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et nous allons nous efforcer de faire connaître Télat actuel de la question (*).
Une distinction préjudicielle semble devoir dominer tout le débat, suivant qu'il s'agit de mines aérées naturellement, ou à l'aide de moyens artificiels. Dans le premier cas, la cause motrice, résultant uniquement des conditions atmosphériques, les variations du baromètre pourront alors se traduire plus directement, par une influence sur l'état de l'air des galeries. Au contraire, l'emploi des ventilateurs comporte des inégalités, comparables comme importance, et sans aucune corrélation, avec celles du baromètre, ce qui tendra naturellement à masquer le résultat de ces dernières, et à jeter beaucoup d'incertitude sur les observations.
Il y a lieu également d'établir une seconde distinction fondamentale, entre la masse d'hydrogène carboné encore emprisonnée dans le massif, d'où elle se dégage à l'état d'écoulement incessant par les surfaces d'attaque, et, d'un autre côté, la quantité déjà mise en liberté, et mélangée à l'air qui remplit les tailles et les voies de communication, ainsi que les vides des remblais et des éboulements. Celte dernière suit, en effet, de près la pression atmosphérique de l'extérieur, tandis que le grisou renfermé dans le massif s'y trouve, comme nous l'avons vu (n** 1002), à une tension élevée, parfois énorme, vis-à-vis de laquelle un centimètre de mercure, capable de déterminer une perturbation atmosphérique considérable, paraîtra bien peu de chose, et sera incapable d'apporter à l'écoulement une modification vraiment importante.
f Of O — Le véritable intérêt de la question se trouve donc dans les masses de gaz déjà dégagé. Mais on peut encore en faire deux parts, en ce qui concerne, comme nous venons de le dire, les tailles, les voies de communication, ou les vides béants que laissent certaines méthodes d'exploitation, lesquels, placés en communication ouverte
(') Harzé. Dei mines à grisou et des dépressions atmosphériques. Bi^uxelles, 1881. — Dobson. Repoi'ts of tht british Association, 1855. — Dickinson. Rapport de 1866. — Transact. NEI, XIX. — Simmeflback. Journal de la Société météorologique autrichienne^ févi'ier 1872. — Lancaster. Revue d^ astronomie et de météorologie. Bruxelles» 1880. — Haton de la Goupillière, Rapport au nom do la Commission du grisou (Annales^ 7*, XVni, 232).
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avec l'atmosplici'e e&térîeure, subiront très directement le contrecoup de ses variations ; ou bien, au contraire, les interstices laisst^s dans les remblais et les éboulements, qui présentent de grandes résistances au mouvement des fluides. La communication des pressions ne saurait donc s'y transmettre que lentement, et avec un relard marqué.
En outre, d'après une opinion qui gagne tous les jours du terrain ('), il semble que te gaz confiné dans ces espaces isolés y subisse une oxydation lente, qui le change en acide carbonique. De nombreuses observations tendent, en effet, à montrer que l'on ne trouve pas de grisou en rentrant dans les vieux travaux. U sera cependant prudent de n'accepter cette conclusion qu'avec beaucoupderésene. 11 est bien probable qu'il ne saurait y avoir, en pareille matitro, qu'une règle dominante, mais non exclusive. Dans certaines conditions, avec des dégagements durables, des parois étanches, des ouvrages en cloche, la contamination poun-a se perpétuer d'une manière plus durable (*). Il est important d'ailleurs de ne pas perdre de vue que, l'observation du grisou à la lampe de sûreté étant rendue plus difficile par ta présence de l'acide carbonique (n" 996) qui abonde dans ces vieux travaux, il peut planer un certain âouti' sur ce genre d'observations.
ion — On a basé divers calculs sur des hypothèses plus on moins gratuites, relatives à l'étendue de ces vides f). 11 règne naturellement une grande incertitude dans de telles évaluations, cm cette appréciation dépend à la fois de l'étendue variable des exploitations, du degré de soin avec lequel sont faits les remblais, et, surtout, de la pression sous laquelle ils se trouvent serrés, quand la charge donne. Du reste, les conclusions numériques déduites de ces hypothèses perdent beaucoup de leur valeur dans rargumentatinn, si l'on considère qu'elles ne sauraient formuler que des moyennes.
(') HM. ChansseUe, Eelafond. Delihaye, Desbief, llurgue, etc. (CRM. déc. 1877. p, i .
