‹ Cours d'exploitation des mines (volume 3)Chapitre 95 sur 120 · DESCENTE PAR L.E CABLE · texte numérisé non relu

DESCENTE PAR L.E CABLE

1 !S64 — Moyens divers. — L'emploi du câble (*), pour le service des hommes, tend à prévaloir de plus en plus. L'expression analytique de la durée du trait prend alors une forme différente de la précédente, et ne s exprime plus par une fonction linéaire de la profondeur et du chiffre du personnel. Chaque voyage nécessite un temps constant, d'une minute environ, pour les manœuvres, et, en outre, une durée proportionnelle à la profondeur. Quant au nombre des voyages, il est lui-même en raison du chiffre du per-

[') Ou de l'extraction atmosphérique, à Epinac.

sonnel. La durée lolale s'exprime donc par le produit de ce

nombre N, e( d'une fonction linéaire de la hauteur H.

Depuis longtemps, on a commencé à employer le câble, pour descendre les hommes, dans les conditions les plus diverses. Le mineur pénètre, encore aujourd'hui, dans certains puits de marnière, assis sur un bdton, ou dans une boucle du câble, dont il tient, entre ses mains, la partie verticale. Le même moyen était employé autrefois dans les salines de W'iehcska (fig. 755), ou avec les kneckte (') des mines de Schcmnitz (tig. 734). Ces derniers sont formés de lanières de cuir, dont l'une sert de siège, et l'autre de dossier. On peut garder lesmains libres, en se renversant sur ce dossier, et attachant la lampe sous le siège.

On a aussi employé , en Angleterre, des étriers, sur lesquels le mineur se tient debout, en serrant le câble dans ses mains.

Un moyen plus pratique consiste à se placer dans la benne (Hg. 735). Il doit iMre interdit de se tenir debout sur les bords, disposition réglementaire trop souvent éludée. On a recommandé de s'attacher au câble avec une ceinture de sûreté, pour le cas où le tonneau viendrait à basculer. Un disque en tôle préserve les mineurs de la chute de la pluie, et surtout des pierres (n° 733). On ne doit jamais sortir d'une benne, à un accrochage où ne se trouvent pas de moulineurs pour recevoir les ouvriers. Au signal d'avertissement : attention aux hommes, le reeeveur-

. Î3S. Dsccenle dans une boucle i

(<) Annaiei. 7*. 111,581.

OESCENDmnililS. C65

chef se lient sur le Iwrd du puiU, pour aider les ouvriers à débarquer. Nul autre que les moulineurs en litre ne doit se mêler

de ce soin. Il convient que

la vitesse des bennes non

guidées qui rcnrermcnl des

hommes, ne dépasse jamais

1 mètre par seconde.

A| t=/ 1266 — Cages guidées^

' — Le procédé de descente le

plus commode est l'emploi des cages guidées ('). Elles procurent beaucoup plus de sécurité, en supprimant la possibilité des rencontres , <-t permettant l'usage du parachute. On a soin d'enfermer les mineui's au moyen de grillages, pour qu'il leui' devienne impossible de passer la léte, les pieds, les

mains, les coudes, qui se- Dcscenird>nB°ÎB benne

raient exposés à être cisaillés.

Les cages permettent d'imprimer au trait des

hommes une très grande rapidité, bien que leur

allure doive être alors, par prudence, sensiblement ^'fl Tu ""^'''^ réduite au-dessous de la vitesse ordinaire du mine-

rai- On l'abaisse aux deux tiers environ de cette rapidité normale, sans jamais dépasser 5 è 6 mètres par seconde('). La vitesse, même restreinte, suffit souvent pour déterminer une surdité temporaire, en raison du changement trop brusque de pression avec la hauteur. On la dissipe, en répétant, de temps en temps, pendant la descente, le mouvement de la déglutition

(') L'oberbergamt de Dorlmund possède, dans 556 puits (de !0j uliarboiinBRes)' 3M dmcenderiei à échellea. 1B2 pur le cible, et 8 tahrbunst (Briart. De lu translation des ouvriers dans les mines {Bev. univ., d. m. et u. 3>, I).

0 En Angleterre, on nêgli^ gouTent ces règles de prudence.

•Çt'..

de la salive, pour rouvrir la trompe d'Eustache, et mettre l'air qui remplit les cavités internes, en équilibre de tension avec l'atmosphère (*).

On ne doit jamais suspendre des hommes à un câble épissé.

Quand le service n'occupe pas les deux câbles à la fois, on a soin de se servir du plus neuf des deux; mais, toutefois, on commence par le soumettre, après son renouvellement, au service du charbon, pendant quelques semaines, afin d'acquérir préalablement la certitude de sa solidité (n« 731).

