ABSOLU
PROPORTION
f f 74 — Effets des coups de feu. — Les hommes sont brûlés, projetés et brisés contre les parois, ou asphyxiés. S'ils ont le temps de voir venir les flammes, ils doivent se jeter ventre à terre, la figure dans l'eau ou dans la boue. On dit souvent que les victimes ont avalé le feu. L'intérieur des poumons est, en effet, désorganisé (*).
La mort est parfois rigoureusement instantanée. Des ouvriers ont été retrouvés dans l'attitude même du travail, les uns arc-boutés sur leurs pelles, d'autres sur leurs manivelles (*). Dans des conditions inverses, comme à Seaham, à Burgk, elle a été assez lente, pour que les hommes aient pu laisser quelques lignes d'écriture avant de succomber.
Les boisages sont renversés. L'éboulement en est la conséquence;
('] Le docteur Riembault a proposé un costume à grUou^ destiné à éviter ces effets, tant à l'intérieur du corps qu'à Textérieur. Il se compose d'une sorte de masque d'escrime, et d'une blouse, dont les tissus sont imprégnés de silicates solubles (CHM^ 1881, 140).
('] Expériences du D' Regnard sur le mécanisme de la mort par les explosions de grisou, Pièces annexées,, etc., 2* lasc, 226. — Programme des observations médicales à effectuer au moment même d'une explosion de grisou (ibidem^ 1*' fasc, 158]. ^ Bulletin de la Société de biologie, 28 février 1880. — Gasette médicale, 1880, 208, 209. — Bourgaet, Considérations sur la marche et les résultats de P explosion du grisou , 1877, in-8«.
par suite, robstruclion des chemins d'air, et des galeries par lesquelles pourrait s'effectuer le sauvetage. Ces complications funestes sont aggravées par la persistance de quelques exploitants à considérer les retours d'air comme des voies sacrifiées, et à les établir sur une petite section, contrairement aux règles qui ont été formulées à cet égard (n« 1050).
Les cloisons sont détruites, les portes renversées ; le foyer d'aérage, le ventilateur, souvent disloqués. L'aérage est donc interrompu, et avec lui la possibilité de rentrer directement dans les travaux.
Les soufllards restent allumés, lorsqu'ils trouvent encore assez d'oxygène. Us feront donc de nouveau sauter la mine, si le grisou continue à l'envahir. Ils pourront également communiquer l'incendie au charbon, ou aux bois de soutènement.
Les guidonnages sont quelquefois déviés, et la descente des cages rendue impossible. Une épaisse colonne de fumée, et même des flammes livides s'échappent par l'orifice des puits.
Après la première expansion arrivent le refroidissement, la contraction des gaz, et la condensation de la vapeur d'eau. Il en résulte un choc en retour, suivi de quelques oscillations, dont la violence va en diminuant.
La confusion, le désespoir régnent aux abords des puits, et cependant jamais l'ordre et la présence d'esprit n'ont été plus nécessaires, pour procéder aux mesures de sauvetage.
EXEMPJLES
1176 — Pour préciser davantage cette description, je compléterai ces indications générales, par une esquisse de quelques-uns des plus lugubres coups de feu, qui aient frappé l'attention publique en France, en Angleterre (*), en Belgique, et en Allemagne.
(^] Je signalerai en outre le coup de feu de Blantyre [Sauvage, Annales , 7*, XUI, 599, Bulletin) ; celui d'Abram (Maurice Luuyt, Annales, 8*, V, 97) ; celui du puits Ste-Barbe de Graissessac (Bourguet, Considérations générales sur la marche et les résultats de l'explosion du grisou, in-8% Paris, 1877; et celui de Bézenet [CBM, 1882, 157).
COUPS DE FED. h¥i
Puits Sainte-Eugénie (Hontceau-Jes-Hines), — 89 victimes, —
12 septembre 1867. — L'ancien puits Cinq^ous a été le lliéàlredo
plusieurs explosions ('). La plus meurtrière eut lieu en 1867, et de-
(') DelaTiHid, Piiat anneiiet, etc., î* fasc , 10- — Malhnl, Klude «nr U griioa, 45.
vint Toccasion du changement de nom de ce quartier, qui fut appelé depuis Sainte-Eugénie.
L'air entrait par le puits n° 2 (fig. 701), suivait la costresse du
niveau de 200 mètres, montait, le long du plan incliné de Guinot, au niveau 188, parcourait les dépilages du Nord, qui se trouvaient alors en neuvième tranche horizontale, passait, par le
bure A, dans le niveau 170, et par le bure B, dans le niveau 165, qu'il suivait jusqu'au puits n^ 1* Quelques travaux antérieurs avaient été remblayés. Us sont figurés en noir sur le plan. Une descenderie était attaquée à Taval-pendage du niveau 200. Le grisou s*y était montré, sans abondance du reste, ainsi que dans le quartier du Nord. La mine était ventilée par aérage naturel.
1176 — Le 12 septembre 1867, à onze heures du matin, une formidable explosion anéantit tous les ouvriers de ces deux régions. Quelques autres succombèrent en divers endroits. On a marqué sur le plan, autant que possible, leur situation par des points noirs; les petits cercles blancs figurant les hommes simplement blessés, ou sauvés. On admet que l'inflammation partit de la descenderie, dans laquelle se produisirent des éboulements considérables. Les flammes s'étendirent à partir de là, suivant le sens marqué par les flèches. Le plus grand développement de l'explosion s'étendait vers le Nord, où la ventilation avait dû, en effet, entraîner le grisou exhalé par la bouche de la descenderie. Les ouvriers placés sur le parcours étaient brûlés ; ceux des ouvrages en cul-de-sac, pour la plupart, asphyxiés.
Les diverses explosions du puits Sainte-Eugénie ont eu lieu aux dates suivantes : 23 avril 1851 (6 victimes), 29 septembre 1863 (13 victimes), 12 décembre 1867 (89 victimes), 8 novembre 1872 (41 victimes) : total 149 morts, les points de départ de ces catastrophes sont marqués sur la figure 702, et manifestent, par leur groupement, l'existence d'une région particulièrement dangereuse, dans le voisinage de la faille de l'Est.
1177 — Puits Jabin (Saint-Étienne, Loire) — 186 victimes — 4 février 1876. — Le puits Jabin (*) avait été déjà, en novembre 1871 , le théâtre d'une première explosion, dans laquelle 70 hommes perdirent la vie. La mine se trouvait, depuis cette époque, pour\ue de tous les moyens de sûreté. L'aérage était fourni par un Guibal, de 9 mètres de diamètre et 2 mètres de largeur. Il marchait à 48 tours,
(*) Durât, Pièces annexées, etc., !•' fasc, 31. — Ifathet, Élude sur le grisou, 61.
!Ai SÊAUCES IMTQtS.
au moment du coup de feu, et derail, à œtle allure, foumir près de 20 métrés cubes par seconde, avec une asseï forte dépression. L'éclairage se Taisaîl avec des lampes Mueseler, munies de la Termelure Tilliers m* I ihij. Le tirage a la poudre était sérèmnent réglementé, et les coups de mine devaient être allumés par les chefs de poste. Des portes Terpilleux |n* 1 196| avaient été installées au point Y lâg. 70ô^. Elles furent retrouvées tordues. Elles avaient donc fonctionné, mais en laissant passer le feu.
