II. 5S
à savoir : réboiileirient circonscrit d'un point en particulier, ou Teffondrement total d'une mine.
L'histoire a, en effet, sous ce rapport, enregistré le souvenir de mémorables catastrophes. La mine de Fahlun (Suède) est pratiqiiée dans une masse couchée de pyrite cuivreuse, insérée dans le micaschiste. En 1687, tous les travaux s'éboulèrent à la fois. On retrouve encore aujourd'hui, comme traces de ce désastre, deux abîmes, en forme d'entonnoirs, réunis dans une vaste excavation qui présente environ 360 mètres de longueur, sur 120 de largeur, et 60 de profondeur. Depuis cet événement, on a cherché à reprendre une partie des anciens piliers ainsi bouleversés, en pratiquant des chambres d'éboulement (*), au milieu de ce chaos; en outre, une exploitation régulière s'est rétablie au-dessous. En 1876, un nouvel éboulement s'y est produit, dans la partie profonde.
La mine d'Altenberg (Saxe), exploite une masse analogue à un elvan, entièrement imprégnée d'étain oxydé. Le plus grand désordre présidait à son aménagement, et 21 compagnies distinctes creusaient, chacune de son côté, sans entente commune, lorsque, le 24 janvier 1620, tout le monde étant sorti, la mine entière s'écroula sur près d'un kilomètre carré, et jusqu'à la profondeur de 340 mètres, laissant un abime, encore visible, d'environ 130 mètres de profondeur. On a, depuis cette époque, glané, comme à Fahlun, dana la partie disloquée, au moyen de chambres d'éboulement.
On peut encore citer d'autres exemples de semblables cataclysmes. En 1740, la mine de Stahlberg (pays de Siegen), s'est entièrement effondrée. Le Rammelsberg (Harz) a été, dans le quatorzième siècle, le théâtre d'un écrasement général, à la suite duquel la mine est restée fermée pendant un siècle. Un affaissement de 60 mètres s'est produit dans l'exploitation de Fleckgruvan (Norberg, Suède). La mine de mercure d'Idria (Carniole) a perdu, par l'ébouleraent, en 1552, un étage qui a conservé le nom de Todtenteufe (étage des morts), en engloutissant 50 piqueurs. La mine de fer de Nagot {Rancié, Ariège) s'est écroulée dans le quatorzième siècle, en ensevelissant tout le personnel. Elle a été abandonnée à la suite de
(1) Tome I, p. 439.
ÀCaDENTS DIVERS. b'ia
celte catastrophe. Les mines de ta Crangne (Rancié), en 1819, île Gejer (Saice), de Schiackenwald (Bohème), la mine de mercure de Huencayelica (Amérique), ont subi de grands effondrements. La mine de soufre de Lercara (Sicile) a enseveli 37 mineurs en 1860. et 19 en 1871.
Le plus récent des désastres qui présentent un caractère de généralité est celui de lamine de Varangéville (Meurthe-et-Moselle)!'). On y a\ait introduit les méthodes de havage du sel gemme par t'eau {'). Bien que le liquide fût recueilli avec soin, des infiltrations avaient fini par délayer les marnes du mur. Depuis un certain temps, quel
Fig. 716. Ëbaiit«ment de
ques signes menaçants s'étaient manifestés. La hauteur des galeries avait diminué sur certains points, mais on attribuait cet effet au foisonnement des marnes. Des crevasses s'étaient produites de divers cdtés. Enfin, le 51 octobre 1873, les piliers inassifs s'enfoncèrent tous à la fois, et l'on vit, dans l'espace d'une demi-minute, s'affaisser, sur une hauteur de 3 mètres, une étendue d'environ
(') AnttaUt.T, n,ai3.
f) Tome I, p. ie«.
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lJI*.
350 mètres sur 300 (fig. 716){*). Les marnes délayées refluèrent dans le puits, sur une hauteur de 20 mèlres, et Tair ainsi comprimé y fit explosion» en lançant la cage à travers la toiture. C*était jour de paye, et peu d'hommes se trouvaient dans Tinlérieur. Aucun ne fut perdu; néanmoins il y eut 17 ouvriers blessés, mais, pour la plupart, à l'extérieur.
