BÉE DES CABLES
787 — Entretien. — Les mesures à prendre pour la conservation des câbles en aloès se réduisent à un arrosage plus ou moins fréquent, dans le cas où ^e puits est sec.
Quant aux câbles métalliques, il est indispensable, pour les préserver de l'oxydation, de les maintenir constamment lubrifiés. Cet état est d'ailleurs favorable à leur souplesse, les fils glissant alors plus facilement les uns sur les autres. Le graissage, qui est toujoui's précédé d'un nettoyage, doit être renouvelé tous les huit jours, et même plus souvent si le càblc est exposé à Faction des eaux. Il faut employer à cet effet des mélanges oflrant la consistance du beurre, composés par exemple de goudron végétal et de suif, avec addition d'huile en hiver. 11 est très nécessaire que ces enduits soient neutres, et ne présentent aucune réaction acide; il faut en outre qu'ils ne soient pas susceptibles de durcir, car la raideur des câbles s'en trouverait augmentée.
MM. Parrington et Almond ont proposé une ma(;hine à décrasser et graisser (*), applicable spécialement aux enduits liquides. On fait filer les câbles au centre d'une ceinture de rudes brosses mélalliques, au-dessous desquelles un récipient circulaire recueille les crasses. Plus loin se trouve un système de brosses douces, impré-
;«) Engineering, 3 février 1882, 105,
gnées de Tenduit liquide» qui est déversé par un certain nombre de gouttières. Cet ensemble est installé à demeure, mais h une petite distance du câble, et toutes ses parties viennent s'en rapprocher jusqu'au contact, au moment où Ton veut eflectuer Topération.
On profite de chaque nettoyage des câbles métalliques pour les examiner avec soin et compter, comme nous Tavons indiqué (N*" 786), les fils cassés, notamment dans les parties les plus détériorées. Si, sur un mètre courant, le nombre des cassures est tel que les fils restant intacts travaillent à plus de 1/8 de leur charge de rupture, il est prudent de ne plus employer le câble au transport des hommes; si Ton atteint i/5, il doit être retiré du service.
Ces visites multipliées présentent une grande importance, aussi bien pour Taloès qu'avec les fils métalliques. Le règlement du district de Dortmund exige même qu'elles aient lieu journellement sur tous les câbles. On devra les répéter en particulier toutes les fois que ces engins auront subi un choc exceptionnel.
Les câbles utilisés d'une manière intermittente, comme ceux des €al)estans, doivent élre soumis aux mêmes visites que les autres. Sinon ils pourraient se trouver profondément affaiblis le jour où i on aurait à les faire fonctionner (*).
En dehors de ces examens friH]uents, on doit recommander avec insistance des essais périodiques de traction, ciïectués sur dos tronçons du câble; ceux-ci sont prélevés dans sa région la plus fatiguée, c'est-à-dire à la partie inférieure. La patte, en cfTel, subît directement rallongement dû aux à-coups: en outre elle plonge parfois dans des eaux acides. Les coupages à la patte suppriment celle partie si éprouvée, et ils ont de plus Tavantage de changer l'enlevage qui, sans cette précaution, s'userait très vile (N^* 780). Il sera bon de couper ainsi 5 mètres environ, tous les 2 ou /> mois. Ce raccourcissement est d'ailleurs compensé au moyeu d'une
!'; Le 24 avril 1886, deux bommcs out été turs au puits dcsRosiei*» de la ('ollccs^ioll du Quartier-Gainard (Loire) par la rupture d'un cAblo de cabestan en fils Ae. for. 1/examen de ce dernier après Taccident n montré qu'il était presque entièrement ron^é par la rouille. On avait eu confiance en sa solidité parce que, peu de temps auparavant, il avait supporté une très forte charge ; mais cette fatigue n'avait fait «pie le désorganiser et préparer sa rupture [Annales, 8*, X, 2U0;.
provision de câble emmagasinée sous le nom de foui^^ure dans Tenroulement des bobines.