Le puits a 320 mètres de profondeur, el sert à exploiter la 8' couche du système moyen de Saint-Ëtienne. Elle présente une faible inclinaison de 12 à 15 %- et une puissance de 2".50 à 3 mèlres séparée en deux par un nerf, qui forme un faus toit pour les 2 mètres du mur, seuls exploités. La crue du toit n'était enlevée que dans la ri^fdon marquée en pointillé (fig. 705), pour laquelle l'entredcux prend plus d'importance. On extrayait 350 tonnes par jour, avec 200 ouvriers environ. L'importance de ce rendement tient à la faible consistance du charbon gras et poussiéreux, qui donne
beaucoup de menu. On observait très rarement le grisou dans les dépilages, et quelquefois dans les traçages, aux approches des failles, qui forment, pour le champ d'exploitation, une limite naturelle.
En s'éloignant du puits on avait dirigé, dans les deux sens, une maîtresse-voie horizontale, à partir de laquelle on s'était élevé dans Tamonl-pendage, par des plans inclinés reliant les costresses. Le dépilage de cette région tirait à sa fin. On remblayait complètement, sans pourtant parvenir à empêcher des tassements, qui s'étendaient, sur certains points, jusqu'à la surface. Les chantiers se trouvaient, pour la plupart, en amont des parties dépitées, auxquelles ils servaient d'cxutoires naturels.
L'air, entrant par le puits Jabin, se répartissait en deux circuits. Celui du nord-est se divisait lui-même en deux branches. L'une d'elles suivait le trajet ABCD, pour gagner le puits de retour d'air, en empruntant, pour une partie de ce parcours, les travaux de la veine du toit, marqués en pointillé. La seconde branche, montant par le plan incliné, parcourait AECD. Enfin, le courant du sudouest suivait le trajet FD. Sur un point de son développement, voisin de l'extrémité terminale, se trouvait une descente, que l'on n'avait pas jugée dangereuse, en raison de la faiblesse de l'inclinaison.
1178 — Le 4 février 1876, à 2 heures 40 minutes de l'aprèsmidi, on entendit, à la surface, une légère détonation, et l'on ressentit, en même temps, un certain ébranlement du sol. On vit immédiatement sortir par le puits Jabin, qui servait à l'entrée de l'air, aussi bien que par le puits Saint-François, du ventilateur, d'épaisses colonnes de fumée noire. La première ne persista qu'un instant, et le mouvement des cages ne fut pas entravé pour le sauvetage. Celle du puits de sortie persista pendant plusieurs heures, en décroissant peu à peu. Cependant le ventilateur ne fut pas arrêté.
L'explosion, dont le point de départ précis est resté inconnu, s'était propagée jusqu'aux accrocbages. On a lieu de penser qu'elle s'est produite dans le quartier Neyron, qui a dû être cerné, en raison de l'incendie, et rester depuis lors inaccessible, malgré la présence d'un grand nombre de cadavres que l'on a été contraint d'aban-
5*fsiC*-
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i^ERflCES IMTERS.
donner. La cause de rinilammation est restée proUématique. Veiplosion a élé extrêmement dolente. De grands âiouiements* des berlines de tôle aplaties, des lampes tordues, en multipliaient les preuves. Le caractère le plus saillant de cette catastrophe est le grand développement du parcours du coup de feu. On a cherché à Feipliquer, soit par une trop grande vitesse de l'aérage (n* 1020)* soit par Tintervention des poussières (n* 1190), en raison de la grande quantité de croûtes de coke qui recouvraient les parois.
1179 — Bur^ (bassin de Plauen, Saxe royale), — 276 victimes, — 2 août 1869. — La mine(') se trouvait en communication avec le jour par deux puits rectangulaires : Segen-Gottes, de 5*,94sur 1"',94S et 493 mètres de profondeur; Neu-Hoffnung, de 4",05 sur 1",4I et 596 mètres de hauteur. L'air entrait par le premier, et sortait par un compartiment de 3*^,52 pratiqué dans le second. L'extraction journalière comprenait 500 tonnes d*un combustible un peu pyriteux, assez inflammable spontanément, placé sur la limite des houilles sèches à longue flamme et des houilles gi*asses. La puissance est de 4 mètres en moyenne, la direction E.-S.-Ë ; le plongement varie de 10 à 20 degrés S.-S.-O. La formation renferme des nerfs siliceux, elle est fréquemment rejetée de quelques mètres. C'est dans ces parties accidentées que Ton trouve quelques soufflards.
Cependant la mine avait toujours passé pour être très peu grisouteuse, au point que Ton se servait de lampes à feu nu, et que Ton s'abstenait de faire des tournées de vérification le lendemain des chômages, si ce n'est dans quelques parties suspectes. L'aérage était naturel, sous l'influence d'une dénivellation de 19"*, 40 entre les orifices des deux puits. La mine communiquait encore avec l'exlérieur par une galerie en descente, mais sans relation avec l'aérage. La ventilation était descendante, dans une partie du parcours. Pour l'activer, on injectait de la vapeur, à une petite profondeur, dans le puits de sortie, dont elle élevait la température jusqu'à 52 degrés.
L'exploitation se faisait par massifs longs, de 20 mètres de relevée.
(*) PJ, Allemagne, 79.
On dépilait en battant en retraite, par ouvrages montants contigus de 4 mètres, conduits un peu obliquement sur Tinclinaison. On enlevait une hauteur de 2",85 et Ton reprenait ce que Ton pouvait du reste en déboisant. L'éboulement se propageait parfois à d'assez grandes hauteurs. On travaillait à la poudre.
ff 80 — Le lundi 2 août 1869, on vit une centaine d'hommes manquer à l'appel, à la suite d'une fête qui avait eu lieu pendant le chômage de la veille. 281 ouvriers étaient descendus, depuis une heure environ, lorsqu'à 5 heures 45 minutes du matin, se produisit l'explosion. Une épaisse colonne de fumée et de poussière sortit par les deux puits. Ce ne fut qu'au bout d'un quart d'heure qu'elle cessa dans le puits Segen-Gottes, et que l'on put rentrer à la faveur de l'air frais ; mais on ne parvint que le lendemain soir au pied du puits de sortie.
Au moment même de Faccident, le mécanicien de Neu-Hofinung, recevant le signal du fond, enleva la cage. Elle renfermait deux hommes asphyxiés, que l'on put rappeler à la vie. Us venaient de descendre, et avaient remarqué un coup d'air, qui avait légèrement soulevé la cage. Us s'étaient déjà avancé d'une vingtaine de mètres dans le travers-bancs, lorsqu'en voyant arriver un nuage noir de poussière, ils s'enfuirent et se précipitèrent dans la cage. L'envoyeur donna le signal, sans avoir le temps de s'embarquer lui-même, frappé à mort par le gaz irrespirable, et tenant encore sa corde à la main.
Au bout d'un quart d'heure, trois ouvriers sortirent par la descenderie, fuyant l'explosion dont il avaient entendu le bruit; ces cinq hommes échappèrent seuls à la mort. Sur les 276 autres, 142 furent atteints par l'explosion, et 135 périrent par l'asphyxie. Un grand nombre d'entre eux, réfugiés dans un cul-de-sac montant, résistèrent pendant plusieurs heures, comme on le reconnut par les papiers qu'ils eurent le temps d'écrire.