1219 — On a cité des exemples de tremblements de terre ressentis dans les mines du nouveau monde. M. de la Torre (*) a décrit celui qu'il a éprouvé, en novembre 1852, dans une mine de cuivre de Cuba. Au milieu d'un bruit formidable, la terre ondulait, lançant les hommes d'une paroi à l'autre des galeries, faisant craquer les bois, éteignant les feux, redoublant l'infiltration des eaux. Le phénomène dura au moins quatre minutes.
M. l'inspecteur général des mines de Chancourtois(')a émis l'idée que des mouvements séismiques de l'écorce du globe, infiniment moins importants que les précédents, pouvaient n'être pas étrangers aux séries d'accidents de grisou, que l'on voit quelquefois se succéder, à des intervalles rapprochés, dans des localités assez distantes les unes des autres (page 277, note 2).
IISJSO — Sauvetage. — Mais la véritable influence des effets de l'éboulement sur la mortalité souterraine provient beaucoup moins de ces événements, essentiellement rares, que des accidents locaux trop fréquents, dans lesquels un ou plusieurs hommes peuvent se trouver engagés (*) .
Les moyens de préservation, à cet égard, se réduisent à la bonne entente de la méthode d'exploitation, et aux soins que l'on doit apporter dans les soutènements (*). Il convient de fournir, à dis-
(') Les lettres A désignent des crevasses béantes, un peu en deçà de l'aplomb de rezcHTation souterraine; B un exhaussement en dos d'àne; n des veines d'argile qui croisent la stratification.
(*) Zurcher et Margelle. Volcans et tremblements de terre, 232.
('] Comptes rendus de V Académie des sciences, XCVI, 1319.
(*) De Saint-Léger. Seiuvetage de deux ouvriers engloutis par Véboulement dune mamière (Annales, 4*, XVII, 173).
(') Note sur un éboulement (Annales, 6% XIX, 19o).
.^dttM
ACaOENTS DIVERS. 597
crétion, les bois au piqueur et de stimuler, sur ce point, son indifférence, qui le porte à employer de préférence son temps à des travaux plus directement rémunérés. On va même quelquefois jusqu'à lui imposer des distances de boisage réglementaires et indépendantes de son appréciation personnelle. Il doit être également interdit, sous des peines sévères, de dormir à la taille ; car alors les signes précurseurs de la chute du toit passent inaperçus.
±^^± — Quand un homme est pris dans Téboulement, on cherche, de préférence, à parvenir au-dessus de lui, en se boisant dans le solide, et pratiquant un grillage au-dessus de la partie disloquée, de manière à pouvoir la vider. Si Ton attaque, au contraire, les éboulis par dessous, sans protection, on risque de les voir couler consécutivement, comme dans une chambre d'éboulement f ). Cependant il est inutile d'avertir qu'il peut y avoir, sous ce rapport, des contre-indications.
On a quelquefois réussi à prolonger la vie du prisonnier, pendant le temps nécessaire au sauvetage, en lui faisant passer des liquides nutritifs, au moyen de tubes que l'on trouvait moyen de faire parvenir jusqu'à lui. On ne doit, à cet égard, jamais se décourager. L'exemple le plus mémorable, sous ce rapport, est celui du puisatier Giraud, qui a résisté pendant trente jours, et a été retiré encore vivant, bien qu'il soit mort ultérieurement des suites d'une pareille épreuve. Le puisatier Prévost, enseveli à une profondeur de 25 mètres, a pu être sauvé au bout de vingt jours.
En 1878, le puits Sainte-Eugénie (Montceau-les-Mines) s'éboula partiellement (*), et les schistes lisses encaissants, glissant sur leur pendage de 45 degrés, vinrent l'encombrer sur une centaine de mètres de hauteur, pêle-mêle avec les débris de la maçonnerie et dti guidage. Pour pouvoir traverser ce chaos, on commença par achever de remplir le vide du puits jusqu'à la partie solide, à l'aide de cendres et de crasses de fourneaux; puis l'on reprit le fonçage à travers cette masse, en soutenant, à l'aide de tirants, la partie supérieure du muraillement. Pour s'enfoncer, on pratiquait un fossé circulaire,
(*) Tome I, p. 438.