[*) La présence du grisou dans les vieui Iraïaui élail nsseï liabiluelle, pour ituh propagé chei les anciens mineui's belffes celte croyance, que ce pi se formait par l.i réaction lenle de l'aii' et de l'eau sur la houille (Genneté. Cannaittance det minta <!■■ hvuilUou eharbm de terre. 1771).
(•) Dombre. U Griiou, 18, — Soulary lAimalei, 7-, II). — Francis Laui' {Bull, mi'i., 2*, ïl. 984, 796J. — Transacl. NEI, ÏVIII, 150.
Or, si une moyenne inquiétante tend incontestablement à prouver la réalité du danger, une moyenne rassurante ne saurait l'écarter d'une manière certaine. En effet, la proportion produite sur chaque point par les suintements du gaz sera loin d'être uniforme ; elle pourra se trouver exceptionnellement marquée dans certaines parties, et il suffit d'un seul endroit dangereux pour faire planer le péril sur la mine entière.
On peut donc craindre a priori que le courant d'air, calculé en ^ue de le mettre en rappprt avec les nécessités ordinaires, sans exagération, ne devienne insuffisant, lors d'une baisse barométrique qui fait sortir le mauvais air de ses repaires. Si ce courant était pur, il se trouvera dans des conditions inquiétantes ; s'il était déjà sujet à caution, il sera peut être porté à la proportion la plus périlleuse. Cette proportion elle-même pouvait, à la rigueur, sans un inconvénient actuel, exister dans la masse des vieux travaux, loin du contact des lampes et des coups de mine, mais si elle envahit la circulation générale, elle y fait naître un danger imminent.
f OtS — Étude expérimentale, — Toutefois les raisonnements a priori ne sauraient suffire dans une matière aussi complexe, et il est indispensable de ne conclure que d'après des faits observés. La méthode qui permettra d'éclaircir une pareille question doit, du reste, être instituée avec un grand soin, et bien des causes d'er-reur pourraient en fausser les résultats.
Il convient d'abord de ne pas prendre des registres d'accidents comme unique document. En effet, l'accident, qui suppose, il est vrai, l'invasion du grisou, exige en outre une circonstance fortuite quelconque, que toutes les précautions tendent précisément à écarter le* plus possible, et qui aura déterminé l'inflammation. Le hasard aurait donc une grande part dans un pareil relevé. De plus, quelques-uns de ces registres ne mentionnent que des accidents ayant occasionné mort d'homme ou, tout au moins, des blessures d'une certaine gravité, circonstance étrangère au fond de la question. Enfin les chômages périodiques ou fortuits, en retirant la presque totalité du personnel, changent les conditions sous ce rapport. On doit préférer les documents Suivants. En premier lieu, les re-
ATMOSPHÈRE DES lUNES.
gistres barométriques, dont le Coal Mines Régulation Act a prc&ct il la tenue régulière dans les houillères anglaises, ou ceux d'un observatoire météorologique situé à portée du district minier. L'emploi d'un baromètre enregistreur peut fournir des renseignements encore plus complets.
On rapprochera de ce premier ordre de données, les rapports quotidiens, qui sont également tenus à jour dans beaucoup de mities.' et doivent mentionner les apparitions de gaz, ou tes aggravations de l'état normal de l'atmosphère souterraine. D'après la loi anglaise, ce genre d'observations doit i^tre consigné chaque jour pendant l'année qui suit une manifestation de grisou.
On ne saurait d'ailleurs chercher la démonstration de la corrélation entre la baisse barométrique et l'invasion grisoutense, dans une simultanéité rigoureuse de ces deux circonstances. On admet avec raison un certain retard, pour le retentissement de la première sur ia seconde ; mais il est permis de penser qu'on l'a poussé jusqu'à l'exagération, en acceptant un délai de tiois jours pour mettre en rapport ces deux ordres de faits. Nous verrons, inversement, que quelques auteurs admettent une avance de l'infection sur la baisse barométrique, pour des motifs que nous eipliquerons plus loin, car celte proposition parait, au premier abonl. paradoxale.
1013 — MM. Galloway et Scott ont exécuté, pour cette enqucti'. un travail considérable ('). Procédant à un triage méthodique di's sources qui leur paraissaient les plus sûres, ils ont mis à contribntion les registres de trente-cinq mines plus ou moins grisouteuscs, pour construire des courbes représentatives des deux phénomènes. La discussion comparative de ces tracés les a conduits à afGrmei' 1;) corrélation des deux ordres de faits. Une des circonstances qui tendent à donner à cette démonstration une plus grande valeui-. consiste en ce qu'elle présente souvent des groupes de faits, et non une observation isolée, en concomitance avec une même dépression barométrique.
