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CHAPITRE XLVIII

I!V€ENDIES

tZOU — Causes d'incendie, — Les incendies souterrains peuvent être dus à la malveillance, ou à un simple accident, tel que la chute d'une lampe ou d'une flammèche sur la paille de l'écurie, un coup de mine débourré, un soufflard allumé par une explosion de grisou, les étincelles d'un foyer d'aérage ou d'une chaudière intérieure mal disposés.

Nous avons vu (*) que les mouvements généraux de la masse du terrain peuvent, dans certains cas, déterminer des frottements capables de mettre le feu à des houilles particulièrement inflammables (*).

Une des causes les plus fréquentes d'incendie réside dans le combustible lui-môme, quand il est, par sa constitution, susceptible de s'échauffer spontanément. L'oxydation des pyrites en est souvent l'origine, mais non d'une manière exclusive ; car certaines houilles exemptes de pyrites sont également sujettes à l'incendie C). Les dissociations de divers carbures, qui donnent naissance à du grisou, peuvent également y avoir une part (*). Le contact de l'air est, pour cela, nécessaire. Aussi n'est-ce que parmi les menus, et dans les char-

(«) Tome I, p. 484.

{«) CRM, 1882. 69, Durand.

(') Durand. Note sur le3 incendies des houillères {Bull, mia.^ S% XII, 43).

(*) Pattinson (TransacL NEI, XXV. 118).

ACCTOENTS DIVERS. 587

bons ou les schistes charbonneux qui ont joué sur des remblais^ que ces faits se produisent, spécialement avec les houilles à longue flamme. On admet aussi que la présence de l'oxygène dans la masse peut être capable d'activer l'inflammation. Certains combustibles en renferment jusqu'à 17 7© 0- On sait également que les poussières fines déterminent une occlusion des gaz, qui exalte l'action de l'oxygène. La houille peut en absorber jusqu'à cent fois son volume (*).

f!S08 — Effets des incendies. — Quelques incendies souterrains ont une durée séculaire. On voyait encore, en 1861 , à Planitz (Saxe), un feu qu'Agricola signalait déjà, au seizième siècle, comme durant depuis un temps immémorial. Dans d'autres cas, au contraire, une durée éphémère s'accompagne d'une extraordinaire activité. A la mine de Johnston, près Paisley, une gerbe de feu, présentant le diamètre du puits, s'élevait à une vingtaine de mètres de hauteur. Certains incendies à ciel ouvert prennent un développement considérable. Le volcan d'Aubin couvre environ 700 mètres carrés.

Quand le feu est intérieur, ses effets se traduisent, à la surface, par la fonte immédiate de la neige au moment de sa chute, une végétation plus active, parfois une flore caractéristique des pays chauds. Le terrain lui-même arrive à présenter les caractères du métamorphisme. L'argile plastique se change en une sorte de porcelaine. Le retrait la divise en prismes hexagonaux. Divers cristaux se forment dans les fissures de la roche. Des sources minérales s'en échappent, et quelques-unes ont acquis une certaine notoriété dans la thérapeutique. Des émanations gazeuses, de nature très complexe f ), se font jour de divers côtés. A l'intérieur, une odeur sui generisy appelée par les bouilleurs le goiit fin, avertit l'exploitant qu'un incendie se prépare.

Le feu se développe, dans certains cas, avec une impétuosité qui empêche les secours d'être efficaces, et entraîne la perte d'une

(«) niackwell {TransacU NEI, X, 168).

(») H. Fayol (Bull, min,, 2% VHI, 487).

f ) Ils ont été étudiés avec détail par M. Mayenson {Cotnpleê rendus de r Académie dc$ êcienceêy LXXXVI, 491).

partie du personnel. L'incendie des cadres du puits de Hauenstcin (*) a déterminé l'asphyxie de la totalité des ouvriers. L'embrasement de massifs considérables de boisages, au Comstock, a occasionné, en 1873, la mort de plus de 50 hommes.