(*) Burat, Cours d'exploitation des mines, 149.
te Vin ■
suffisant pour y insérer un cercle de fer, formé de quatre quadrants à talons réunis ensemble. Ces cercles étaient colletés au ferme contre la roche, et agraffés aux précédents. De l'un à l'autre, un garnissage en planches, en forme de tonne, maintenait le terrain. Lorsque Ton parvint au solide, on y posa un cadre colleté et encastré, sur lequel on éleva un cuvelage en maçonnerie, à l'intérieur du revêtement précédent, qui fut noyé dans une masse de béton.
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COUPS D*EAI}
tUt^lt — Invasion des eaux. — L'invasion subite des eaux constitue un danger redoutable, qui peut occasionner la perte d'une mine entière. L'histoire, ou la tradition, ont conservé le souvenir d'accidents de ce genre, accomplis dans des circonstances dramatiques.
Dans un coup d^eau du bassin de Liège, en 1812, 19 personnes furent noyées, et 74 autres, parmi lesquelles 15 enfants, furent sauvées au bout de cinq jours.
Un procès-verbal fort curieux, du 1*' août 1664, dressé avec tous les caractères de l'authenticité, relate un coup d'eau du charbonnage deCrèvecœur (Hainaul), dans lequel cinq ouvriers restèrent emprisonnés pendant vingt-quatre jours et six heures (*).
A Beaubrun (Saint-Étienne), on avait conservé vaguement le souvenir du quartier des noyés ^ dont on ne connaissait plus la situation exacte, mais où, d'après la tradition, des hommes avaient été pris, en perçant aux eaux dans des travaux plus anciens encore. On l'a, en effet, depuis lors, traversé dans un fonçage, et l'on y a retrouvé des squelettes d'hommes, et ceux de 17 mulets avec leurs harnais. Les méthodes de foudroyage préparent souvent l'invasion des eaux. Le 10 février 1879, la mine de lignite de Dollinger près Dux (Bohème) fut entièrement noyée (*). En moins de vingt-quatre
(«) Annales, 6% lY. 189.
0 Annales, 7% XIX, 406.
heures, 400 000 mètres cubes d'eau envahirent les travaux, en noyant 25 victimes. La source Riesenquelle disparut ; la source thermale de Teplitz fut elle-même atteinte, mais elle reprit ultérieurement son cours normal.
La houillère de Braidwood (Illinois) a été inondée le 17 février 1883, et 64 mineurs y ont perdu la vie.
Celle de Haverford-West a été, en 1844, le théâtre d'un coup d'eau qui a fait 40 victimes.
La mine de Lalle (Bessèges) a été envahie, le 11 octobre 1861, par une crue subite de la Cèze, qui s'est étendue sur une prairie dont le sol a crevé (*). 109 mineurs ont perdu la vie dans cette catastrophe. M. l'ingénieur en chef des mines Parran réussit à retirer six autres hommes, dont quelques-uns restèrent enfermés pendant 14 jours.
Dans lamine de Landshipping (South Wales), la mer a fait irruption, au moment de la marée, et a surpris 40 mineurs qui n'ont ja» mais été retirés (').
A Workington (Cumberland), les travaux avaient été poussés trop hardiment sous l'océan ; le toit céda, et 37 ouvriers furent noyés (').
§ZZ3 — Mesures préalables. — Pour prévenir les coups d'eau, quand on redoute la présence de vieux travaux ou de failles aquifères dont l'humidité croissante, et les suintements sous pression révèlent le voisinage, on doit éclairer sa marche en faisant précéder l'avancement de coups de sonde, pratiqués en divergeant, en avant et sur les flancs (fig. 717, 718). S'ils viennent à rencontrer la masse d eau, elle sortira ainsi d'une manière moins irrésistible, que si un coup de mine ou l'affaiblissement progressif de la paroi déterminait l'écroulement de cette dernière.
Cependant, môme avec cette précaution, on a vu la mine de la Plomterie (Liège) noyée à travers un simple coup de sonde de 10 mètres de long et. 0", 037 de diamètre, d'où l'instrument avait été rejeté sur les mineurs, sans que ceux-ci eussent pu réussir à
(*) Annales, 6% IV, 165.
