‹ Cours d'exploitation des mines (volume 3)Chapitre 86 sur 120 · II · texte numérisé non relu

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f !239. — Dans certaines exploita tions, on ne travaille que pendant le jour (*). Dans d'autres, plus intensives, on arrive à une continuité rigoureuse, et les ouvriers se succèdent, les outils en main. D'autres fois encore, on les divise en deux postes, qui ne remplissent pas exactement les 24 heures.

La durée du poste peut atteindre 12 heures. Elle est souvent de 8 heures, laps de temps qui suffit à un ouvrier actif, pour développer Tactivité dont il est capable chaque jour. La durée du travail quotidien se réduit à 6 heures, et même à 4 heures, pour des occupations spécialement pénibles, telles que le passage des niveaux dans les avaleresses, la lutte contre l'incendie, etc. En sens inverse, on admet, dans quelques mines, les suppléments de journée, pour les ouvriers qui désirent gagner davantage. Les heures réglementaires varient suivant les habitudes locales. 11 est bon de chercher à faire en sorte que tous les hommes voient la lumière du jour. On relève souvent les postes à 6 heures du matin et à 6 heures du soir. Dans le nord de la France, le travail dure de 5 heures du matin à 5 heures du soir, et reprend de ce même moment jusqu'à H heures du soir. En général, la durée est, en France, de neuf heures, y compris l'entrée et la sortie. En Angleterre, les postes, de 8 à iO heures, commencent entre 5 heures et demie et 7 heures du matin, et se terminent entre 7 et 9 heures du soir.

Dans un certain nombre d'exploitations, la nature des travaux se répartit entre deux séries, que l'on appelle coupe à charbon et coupe à terre, poste de piqueurs et poste de remblaycurs, équipe d'abatage et équipe de réparations, working shift et repairing skift. Dans le

(*)La question du travail de nuit, pour les enfants employés dans les mines, a été ti*ès controversée. L'article 4 de la loi du 19 mai 1874 est, en effet, ainsi conçu :

c Les enfants ne pourront être employés à aucun travail de nuit jusqu'à T&ge de seize ans révolus.... Tout travail entre neuf heures du soir et cinq heures du matin est considéré comme travail de nuit. »

Néanmoins les exploitants avaient invoqué les nécessités inhérentes aux conditions des mines, en se fondant, par assimilation, sur Tosprit qui avait (article 6] dicté une exception pour les usines à feu continu. Les Cours de Lyon (16 avril 1880) et de Douai (14 juin 1881) ont admis la légalité de cette réclamation, qui a été rejetée par la Cour de cassation (12 février 1882). Depuis lors, plusieurs Compagnies houillères ont sollicité une modification aux dispositions qui ont réglementé la matière, et demandé l'autorisation d'employer les enfants pendant une partie de la nuit, qu'elles regardent comme nécessaire pour le service.

premier poste, on fait Tabatage, le boutage, le roulage du combustible; dans le second, le remblayage, le boisage, les réparations. On tend cependant, sur beaucoup de points (^), à uniformiser le travail, en rendant simultanées toutes ces opérations, ce qui permet, entre autres avantages, de faire suivre, de plus près, le front de taille par le remblai, et d'employer le roulage circulaire (*).

Le travail de nuit est évidemment plus nuisible que l'autre à l'hygiène de l'ouvrier ; cependant le contraire peut être quelquefois vrai, dans une certaine mesure, en permettant de combiner les occupations agricoles, si saines pour l'organisme, avec la vie souterraine. Cette alternance, toujours utile, devient impérieusement nécessaire, quand il s'agit d'exploitations particulièrement malsaines, comme les mines d'arsenic, de cinabre, spécialement dans les quartiers où l'on recueille du mercure natif.

1240 — L'ouvrier payé à la journée produit peu, d'après la propension naturelle qui le porte à se moins fatiguer, en s'assurant précisément par là une durée d'occupation plus prolongée; de plus, le zèle, la capacité demeurent alors sans récompense, ce qui est contraire à toute équité. Cependant ce mode assure, moyennant une surveillance suffisante, une exécution soignée pour des opérations exceptionnelles, et d'une importance spéciale.

Le travail se fait donc, en général, à la tâche, mais bien des modes peuvent être employés pour sa rétribution. Le mineur est, dans certain cas, payé d'après le vide produit. C'est un principe défectueux, car les hommes sont alors moins intéressés à recueillir tout le minerai, et ils peuvent en laisser dans les remblais. Toutefois, ce système devient souvent le seul possible, au moins pour des circonstances transitoires.

On paye également le piqueur au wagon. Mais cela môme exige que les chariots soient pesés sur une bascule, et non pas seulement comptés; sans quoi, l'ouvrier sera porté à exagérer, dans le chargement, le rapport du vide au plein, en enchevêtrant le gros, pour le recouvrir ensuite de menu. 11 est également nécessaire d'exercer

(«) CRM, 1880, août ; 1882, juillet; 1883, janvier. («) Tome I, p. 441.

une surveillance, à la lumière du jour, sur la composition des wagonnets. A défaut de ce contrôle, le mineur se trouvera intéressé à charger du schiste au milieu du charbon. Le gros et le menu peuvent aussi devenir l'objet de tarifs distincts.