Deux mois après, les 276 cadavres étaient sortis^ et la mine prête à reprendre le travail. Les ravages matériels étaient peu considérables, bien que le champ sur lequel s'était étendue l'explosion fût de 1300 mètres en direction, et 640 mètres en inclinaison. Des croûtes de coke furent retrouvées sur les bois.
l'in renMrqna qiv^ b»s joors prvrédents araient été signalés par une température tiv^ él«^ée. atti^i^nant i4 degrés rentî^rades «n moyenne, et 54 ao maximum. Le baromètre aTail éprmrré. le inême jour, une faaisrse de 9 millimètres. Vz T«lle était on joar de ehAma:ie, aioM que noa> FaTons dîU et une partie du poits de retour ^ trr>avait eneombrée par on planchrT de réparation. Cependant les indîres reeoeîlils montrent que b ventilation était encore soffisanle. On ne peut se dîspenr^er dlnsister sur ee point, que la mine est pa^^ée sobitement d*nn état à peine sospecL et constitoant one exploitation faiblement ^iî>outea<e. à nne catastroplie. qui ortnpe^ par le nombre At^ virtimes. le serimd ran2 sur b funèbre lisle des "ministres souterrains. En outre, eette explosion d'un ensemble de travaux aus!^i xastes, $'e<t produite avec un aérase relatiTement faible, eontrairement à la théorie qui a rberrbé â expliquer, par une trop grande afrlivité de b ventilation, l'expansion des défla- ^rratioa^ intérieures «n* I02U--
1181 — Brûckenbtrg i bassin de Zwickau. Saxe royale^. — S9 victimes. — 1" décembre 1879. — Le puits n* 2 deBrûckenber;^'*). lie 5*.25 sur 2*,53 traverse, à 560 et à 6<J0 mètres, la couche supérieure et b couche inférieure, toutes les deux de 4 mètres de puissance, dirigées à Test, et plongeant de 10 degrés au nord. L'extraction était de 500 tonnes d'un combustible intermédiaire entre les houilles grasses et les houilles sèches â longue flamme. Le traçage se faisait sur 4 mètres de hauteur, et 5 mètres de largeur.
La couche inférieure, quoique b plus grisouteuse, axait toujours fourni as>ez peu de gaz pour que Ton conservât b lampe à feu nu. sauf pour les visites eflectuées le lendemain d'un chômage. Des lam|ir'H étemelles brûlaient dans b mine, pour la destruction du ^.'riviiiui'" 1126). La venfiblion était de 5 mètres cubes par seconde, cimilanl a\er: une vitesse de 0*925. La totalité du courant entrait par le puits n* 2. Une partie aérait la couche supérieure, en se rendant au puits n* 4, situé à une distance de 540 mètres, avec une différence d'allitude de 54 mètres entre les deux oriBces. Le reste du
;■ Pà, Mïem^zne, 03.
débit ventilait la couche inférieure, et s'y séparait encore en deux circuits. L'une des dérivations, revenant dans le banc supérieui-, se rendait au n® 4, avec le courant spécial à cette couche. La seconde retournait à un goyot d'aérage de l^SSO pratiqué dans le n" 2, avec un tirage actionné par la cheminée des chaudières à vapeur.
±±9Z — Le 1*' décembre 1879, un coup de mine tiré à la profondeur de 584 mètres, pour la préparation d'un nouvel accrochage, creva la cloison d'aérage. Il en résulta un certain trouble dans la ventilation, et, par précaution, l'on éteignit les lampes éternelles. Vers 9 heures du soir, la cloison était réparée.
Entre 10 heures et demie et 10 heures trois quarts, l'explosion se produisit. Quelques hommes de la couche supérieure eurent le temps de fuir par le puits n"* 4. D'autres ouvriers de ce chantier se portèrent au secours du personnel de la couche inférieure. Ils furent trouvés morts, en même temps que ceux qui fuyaient ce quartier. 28 mineurs furent atteints par le coup de feu, 61 furent asphyxiés d'une manière foudroyante, si l'on en juge par 1 état où furent retrouvés les corps. Cependant les gaz méphitiques paraissent avoir voyagé avec la lenteur du courant ordinaire, comme l'indiquaient les distances que les victimes avaient eu le temps de parcourir, avant de tomber.
Des croûtes de coke recouvraient les boisages. Les dégâts matériels furent peu importants, car, au bout de 60 heures, les cadavres étaient retirés. La cloison d'aérage avait été de nouveau renversée, ce qui eut pour résultat la désorganisation du courant, qui se dirigea tout entier vers le n* 4, en promenant, dans ce parcours unique, la mort à travers toute la mine.
1183 — Penicraig (Cardiff, Sud du pays de Galles), — 101 victimes, — 10 décembre 1880. — Les travaux, ouverts seulement depuis un an , étaient encore dans la période préparatoire (*). L'abatage était extrêmement actif; la couche, grisouteuse, et
(*) kguiWoïït Annales j 1881. — Explosion zu Penicraig: {OEiterreichUcke Zettschrift /*. B, M. jy., 1881, 11,124).
sujette à des venues subites de gaz. Elle s'étend dans quelques exploitations voisines, où elle avait été le théâtre de plusieurs explosions graves. A une hauteur de 30 mètres environ, se trouvent, dans le toit, deux couches minces, exceptionnellement grisouteuses, dont on avait capté le gaz pour éclairer la surface. Le retour d'air général présentait une teneur de 2 7o de grisou.
On exploitait sur 2 mètres 9e hauteur, avec remblayage formé, en partie, de menu charbon abandonné. Ces remblais insuffisants laissaient ouverts de grands vides, jusqu'à la tombée du toit. On comprend, d'après cela, dans quelles détestables conditions se trouvaient les vieux travaux. La plus grande partie du chantier était située en amont-pendage de la galerie d'aérage, et ses montages en cul-de-sac ventilés au moyen de toiles pendantes, qui les divisaient en deux travées.
La mine était sèche, et le sol recouvert d'une épaisseur de dix centimètres de poussière. On s'éclairait avec des lampes Clanny, dans le sein de courants, qui pouvaient avoir d'assez grandes vitesses. L'enquête a montré qu'un affaissement du toit s'est produit dans la région d'où est partie l'explosion. Cette circonstance devait, dans d'aussi mauvaises conditions, être accompagnée d'un dégagement de grisou.
1184 — Le coup de feu se produisit la nuit, pendant le poste de réparation. Le feu parcourut toute la mine. On y trouva des croûtes de coke en quantité considérable. Sur 106 ouvriers occupés dans l'intérieur, 101 furent tués; la plupart brûlés, quelques-uns pris dans les éboulements. Leur mort fut assez rapide pour qu'aucun n'eût le temps de fuir. Ils furent retrouvés à leur place même de travail. La plupart étaient à genoux, la figure à terre, cachée entre leurs mains.
fi8S — Seaham (Sunderland), — 164 victimes, — 8 septembre 1880. — La couche principale était peu grisou teusef), la surveillance attentive (*), l'étendue des travaux considérable; les quartiers
(*) Abel, Annales, T, XX.
{*) Pourtant une explosion ayait déjà fait 21 victimes en 1871.
en activité occupaient environ 250 hectares, et la partie abandonnée 600 hectares. La plupart des voies d*air avaient 2 ou 5 kilomètres de longueur. Les puits sont voisins les uns des autres. Les courant se croisaient fréquemment dans leurs environs, en passant dans des coffres peu résistants.