(•) Annales, 7*. XIV. 354.
(») Annales, 8% I, 448.
élancher l'orifîce. L'épuisement et la rentrée dans les travaux ne durèrent pas moins de sept ans, avant que l'on fût en étal de reprendre I exploitation. On peut juger, par cet exemple, de l'importance des précautions qu'il faut prendre pour percer aux eaux ('),
Lorsque les divers indices dont nous avons parlé permettent de cioire que I on approche du bain, on tiabht sur le front de taille un robuste revêtement, au moyen d un boisage fortement élaitçonné, principalement autour du point où I on compte effectuer le percement.
On élargit l'entrée du trou de sonde, de manière à y assujettir solidement un tuyau, muni d'un robinet. On a soin de le contreventer, afin qu'il ne puisse être chassé liors de son logement. On recommence alors, avec prudence, à pousser en avant le forage.
Au moment du percement, on voit souvent le jet d'eau chasser la sonde avec violence, des irruptions de grisou et d'acide carbonique éteindre les lampes, une pression considérable ébranler tout le système, jusqu'à ce qu'un régime plus tranquille s'établisse, que le bain s'épuise et arrive à ne plus donner que sa nourriture normale. Quelquefois tout le front de taille cède à la fois. On doit donc avoir soin de ne tenter cette opération, qu'avec le nombre strictement nécessaire d'hommes éprouvés, après avoir fait sortir le personnel et les chevaux, et rendu les galeries absolument libres, en les éclairant par quelques feux fixes, afin de ménager, pour le poste qui reste à l'avancement, une retraite aussi facile et aussi rapide que possible.
1224 — On préparc également à loisir, dans les mines menacées, des serrements que l'on pourra opposer rapidement à des invasions subites.
I') Sur un capiage d'eai 1B81, 197).
thermale à l'«idc A
D nuitèrict de sondage (Laur, CRlf,
ACCIDENTS DIVERS. 60i
Je citerai comme exemple le filon très aquifère de Pontpean, qui a été rouvert, avec minéralisation de galène et flende argentifères, au milieu d'une ancienne fracture, effectuée dans le terrain silurien et injectée par une roche dioritique. Le défaut de solidité de celte matière rend impossible, la plupart du temps, d'établir avec sécurité le réseau des voies de communication dans le filon même. On pratique donc, aux différents niveaux, des costresses dans le rocher. De courtes recoupes viennent, de distance en distance, tàter le filon, et des serrements sont préparés dans ces galeries, ainsi qu'il a été expliqué plus haut (n** 896).
Des précautions semblables sont prises dans les charbonnages de Gréasque, à cause des dangers que présentent les mouillères (n' 887, note) et les sources abondantes auxquelles elles donnent passage.
i!2!25 — Sauvetage. — Lorsque l'accident est accompli, on dirige le sauvetage, d'api*ès l'inspection des plans, vers les points maximay où l'on peut espérer que l'air se soit comprimé en cloche, sous la pression des eaux, de manière à empêcher celles-ci d'y pénétrer, en permettant à ces cavités de servir de refuge aux hommes qui auront pu les atteindre*
On prête l'oreille, avec la plus grande attention, et dans un silence absolu, pour discerner le roppe/ des mineurs y c'est-à-dire les coups que les prisonniers frappent contre la roche.
Si l'on est assez heureux pour joindre une de ces cloches par une galerie, un bure, ou une descenderie, il ne faut pas l'aborder sans précautions. Si on la crève directement, en même temps que l'air s'échappera, l'eau montera, et noiera les hommes. La force de la débâcle de celte atmosphère comprimée risque également de briser les ouvriers contre les parois. On peut, pour cet instant critique, chercher à constituer un sas à air, analogue à celui qui permet d'établir les communications, dans la méthode Trigerf), en se servant pour cela de cloisons munies de portes.
On a essayé, comme pour les cas où un homme est pris dans un
(*) Tome I, p. 355.
