DIXIÈME PARTIE PRÉPARATION MÉCANIQUE
DES MINERAIS
11271 — Le problème que nous avons formulé au début de ce Courses! actuellement résolu. Les matières utiles ont été détachées du sein de la terre, et ramenées à la surface. Mais il n'arrivera que dans un petit nombre de cas, qu'elles soient, en cet état, directement acceptées par le consommateur. Pour les autres, commeniîera la série des transformations, qui auront pour effet d'amener ces substances à des conditions marchandes. 11 semble donc, à cet égard, que le programme que nous nous étions posé, doive être considéré comme épuisé, et que toute la suite des opérations ultérieures appartienne à la métallurgie. A proprement parler, en effet, ce qu'il nous reste à parcourir n'est qu'une annexe, et non plus une partie intégrante de l'art des mines. Cependant l'usage a toujours rattaché, à l'étude de l'exploitation souterraine, celle de la
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676 PRÉPARATION MÉCiiSIQUE DES MINERAIS.
préparation mécanique des minerais {^), et Ton en peut indiquer plusieurs motifs.
La première partie des manipulations que doit subir le minerai, diffère, en effet, essentiellement de celles qui lui succéderont, pour constituer la métallurgie proprement dite. Celle dernière science emploie, comme agent principal, la chaleur, tandis que Tensemble qui va nous occuper, fait uniquement appel aux forces mécaniques.
En second lieu, les opérations métallurgiques seront souvent exécutées par un personnel distinct de celui de la mine, et en un lieu différent. La préparation mécanique, au contraire, s'effectue, en général, sur le carreau même du puits, où elle se combine étroitement avec le service de l'extraction. Pour cette raison, elle appartient alors au même groupe d'ingénieurs, et reste soumise à la même direction supérieure.
11 s'attache, en effet, un grand intérêt à ce que cette élaboration précède le transport à la fonderie. Son but essentiel est la pi/n/îcation des matières de consommation directe, telles que la houille, et V enrichissement des minerais destinés à être fondus. Elle détermine, en un mot, un départ de la substance utile et d'une certaine quantité de matériaux étrangers, que l'extraction n'a pu éviter de fournir pêle-mêle avec elle, d'après les conditions du gisement et du travail. Il serait donc déraisonnable, à moins de motifs particuliei^ {ïf 1372), de n'effectuer cette ventilation, toujours nécessaire en fin de compte, qu'après que la parlie de nulle valeur aurait été grevée des mêmes frais de transport que les matériaux utiles.
(*) Gallon. Cours d'exploitation des mines, tome III relatif & la préparation mécanique, rédigé par M. l'ingénieur des mines Boutan. — Huet et Geyler. Mémoire sur Voutillage nouveau et les modifications apportées dans les pivcédés d* enrichissement des minerais, Paris, 1866. — Clerc. Théorie et pratique de la prépai*ation mécanique des minerais [Bull. min. y 1", XV, 438; 2% I, 97). — Pernolel père. Introduction à l'étude des préparations mécaniques {Annales, 4*, XX, 379, 535; 5*, lY, 143 ; IX, 281). — Habets. Rapport sur la préparation mécanique à l'Exposition de 1867 [Rev. unir, d, m. et «., l**, XXUI, 433). — Habets, Rapport du jury international de l'Exposition de 1878, groupe VI, classe 50, p. 236. — Von Rittiuger. Lehrhuch der Aufbereitungskunde, 1867 ; l^' supplément, 1870; 2* supplément, 1873. — Gœtschmann, Die Aufhereiiung, — AUhaus. Die Entwickelung der mechanischen Aufbereitung in den letzen 100 Jahren, — Karl von Reytt. Die gegenwàrtig ûblichsteu Erzaufbereitungs Methoden, und die am haûfigsten hiczu verwendeten Apparate [Berg-und Hûttenmànnisches Jahrlmch, XXXI, 137.