1186 — L'accident se produisit à la profondeur de 466 mètres. Le coup de feu détruisit le réseau de la ventilation, en crevant les Crossing. L'aérage se trouva ainsi supprimé dans toute la mine. C'est incontestablement à cette vicieuse disposition, que l'on doit rapporter les énormes ravages exercés par l'asphyxie. 5 seulement des ouvriers de la mine ont en effet survécu ; et, parmi les 164 victimes, 3 ont succombé à des brûlures, une dizaine à des fractures, et 150 à l'asphyxie. Des inscriptions à la craie, retrouvées de divers côtés, ont montré que, pour beaucoup, la mort avait été lente à venir. Les traces les plus importantes de l'explosion se manifestaient dans les galeries d'entrée d'air et au voisinage des puits, très loin des. chantiers. On n'a, nulle part, observé la présence de croûtes de coke.
tt8'7 — Oaks Colliery (Yorkshire), — 561 victimes, — 12 décembre 1866. — La mine des Chênes (*) se trouve à deux kilomètres de Barnsley, entre Leeds et Sheffield. La partie exploitée couvrait 122 hectares, les travaux s'étendaient dans une seule couche, main coal, et cette circonstance, en supprimant le drainage du gaz, que des exploitations superposées exercent d'ordinaire les unes sur les autres, était de nature à accroître l'invasion lente du grisou, souvent activée par de violents outburst. Cette couche a 2'",40 de puissance, et 1/12 d'inclinaison vers l'est. Elle est formée d'une houille grasse à longue flamme, évaporant 8^,1 d'eau. La production journalière était de 680 tonnes.
Trois orifices servaient à l'exploitation. Deux puits jumeaux étaient affectés à Textraction, chacun pour une seule cage, sur une profondeur de 260 mètres. Une fosse de 3"*,28 de diamètre recevait le.retour d'air. Les travaux s'étendaient jusqu'à 150 mètres en aval-
(') Coince, Rapport de mission à la Compagnie d'Anzin. Paiis, Chaix, 1808. ^ Erableton, Transact, NEl, XXV, 29.
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pendage des puits» desservis par une traction mécanique. La méthode suivie était le longwall, avec des fronts de taille de 70 à 450 mètres, partagés en redans de 20 ou 40 mètres, et un développement total de 1600 mètres. Ils étaient dirigés parallèlement au clivage, et conduits ordinairement en montant. Des galeries perpendiculaires au front de taille conduisaient a des voies tiernes, aboutissant elles-mêmes à la galerie de niveau. L'ensemble était complètement solidaire» sans division en panneaux séparés. Les fronts de taille étaient soutenus par des piles de bois, que l'on importait consécutivement, en laissant ébouler en arrière. Cet immense goaf, placé en aval-pendage, formait ainsi un réservoir désastreux, d'où le gaz était susceptible de sortir sous les moindres influences.
L'aérage était fourni par un foyer, installé au puits de sortie, ef alimenté avec 8 mètres cubes d^air pur, venant directement du puits d'entrée. Un rampant de 64 mètres aboutissait à ce puits. On obtenait ainsi un débit de 75 mètres cubes. Les 67 mètres cubes appelés à passer dans les travaux acquéraient un volume de 76 mètres cubes par réchauffement, et l'adjonction du grisou. Us retombaient ensuite à 70 mètres cubes, en raison d'un certain refroidissement, aux approches du puits de sortie. Le courant d'entrée se divisait immédiatementen quatre ramifications; la première n'attei* gnait pas une dépression de 25 millimèti'es d'eau.
Malgré un tel envoi d'air, les lampes avaient beaucoup marqué dans les jours précédents, en se remplissant de flammes. On employait le type Stephenson depuis l'accident de 1847, qui avait déjà fait 73 victimes. Avant cette époque, on s*éclairait avec des chandelles. 21 becs de gaz, alimentés par un captage de gi*isou, brûlaient encore à feu nu près du puits d'entrée, et dans la partie supérieure du plan incliné. Enfin, une lampe à feu nu, destinée uniquement au rallumage des lampes éteintes, se trouvait loin du puits et près des tailles.
1188 — C'est à cette dernière imprudence que l'on peut rapporter l'explosion, survenue le 12 décembre 1866, à une heure el quart de l'après-midi, au moment de la plus grande activité, et du maximum de température. Un bruit sourd annonça une détonation
œUPS DE FEU. 561
souterraine. Des colonnes de fumée et de poussière s'élevèrent par les trois fosses. Au bout de vingt minutes, l'air rentra par les puits d'extraction.
Après une heure employée à réparer les cages, les ingénieurs descendirent et retirèrent 20 hommes, seuls survivants des 540 ouvriers engagés dans la mine. 14 d'entre eux succombèrent ultérieurement aux suites de leurs blessures. Avec le concours de 221 volontaires fournis par les mines voisines, on activa la rentrée, et, le 13 au matin, on avait déjà retiré 61 cadavres, les uns affreusement brûlés, les autres ayant succombé à l'asphyxie. A ce moment, un survivant de l'explosion de 1847 remarqua un changement dans l'atmosphère, et donna l'alarme. 90 hommes se précipitèrent aux cages; une seconde explosion se produisit, suivie, trois quarts d'heure après, d'une troisième. On reconnut alors l'impossibilité absolue de rentrer dans la mine, bien que 28 personnes, parmi lesquelles 24 volontaires, manquassent encore à l'appel.
La nuit suivante, vers quatre heures du matin, la sonnette du fond s'agita dans la chambre des machines. L'ingénieur de garde appela dans le puits. Une voix lui répondit. On improvisa rapidement des moyens de descente, en mettant en pression une machine d'atelier, et dressant un petit chevalement. Pendant ces préparatife, on descendait, à l'extrémité d'une corde, une bouteille d'eau additionnée d'eau-de*vie. La corde remonta sans la bouteille, qui avait été détachée. MM. Mammatt, ingénieur des Oaks, et Embleton, volontaire, descendirent alors dans un tonneau. Us constatèrent qu'une importante venue d'eau s'était formée dans le puits, à 91 mètres de la surface. Le puisard était plein. Ils abordèrent avec de grandes difQcultés, et, à la clarté de l'incendie d*un train de wagons, ils aperçurent, devant la cabine du lampiste, un homme assis sur des débris, avec la bouteille sur ses genoux. Pendant leur embarquement, la tonne chavira ; l'ingénieur tomba dans le puisard, mais il put heureusement se retenir d'une main, et reprendre place dans la tonne, qui remonta au jour.
Aucune voix n'avait répondu, dans les travaux, aux appels réitérés de ces hommes courageux. Ce fut le dernier effort ; nulle tentative n'était plus possible. /)ia:-»ep^ explosions se succédèrent; la dernière
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t 562 SERVICES DIVERS.
eut lieu le 18 décembre, à trois heures et demie du matin. La mine fut abandonnée pendant longtemps, afin que la privation d'air pût étouffer les incendies souterrains. Telle fut cette catastrophe, sans exemple dans les annales de l'exploitation souterraine.
1189 — Frameries (Couchant de Mons), — 121 victimes, — 17 avril 1879. — La violence du coup de grisou de l'Agrappef) a dépassé ce qu'on avait jamais observé jusqu'alors, comme déchain^nent de ce fléau destructeur. Les travaux s'étendaient aux étages de 520 et 550 mètres. Cinq ouvriers étaient occupés à un travail préparatoire, au niveau de 610, dans la veine Épuisard, de l'",34 de puissance, et très grisouteuse. Le front de taille, sur le théâtre du sinistre, avait 10 mètres de longueur.