éboulement, d'envoyer aux ouvriers emprisonnés, des liquides alimentaires, à l'aide de trous de sonde, et de tubes i robinets ('). Les exemples qui ont ét<^ cités plus haut (n" 1222), en montrant pendant quel laps de temps peut résister l'organisme humain, disent assez haut combien on doit apporter de persévérance et d'énergie, dans la conduite de tels sauvetages. Les conditions y sont, du reste, meilleures pour les prisonniers, en présence de l'eau, que dans les éboulements. La soif est, en efTet, plus destructive que la Taim, et provoque bientôt une fièvre dévorante.
1296 — J'indiquerai, comme exemple de l'application de ces principes généraux, le sauvetage dcTynewidd, qui a été elTeclué par M. AV. Galloway.
Le H avril 1877, la mine de Tynewidd (Clamorgan) fat inondée par la rencontre de vieux travaux {'). La figure 719 représente le
Fig. 719. Coup d'ciu de Trnewi
théâtre de l'accident. La ligne blanche qui la traverse de gauche à droite, marque la trace d'une faille, qui a rejeté l'amont-pcndage de 27 mètres de profondeur. Les vieux travaux A, B, étaient pleins d'eau, l'ouvrage CD, imprudemment poussé de ce côté, les creva on D. L'eau envahit tout le quartier, et prit, en raison du plongement delà couche, son niveau tel qu'il est figuré en BC.
Quatorze hommes manquaient à l'appel. Les coups frappés'par quelques-uns d'entre eux furent entendus, et révélèrent leur présence dans les montages C et E, où l'air s'était comprimé en cloche. Un pe-
i') Ipwurd IProceedingi of the Soulh Wal— ImlUute of Engineer,, ï, n* 5). («) Aanalet, 1; UT, 63, Sauvage. — CRM. 1877. seplerobre, 9.
tit boyau fut percé pour déboucher en C. La violence de la débâcle deTair fut telle, au moment où Ton creva la paroi pour retirer les hommes, que Tun d'eux fut brisé contre la roche. Quatre autres furent sauvés, le niveau de Feau n'ayant pas monté jusqu'à eux, au moment de la décompression.
En même temps, on fonçait un bure pour atteindre la cloche E, mais l'air qu'elle renfermait filtra à travers les fissures, et les ouvriers qu'elle renfermait furent noyés avant qu'on pût les joindre.
D'après l'inspection des plans, M. Galloway pensa que le montage F avait pu, lui-même, former un réservoir d'air comprimé, et donner abri à des mineurs. En prêtant attentivement l'oreille en C, il se convainquit, effectivement, que des coups étaient frappés dans cette direction. Il frappa de son côté, et reçut une réponse. Le doute n'étant plus possible, on se mit à l'œuvre pour atteindre le point F par une galerie, et en même temps l'on poussa l'épuisement le plus activement possible, afin de baisser le plan d'eau. On atteignit, au bout de sept jours, cinq mineurs emprisonnés dans ce montage, et l'on put les retirer vivants, grâce à rabaissement du niveau des eaux, sans que le sas à air, que l'on avait tenté d'établir, eût pu fonctionner.
llSld'7 — Reprise des mines noyées. — La mine de Maries (Pasde-Calais) a perdu successivement deux de ses puits, par Teffon* drement de leurs cuvelages (*). Le second accident, arrivé le 2 mai 1866, fut attribué aux vides considérables créés dans le terrain, pendant le fonçage de l'avaleresse, en raison de l'affouillement produit par les eaux que l'on extrayait au moyen des pompes. Ces vides avaient été simplement remplis de fascines. Un cadre de cuvelage, après avoir menacé ruine, céda malgré tous les efforts. Des torrents d'eau entrèrent dans le puits, qui acheva bientôt de s'écrouler, en entraînant les machines et les constructions établies sur ses bords.
Le désastre était irréparable, et l'on s'est borné à ouvrir une nou-
(*) GlépiD. Établiêsemem des puits dans les terrains ébouleuxet aquifères, in 4«.
It'...