Tantôt, comme pour la houille, il s'agit de masses énormes, et chaque centième rejeté représentera, par lui-môme, un tonnage considérable. Tantôt, comme pour lès minerais métalliques, les quantités seront moindres, mais les distances s'accroîtront, en général, d'autant plus, entre le lieu de production et les points de concentration, où s'opère la fusion.
t!37!S — La séparation dont nous venons de parler, s'impose au métallurgiste par des raisons évidentes. D'une part, il a besoin d'une certaine teneur limite de l'élément utile, pour pouvoir fondre économiquement, et il y faut amener préalablement les minerais qui, sans être trop pauvres d'une manière absolue, ne présentent pas directement ce degré de richesse. Au-dessous de ce point, en effet, la valeur du charbon bnilé pour liquéfier les matières étrangères, écraserait le bénéfice ; de plus ce bain surabondant de laitiers ou de scories, retiendrait et entraînerait une quantité proportionnelle de la substance à extraire. L'enrichissement ne sera limité que par l'écueil d'occasionner, en sens inverse, des frais de préparation, et des pertes sur la substance utile, excédant l'avantage corrélatif réalisé à la fonderie {*).
Non seulement le minerai renferme presque toujours des substan-
(*) De telles opérations sont toigours délicates. Elles supposent la connaissance d'éléments souvent mal connus^ et susceptibles de variations qu'il est assez difficile de suivre, comme la perte dans le stérile, ou celle à laquelle donneront lieu les opérations métallurgiques, d'après la teneur réalisée parla préparation mécanique. Il s'y rattache, en outre, d'autres considérations plus vagues encore, telles que les préférences, ou les répugnances du commerce à accepter les matières, suivant leur conditionnement, fndépendumment du secours du calcul, le tact personnel de l'ingénieur aura donc à intervenir, pour trancher ces questions. Les calculs eux-mêmes pourront devenir assez compliqués, et prendront des formes variables suivant les cas. Je me bornerai, pour Hier les idées, à envisager ici, avec Gallon, le plus simple de tous.
Nous supposerons qu'il - s'agisse imiquement de séparer, de In houille, un schiste absolument pierreux, et ne contenant pas de matièi*e cliarbonneuse en quantité appréciable. Soient, en francs, v la valeur d'une tonne brute, et V celle d'une tonne lavée ; c la proportion de cendres rapportée à Tunité dans le charbon brut, et G dans le combustible marchand. Les valeurs t> et V étant proportionnelles aux quantités i — c et . 1 — G de carbone renfermées dans ces deux types, le consommateur peut payer un prix égal, et a fortiori un prix inférieur, à celui qui est déterminé par l'équation :
1 — G "~ 1 — v* (Suite p. 678).
678 PRÉPARATION MËGAMQUfi DES MINERAIS.
ces inutiles, mais il en peut présenter de nuisibles, ce qui augmente
d'où l'on déduit :
Il y gagnera, en outre, d'avoir un combustible d'un plus grand pouvoir calorifique, nécessitant des nettoyages de grille moins fréquents^ et n'obligeant pas, dans les applications métallurgiques, à fondre autant de matières étrangères.
Le producteur, de son cAté, se placera au point de vue suivant. Appelons L les frais de lavage par tonne de houille épurée, et T le prix du transport de la tonne depuis le puits jusqu'au lieu de vente. La tonne, pour pouvoir se vendre Y sur ce point, vaut seulement Y — T au carreau de la mine ; et, par suite, la quantité de tout-venant qui lui a donné naissance, Y — T — L, puisqu'elle doit supporter la dépense L pour arriver à représenter Y — T. Si d désigne proportionnellement le déchet subi dans ces opérations,
le poids en question de houille brute sera . ,« D'un autre côté, la tonne de tout-
venant, qui se paye v sur le marché, après avoir subi le transport, ne vaut que v -« T sur
1 V — T le puits, et, par conséquent, le nombre de tonnes . , représente la valeur . »
D'après cela, le producteur peut exécuter économiquement la préparation, si le prix marchand Y, qu'il obtiendra pour le produit, est égal, et a fortiori s'il est supérieur, à celui qui est déterminé par l'égalité :
d'où:
1 — rf
D'ailleurs d peut se déterminer en fonction des proportions c et C de stérile, puisqu'il a été entendu que les pierres qui composent le déchet du lavage, ne contiennent aucune parcelle de carbone, et n'entrent, par conséquent, |)as en ligne de compte pour constituer les quantités 1 — c et 1 — C. Une tonne brute renferme 1 — c de carbone et c de résidu, lequel est composé lui-même de la quantité </, formée de matière pierreuse sépnrable par le lavage, et c — </ de cendres finement disséminées. C'est donc le poids c — e^ de cendres proprement dites, qui correspond, sous cette forme, au poids de carbone i — c. D*autre part, dans la houille lavée, il n'y a plus de pierres, mais seulement des cendres intimement mélangées, à la teneur C C'est donc également ce poids C, qui correspond à 1 — C de cai*bone. En égalant ces deux expressions d'un même rapport, il vient :
On en déduit :
cU par suite, pour substituer dans l'expression (2) :
d c — c i — rf ~" 1 — c'
alors d'autant plus l'intérêt de leur épuration. C'est ainsi que la
Si l'on effectue cette substitution, ouYoit que le prix V peut osciller entre les <lciix limites :
1 — cl — c \i — c /
La marge qui les sépare a pour valeur : '
et, c'est en la retranchant du maximum :
que l'on obtient le minimum.