Le 17 avril 1879, vers sept heures du matin, on remarqua que le puits n** 2 de l'Agrappe, servant à l'extraction et à l'entrée d'air, exhalait un courant de gaz fétide. Bientôt après, l'atmosphère s'alluma au poêle de la salle des machines, et une violente détonation se produisit. Le mécanicien fut tué, et dix personnes plus ou moins brûlées à la recette et dans la lampisterie. Une immense gerbe de flamme s'éleva dès lors, et ne cessa de brûler pendant trois heures, avec un diamètre égal à celui du puits : 5", 60 et une hauteur d'environ 40 mètres. D'après le mouvement des corps solides qui se trouvaient entraînés, on put évaluer la vitesse de ce volcan de grisou y suivant l'expression de M. Laguesse, à 4 ou 5 mètres par seconde; et son volume à pZws de 100,000 mètres cubes. 420 mètres cubes de charbon broyé et pulvérisé avaient été poussés, par l'explosion, dans la galerie et jusqu'au puits.
Pendant les premiers temps, aucune détonation souterraine ne se produisit ; mais quand la violence du dégagement vint à se ralentir, l'air commença à rentrer de divers côtés, et à former des mélanges détonants. Neuf explosions se succédèrent de quart d'heure en quart d'heure, d'une manière à peu près régulière. La dernière eut lieu au bout de trois heures et demie.
(») Mallard et Vicaire, Annales, 7% XV, 575. — Meurgey, CRM, 1879, 461, 232. — Bull. Soc. rf'eitc, 5% VI, 442. -~ Recueil des procès- verbaux de la Gommission belge du grisou, p. 149. <- Arnoult, Dégagements instantanés.
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Plus de 200 ouvriers étaient enfermés dans Tintérieur. En entendant le bruissement formé par l'écoulement du grisou dans le puits d'extraction, ils cherchèrent une issue par le puits d'aérage et par celui d'épuisement. Mais l'incendie, qui dévorait toute la surface, ne leur permit pas de sortir. Les charpentes embrasées s'abattaient de toutes parts. A trois heures et demie on put aborder le puits d'aérage, et l'on sauva 87 ouvriers réfugiés sur ce point. On apprit alors avec consternation que le plus grand nombre, croyant le courant d'air renversé, et craignant que l'on ne remît en marche le ventilateur, ce qui eût ramené sur eux les gaz méphitiques, étaient redescendus aux accrochages inférieurs. Les éboulements qui s'étaient produits, depuis ce moment, rendaient impossible de les atteindre. Ce ne fut que le dimanche suivant, quatre jours après l'incendie, que l'on put redescendre dans le puits d'extraction, et sauver, d'une manière inespérée, cinq personnes qui étaient remontées au niveau de 580, et qui, plongées dans une somnolence léthargique, croyaient être restées vingt-quatre heures dans la mine.
COUPS DE POUSl»lÈRE
1190 — Étude du phénomène. — Les poussières fines de houille constituent un danger par elles-mêmes, et surtout pour l'appoint qu'elles apportent aux effets destructeurs du grisou. Cette influence a été signalée, pour la première fois, en 1845, par Faraday et Lyell ('), et, en France, par M. l'inspecteur général des mines du Souich, en 1853 (*). La question a été traitée, depuis lors, par un grand nombre d'ingénieurs, et a fait l'objet de nombreux mémoires ('). Elle a été reprise en dernier lieu par la Commission du
{*) Bull. Soc. d'enc, 3% V, 34, note 1. — Philosophical Magazine, XXVI, 16.
(*) Rapport sur Taccident da puits Charles, à Firminy.
(») Abel, Annales, 7% XX. — Vital, Annales, 1875, 186. — Desbief et Chansselle, Bull, min., 2% IV, 205. — Baretta, CRM, 1882, 108. — Relation du coup de poussière de Bézenet (CRM, 1882, 157). — Delafond, Pièces annexées, etc., 2« fasc. p. 7 à 61. — GaUoway (Annales, 7% XI, 229; BulL min., 2% VI, 799; VII, 617; IX, 157; BulL Soc
grisou, au moyen d'une importante séné d'expériences exécutées par MM. Mallard et Lechatelier(*). Le travail publié par ces savants ingénieurs a jeté une grande lumière sur cette grave question.
On sait depuis longtemps que des matières combustibles de natures très diverses sont susceptibles de faire explosion, quand elles sont réduites en poussière très fine, en raison de la valeur considérable que prend alors le rapport de la surface exposée à l'action de l'oxygène, à la masse qui subit cette oxydation. Les moulins à farine (*), les fabriques d'amidon f), de garancine (*), de poudre de lycopode(*^, de fleur de soufre (•), de pyrophore de Homberg ('), etc., ont été le théâtre de déflagrations de ce genre.
Des phénomènes analogues ont été directement observés sur le pulvérin de charbon lui-même, par MM. Petitjean ('), Babilot (•), Veillon("). On connaît encore, sous ce rapport, les procédés de puddlage au poussier de charbon de Crampton, et de Whelpley et Stores ("), ainsi que les projets de machines motrices à poussière de charbon (*').
Certains accidents de mine ont dû être rapportés à cette cause.
Si
(VenCy 3*, V, 33; Annales de* travaux publiée de Belgique ^ XL; Proceedinge ofthe royal Society, n* 108; 1884. u« 232). — Hall et Clark, Bull, min., 2*, Vil; TraMocL NEIf XXV, 244; Cheslerfield and Derbythire Instiluie oftnining civil mechanical Eu" gineers, avril 1878. — Marreco et Morison, Annale*, 7*, XV, 374; North of England Institute, XXVIIl.
('] Annulée, 8% I, 1.
(*) Bei*Uielot, Bulletin de l'Association scientifique de France, n« 564, p. 310. — Ti'aneact. NEI, XXVI, 104. — Lawrence Smith, Comptée rendus de l'Académie dee sciences , LXXXVII, 121. — Journal de physique et de chimie, mai 1878. •* Les Mondes, 11 juillet 1878. — Morosso, Annales de chimie, IV, 175. — Génie civil, 1882, 282. — Bauhine et Macadam, Bull. Soc. d'enc, 12 juillet 1878.
(') Journal de pharmacie. A*, X, 61.
(♦) CRM, 1878, 245.
[*) Borgnis, Traité complet de mécanique appliquée aux arts, 197.
(*) Tissandier. Les poussières (Bull, de V Association scientifique de France, H" 646, p. 397).
n CRM, 1879, janvier, 5.
(>) Burat. Les houillères en 1872, p. 128.
(») CRM, 4879, 5.
(»") CRM, 1878, 246.
(»«) Annales, 7% VU, 176.
(**) Dumas {Comptes rendus de F Académie des sciences, LXXIVII, 121).— /oiima/ of Franklin InsiituU, 1871 . ^ Annual Report of the Chief ofthe United States Bitreau of Steam Engines for 1876. — Engineering and Mining Journal, XXI, 13.
d'une manière indubitable, car on a vu directement la poussière s'enflammer (*). Le grisou n'avait jamais été observé sur le même emplacement, et n'y a pas été revu dans la suite ; la flamme était rouge, et celle du grisou est bleue ; elle avait brûlé les ouvriers principalement dans la partie inférieure dû corps, et carbonisé le pied seulement de fils à plomb employés pour donner un alignement ; tandis que la flamme du grisou passe par-dessus la tète, quand elle ne remplit pas toute la section de la galerie. Ce n'est, à la vérité, que dans des circonstances relativement rares, qu'un ensemble aussi concluant de preuves a permis d'affirmer l'absence du grisou ; mais la possibilité d'un coup de feu uniquement dû aux poussières ne s'en dégage pas moins avec certitude.