Les tronçons obtenus sont aussitôt essayés de manière à fournir une donnée sur l'état de conservation de l'ensemble. On doit posséder, à la miné même, le matériel nécessaire à cette opération. L'essai T)eut être effectué suivant toute la section avec Yanthéœimètre de M. Petit (*). Mais pour les engins métalliques on procède souvent d'une manière différente, en évaluant leur résistance d'après la somme des charges de rupture de chaque fil, mesurées individuellement. On opère à cet effet sur l'extrémité du tronçon la plus éloignée de l'ancienne patte ; Ton ne tient pas compte d'ailleurs des fils trouvés cassés dans cette partie sur un mètre de longueur. Comme ci-dessus, si, d'après le résultat de ces essais, le câble travaille à plus de 1/5 de sa résistance totale, on le remplace; lorsque son coefficient de sécurité dépasse 1/8, on s'abstient de l'utiliser pour la circulation du personnel (*).
788 — Diverses précautions sont à recommander pour assurer l'usage des cordages ('). On doit en particulier redouter les chocs, qui sont une cause fréquente de rupture. Dans ce but, on veillera au bon entretien des guidages ; on exigera des machinistes qu'ils évitent les brusques départs de la cage et les fouettages du câble. 11 y a une quinzaine d'années, à la mine Harderberg (bassin de la Ruhr), 25 ouvriers ont été tués par la rupture d'un câble, bien que celui-ci ne travaillât qu'à 1/8 de sa charge de rupture. Cet accident a élé attribué à une légère chute de la cage, provoquée par un brusque ralentissement de la vitesse d'extraction (*).
(*) Cet ingénieux appareil, mû par une presse hydraulique, est employé par la Société deCommentry-FourchambauU. Il enregistre les efforts en même temps que les allongements subis par l'échanlillon. La préparation de ce dernier et lessai demandent une heure envii'on (C/?lf, 1891, 257. — Méin. de la Soc. des Ingénieur» civiU, mars 1891;.
(*) Le règlement du district de Dortmund contient des règles spéciales pour ces essais, dans les<iuels il fait intervenir la résistance à la flexion des divers lils {Bull, min., 3", TU, 797). — Tongas, Sur les méthodes d'essai des fils métalliques, câbles et chaînes [Rapports de la Commission des méthodes d'essai des matériaux de construction, 1'" session, I. III, 371).
(') Compagnie do Châtillon-Cominentry, Tréfileries et Cdblcries, 7.5.
(*) liev. univ. d. m., 2% XVII, 143. — Bull. Soc. denc., 1891. — Zeilschrift des Vercins deutscher Ingenieure, mai's 1883 et avril 188i.
On veLUcrj en oulre à ce que les coiMlages ne frottent pas Tun contre l'autre, ni sur les rebords plus ou moins uses des molettes. Quand on a lieu de penser que rexistcncc d*un câble est arrivée à un peu plus de la moitié de sa durée probable, on procède quelquefois à son retournement, en le renversant du haut en bas. L'extrémité supérieure est en effet plus fatiguée que Tautœ, puisqu elle supporte, outre la cage, la totalité du poids du câble. De plus, elle s'applique sur les bobines avec de moindres rayons de courbure, tandis que la portion inférieure vient se superposer sur les premières épaisseurs. Cependant il convient de dire que Tutilité de cette pratique a été révoquée en doute par un grand nombre d'ingénieurs. Il est bon, dans tous les cas, de n'y avoir recours pour les câbles plats qu'après avoir refait les coutures. Elle est, en outre, naturellement impossible avec les câbles diminués, dont le gros bout doit nécessairement rester à la partie supérieure.
Un a également préconisé le changement de côté pour reni*ou- Icment, de manière que la face supérieure du câble passe en dessous, afin d'égaliser» entre les deux moitiés de l'épaisseur, les cITets de l'assouplissement. Cependant cette interversion ne parait guère avoir été appliquée que lorsque le câble s'enroulait mal d'un côté.