Précisons, en terminant, ces résultats par un exemple. Le résidu au feu de la liouille brute, rarement inférieur & 10 0/0, atteint et dépasse 250/0 dans certains menus. Plaçonsnous à cette limite :
La teneur en cendres de la houille lavée est difficilement acceptable au-dessus de 10 0/0 *
On en déduit (3) pour le déchet au lavage, dans ces conditions :
Le maximum (5) du prix marchand devient alors :
et la marge (4) qui le sépare du minimum :
Pour achever de déterminer ces résultats, supposons que le prix de vente de lu tonne brute, sur le carreau de la mine, soit de 10 francs, et qu'une somme égale de frais de transport vienne la grever, pour la rendre sur le marché :
T = tO",00.
Le prix de vente sur ce marché sera donc, pour la houille brute :
Le maximum (6) devient, par suite, pour le combustible lavé :
V = 24'',00. (Suite p. 680.)
•vi.* ,
»i,fr
pyrite contenue dans la houille ronge les grilles des foyers, et que le schiste diminue son pouvoir calorifique ; que la baryte gène les réactions des gangues, et la blende les opérations des foui^ à plomb. C'est au métallurgiste à formuler, à Texploitant de mines, ses propres desiderala^ pour diriger celui-ci dans le sortissage de ses produits, d'après les exigences de la fusion. Chaque progrès nouveau de la métallurgie, de nature à permettre de traiter avec succès <les minerais plus complexes que par le passé, doit être marqué par une simplification correspondante de la préparation mécanique.
Il peut arriver, enfin, indépendamment de la séparation de matières nuisibles, ou simplement inutiles, que le seul fait du classement en sortes distinctes, des diverses substances utiles que fournit le gisement, augmente la valeur marchande de Tensemble. C'est ainsi que des minerais multiples pourront alimenter des fours de production différente, par la séparation d'éléments qui, à l'état de mélange, n'auraient donné aucun résultat satisfaisant. C'est ainsi encore que le charbon gros acquiert un supplément de valeur, par cela seul qu'on l'a isolé du menu auquel il se trouve associé dans le tout-venant, en vue de faciliter son emploi dans certains appareils de combustion.
TRA¥AII. A I.A MAIN
f S73 — Travail au chantier. — D'après ces divers motifs,. une certaine manutention devient nécessaire. Quelquefois très simple,
Admettons pour les frais de lavage, qui varient en général de 0'%25 à l'%25 par tonne :
L = l'sOO.
La marge (7) d'oscillation du prix devient alors :
et le minimum :
La quantité V — t*, dont le prix de la tonne prise sur le marché s'est trouvé augmenté, varie donc de 3 à 4 francs.
TRAVAIL À Là MAIN, BROYAGE, CLASSEMENT. 681
elle atteint, dans d*autrcs cas, la plus extrême complication. Nous y distinguerons deux divisions essentielles : le travail à la main, et le travail mécanique.
Le travail manuel comprend lui-même une première partie, qui s'effectue dans l'intérieur de la mine, au chantier, et une seconde, au jour.