Il est également indubitable que les poussières viennent très fréquemment mêler leur action, dans une mesure variable, à celle du grisou, dans les explosions dues principalement à ce gaz. On en trouve la preuve dans les dépôts de coke friable, qui tapissent souvent les boisages, indiquant que les pulvérins ont subi une distillation et une agglomération.
L'action des poussières peut, d'après cela, être envisagée dans trois conditions bien différentes : d'abord lorsqu'elles sont seules, en l'absence complète de grisou ; en second lieu, quand elles se trouvent en présence d'une dose de ce gaz, incapable par elle-même de déterminer une explosion; et, enfin, lorsqu'elles sont mélangées à une proportion de grisou directement explosible.
1191 — Dans le premier cas, certains auteurs ont nié que les poussières fussent capables de s'enflammer à elles seules, en l'absence absolue de grisou. Mais nous venons dire que le fait a, au contraire, été observé directement. Cette discordance des expériences s'explique d'ailleurs aujourd'hui très naturellement ; car il a été reconnu que certains pulvérins sont inflammables, tandis que d'autres ne le sont pas. Il faut, pour cela, que le combustible ren-
(') Des expériences sont exécutées, en ce moment (1884), parla Commission prussienne du grisou, sous la direction de M. Hargraf, à la mine Kœnig (Saai-brQcken). 200 déflagrations se sont déjà produites. La poussière de la mine Pluts (Westphalie) fait de même explosion, sans la présence du grisou [A. Gurlt, Gluckauf^ octobre 1884, n* 81).
Un
ferme au moins 30 7o de matières volatiles. Il est pourtant à noter que les mines de lignite, en général très poussiéreuses, et renfermant beaucoup de matières volatiles, n'ont été jusqu'ici le théâtre d'aucun grand accident de ce genre.
En l'absence de grisou, on obtient seulement une langue de feu y sans explosion proprement dite. La déflagration ne se propage qu'à une courte distance : 50 mètres au maximum, et elle est toujours d'une faible intensité. De plus, les poussières opposent une certaine résistance à l'inflammation, et les coups de mine débourrant à la sole des galeries paraissent à peu près le seul moyen efficace de leur communiquer le feu.
Les expériences de MM.. Mallard et Lechatelier ont montré, en effet, qu'un certain volume de flamme est nécessaire pour provoquer l'inflammation. Les poussières les plus fines sont les plus inflammables; mais, dans la pratique, cette influence se trouve masquée par cette circonstance, que les grains les plus gros tendent à se déposer les premiers, et qu'après un certain parcours, c'est toujours à peu près le même calibre qui reste seul.
La vitesse du courant a, dans le phénomène, une part importante. Si les grains passent avec une trop grande rapidité à travers une flamme, ils n'ont pas le temps de s'y allumer.
La quantité de poussière est plus essentielle encore. 11 faut qu'elle forme un nuage suffisamment épais, sans quoi la sphère de déflagration d'un grain n'est plus capable d'atteindre les autres. M. Galloway indique, à cet égard, la proportion d*un kilogramme par mètre cube d'air. D'ailleurs les poussières, une fois soulevées, se déposent avec une grande rapidité, et il ne reste plus, ainsi que nous venons de le dire, que les parties les plus ténues en suspension, ce qui, en diminuant la quantité, restreint progressivement les facilités d'inflammation.
Quant à la vitesse de propagation de la flamme, dans les mélanges d'air pur et de poussière, elle est excessivement faible. Avec le lycopode, elle parait être d'un décimètre par seconde. Elle ne semble pas même atteindre un centimètre pour le charbon. La véritable propagation s'effectue par l'action mécanique qui accompagne le phénomène, beaucoup plus que par les effets de la con-
ductibilité, du rayonnement, et de la déflagration progressive pro prement dite.
±±9ft — La seconde question consiste à savoir si une propor^ tion de grisou, inexplosible par elle-même, peut cesser de Têtre en raison de la présence de poussières. Dans les expériences de MM. Mallard el Lechatelier, faites avec le gaz de Téclairage, les poussières non inflammables par elles-mêmes ont seules gardé cette incombustibilité en présence du gaz. Quant aux autres, la présence de l'hydrogène bicarboné semblait faciliter un peu leur inflammation, mais dans une faible mesure.
M. Abel, en opérant avec le grisou quick des mines de Garswood- Hall (à Brynw, Wigan), qui a la réputation d'être explosible au-dessous de la proportion ordinaire, dès la teneur de 3 à 4 centièmes, a reconnu, qu'en présence des poussières, et avec une vitesse de 5 mètres par seconde, une addition de 2 7o de grisou pourrait suffire ; proportion qui s'abaisse même à 1,5 7o P^ur une vitesse de 0",50 par seconde. M. Abel a, en même temps, reconnu ce fait curieux, que des poussières incombustibles, comme la chaux et la magné- ' sie, pouvaient jouer un rôle d'excitateur, analogue à celui du charbon lui-même, et provoquer l'explosion, dès la proportion de 2,75 7, de gaz.
1193 — 11 reste à envisager, en troisième lieu, le rôle des poussières, dans une atmosphère assez giîsouteuse pour être inflammable par elle-même. Leur intervention est, comme nous l'avons dit, incontestable dans les grands accidents de grisou. On en trouve la preuve dans les fumées abondantes qui s'échappent par les puits, et dans l'existence de croûtes de coke, atteignant, dans certains cas, 14 millimètres d'épaisseur.
Elles aggravent alors les conséquences de l'explosion, en contribuant à élever la température de la flamme, et, par conséquent, à augmenter la dilatation mécanique, au moment du choc (*). En outre, elles développent également la proportion des produits asphyxiants
(*) N. Thénard a constaté que des eudiométres qui résistaient à la détonation des gaz de l'eau, se trouTaient brisés par une addition de poussière de charbon.
qui continuent à exercer leurs ravages, lors même que Taction dynamique est éteinte. Divers faits semblent même établir que la distillation, la combustion, et Tagglomération du coke tendent à se continuer après l'explosion, pendant un délai plus ou moins marqué. Des expériences comparatives, portant sur les quantités de matière volatile renfermées dans le coke, et dans les poussières qui lui ont donné naissance, ont mis en évidence une perte importante, qui est d'un quart environ comme moyenne, mais assez variable (*).
11941 — Mesures préventives, — Les précautions à prendre contre les poussières se réduisent à un très petit nombre de préceptes, qui, malgré leur simplicité apparente, occasionnent malheureusement un assujettissement capable de provoquer beaucoup de résistance.
C'est d'abord le balayage du chantier. On lui a reproché, cependant, d'avoir précisément pour effet de remettre en suspension les poussières qui s'étaient déposées. Il est vrai que cet effet dure peu, car la précipitation de la plus grande partie est rapide, et le reste du nuage, ainsi qu'il a été expliqué, n'est plus ensuite susceptible d'inflammation. Il serait facile, d'ailleurs, de s'assujettir à laisser un intervalle de temps notable, entre cette opération et le tirage des coups de mine. Un balayage fondamental des voies de roulage, pratiqué tous les deux mois par exemple, supprimerait, sans grand embarras, une quantité considérable de pulvérin.