±Z09 — Mesures préventives. — Il faut, avant tout, dans les gîtes susceptibles de s'échaufler, s'attacher à enlever complètement le charbon, les menus, et même les schistes inflammables du toit, du mur, ou des nerfs. La méthode d'exploitation doit être instituée de manière à fatiguer le combustible aussi peu que possible, et pendant le minimum de durée (*). La méthode verticale forme la dernière expression de cet ordre de préoccupations f*). Dans la méthode horizontale, si l'on passe sous le remblai en suivant l'ordre descendant (*), la terre grasse formera un excellent rempart contre les feux supérieurs. Avec l'ordre ascendant, en montant sur le remblai, on doit préférer, au contraire, les matières qui donnent le moins de tassement, afin de ne pas fatiguer les tranches supérieures, en les prédisposant à l'incendie. Si l'on écarte l'emploi du remblai, et que l'on procède par foudroyage du toit en tranches inclinées, il est bon de rentrer le plus tôt possible sous les éboulements, afin de les rafraîchir par une nouvelle tombée, et d'éviter d'avoir le feu sur la tête(*). Lorsqu'un quartier s'échauffe, on le recoupe par quelques larges voies d'air, pour en modifier la température. Il faut surtout éviter, autant que possible, l'accès de l'air dans les vieux ti^avaux (n° 1057), de peur d y favoriser la fermentation.

121 G — Des mesures spéciales seront également prises au jour, sur les haldes. On n'y doit entasser le charbon que sous une épaisseur modérée. A Commentry, on n'a jamais d*incendies pour des dépôts de menu moindres que 2 mètres. Le feu s'y met invariablement, si la hauteur dépasse 4 mètres (*).

(») Tome I, p. 378.

(*) Tome I, p. 523.

(') Tome I, p. 539.

(*) Tome ï, p. 476.

(») Tome I, p. 431.

{•) Fayol (Bull, min., 2% VIII). — Oéraull {Annalei, 7% X, 626, Bulletin).

On ménage^ dans la masse, des chemins d'air, au moyen de caniveaux construits avec du gros, ou en y insérant des lignes de fascines. Ces dernières présentent l'inconvénient de s'oblitérer en certains points, ce qui arrête la vitesse rafraîchissante, sans supprimer l'accès de l'air oxydant. Nous avons vu {n° 772) que l'on a employé, pour soutenir les estacades de Trieukaisin, des colonnes creuses, percées de trous, à travers lesquels on force de l'air comprimé, pour rafraîchir les entassements de combustible.

M. Poesch (*) fait de môme circuler, dans des caniveaux couverts en planches imparfaitement jointes, la vapeur d'échappement des machines. Elle éloigne l'air oxydant, et maintient un certain degré d'humidité, qui empêche le charbon de s'effriter et de s'échauffer.

On sait combien les soutes des navires à vapeur, ou des bateaux charbonniers, sont exposées à réchauffement et à l'incendie (*). Mais les précautions à employer, à cet égard, excèdent les limites de notre cadre.

1211 — Lutte contre le feu. — Quand l'incendie est déclaré (*), on lutte directement contre lui par la méthode de Varrachage, On emprunte le secours de lances d'eau sous pression, qu'il est toujours facile de se procurer dans la profondeur. Ce travail est l'un des plus pénibles que puisse présenter l'art des mines ; mais il donne une chance d'arriver à détruire les foyers, au lieu de se borner à les circonscrire. On avance peu à peu, en procédant avec des barrages successifs, et, autant que possible, par recoupes étroites, plus faciles à barrer. Si le feu gagne en hauteur, on l'attaque de préférence pardessous.

Ces travaux réclament un bon aérage pour l'hygiène des hommes, dont les fumées rendent la situation intenable. On gagnera souvent sur la durée totale de l'opération, en commençant par employer un certain temps à améliorer les conditions locales de la ventilation ; car le travail des ouvriers s'en ressentira ensuite d'une manière

(*) OEêierreichiêche ZeiUchrift f, B, u. H., 1884, n« 22 et 23. — Génie civil, V, 181. («) BulL min., 2«. VUI, 286. — CRM, 1879, 99. 177. — Tramact. IS'EI, XXY, 131. C) On consultera avec fruit, sur cette matière, la notice de M. Nesterowski ( j^u//. min., 2% VII, 839), et surtout l'excellent mémoire de N. H. Fayol {Bull, min., 2% VIII).