La première est toujours très sommaire . Il serait mal à propos d'exiger des ouvriers que ce triage initial fût poussé à une grande perfection. Les conditions de l'emplacement, le défaut de clarté, la nécessité d'une grande activité de production, s'y opposent à la fois; et la grosseur des morceaux empêche, pour beaucoup d'entre eux, que l'on puisse juger exactement de leur contenu. Il convient, en effet, de ne pas pousser le concassage, au delà du point où les morceaux peuvent être portés jusqu'à la cheminée. Cette opération se fera plus utilement au jour. Cependant, tout ce qu'il sera possible de concilier avec ces difficultés, en ce qui concerne l'élimination du stérile, n'en sera pas moins fort utile, en dispensant de faire subir, aux matières abandonnées, les frais de roulage et d'extraction, et de supporter, en sens inverse, d'autres dépenses pour la rentrée, au chantier, d'une quantité équivalente de remblai. Quant à la limite à observer entre ces deux tendances opposées, elle est facile à formuler. On ne doit jamais hésiter à charger un fragment de nature douteuse ; et il vaut beaucoup mieux s'exposer à sortir du stérile, qu'à perdre du minerai, qui a déjà contribué, pour sa part, à tous les frais de l'exploitation, et qu'il ne s'agit plus que de recueillir.
1274 — Klaubage. — Le travail manuel qui s'exécute à la surface, exige de bons yeux, et une certaine vivacité d'appréciation et de mouvements. Pour ce motif, on y affectera des femmes, des filles, ou des gamins, beaucoup mieux que des ouvriers âgés et usés pour les travaux de force, dont la vue baisse, et donnerait de moins bons résultats. Ces derniers trouveront un emploi plus judicieux à l'intérieur, dans des postes de rallumenrs, de portiers, etc., auxquels conviendrait beaucoup moins la légèreté des jeunes garçons. L'atelier de travail à la main est toujours surveillé par un contremaître expérimenté.
Les opérations qui s'y pratiquent sont de deux sortes, et comprennent : l"" le klaubage f), simple triage que l'on effectue en maniant, et inspectant les fragments dont le volume le comporte (*) ; 2^ le scheidage(^, ou triage au marteau, dans lequel la classification s'accompagne d'une fragmentation à la main.
Le klaubage, comme du reste chacun des genres de sortissage(*), qui figurent dans l'ensemble de la préparation mécanique, a pour but essentiel de séparer les matières en trois catégories : i® une sorte définitive, que Ton appelle le /îni, ou le bon à fondre; 2* un autre produit, définitif aussi, et immédiatement rejeté, nommé le stérile^ ou le déchet (") ; 3** une classe intermédiaire, trop hétérogène pour être acceptée comme définitive, trop mélangée de substance utile pour que l'on puisse songer à l'abandonner. Cette dernière est, dès lors, réservée pour des opérations ultérieures. Elle porte les noms de mixte^ mélange, mélangé^ matière à retraiter. C'est ce que nous exprimerons par ce tableau fondamental :
{ Bon a fondre, (i) I Matière a repasser,
( Stérile a rejeter.
Ce type essentiel admet cependant certaines modifications. On conçoit d'abord, qu'au bout d'un nombre suffisant de semblables opérations, que l'on a tout intérêt à restreindre le plus possible, il
[') Klauben, trier.
[^) Cette limite est impossible à préciser d'une manière générale. Elle dépend de la manière d'être, et de la valeur des minerais. Pour la houille, par exemple, le triage à la main s'effectue avantageusement sur le refus des cribles de quarante millimètres, en général.
(*) Scheiden, séparer.
(^) Sauf le classement par volume.
(') On doit suivre, avec un soin attentif, au moyen d'essais nombreux du laboratoire, les variations que peuvent éprouver, dans leur teneur en substance utile, tes matières rejetées. Il sufOt évidemment, pour qu'il y ait intérêt à les soumettre à de nouvelles opérations, que la valeur de la quantité qu'elles permettront de retirer, puisse couvrir les frais spéciaux de cette élaboration, en laissant de côté toutes les dépenses afférentes à Texploîtalion, déjà supportées, par hypothèse, dans des conditions économiques. G* s perles sont toujours considérables. Les chiffres de 20 0/0 et même de 40 0/0 du minerai utile n'ont rien d'exceptionnel. Ces déchets sont, en outre, difficiles à apprécier, car ils se trouvent noyés dans une énorme quantité d'eau et de matière stérile.
faille en arriver à conclure, au lieu de réserver encore une matière à retraiter sur de nouveaux appareils. Il y aura donc nécessairement, au terme de chacun des embranchements, dans lesquels se sera divisé le courant général des produits, une opération finale, distincte du type normal^ en ce qu'elle manque du terme intermédiaire, et se formule de la manière suivante :
.Q. l Bon a fondre,
f Stérile a rejeter.