Varrosage paralyse momentanément les propriétés des poussières. Il ne faut pas l'opérer par filets isolés, mais à l'aide d'une pomme d'arrosoir, et de récipients montés sur des trucs qui circulent sur la voie ferrée. On augmentera beaucoup l'efficacité de cette mesure, si Ton peut y joindre une pression d'air, qui permettra de nettoyer, à la lance, les parois et le plafond. Avec un aérage actif et desséchant, de grandes quantités d'eau deviendront nécessaires. Sous ce rapport, il ne faut pas perdre de vue qu'un temps sec et froid doit être considéré comme le plus dange-
(*) Awialeê, 7«, XV, 374, Marreco; VH, 180, Vital. — Bull, min., 2-, IV, 207, Villiers; VI, 831, Chansselle. — Mathet. Élude sur le grisou, 80. — Burat. Encyclopédie des lettrée, sciences et arts, 209.
reux de tous, car il sera le plus propre à faciliter rinflammation des poussières, en les rendant plus sèches et plus mobiles.
Par la dessiccation, les poussiers reprennent leur état naturel après avoir été mouillés. Tout au plus, observe-t-on une légère consolidation, qui cède au moindre effort. On a proposé, pour en accroître l'importance, de mélanger à Teau des matières agglutinantes, telles que l'argile, la chaux, le sel (').
On a également essayé l'addition du chlorure de calcium, ou d'autres matières très hygroscopiques, en vue de résister à la dessiccation opérée par le courant, et de dispenser même de l'arrosage, dans un air suffisamment humide. Ces essais paraissent avoir peu réussi. Cependant, à LeycetI, dans une mine très poudreuse (■), on a obtenu de bons résultats de l'emploi du sel marin. On a, par là, purifié l'atmosphère, incessamment chargée de pulvérîn, et rendu le séjour de la mine plus salubre pour les ouvriers.
1195 — En même temps que l'on cherchera, par les moyens précédents, à supprimer, après coup, les poussières produites par l'exploitation, il sera évidemment rationnel de chercher à restreindre, autant que possible, cette production elle-même, en évitant les transbordements, les traînages par paniers, la descente du charbon dans les cheminées, en réduisant les vides inutiles. Dans certaines houillères anglaises, on a le soin d'élever, sur des colonnes, les estacades servant au roulage et au culbutage à l'orifice du puils, afin que les poussières soient enlevées par les vents, et qu'un air plus pur s'engouffre, au-dessous de ces planchers, dans le puits d'extraction, sans y entraîner une aussi forte proportion de pulvérin.
On chercliera de même à écarter les causes d'inflammation des poussières dont on n'aura pu éviter la production. On substituera des lanternes aux lampes à feu nu, dans les chantiers où l'abatage en masse soulève un nuage de poussière, parfois irrésistible pour la respiration elle-même, au point d'obliger les hommes à aller, de temps en temps, respirer un air plus pur dans les galeries.
Par-dessus tout, on apportera le plus grand soin à réglementer
(*) Bull, du miniêtère des travaux publics^ avril 1882, 330. («) Génie civil, U, 427,
le tirage des mines, qui paraît avoir été jusqu'ici la cause la plus efficace des accidents de cet ordre (*). On proscrira les coups de mine à la sole des galeries. S'ils deviennent indispensables, on les chargera faiblement. On interdira sévèrement le bourrage avec du menu charbon, et les doubles charges destinées à faire partir un raté. Enfin, Ton fera précéder l'allumage, d'un balayage sur 3 mètres au moins de longueur, avec un délai suffisant pour la précipitation des poussières. Les hommes se retireront ensuite à 50 mètres au moins, distance que le feu des poussières, en l'absence du grisou, n'a jamais franchie jusqu'ici.
SAlJ¥ETA<aE
1196 — Mesures préalables. — Un certain nombre de mesui'es peuvent être prises d'avance et à loisir, en vue d'améliorer, pour le moment d'un sinistre, les conditions dans lesquelles devra s'opérer le sauvetage.
En vue de rétablir autant que possible, après un coup de feu, les conditions normales de l'aérage, on a la ressource de disposer, à côté des portes importantes, une cloison très légère, suspendue au plafond autour d'une charnière perpendiculaire à l'axe delà galerie, et soutenue dans une position horizontale, par un piquet qui présente peu de stabilité. La porte ordinaire venant à être emportée par un coup de feu, il en sera évidemment de même de ce piquet. La cloison retombera dès lors par son poids, et, n'ayant plus à subir que des oscillations de moins en moins violentes, pourra finir par rester suspendue verticalement, en rétablissant la fermeture.
M. Verpilleux a introduit un système spécial de portes ('), destinées à diminuer l'importance des ravages du coup de grisou, en le
(») AnnaUs, 7-, VU. 195, Vital; 8-, I, 88, Mallard et LechateUcr. — CRM, 1877. septembre, 7, Devillaine. — D' A. Gurlt. Le tirage & la poudi*e dans les mines à grisou, Hev. univ. </. m. 0/ u., 2*, IX, 446.
l*) ÂnnaUi, 6% XII, 563, Verpilleux. — Bull, min,, !-•, IX. 465. — CRM, 1876, juin. 51.
circonscrivant près du point où il a pris naissance, et Tempèchant de se propager dans de nouveaux quartiers. Deux battants massifs et très solidement établis, en bois ou en fer, sont disposés à une faible distance Tun de l'autre. Ds s'ouvrent en deux sens opposés ; mais des ressorts, ou des contrepoids, les tiennent plaqués contre la paroi, tout en laissant une faible prise au courant d'air, afin de les solliciter à se fermer. Dans ces conditions, de quelque côté que provienne l'explosion. Tune de ces deux portes obéira, et s'appliquera sur son cadre, en interceptant le passage et arrêtant la propagation de l'action destructive. La condensation de la vapeur d'eau et le refroidissement des flammes provoquant une rétraction de l'atmosphère, cette porte se rouvrira, et la seconde, qui se trouvera sollicitée en sens contraire, viendra battre sur son cadre, en entravant une partie de la violence du choc en retour. Ces portes ont été, en effet, presque toujours arrachées de leurs gonds, faussées ou brisées. Même alors, elles ont quelquefois rempli leur ofQce; mais, dans d'autres cas, elles ont laissé passer le feu.
On a proposé également des portes d'un genre tout différent (*). Elles sont formées de toiles métalliques tendues sur un châssis, et restent ouvertes, en temps ordinaire, afin que le courant d'air puisse passer sans éprouver de résistance. On estime, en effet, que cet obstacle réduirait, sans cela, le débit de 40 7o- L'explosion les ferme, par le déplacement de la colonne d'air qui précède la flamme. Ces portes, n'opposant pas un obstacle absolu et étanche, comme celles du système Verpilleux, subiront un moindre effort, et courront de moindres chances de destruction. On a expérimenté deux ou trois toiles superposées, avec 800 mètres cubes de mélange explosif. Elles ont semblé arrêter efficacement l'incandescence ; car des capsules pleines de poudre ou de fulmicoton, placées du côté opposé, n'ont pas été enflammées.
M. Clermont a encore proposé, dans le même but, un autre genre de portes de sûreté. L'objet qu'il se propose est de laisser passer d'abord, sans lui opposer d'obstacle, la bouffée irrésistible qui pré-
(<) Bull, min., 2% VU, 191. ^ CRM, 1878, 187. — Mathet, Étude sur le grisou, 100.
cède le feu, et se trouve déplacée, comme une avant-garde, par !a dilatation de la masse embrasée. La porte ne doit se plaquer qu'aui approches de cette dernière, pour lui barrer le passage. A cet eflel, on dispose, a une dislance suffisante en amont, une capsule qui saule dès l'arrivée de la llamme. Elle déclanclie, par son explosion, un ressort, qui actionne une longue tringle, et, par son intermédiaire, la porte elle-même, établie dans les conditions qui ont été déjà expliquées ci-dessus (n" lOiS). Cette idée est ingénieuse, mais on peut redouter bien des obstacles pour l'exécution. On rencontre, dans certaines exploitations anglaisesC), des portes préparées de manière à obéir immédiatement, au moment où l'on rentre dans les travaux pour le sauvetage, et à prendre la place de celles qui ont été détruites. Elles consistent (fig. 704) en deux vantaux dissimulés dans l'épaisseur de la maçonnerie, pour ne pas donner prise au coup de feu. Des ressorts tendent à les en faire saillir, de manière qu'ils décrivent chacun un angle droit, en velargeur de la galerie. Mais un loquet les maintient en place. Il suffit donc de presser sur ce dernier, pour que la manœuvre s'accomplisse en un instant.