Au commencement de chaque poste, on doit également faire au moins deux voyages à vide, ou avec du charbon, pour s'assurer du bon fonctionnement de la machine, avant de lui confier des hommes.

Les ouvriers n'entrent dans la cage qu'au commandement du mécanicien, après qu'il a mis la corde au raide. De môme, ils ne sortent que sur un autre signal, lorsque la cage repose déjà sur ses taquets. Quelquefois on les embarque dans des berlines, où ils se tiennent accroupis, de manière à en laisser faire l'engagement par les moulineurs, avec la régularité systématique de ces manœuvres. On ne doit pas embarquer des mineurs, en même temps que du charbon, sur aucun des deux câbles. Les outils très lourds sont montés à part. Autant que possible, on évite de superposer des mouvements de descente et de montée du personnel. Les moulineurs ne peuvent jamais envoyer un enfant, sans un compagnon âgé d'au moins 25 ans. Les hommes doivent se tenir immobiles dans les cages (*).

f !S66 — Appareils australiens. — Lorsque des exploitations, très réduites comme importance, fonctionnent sans moteur, et avec l'extraction à bras, il devient difficile et dangereux de faire

(*) L'œil lui-môme met un certain temps à s'accommoder à l'obscurité relative que Ton rencontre en débarquant dans les accrocbages, surtout quand on quitte la lumière directe du soleil. Le moyen de retrouver le plus vite possible l'usage de la vue, n'est pas de faire des efforts pour mieux voir, mais, tout au contraire, de fermer complètement les yeux pendant quelques instants. Loi*squ'on les rouvre ensuite, ils sont devenus plus sensibles à la lumière diffuse qui éclaire les travaux.

(*) L'oberbergamt de Dortmund a rédigé, pour l'extraction des hommes par les cages, un ordre de service minutieusement détaillé.

DESCENDERIES.

monter les ouvriers par le câble. Daas tous les cas, on n'aperçoit pas facilement la possibilité, pour un homme absolument isolé, de monter et descendre par la corde, en raison de sa propre force, et sans la. présence d'aucun aide, en haut ni en bas. C'est pourtant le

Fig. 736, 737. Descenderiei ai

problème qui a été résolu, avec une grande simplicité, sur les placera d'Australie (') ; ce procédé simple, et très ingénieux, pourrait sans doute rendre des services, dans des exploitations similaires de nos contrées (lig. 736, 757).

(') Rofrird. Annuaire de la SoeUlé du ancieiu éliva de l'École det ArU et Uéliert, 1873. — Haton de la GoupiUiére {Annalee, 8-, I, Wî).

si;

* ri

Quand le poste doit descendre, les deux ouvriers les plus robustes résistent, sur les manivelles du treuil, au poids de leurs camarades, qui se suspendent successivement à la corde. Chacun d'eux s*assied dans une boucle formée par l'extrémité de cette dernière, dont on agrafe le crochet de sûreté après la corde elle-même, au-dessus d'un nœud situé à un mètre environ de celte extrémité, afin d'empôcher le crochet de glisser et de serrer la boucle. L'ouvrier lient ce câble d'une main, pour assurer sa propre verticalité. De l'autre, ou avec ses pieds, il maintient légèrement, de manière à pouvoir la saisir vivement en cas de danger, une corde de sûreté. Nous appellerons ainsi un ancien câble, encore bon, quoique ayant déjà fourni antérieurement une campagne comme câble-porteur. Il est agrafé, à l'aide de son crochet de sûreté, à l'un des montants du treuil, autour duquel il fait un tour, et d'où il pend, le long de la paroi, jusqu'au fond du puits. Cette précaution évite un tournoiement très pénible, et assure une protection, en cas de rupture du câble-porteur, ou d'une avarie quelconque.

1!S67 — Mais la question change de face, lorsque les deux moulineurs veulent descendre à leur tour, de manière que personne ne reste inactif au dehors. Le moins fort des deux passe l'avant-dernier. Je le désignerai par A, et son poids par a. Le plus robuste descend le dernier. Nous l'appellerons D, et son poids d.

Le dernier ouvrier, que A et D viennent de descendre, à la manière ordinaire, accroche au câble un seau rempli de minerai, et d'un poids capable d'alléger suffisamment la résistance que D doit opposer à la descente de A. Supposons-le, par exemple, de 30 kilogrammes. Le mouvement se fait dès lors comme précédemment, mais avec un seul moulineur, qui résiste au poids a — 30, réduit dans le rapport inverse des rayons.