L'esprit conçoit également la possibilité d'élaborations, qui auraient pour résultat de séparer seulement un bon à fondre, d'une matière à retraiter, sans en détacher du premier coup un stérile proprement dit ; ou inversement, ce qui sera plus fréquent, d'évacuer de suite une certaine proportion de stérile, sans s'attacher encore à isoler nettement un bon à fondre.
En même temps que ces trois types binaires, qui constituent des simplifications de la formule ternaire, il peut arriver, inversement, que l'on sépare les uns des autres, sur un môme appareil, plusieurs bons à fondre distincts, ou plusieurs mixtes destinés à des traitements différents, d'un stérile qui sera porté à la halde. De là des types plus complexes et plus rares, car de telles séparations sont plus difficiles à réaliser, quoique très utiles, quand on peut les réussir.
Or, leklaubage sera précisément l'un des modes de travail qui se prêteront le mieux à ces combinaisons multiples, puisque ce genre de triage, au lieu de résulter de l'action automatique d'une machine, est effectué par un agent doué d'intelligence et d'attention. On pourra, par exemple, isoler à la fois divers bons à fondre de galène, de blende, ou de pyrite cuivreuse (*); ainsi que des mélanges de ces substances avec des gangues distinctes de calcaire, de baryte, de spath-fluor, de quartz, etc. La grosseur elle-même intervient, jusqu'à un certain point, dans ces appréciations, et toutes
(*) En général, on isole, dans une sorte & part, les cuivres pyriteux et les cuivres gris, comme à Ems et à Ilolzappel(Laurenburg]. Au Bleybcrg, le conditionnement comprend le galéueux riche et le blendeux riche, le galéneux pauvre et le blendeux pauvre ; etc.
ces catégories serviront à i*exploitant pour la suite du traitement, ou au métallurgiste pour composer ses lits de fusion.
1275 — Le klaubage est pratiqué sur des tables fixes, ou des tables mobiles. Parmi les tables fixes, on distingue les tables rondes, et les tables rectilignes.
Pour des minerais métalliques un peu complexes, les klaubeurs, femmes, filles, ou gamins, sont assis autour d'une table ronde, partagée en stalles, dont chacune est affectée à une personne. Une trémie centrale sert à l'alimentation. Des trappes permettent, à chaque trieur, de s'en attribuer la quantité qu'il juge convenable. Il l'étudié à loisir, extrait les morceaux destinés à constituer ses diverses sortes, et balaye le reste dans un panier, avant de reprendre un nouveau chargement.
Pour des matières simples, telles que la houille, on se sert de couloirs en tôle pleine, ou à grille, présentant une inclinaison telle que les fragments s'y tiennent en équilibre, mais avec une très grande facilité à glisser sous l'action de la pesanteur, lorsqu'on les V sollicite à la main, ou à l'aide de secousses. A cet effet, le plâtre du puits se trouve relevé, au moyen d'estacades, audessus des wagons du chemin de fer, à un niveau suffisant pour que cette hauteur puisse être rachetée par le développement des plans inclinés de triage. Des nettoyeuses se tiennent sur les deux bords, attentives aux matières qui descendent sous leurs yeux, et que les culbuteurs renouvellent incessamment, à la partie supérieure de ces couloirs. Elles saisissent les pierres qu'elles aperçoivent, et en remplissent des corbeilles. Ce travail leur est payé d'après le nombre de paniers de schiste, qu'elles séparent du combustible.
Une certaine inégalité résulte de ce dispositif, en ce que les idaubeurs installés à la tète du plan incliné, rencontrent plus de choix que ceux qui se trouvent à la partie inférieure, et qui ne voient arriver à eux que les résidus du triage des premiers. Les conditions sont plus équitables, sous ce rapport, avec les tables rondes. Le même inconvénient subsiste, d'ailleurs, sur les tables mobiles dont il nous reste à parler.
1276 — Les tables mobiles se partagent encore en tables rectilignes et tables rondes.