Avec les machines ordinaires, l'un des câbles s'applique dans le même sens, à la fois sur les molettes et sur les bobines; le second, au contraire, s'enroule successivement dans deux sens opposés (iig. 581). Ce dernier sera naturellement le plus fatigué par cette épreuve plus prononcée de sa souplesse. On a soin, pour ce motif, d'intervertir au bout d'un certain temps les rôles de ces deux câbles. On a signalé, de ce chef, des augmentations de durée de 20 à 40 7o avec Taloès, bien que cette conclusion ait été ailleurs absolument lévoquée en doute. En ce qui concerne les cordages métalliques, on est plus uniformément d'accord pour admettre une prolongation, qui a semblé varier, suivant les cas, de 10 à 33 7o*
Toutes les modifications subies par chaque câble doivent être mentionnées sur un registre spécial, constamment tenu à jour. On y consignera en outre les circonstances de sa fabrication, tous les faits intéressants survenus pendant le cours de son emploi, les dates
et les résultats détailles des visites, des essais et des réparations. Il sera de cette manière toujours possible de retrouver à chaque instant les éléments d'une appréciation plus certaine que ne le permettraient sans cela de simples souvenirs, plus ou moins obscui*s ou contradictoires.
789 — Durée, — La durée des câbles doit être discutée à la fois aux deux points de vue, précisément opposés, de la répartition de leur prix d'achat sur un tonnage aussi important que possible, et, d'autre part, de la sécurité du personnel, en même temps que <les entraves que subit le service en cas de rupture. Il est inutile d'ajouter que la question de sécurité devra nécessairement primer toutes les autres.
Il n'est pas possible de poser à cet égard de règles absolues. Une surveillance attentive exercée sur ces engins sera le meilleur guide pour apprécier le moment où ils devront être remplacés. On voil, dans une atmosphère humide et viciée, des cordages mis hors de service en moins d'un an. Dans un air pur et sec, ils atteindront facilement dix-huit mois ou deux ans. On signale des durées do trois ans, sous le contrôle de visites fréquentes et minutieuses; mais il est rare que Ton puisse sans danger dépasser cette limite. . A conditions égales, la carrière des cables ronds métalliques peut dépasser d'un quart, ou môme de moilié, celle des câbles plats de même matière; ceux-ci s'usent notamment par suite du frottement de leurs fils avec ceux des coutures.
Un câble soumis à une charge élevée par unité de section aura naturellement une durée moindre que si ses dimensions avaient été plus largement calculées.
Les câbles s'allongent, dans les premiers jours de leur mise en eharge, d'une quantité qui n'est que de 1/600 à 1/400 pour ceux qui sont formés de flls métalliques, et qui peut atteindre 4 à 6 7^ avec Taloès. Cette déformation n'est pas l'indice d'une insuffisance de solidité. La longueur reste ensuite à peu près constante pendant longtemps. Mais, vers la fin, les câbles végétaux éprouvent un allongement extraordinairement rapide, jusqu'à 3 7o en 12 heures. Un tel fait est le précurseur d'une catastrophe imminente, si
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Texploitant, ainsi averti qu1I a dépassé les limites de la pi*udence, iraiTùte pas le service sur le moment même.
Il est bon, autant que possible, de ne pas renouveler en même temps les deux câbles d'un puits d'extraction, mais de faire chevaucher la durée de chacun d'eux sur celle du second. De cette manière, on possède toujours un cordage plus neuf que lautre. C'est è celui-là que Ton confiera de préférence les manœuvres les plus délicates. U est toutefois essentiel de ne lui accorder cette confiance qu'après un délai de quelques jours, suffisant pour qu'il ait fait ses preuves.
Il est utile d'avoir toujours sur le carreau de la mine un ou deux cables en avance, de manière à éviter tout chômage en cas de circonstances imprévues.