Il s'agit, enfin, pour le dernier ouvrier D, de descendre sans aucune aide du dehors. A cet effet, le mineur A, après s'être dégagé du câble, substitue, à sa propre personne, un sac rempli de sable et noué à la gorge, qui ne sert qu'à cette fonction. Je le désignerai par S, et son poids par s. En même temps, A agrafe, à ce sac, le

DESGENDERIES. 66U

crochet qui termine le pied du câble de sûreté, tout comme il vient de le faire pour celui du câble-porteur. Les deux cordes se trouvent donc, par l'intermédiaire du sac S, réunies par le bas, comme on le fera tout à l'heure pour le haut, de manière à former une corde sans fin. De là, une première circonstance très importante : c'est qu'à partir de ce moment, il n'y aura, pendant le mouvement, aucune variation de poids du câble, contrairement à ce qui se passe quand il a deux bouts, dont l'un monte par le raccourcissement de ce brin, tandis que le second descend, en allongeant l'autre brin. C'est, comme on le voit, un artifice identique à celui des anciens appareils employés à Saint-Étienue pour la descente des remblais, et des nouvelles machines d'extraction de M. Kœpe (n°777). Il ne faut pas omettre d'ajouter que l'adhérence avec le treuil s'obtient en y faisant faire au câble deux ou trois tours, qui se déplaceront latéralement suivant les génératrices, pendant le mouvement de rotation.

Lorsqu'un cri, poussé par le mineur A, avertit D que tout est prêt dans le fond, celui-ci descend, après avoir pris les dispositions suivantes. Il a commencé par détacher le seau, qui avait servi de contrepoids pour la descente de A. Il verse le minerai sur la place de dépôt, et laisse le seau vide au bord du puits, pour une manœuvre qui sera indiquée tout à l'heure (*). Il détache alors le câble de sûreté du montant du treuil auquel il était fixé, et l'agrafe au câble-porteur, au-dessus du nœud qui se trouve à un mètre de son extrémité, en constituant ainsi, en haut comme en bas, un câble sans fin. 11 réagrafe, en outre, cette même extrémité au-dessus du nœud, de manière à former, comme à toutes les descentes précédentes, une boucle dans laquelle il s'assied à son tour.

Il saisit, d'une main, le câble-porteur pour assurer sa verticalité. Mais, en outre, il serre fortement, de l'autre main, le second brin, afin d'amortir, par la vigueur de son bras, la petite chute qu'il ferait sans cela dans le vide, jusqu'à ce que, le câble se trouvant tendu,

(>) Pour ftciliter ces opérations, sans avoir besoin de retenir la manivelle, on passe, dans un trou du montant du treuil, une broche, qui s'oppose & la rotation du bras de cette manivelle.

* . -fV-

le poids s commence à être soulevé, et à contre-balanccr celui de Touvrier. La valeur de s est d'ailleurs déterminée de manière à ne laisser subsister, par rapport à d, qu'une différence motrice très faible : 10 kilogrammes par exemple. Le bras du moulineur D pourra donc facilement tenir cette différence en respect (*), pour ralentir le mouvement suivant sa volonté. Disons, en passant, qu'il profile de celte faculté pour faire, à cette occasion, Finspeclion des parois et du câble de sûreté.

Quand il arrive au fond, avant d'abandonner la corde, il commence par passer dans la boucle, à la place de sa propre personne, un bâton, qu'il arc-boule contre les parois, de manière à empêcher le système de remonter. Le câble se trouve ainsi accroché, et hors d'état de laisser redescendre le sac S, dont le poids s formera ainsi une réserve potentielle de travail, pour servir, quand il le faudra, à remonter D, après le poste.

f !368 — Arrivons maintenant à cette seconde partie de l'opération. Les hommes remonteront dans Tordre inverse : D tout seul, le premier ; puis A, avec l'aide de D parvenu en haut ; el ensuite lous les mineurs successivement, par les efforls réunis de A elD. Nous n'avons naturellement à nous occuper ici que des deux premières ascensions.

Le moulineur D commence par reprendre place dans la boucle, en se substituant au bâton qui arc-boutait le câble. Puis il tire, d'une main, sur le second brin, en soutenant, de l'autre, au câbleportcui', l'aplomb de son corps. Il n'aura, pour effectuer son ascension, qu'à exercer un effort insignifiant. En effet, il se trouve équilibré en partie par le sac S, dont le poids n'est inférieur que de 10 kilog. à d. Mais ce n'est môme pas l'effort d — « = 10 kilog. que le mineur aura à développer : ce n'est que la moitié seulement, ou 5 kilog. Cela tient, d'après le principe des vitesses virtuelles, à ce que sa main, en exerçant son effort sur le câble, parcourt un espace double de l'élévation de son corps à chaque instant. En effet, il faut, pour que l'homme parvienne en haut, qu'il fasse

(<) Ou verra même, dans un instant, que l'effort & exercer est réduit, par la constitution de Tappareil, & la moitié de cette différence.