(') Proceedingi of the royal Society, 1872, n' 134. — Qaarterly Journal of the mtteorological Society, octobre 1873 et octobre 1S74.
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M. l'ingénieur des mines Sauvage (*) a, depuis lors, appuyé ces conclusions à Taide des registres d'observations de la Compagnie d'Anzin, dont les ingénieurs sont, en général, favorables à cette manière devoir. Il en est de môme dans la grande majorité des exploitations belges.
M. Nasse (*) a repris la question par une méthode nouvelle et in- •téressante. Au lieu d'un district entier, il envisage une seule mine, et même un point unique de cette mine, pour en étudier les dégagements d'une manière incessante. Indépendamment de la corrélation des deux faits, il dégage en outre, de ses études, une circonstance qui était de nature à rester dissimulée dans les recherches concernant un ensemble d'exploitations. C'est l'existence d'un degré déterminé de baisse, sensiblement constant et caractéristique, nécessaire pour provoquer le dégagement du gaz, et qui doit probablement, en restant invariable pour chaque mine, ou chaque quartier de mine, varier de l'un à l'autre.
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f CN14 — Dans le camp opposé, M. l'inspecteur général des mines Castel f) est arrivé, par une étude approfondie du bassin de Saint- Étienne, à formuler une conclusion négative.
M. l'ingénieur des mines Lechatelier (*) a de môme attaqué les conclusions de M. Galloway. En discutant le parallélisme de ses deux courbes, il le trouve plutôt favorable à une avance de l'infection grisouteuse sur la baisse barométrique, opinion déjà mise en avant par M. WarbutonC).
Remarquant, du reste, que la variation du thermomètre précède en général, et provoque, jusqu'à un certain point, celle du baromètre, il incline à penser que cette dernière et le dégagement gazeux, au lieu d'être, l'une pour l'autre, cause et effet, ne seraient que deux effets d'une même cause, à savoir la variation thermométrique. Il convient d'ailleurs d'ajouter que M. Galloway lui-même
(*) Annales, 7% XI.
(«) Zeitschrift BHS, XXV, 267.
(') Pièces annexées aux pi*ocès-Yerbaux de la Commission du grisou, 1" fascic. 152 ; 2*fascic. 1.
(*) Ibidem, i" fascic. 98.
(*) Dombre, le Grisou, 23.
ATMOSPHÈRE DES Mir^ES.
admet une influence thermométrique, à côté de celle du baromètre.
On doit en attendre encore une spéciale de l'état de l'hygromètre (*). En effet, suivant que l'air extérieur est plus ou moins sec, il se trouve en état de se charger dans la mine d'une plus ou moins grande quantité de vapeur d'eau, en se refroidissant par là dans une mesure variable, circonstance qui est de nature à influer sur les conditions de la ventilation.
f Of 5 — Tel est l'état de la question des influences atmosphériques sur les dégagements intérieurs ('). La Commission du grisou, après un examen approfondi, ne l'a pas jugée encore mûre pour une décision absolue et définitive, tout en inclinant à conclure que « l'influence barométrique est au moins douteuse, et que, dans le « cas où elle se ferait sentir, elle ne paraît pas de nature à modifier « d'une manière très importante les conditions de sécurité des « mines à grisou (*) » .
11 convient, tout en laissant la question dans cette phase provisoire, de faire observer qu'il n'y a pas une parité complète entre les conséquences effectives à tirer, pour le moment, en ce qui concerne la pratique de l'exploitation, de l'une ou l'autre des deux hypothèses. S'il peut, en effet, y avoir un réel danger à négliger une influence capable de rendre périlleuses les conditions de la mine, on n'aura guère d'autre risque à courir que celui du temps perdu et d'un déploiement de précautions inutiles, à baser, sur l'affirmation opposée, une surveillance attentive du baromètre et du thermomètre.
Plusieurs Compagnies ont institué ce service sur le carreau de la mine, et le mécanicien de l'aérage doit tenir compte de ses indications. M. Timmermanns a même proposé un ventilateur qui règle automatiquement son allure, sous l'empire d'un régulateur à action
■ JV J
[') F. Brabant, les variations atmosphériques des mines à grisou (Annales des travaux publics de Belgique, XLII).
{*) A toutes ces influences, N. Finspecteur général des mines de Chancourtois syoute les efTets séismiques, résultant des oscillations plus ou moins sensibles de i'écorce terrestre (Complet rendus de V Académie des Sciences, XCVH, 502).
C) Procès-verbaux de la Commission du grisou, séance du 17 mars 1880.
tt.'y