^Hi»'
veltc mine, dans une autre partie de la concession. Cependant un projet a été formulé sommairement pour Tépoque, plus ou moins reculée, où Ton jugerait à propos de revenir dans ces parages (*). Il consisterait à déhouiller d'abord tout le reste de la concession, en dehors de la partie inondée, dont on possède les plans, et en se gardant contre elle par des investisons suffisants. Â ce moment, on reviendrait au-dessous de cette région, à 500 mètres par exemple de la surface, et Ton exploiterait par une piéthode descendante, en remblayant le mieux possible afin d'éviter les mouvements, et s'enfonçant jusqu'à la limite de profondeur que permettraient, pour cette époque, les progrès réalisés dans l'art des mines. Alors seulement on remonterait du niveau de 500 vers celui de 1 75, où se trouve l'inondation, en déhouillant avec prudence, et s'arrêtant aux premières inquiétudes.
U n'a pas paru admissible de rentrer directement dans le quartier inondé, et d'y établir des serrements, puisque la communication est ouverte avec les niveaux aquifères, à travers un large passage rempli de pièces de bois, d'organes de machines et de pans de maçonnerie.
121^8 — Cependant une tentative du même genre, placée à la vérité dans des conditions moins désavantageuses, vient d'être accomplie avec un plein succès par M. Reumeaux, à Douvrin (Pas-de- Calais). Ce travail mérite d'être considéré comme l'un des plus beaux modèles que puisse présenter l'art des mines, en fait d'opérations difficiles et ponctuellement réalisées, d'après les prévisions les plus habilement combinées. J'entrerai donc, à cet égard, dans quelques détails circonstanciés (*).
Un puits de 240 mètres existait dans la concession de Douvrin. Pour profiler de cette profondeur, tout en déplaçant la recherche d'une cinquantaine de mètres dans le sens horizontal, on ouvrit une galerie et un beurtia de 70 mètres de hauteur, lequel rencontra le calcaire carbonifère à ce niveau. Ce point essentiel une fois constaté, on amorça une recoupe destinée à rejoindre la verticale du
(*) Gallon. Mémoire h présenter aux ingénieurs consaltés, etc. (autographié). (*) Société industrielle de Lille, séance du 25 féTi'ier 1884.
ACaDENTS DIVERS. 605
puits, el à compléter ce dernier par un foncement sous stot. La Irayersée d'une faille donna une venue d'eau de 150 mètres cubes en 24 heures, devant laquelle on battit en retraite, et qui coula, sans modification sensible, pendant 21 mois. Des moyens suffisants d'épuisement ayant été installés, on put battre les eaux, et reprendre le percement de la galerie, en se faisant précéder de cinq coups de sonde de 6 mètres de longueur. Bientôt un coup d'eau irrésistible se produisit, à la suite de l'explosion d'un coup de mine. On réussit à sauver les hommes, mais les chevaux furent noyés. Rien ne pouvait faire présager cette catastrophe. Pendant le percement, l'eau arrivait sans aucun sifllement de nature à indiquer une grande pression. On doit croire qu'elle était tamisée par un bouchon filtrant, qui détruisait sa tension, et qui aura cédé sous l'ébranlement du coup de mine. Au même moment, une baisse sensible se produisait, à 6 kilomètres de là, dans un puits noyé de la concession de Meurchin. Les eaux s'élevèrent, à Douvin, jusqu'à la surface du sol. Un essai d'épuisement, à raison de 8000 mètres cubes en 24 heures, ne réussit qu'à baisser leur niveau de 10 mètres, et il en aurait fallu 500. La lutte était donc impossible.
M. Reumcaux conçut dès lors la pensée hardie de percer un trou de sonde au-dessus du beurtia (fig. 720, 721), d'y passer des charges de dynamite et des conducteurs électriques, pour en détruire l'encombrement, et de descendre ensuite, à l'état fluide, tous les cléments d'une plate-cuve, destinée à fermer ce bure, en supprimant ainsi la communication de la mine avec la faille aquifère, par l'intermédiaire de la galerie , sauf à épuiser ensuite la quantité d'eau limitée qui se trouvait accumulée dans les travaux. Ce programme fut rigoureusement exécuté de la manière suivante.