Avec ces dernières, les . nettoyeurs sont assis tout autour de la table tournante. Le tout-venant est déversé par une trémie, en un point de la circonférence; il accomplit sa rotation, en passant sous les yeux de chacun des ouvriers, puis il rencontre, en revenant au point de départ, un racloir fixe disposé en biais, qui arrête et déverse le résidu hors de la table. On reproche à ces tables, comme du reste à celles du type rectiligne, une sorte de sensation de verligc pour les trieurs, obligés de porter leur attention sur des objels mobiles, qui se dérobent incessamment, en passant d'un côté à l'autre. Mais, en revanche, on trouve, à ce principe, l'avantage de pouvoir, comme à Angleur, préposer chaque trieuse à enlever les morceaux d'une seule classe, ce qui assure plus de précision pour Topération; le refus final forme alors lui-môme une sorte spéciale, destinée au broyage.
Quant à la forme circulaire, elle présente, sur l'autre type, cette infériorité de ne pouvoir présenter une grande circonférence, en vue d'occuper beaucoup d'ouvriers, qu'à l'aide d'un grand rayon, ce qui entraîne une grande surface, et la perte d'un noyau central important, sur lequel le triage ne saurait atteindre. En oulre, de telles tables ne peuvent se grouper les unes à côté des autres, sans perdre encore beaucoup de place dans leurs intervalles. . Les tables reclilignes s'établissent, au contraire, sur la largeur exactement convenable, avec une longueur quelconque, et s'installent facilement dans des directions parallèles, en utilisant complètement tout l'espace. Elles sont formées de chaines de Gall sans fin, dont les maillons portent des plaques de tôle indépendantes. On emploie aussi des sparteries. Des rouleaux leur communiquent une tension suffisante, et renvoient le mouvement, du pied à la tête de la table. Les culbuteurs s'y déchargent en amont, à l'aide de trémies. Les matières se trouvent entraînées, en passant sous les yeux de trieuses assises sur deux files parallèles. A l'extrémité, la toile de nettoyage se dérobe, et le combustible épuré tombe dans le ivagon préparé pour le recevoir.
M. Reumeaux a introduit, dans ce dispositif, un perfectionne-
-tri.
ment très important, au moyen de l'emploi des vitesses différentielles. Le distributeur est lui-même une chaîne sans fin (fig. 820). Ce qu'il amène, et ce que la toile de nettoyage reçoit pendant Tunité de temps, étant, pour chacun de ces deux organes, le produit de la vitesse par l'épaisseur sous laquelle les matières s'y disposent, et par la largeur, qui est constante, on voit que l'on peut, d'après la variation du rapport de ces vitesses, arriver très facilement à régler avec précision la hauteur du lit de triage, et à la réduire à la limite la plus favorable pour le nettoyage, afin que celui-ci puisse s'opérer complètement sur le moins de longueur possible, de manière à diminuer Tencombremcnt.
Dans les mines métalliques, indépendamment des sortes définitives bonnes à fondre ou à rejeter, le klaubeur a soin de distinguer, parmi les matières à retraiter, d'une part les fragments sur lesquels des masses homogènes se trouvent juxtaposées dans de telles conditions, qu'un coup de maiieau, donné avec intelligence, puisse utilement les séparer les unes des autres, et, d'un autre côté, ceux qui présentent une dissémination confuse. Ceux-ci vont à Patelier mécanique, tandis que les premiers passent au scheidage.
1277 — Scheidage. — Les outils du scheideur comprennent : 1** des massettes en fer de l'*,50 à 2''*,00, dont le manche, en frêne, a environ 1",10 de longueur, et d'autres fois moins; 2* des marteaux aciérés de 1*',00 à 1^*,20 qui, selon la nature du minerai, présentent une panne carrée, un tranchant, ou une pointe (fig. 739 à 748); 3"^ des raclettes destinées à gratter les morceaux, pour en détacher les mouches riches h l'état de menu, quand elles ont trojp peu d'importance pour constituer un éclat distinct (fig. 749, 750).
Les ateliers de scheidage étaient autrefois absolument sacrifiés. Aujourd'hui l'on s'attache à procurer, aux ouvriers, les meilleures conditions possibles, autant par humanité que pour obtenir, par cela seul, de meilleurs résultats. La salle doit être très éclairée. L'atelier est clos, couvert, chauffé en hiver. On attribue, à chaque scheideur, un espace suffisant pour l'emplacement de ses divers paniers.
Les ouvriers sont assis devant des tables épaisses, portant de petites enclumes, placées au centre de grilles, sous lesquelles passe un courant d'eau dans l'épaisseur du bois. Il entraine les matières
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