aM

SOtTICES MTERL

marqoée. fl ne faat pas, d'aillears, enToyer un excès d^air inutik, qui aurait pour eflei d'activer l'incendie. Pour se débarrasser partiellenient des fimées, on a la ressoorce de donner des coops de sonde à partir de la sor&ce, en y réglementant récoulement des gaz à Faide de registres, de peor de surexciter la combustion. M. U. Fayol a également utilisé de semblables coops de sonde, pour procéder à Vembauage des parties embrasées, en y dérersant des eaux boueuses. L*eau éteint le feu, et l'argile bouche les fissures.

tZlZ — Si le feu prend beaucoup de développement, et marche plus vite que l'arrachage ('), on n'a d'autre ressource que de chercher à étouffer l'incendie. Il faut, pour cela, cerner le foyer le plus près possible, par des barrages bien élanches en moellons, ou mieux en briques, en cherchant minutieusement, et aveuglant les fissures. Nous avons vu que, pour faciliter cette opération, il peut être utile d'avoir un ventilateur réversible, afin de renverser à volonté le courant d'air (n* 1068). On se sert également des appareils respiratoires (n* 1200), pour se porter en avant, au milieu des fumées. On peut même dire que c'est là leur application la plus efficace. Les hommes agissent, dans ce cas, avec plus de sang-froid et de méthode, qu'au milieu du trouble d'un sauvetage, et de l'inconnu qui plane alors sur la situation. Je rappellerai encore, à cette occasion, l'avantage que l'on trouvée disposer, dans Faraénagcment général, des maitresses-voies au rocher ('), ou dans une couche dblincte, et moins inflammable.

Les barrages sont ordinairement des murs épais. On se défend pourtant du feu pendant un temps assez long, au besoin, à l'aide de remparts provisoires; sauf à établir, en arrière, des défenses plus durables, ou de simples portes que l'on sera prêt à étancher, si le premier barrage vient à crever. Celui-ci est alors formé de planches de peuplier, clouées horizontalement sur des montants, et i*ecouveiies d'un Jut argileux. On soulage ces ouvrages, en y ménageant des tampons mobiles, de manière à injecter de l'eau par ces

(*) SyrocziDski {Rev. univ. d. m. et u., 1", XXXiX, 375). (*) Tomel, p. 531.

trous, quand la paroi devient chaude à la main. La nature du toit apporte, suivant les cas, une gêne ou un secours notable. Un toit casuel tamise Tair en se tassant. Un toit friable arrive mieux à Tétanchéité.

La chaleur des feux peut faire distiller la hbuille dans le voisinage, et provoquer des dégagements de gaz combustible, là où le grisou ne se montre pas habituellement. Dans ce cas, il est nécessaire de s'astreindre à ne visiter les barrages qu'avec des lampes de sûreté . De graves accidents ont été dus à Toubli de cette précaution 0.

Lorsque Ton doit fermer un puits, pour circonscrire un incendie, on a soin de ménager, à travers la plate-cuve, un siphon pour éviter l'accumulation des eaux. Quand elles atteignent un niveau suffisant pour noyer la partie supérieure du siphon, celui-ci, se trouvant amorcé, dégorge d'un seul coup, au-dessous du diaphragme, tout ce qui se trouve au-dessus de son propre orifice.

±lt±S — Lorsque la lutte devient trop difficile, pour maîtriser un incendie qui gagne malgré tous les efforts, on peut encore tenter de faire la part du feu, en déhouillant, à une dislance suffisante, une tranche horizontale, ou une masse verticale, suivant la méthode d'exploitation employée, et les remplaçant par un remblai argileux et étanche.

Dans la mine de lignites de Trifail (Styrie), on exploite par tranches horizontales et par foudroyage, attendu que l'on ne dispose que d'un remblai insuffisant. Mais, pour se garer des schistes du toit, qui sont inflammables, et se séparer du feu, s'il vient à y prendre naissance, on commence par accumuler, près du toit, tout le remblai dont on dispose, après quoi le reste de la tranche est pris en laissant tomber le plafond.

1/S14 — Extinction en grand. — Quand l'ingénieur se voit vaincu dans la lutte qu'il a engagée contre les progrès du feu, il ne lui reste plus qu'à abandonner la mine, pour procéder à l'extinction

(•) Fayol (Bull, min., 2«, YIII. 183).

en grand de F incendie. Cette opération peut être tentée de diverses manières.