Le centre du beurtia fut déterminé, à la surface, avec la plus minutieuse exactitude, pour permettre de se glisser entre les obstacles, bien connus, qui se trouvaient accumulés dans ce faux puits. Le sondage, de O^jSl de diamètre, fut tube à 100 mètres de profondeur, en vue de l'isoler des niveaux de la craie. La base du tubage portait une boite à mousse. On l'immergea dans un lit de mortier au ciment, et le joint devint tellement étanche, qu'après que l'on eut détruit, à l'aide du trépan, la masse de mortier de l'intérieur, on
de m)nvrla (c«up«
dut ensuite verser de l'eau dans le trou de sonde, pour en faciliter le forage. Un ressort fut disposé à l'avance sur la tige, afin de prévenir sa rupture, au moment où le trépan percerait la voûte du bure, et y tomberait dans le vide. On déboucha en etîet dans cette cavité, et l'on s'occupa dès lors d'y préparer remplacement de la plate-cuve.
Les renseignements que t'ou possédait permirent de choisir, en connaissance de cause, le niveau de son installation (entre 293 et 504 mètres), de manière à trouver une roche sûre comme solidité et élanchéité, en conservant en même temps, au-dessous, un réceptacle suffisant pour logerions les débris de son nettoyage. Il fallait, en effet, déshabiller le puils de sa maçonnerie grossière, incapable de tenir les eaux; et le débarrasser, en outre, des paliers en fonte, sommiei's en bois, échelles en fer, qui l'encombraient; et surtout des tuyaux de descente-d'eau, d'élévation des pompes, d'aérage direct et rétrograde, d'air comprimé, qui eussent formé de libres passages pour l'eau. Neuf charges
Fig. 721.
Coup d'eau de Douvrin (coupe horizontale).
de dynamite-gomme, de 10 à 40 kilogrammes, furent employées pour cette destruction. On ébranla la maçonnerie à distance, afin de ne pas disloquer la roche derrière elle.
Au contraire, on coupa net, au <;ontact, les organes métalliques. On se servit, pour cela, d'outils à empreintes disposés avec une grande ingéniosité,des renseignements fournis par les anciens plans, et d'essais de comparaison exécutés à la surface, sur des objets similaires.
On put reconnaître finalement que la place était parfaitement dégagée, sauf le maintien des quatre câbles-guides. Les couper au pied eût été s'exposer à les voir se tordre en tire-bouchons. Les abattre à partir de la surface eût occasionné des ébranlements fâcheux. On résolut de les conserver, avec la confiance, qu'une fois empâtés dans la masse de la plate-cuve, ils n'occasionneraient aucune fuite.
On s'occupa enfin de couler, à travers le trou de sonde de 0",31 les matériaux de la plate-cuve, à l'aide d'engins habilement combinés, que nous ne saurions décrire ici. Cet ouvrage fut constitué de la manière suivante, à partir de la base.
\o jm^2o (Je dièves plastiques en bouillie claire, afin d'empâter les
débris chaotiques des démolitions; 2*» 0™,30 de ciment de Porlland en bouillie épaisse, pour constituer
une assiette d'une certaine fermeté ; 50 \ax^\Q ^Q dièves à grain fin, destinées à pénétrer, sous la pression,
dans toutes les fissures avoisinantes ; 4« 3'",35 de ciment pur, pour former un nouveau plafond d'une
grande solidité; . 5® 3'",25 de béton composé de 4 parties de ciment de Porlland,
2 parties de sable de rivière, 6 de gravier fin; 6° 4",85 de béton constitué des mêmes éléments, en proportions un
peu différentes; . 7* 0"*,60 de ciment pur, pour conclure.
ifv^ <i.
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Au-dessus de celte plate-cuve proprement dite, on entassa une masse importante de béton plus maigre» pour procurer, non pas Télanchéité pour son propre comple, mais une adhérence supplémentaire, destinée à souinger celle de l'ouvrage principal.