DËSCENDËRIES.

filer dans sa main toute la longueur de câble qui la sépare de la boucle dans laquelle il est assis. Or, cette longueur représente le double [de la hauteur du puits, car le câble monte jusqu'au treuil, d'où il redescend ensuite jusqu'à la boucle. Cet effort moyen de 5 kilog. étant insignifiant, le moulineur s'élève facilement avec une vitesse continue de 0™,75 environ, bien qu'il ne développe que des actions intermittentes. Il ne doit pas, du reste, chercher à dépasser cette alluie, de peur de choquer les parois, ou le sac S, au moment de la rencontre.

Arrivé au jour, D sort de la boucle. Il dégrafe le câble de sûreté, qu'il rattache au montant du treuil. Il détache également l'extrémité du câble-porteur, de manière à supprimer la boucle. Il fixe à cette extrémité le seau, qui était resté vide sur le bord, depuis la descente de A, et qu'il remplit d'outils ou d'objets utiles à envoyer au fond : de pierres, s'il n'a pas autre chose. Supposons encore que ce poids soit de 50 kilog.

Pendant ce temps, le moulineur A, de son côté, a également détaché du câble-porteur l'extrémité de la corde de sûreté, qui va dorénavant rester suspendue le long de la paroi du puits. 11 reforme en boucle le bout du câble-porteur, en l'agrafant au-dessus de son nœud, s'assied dans cette boucle, et remonte par l'effort de D, en maintenant sa verticalité d'une main, et glissant l'autre le long de la corde de sûreté, afin de pouvoir l'étreindre vivement, en cas de danger. Pour effectuer cette élévation, D n'a besoin de développer que l'effort a — 30, réduit dans le rapport inverse des rayons. H faut, à la vérité, ajouter à cette quantité le poids du câble-porteur, qui n'est plus sans fin. Mais celui-ci décroîtra constamment, circonstance favorable, pendant que s'accumulera, pour le moulineur, la fatigue musculaire.

Tel est le système en question.

■il

1269 — Il me reste à décrire la manœuvre qui permet à un homme, absolument seul, de descendre dans un puits, sans aucune aide à attendre du dehors ni du fond. Il commence, pour cela, par tirer à lui la corde de sûreté. Il l'agrafe, ainsi que le câble-porteur^ au sac S, puis il descend ce dernier, en résistant à la manivelle,

mais avec moins de précaulion, naturellement, que s'il s'agissait d'un homme ('). Quand lu sac est au fond, le mineur détache, du montant du treuil, l'cstrémité supérieure de la corde de sûreté , et l'agrafe au nœud du câble-porteur. A ce moment, les choses se retrouvent dans des conditions identiques à celles qui, tout à l'heure, avaient été préparées par le moulineur A. opérant au fond après sa descente , pour préparer celle de D (fig. 737). Dès lors, le mineur isolé va descendre, comme le faisait l'ouvricrD ; api'ès quoi , il remontera ultérieurement, par le procédé que nous avons également fait connaître.

flS70 — Descente dex chevaux. — Lorsque les dimensions de la cage le permettent, on y introduit le cheval, après lui avoir - couvert les yeux d'œillères.

M. Hénin a construit, à

FiK.7

. Desccii

(<) Si du reste ce aac éiait irop lourd pour les Tarces de l'ouTrier, rien n'empôchtraii celui-ci de descendre d'aboi-d un seau, d'un poids ég«l à ^ enriron. et. ultérieurement, le SIC S qui. ainsi équilibré, n'eiercenil plus lui-même que l'etrort ^, en remontant le seiu que décrocherait le moulinciu', pour M aubstiluer i lui.

DESCENDERIES. 675

Alseau-Presle (*), une cage variable, dont les traverses sont articu-

lées, au lieu d'être assemblées d'équerre avec les montants, ce qui leur permet de s'incliner jusqu'à une certaine limite. Le cheval étant introduit dans la cage, ce que la longueur de celle-ci rend très-facile, on la voit se rétrécir au moment de l'enlevage, en raison de l'inégalité des brins de chaîne; mais l'animal, ainsi placé sur un plan incliné qui n*a pas changé de longueur, n'en éprouve pas d'inconvénient. Une barre de sûreté est clavetée, de manière à empêcher que la rencontre d'un obstacle ne vienne resserrer encore le système, en écrasant le cheval.

Si l'on ne peut employer la cage guidée, on descend les chevaux suspendus dans un fort filet de sangles (Gg. 738). On leur bande les yeux, on les enveloppe de ce filet, et on les fait manquer des quatre pieds sur un lit de paille. Le filet est attaché au câble. Le mécanicien enlève doucement, et l'on descend l'animal dans une situation verticale, assis sur sa croupe, et les jambes repliées. Un palefrenier se place au-dessus de lui, avec sa lampe, pour guider le mouvement jusqu'en bas.

(>) Rev. univ, d. m. el ti.. 2«, VHI, 105.

Page 1