Fig. '<U. Portes de sûrek'
nant fermer une moitié
1197 — Indépendamment de ce moyen de rétablir la direction du courant, il est nécessaire d'en pouvoir activer la production. Je rappellerai, à cet égard, les deux principes fort simples que nous avons déjà rencontrés, à savoir l'établissement d'un bassin de retenue sur le puits d'entrée {n" H20), et de tuyaux de vapeur avec souffleur, à la base du puits de sortie (n° H23).
On doit établir des échelles dans les puits, lors même que le sei^ vice normal des descenderies s'effectue par les cages. Les échelles verticales, si pénibles à la vérité pour les conditions ordinaires
(') P^, Angleterre, 113.
(n° 1256), risqueront moins d*ôlre emportées par une explosion, que celles que Ton dispose, avec raison, dans une position inclinée.
On a recommandé d'établir en dépôt, près du pied du puits, tout ce qui peut être nécessaire au moment du sauvetage, et difGcile à descendre ; par exemple des brancards, des pharmacies portatives combinées en vue de pareilles circonstances (*), etc.
On a conseillé également de désigner aux hommes les places* de refuge jugées les plus avantageuses, de manière à pouvoir, sauf les contre-indications du moment même, diriger les opérations de sauvetage vers ces rendez-vous donnés à l'avance. On a été jusqu'à proposer d'y installer des dépôts de vivres, renouvelés périodiquement, et môme des téléphones, pour pouvoir se mettre en rapport avec les ouvriers qui auraient trouvé un asile en ces points. Ces précautions seraient malheureusement impuissantes contre le danger de l'asphyxie, mais ses effets ne sont pas toujours inévitables, et, d'ailleurs, beaucoup d'autres genres d'accidents que les coups de feu, peuvent avoir pour effet d'isoler momentanément le personnel souterrain des secours de l'extérieur.
1198 — Sauvetage. — Lorsque le désastre est accompli, le premier soin à prendre est de rétablir l'aérage, en activant le ventilateur, s'il a été préservé, ou en employant les moyens qui ont été indiqués pour le cas contraire.
Les ingénieurs descendent avec ce qui reste de personnel. Au besoin, on fait appel à celui des exploitations voisines. Si la circulation des cages guidées est devenue impossible, on leur substitue une benne libre, qui se glissera plus facilement au milieu des guidonnages déviés.
On avance dans les travaux d'après les progrès de l'aérage, en déblayant successivement les galeries, de manière à les rendre praticables, et en rétablissant les portes et les barrages essentiels pour la ventilation. On peut se servir de lessive de soude, d'eau de chaux, ou de chaux caustique en poudre, pour absorber l'acide carbonique. On peut également pénétrer dans les milieux irres-
(') On trouvera le catalogue de ces pharmacies, dans le recueil des-pièces annexées aux procès-verbaux des séances de la Commission du grisou (2« fasc, 173).
pirables, au moyen d'appareils spéciaux dont nous nous occuperons bientôt {n° 1200).
Si le sens de l'aérage a été renversé par l'explosion, il y a lieu
Transport du bl«u£i.
d'apprécier, d'après ce que l'on connait de la situation des perles, et des points où ont dû probablement se réfugier les hommes, de la marche à suivre pourrentrer dans les travaux, et de l'opportuaité
Fig. 706. Tramport dct blettis.
qu'il peut y avoir a insister dans le même sens pour la venlilalion, si les moyens dont on dispose s'y prêtent, ou, au contraire, & lutter pour rétablir le courant dans sa direction première.
Fl(. Vit. Tramporl dei blessés.
Rien n'i^sL plus propre à cxciler l'admiration que le courage, le tiévoiiomurit et le mépris complet du danger, que montrent d'ordinaire les mineurs, dans ces circonstances critiques. Leur abnégation est entière, et l'on peut tout attendre d'eux pour essayer <le porter, nu milieu i}o. cette dévastation, de dernières et bien faibles cbanccs de salut.
11119 — l.esbtessès et les asphyxiés reçoivent les soins nécessaires. A cel égard, une instruction administrative du il février 1815, préparée par le docteur Salmade, indiquait aux exploitants les premières mesures à prendre. Ce document ne se trouvant plus en nqiport ;i\ec les progrès de la science médicale, l'Académicde médecine, après avoir adressé un questionnaire aux médecins attachés aux diverses mines de France, a préparé une instruction plus étendue, eoiiccmanl tous les genres d'accidents souterrains. M. le docteur Proust lui a présenté cette rédaction dans sa séance du 15 mars 188l('). Ce travail ne pouvant, pour conserver l'harmonie de se>^ [)ro[io]'tians, accorder aux explosions de grisou que des iléveloppemenls limités, M. le docteur Regnard n'a pas cru faire, avec lui, double emploi, en publiant, à la demande de la Commission du grisou, un [nanuel détaillé àe tout ce qui concerne les soins à donner aux \icli[ncs des coups de feu ('). Ces prescriptions médicales ne sauraienl évidemment être analysées ici. H sera nécessaire, pour tout exploitant, d'en posséder un ou plusieurs exemplaires sur chacun de ses puits.
Le lraiis])u['t des blessés se fait d'abord à bras (fîg. 705}, jusqu'au point le plus rapproché où puisse arriver le brancard-civière ('), que l'on glisse sous le blessé, enlevé par des brelelliers (fig. 706). Ce brancard est disposé de manière à pouvoir être placé verticalement, sans trop d'inconvénients pour la victime, pour le passage dans les puits, si leurs dimensions l'exigent (fig. 707). Le blessé arrive ainsi jusqu'à son lit d'hépital. Des bretelliers l'enlèvent de nouveau
('} Annales, ^•. III, pirtia ■dmlnistraliTe, QT.
(■j Premiers âoins i donner aui ouvrien blessés à la mile des eiploiions de grisou. l'iècri am^eii'es. de, 3* foK., p. Ifll h 226. (') Draosards du loclettT RienUisut, du docteur Vidal, du docteur Duj<d.
(6g. 708), on retire le brancard, et le malade est déposé définilivement sur le lit.
Le transport des cadavres exige des précautions spéciales, lorsque la décomposition est déjà commencée (*). On doit toujours chasser Tair frais vers les corps, de manière que les ouvriers, qui cherchent à les atteindre, n'en aient pas les émanations. Les hommes affectés à ce transport sont munis de gants trempés dans une dissolution d'acide phénique. Les cadavres, préalablement poudrés de chlorure de chaux, et arrosés d'acide phénique, sont recouverts d'un linceul imbibé de cette même dissolution, et dans lequel on les roule, en évitant leur contact direct. Le linceul est attaché aux deux extrémités, et le corps est placé dans un cercueil préparé d'avance. Les ouvriers sont munis d'un masque de coton, imbibé d'eau phéniquée, et ne servant jamais deux fois.