La première méthode est celle du calfeutrage complet. On Ta employée en 1874, à la mine de Wynnstay (pays de Galles). Après avoir bouché tous les puits, on attendit le coup de grisou qui devait fatalement se produire, lorsque, par son dégagement progressif, le gaz aurait formé, avec l'oxygène enfermé dans les travaux, la proportion explosible. Il eut lieu, en effet, au bout de 72 heures, et déboucha tous les puits. Mais on put les refermer, sans avoir dorénavant de nouvelles explosions à redouter, en l'absence d'oxygène. Au bout de quatre mois, on rentra dans la mine, en remplaçant les lampes par un jeu de réflecteurs, et employant une série d'artiflces remarquables, dont la description nous entraînerait trop loin (*).

1215 — Le second moyen est l'emploi de l'acide carbonique. On y a eu recours, pour cette même mine de Wynnstay, dans laquelle on a lancé environ 6000 mètres cubes de ce gaz, en vue d'étouffer la combustion. On s'est servi du même procédé à l'Agrappe (couchant de Mons) en 1844, à Astley (Ecosse) en 1849, à Blackbroock près Liverpool, à Westminster près de Brynle, à Clarkmannan en 1851 (*).

On obtient ces dégagements d'acide carbonique par l'action de l'acide chlorhydrique sur le calcaire, ou, plus simplement, en allumant des foyers de coke.

IISIO — La vapeur d'eau a été employée également. Elle agit, d'une part, pour abaisser la température, puisque la sienne ne peut dépasser 100 degrés, point fort inférieur à l'élat thermique du charbon en ignition; et, en second lieu, pour former un milieu impropre à la combustion. Cette méthode a été employée, pendant 70 heures, à Saint-Mathieu (Loire), en 1857, et, durant près d'un an, dans les mines d'anthracite de la Wilkesbare f).

(*) Bulh min., 2-, IV. 657, Gonihier. — CRM, 1875, décembre, 4. — Iron and Steel Insiitute, 5 mai 1875.

(•) Glover [Traruact. y El, XXV, 122).

(S) Annales, 1\ VU, 226. — Les Mondes, XLVII, 310. — Iron, etc., 16 jan?ier 1875.

1917 — Enfin un moyen radical consiste à noyer la mine, si Taflluence des eaux est suffisante, sauf à les épuiser ultérieurement. C'est ce qui a été fait dans la troisième couche du bassin de la Loire.

D'autres fois, on a détourné, tout exprès, des cours d'eau, pour les faire entrer dans la mine : A Catercroft, près de Bolton, on a engagé dans les travaux la rivière Douglas ; à Boubier (Charleroi), les eaux de la Sambre ; à Idria (Carniole), la rivière Idrickza (*); dans la mine d'anthracite de Lykem Valley, la rivière Bear-Cruck; dans la mine de lignite de Castelnuovo (province d'Arezzo), le torrent Biccheraio, en 1880. Les chantiers de Commentry ont été inondés en 1819, 1840, 1844, 1853. Ceux d'Almaden furent noyés en 1758, pour mettre fin à un incendie qui avait duré deux ans et

demi.

La question n'est, du reste, pas toujours résolue par le seul fait de l'immersion. Il est arrivé, en effet, dans mainte occasion, qu'après avoir retiré les eaux, on a vu l'incendie se ranimer de luimême. Cette circonstance s'est présentée notamment à la Malafolie (Firminy), après dix-sept ans de séjour des eaux, dans une mine de la troisième couche de la Loire, que l'on n'a pu exploiter que par une méthode .descendante, en baissant progressivement le plan d'eau, au fur et à mesure du déhouillement; dans les lignites de Castelnuovo, où l'on a dû, finalement, se mettre à ciel ouvert.

ÉBOVIiEHENTS

1218 — Éhoulement en grand. — Le danger de l'éboulementse présente tout naturellement à la pensée, lorsqu'il s'agit de pénétrer dans l'intérieur de la terre. Nous reconnaîtrons en effet (n** 1231) que c'est à lui que doit être reportée la plus giande part dans la mortalité occasionnée par les accidents dont les mines sont le théâtre. On peut à cet égard distinguer deux degrés de gravité,

('] Héron de Villefosse. Richesse minérale, 331.

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