Ordinairement, le travail est convenu à prix débattu, pour un emplacement et une durée compatibles avec la constance de ses conditions. Ce principe est plus favorable à l'activité de la production, puisque le piqueur, intéressé à la besogne, produira davantage. On a parfois exigé de l'entrepreneur une caution, qui ne lui est rendue qu'après l'achèvement de l'ouvrage; car sans cela, on risque de le voir tout abandonner, à la première difficulté qui se présente. Ce mode introduit, à la vérité, beaucoup de complications, pour les rapports entre la direction et l'ouvrier.

On trouve un juste milieu dans un autre type d'organisation, d'après lequel les mineurs sont syndiqués en petites sociétés, dirigées par un ouvrier-chef, qui les représente vis-à-vis de la direction, et traite en leur nom. La surveillance générale se trouve, par là, simplifiée dans une certaine mesure, et secondée par celle que le chef d'atelier est intéressé à exercer sur ses compagnons, et ces derniers les uns sur les autres. Les ouvriers s'associent alors suivant leur force, leur adresse, leurs préférences personnelles, ce qui est une garantie de bon ordre (*).

Ce système de petits syndicats trouve, en particulier, son utilité dans les mines métalliques, en excitant les ouvriers à soigner particulièrement le triage, pour ne rien abandonner de riche dans les remblais. Dans le Cornwall, on concède quelquefois un ouvrage à gradins à une compagnie de piqueurs, payée d'après la valeur du minerai lavé qu'elle produit. Des districts entiers sont exploites de cette manière, en Espagne, par des partisans.

A Mariemont, certains travaux du fond sont donnés en adjudication. L'entretien des voies, les réparations, Tabatage, font l'objet de marchandages entre les ingénieurs, ou les porions, et les ouvrière. On combine, avec ce système, celui de la prime. Les prix sont com-

(^) Â Lens, on ne laisse jamais un mineur seul, dans une galerie écartée. Tout au moins lui donne-t-on un galibol de 12 à 15 ans, pour l*aider dans ses boisages, et servir de garantie, en cas d'accident personnel.

posés d'une partie fixe, et d'une autre proportionnelle aux résultats atteints. Les porions eux-mêmes sont intéressés à la bonne marche des travaux, au moyen de primes sur l'extraction.

12411 — Pour faciliter la comptabilité de ce qui revient à chacun, les chariots doivent être marqués d'un signe distinctif, qui indique leur provenance. C'est souvent une fiche métallique, portant le numéro du piqueur, et fixée par lui au wagon. Le receveur du jour détache cette fiche, et la suspend au clou qui correspond à son numéro, sur un tableau-marquoir installé à la recette. On en fait le relevé à la fin du poste.

Aux mines de Bessèges, les piqueurs reçoivent des mains du routeur un jeton représentatif du wagon qu'ils lui remettent. Ce jeton est remplacé à ce dernier, pour fournir à un nouveau voyage, dans un bureau souterrain, où un comptable tient note de tous ceux qu'il délivre, afin d'éviter que des échanges soient effectués entre des ouvriers, auxquels cette unité est payée plus ou moins cher. Le mineur garde ainsi, par devers lui, son propre moyen de contrôle, et peut, à chaque instant, se rendre compte, à l'aide de cette monnaie provisoire, du gain qu'il a implicitement réalisé, sans attendre le jour de paye où il rend ses jetons.

Il doit toujours être tenu un carnet d'attachement des journées, relatant, d'une manière précise, leur affectation à une nature de travail déterminée, qui rentre dans l'une des catégories établies par la comptabilité générale, pour l'évaluation du prix de revient: main-d'œuvre, fournitures, frais généraux; et, d'une manière détaillée : abatage, boisage, remblai, roulage, extraction, éclairage, etc. (*). 11 en est de même en ce qui concerne les fournitures du magasin. Rien n'en sort, sans un bon de l'agent responsable du service qui réclame ces matières.

FI importe que le mode suivi pour la tenue des écritures permette d'établir, dans le plus bref délai possible, et, en général, mensuellement, les variations du prix de revient, qui restera, pour la direction, l'objet d'une préoccupation incessante. On ne perdra

(*) Voy. les exemples nombreux de prix de reyieot, qui ont été cités au tome I, pages 582 à 600.

pas de vue, d'ailleurs, que l'objectif qu'il s'agit d'atteindre, n'est pas précisément le minimum de ce prix de revient, ni le maximum du prix de vente, mais celui de leur différence. Les dépenses de premier établissement et l'amortissement y pèsent, ou s'en détachent, d'une manière un peu arbitraire, pour laquelle il importe de se montrer très réservé. Ce dernier doit, dans tous les cas, être effectué pendant le cours de la période d'emploi des divers ouvrages, et la valeur d'inventaire de ces derniers, supputée, sauf exceptions motivées, sur le pied de la ferraille pour les machinés, des matériaux de démolition pour les constructions, de l'hypothèse de liquidation pour les terrains, etc. (*), afin de ne pas éprouver de mécomptes.

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