DES EAU\.
qui ne laisse libre que le passage rectangulaire de la \oie feriee Une porte, préparée pour le fermer hermétiquement, hii est assemblée à l'aide de gonds En cas de danger, on ferme cette porte. Les boulons en saillie, dont elle est munie, passent à travers des trous correspondants qui ont été ménagés dans le cadre. On les seire par derrière avec des écrous Puis on calfate les jomts qui unissent la porte avec le cadre et avec les rails Tout le matériel nécessaire pour ces diverses opérations se trouve à pied-d'œuvre, et un agent responsable doit s'assurer périodiquement qu'il est en bwi état.
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j7T berreincnt luclalUque koupe >c
89* — Lorsqu'un serrement a été établi, il doit rester l'objet d'une surveillance incessante, en raison de l'extrême importance qui s'attache à sa conservation. Non seulement on a soin d'inspecter l'état de sa surface, mais il faut aussi se renseigner sur la pression qu'il supporte. A cet effet, on a soin de ménager, à travers l'un des voussoirs, un tube de communication fermé par un i-obinet; et, sur cette tubulure, on peut visser des manomètres à ressort, pour me surer le degré de tension des eaux.
Il est également essentiel de disposer un robinet de vidange d'une section plus importante. De cette manière, on pourra, au besoin, faire écouler certaines quantités d'eau, si l'on espère soulager par fà le serrement. Mais, surtout, on aura ainsi le moyen de faire traverser l'ouvrage par les eaux, s'il arrive, en raison de certaines menaces, que l'on juge à propos de l'abandonner, après en avoir établi un second en arrière. H est alors, en effet, nécessaire, avant de clore délinitivement le nouveau barrage, qu'un homme aille entr'ouvrir l'orifice d'écoulement, afin que l'eau i-emplisse, dès le
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moment actuel, l'intervalle des deux ouvrages. De cette manière, l'ancien serrement ne supporte plus aucune pression, tandis que si on le laissait subsister jusqu'à ce que sa ruine se produisit un jour, on risquerait de voir les eaux arriver, dans ce cas, au contact du nouveau barrage avec une force vive irrésistible, et l'emporter d'emblée, lors même qu'il eût été parfaitement en état de tenir en i-espect leur ppession à l'état statique (').
897 — PleUexuves. —Les plates-cuves (') remplissent, pour la fermeture des puits, le même office que les serrements pour celle des galeries. Il convient de les établir, autant que possible, au delà du niveau des parties cuvelécs, de peur que la dégradation ultérieure de ces revêtements ne réintroduise les eaux derrière la plate- La maçonnerie convient mieux, pour l'exécution de ces ouvrages (tig. 578), que pour les serrements, attendu que l'on peut lui adjoindre une épaisse couche d'argile pilonnée, qui arrêtera les eaux, lors même que de légères fissures viendraient à se produire.
La fonte s emploie aussi tiès convenablement pour l'exécution
(•) C'est ainsi qu'à la mine de «os (Ergia), on s'est tu obligé de construire justpi'* U MiremeDls suceoîsifs, en bstlanl en retraite detant l'effort irrêsirtible deseani dus de nwuTais lerrtins. Le dernier barrage a eiitin tenu, lorsque l'on n'était plus qu'à 19 métré» du puits qu'il s'apissait de préserver.
(■) Wellekens. Plales-cuTea portantes du bassin de Liège [Aniiala, 3-, ID, M31 — Arcliives de Kareion, XIV. 7! ; SXV, «.
AHËNAGEMEIKT DES EAVX. S43
<Ie ces voûtes, qui présentent une superficie supérieure à celle des senements.
8»8 — Une difficulté spéciale se présente pour les mines de sel. En effet, le sel gemme fournit des naissances très solides, mais sDlubles dans l'eau. D'autre part, les terrains encaissants sont ordinairement formés d'argiles et de marnes sans consistance, qui sont en outre traversées par des veinules de sel. Cet obstacle a été très habilement tourné en 1875 à Varangéville (Meurt he-el-MoselIe), par MM. Wender et Chastelain. On a profité de la solidité du sel pour y établir les culées, mnis en les préservant du contact de l'eau. En outre, pour prévoir, malgré toutes les précautions prises, l'accès de ce liquide, on s'est arrangé de manière à le saturer à l'avance de chlorure de sodium, afia de le rendre incapable d'en dissoudre de nouvelles quantités, avec corrosion des parois.
A cet effet, on a commencé (fig. 579) par remblayer le fond du puits, pour atteindre une couche de sel solide. Sur cette base, on a dispose une cuve tronc-conique de bon béton , puis une ceinture de briques, destinée à sou tenir les naissances de la plate-cuve. Entre ces naissances et les vousssirs métalliques, on a interposé des lames de caoutchouc vulcanisé, pour répartir également les prenions. Quant aux joints des voussoirs entre eux, on s'est contenté de les former d'une mince couche de mastic Scrbat délayé dans l'huile de lin. La plate-cuve proprement dite est formée ilc 5 /.ones, comprenant chacune 7 voussoirs. Les deux
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bandes qui dessinent les axes de symétrie du rectangle sont formées de c/e/i, et leur point de croisement central, d*une maUresncclef. Ce rectangle a 4",45 sur d",60. 11 a été employé, pour les 55 pièces qui le composent, 60 tonnes de fonte et 600 kilogrammes déboulons. Entre les divers voussoirs, on a ménagé, dans le métal, des gouttières, qui ont été remplies de cuivre rouge matté à refus. Jusqu^à ce moment de la construction, les eaux pouvaient s^écou- 1er libi*ement par un tube ménagé à travers la masse inférieure. Après la pose de la maitresse-clef, il a fallu épuiser par la partie supérieure. A partir de cet instant, on a exécuté avec le plus grand soin, au-dessus de la masse métallique, une série de cuvettes de ciment concentriques relevées le long des parois d'une manière de plus en plus accusée, en vue d'en éloigner tout accès de Feau. On les a lîncore surmontées d'une épaisseur de 12 mètres d'argile pilonnée, choisie avec soin, de manière à être absolument exempte de sel, pour ne fournir aucun passage au liquide. Enfin l'on a placé par-dessus une masse importante de sel de rebut, afin que l'eau, ainsi saturée, et par cela même devenue plus lourde, n'eût plus aucune tendance au renouvellement f ).