Lorsque Ton put croire que la prise était complète, on commença répuisement. Cette opération se poursuivit avec des alternatives inquiétantes, dont on n'eut la clef que plus tard. Par intervalles, on extrayait des quantités d'eau importantes, sans que le niveau baissât. On en devait conclure que la plate-cuve se laissait traverser. Pour s'en assurer, M. Reumeaux descendit un moulinet de Woltmann, dont des. conducteurs électriques effectuaient le I;;: comptage à la surface. 11 put constater ainsi qu'aucune venue ne
se manifestait au fond. Plus haut, le moulinet indiquait un courant, qui provenait de la détente progressive de l'air, comprimé par l'inondation dans les cloches supérieures des travaux. Plus tard, on put craindre la formation d'une sous-pression, capable de rompre en dessous les cuvettes de béton, encore peu solides. Pour conjurer ce danger, on perça des trous dans le cuvelage, afin d'y faire entrer les eaux de la craie supérieure, et de rétablir le niveau piésoméirique. Après différentes alternatives, la mine se trouva enfin dénoyée, et Ton put constater sur place que la platecuve tenait rigoureusement les eaux.
En dehors du talent qui a présidé à l'organisation et à l'exécution de ce travail, on ne saurait omettre cette occasion d'insister sur |y l'importance capitale, pour une exploitation souterraine, d'avoir ses
^: plans tenus à jour avec un ordre parfait, et de posséder une abon-
ni dante collection de documents bien classés. Sans le secours de tous
Q^\ les renseignements de détails, que renfermaient les archives de la
compagnie, il eût été impossible d'espérer une pareille réussite.
if'
±ZZ9 — Scaphandre. — On peut rattacher, à cet ordre de considérations, l'emploi du scaphandre pour les travaux à effectuer sous l'eau (*). Son origine remonte à Klingert (1797). Perfectionné par
(*) Travail par plongeurs aux mines de zinc de Scharly {CEsterreichische Zeilschrift, XXIV, 214). — Biver. Emploi du scaphandre dans une mine noyée (Bull, min., 2«, IX, 842). --Fineuse. Emploi du scaphandre (i4niia/e« de» travaux publiée de Belgique,
Sièle {1829), Cabirol (1857), Denayrouie (1867), et simplifié par M. H. Fayol (fig. 722), il rend aujourd'hui de réels services pour les réparations de pompes noyées, de cuvelages Chaudron, etc. La suppression du casque permet de plonger nu, ou avec un \ëtemenl imperméable. On iitnt da jouter, au tube aéiophore une communication téléphonique, afin de maintenir le plongeur en communication constante avec l'exltrieur Dans le bassin de TiVestpha lie, des compagnies de sca phandriers volontaires sont exercées à la manœuvre de cet appareil, pour laquelle on leur donne une haute paye (').
Quant aux moyens d'éclairage sous l'eau, on possède la lampe Cabirol, la lampe au pétrole Rouquairol-Dcnayrouze, celle de M. l'ayol, et la lampe du Temple. Lorsque l'eau est très trouble, ces moyens demeurent insuffisants. MM. Barnetlet Poster ont proposé, pour ce cas, un système d'éclairage à la lumière Drtimmond, et MM. Henllhe et Davis celui de la lumière électrique (').
F g t Sciphandro.
XXÎII. 203). — Kelecom. Emploi du plongeur DePBTrooie {Rex. univ. d. m. tl u.. 1 ", XL, 452). — Appareil ploageur Denayrouie. Paris, 1874, p. 17. — Buisson. Appareil ltouqiiairol-Dena;rDuie [Dull. min., 2*, IX, Std). — Grand-Eury. Appliration de l'appareil Rouquairol-Deaayrouie I^SuH-mia., 3", II, 139). — Pellegrini. Emploi i Honteponi de l'appareil Rouquairol-DeDayi'ouie {BiUl min.,'ir. 11, 575; III, 173). — KouTelleï applicalionsde l'appai'eil plongeur [Su/^ min., !*, H, 515). — Hépiritiou i. la pompe du poils rMbauC(ffn>. uniii. </. m. ef u., 1", SXXll, 250]. —Bull. min.. 1", X, 585, Daily; 3-, 11, 239, Gtianaselle: ^. II, 755, De Place. — Des aèrophorei, par A. et L. Denayrouze. I'ari!,1873. p. 02.
{'; Rapport de l'assesseur des minet Tilmaan pour le disirict de Bocbum.
{*) te» Moiidti. XLV, 529.
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