790 — Le travail utile d'un câble d'cxti*action résulte à la fois ilu nombre de cordées et de Timportance de l'enlevage. Il s'évalue ^it en milliards de kilogrammètres, soit en milliei*s de tonnes i'ievées à 400 mètres pendant la durée totale de son service. Quelquefois on n'y fait figurer que la houille. Dans d'autres cas, on y comprend en outre avec raison le i>oîds des terres stériles, de l'eau, des hommes, etc. ; ce qui peut modifier complètement le résultat du premier point de vue(*). Il serait important que l'on eiU toujours h cet égard le soin de spécifier avec précision Finterprétation des chiffres que Ton indique. On remarquera d'ailleurs que la cunnaisbance du travail effectué est absolument insuffisante pour comparer les qualités de divers cordages, car cette donnée dépend essentielle-
/, L'extraction eflfectuêe imr la Société des iniiios de I.eiis, en 1882-1883, s'ohI décoiii- [losée de la manière suivante :
Charbon 1 067 297 tonnées
Ouvriers 50 207 tonnes
Terres 127 TiSO —
Escaillage 55101 —
Fumiers 020 —
Vieux boi> I 305 —
Eau. 185 886 —
427 048 tonnes 427 048 ^ TtTiL, 1 404045 tonnes
ment des conditions dans lesquelles ils ont été appelés à fonctionner, et de celles pour lesquelles ils avaient été établis. Nous signalerons cependant que, pour un câble d'extraction en aloès» le travail utile (sans tenir compte du poids mort de la cage et des wagonnets) atteint facilement 20 à 30 milliards de kilogrammètres; il dépasse parfois 100 milliards; on a même cité des chiffres voisins de 150. En ce qui concerne Tacier, une statistique établie pour le bassin de la Ruhr (') a donné une moyenne de 41 milliards de kilogrammètres pour les câbles ronds retirés du service de 1878 à 1887, et de 29 pour les câbles plats. Ces chiffres sont souvent majorés dans la pratique; avec la section ronde notamment, on a quelquefois dépassé 100 milliai'ds. Quant aux résultats relatifs au fer, ils sont toujours très inférieurs.
Lorsque Ton fait entrer le poids mort dans Tévaluation du travail, on obtient des chiffres deux ou trois fois supérieurs.
791 — Il est bon d'associer les responsabilités de Icxploitant et du fabricant de câbles. Le projet s'établit sur les données fournies par le premier, d'après les éludes spéciales et l'expérience du second, contrôlées par une discussion commune. Le fournisseur garantit souvent le cordage qu'il a livré, soit pendant une certaine durée dans des conditions de service prévues, soit pour un tonnage ou un travail déterminé. On peut s'engager à lui allouer une prime proportionnelle à l'excédent de tonnage extrait au delà du minimum fixé, en exigeant en revanche de lui une indemnité équivalente, ou même supérieure, pour le cas où le câble n'atteindrait pas ce minimum. Bien entendu une garantie de ce genre ne dispense nullement de la surveillance constante à exercer sur les engins. On doit même recommander, si la distance le permet, de faire eflectuer des vîsîtDs* périodiques, par exemple mensuelles, par le fabricant ou ses délégués, sans préjudice de. celles dont reste chargé (N° 787) l'agent de la mine qui a la responsabilité des câbles.
(*) Vertongen, Hecherchsê statistiques sur les ruptures et le travail des câbles et extraction dans le district de Dortmund, Termonde, 1890, p. 5. — Voir en outre, pour le district de Breslau, Annales, 9", I, 139, et Circulaire n» 507 du Comité central des liouillères de France.
II est peu dlndustries pour lesquelles il soit plus indispensable de pouvoir se reposer sur la confiance que méritent des fabricants ayant fait leurs preuves, et soigneux de leur renommée. Des fraudes coupables ont été parfois signalées, de la part de maisons d'ordre inférieur, par suite de l'introduction de textiles de natures inégales, ou même d'anciens déchets, dans la région médiane où ne peuvent être effectuées les prises d^échantillons. Mais, en dehors même d'aussi coupables abus de confiance, on ne peut méconnaître que la solidité d'un câble, et par suite la vie des hommes, dépendra au premier chef des soins et de Texactitude qui auront présidé à sa fabrication, qualités qu'un examen ultérieur ne saurait mettre en évidence d'une manière suffisamment positive. Certains exploitants ont jugé bon d'avoir plusieurs fournisseurs, et de les charger respectivement de la surveillance du câble de leur concurrent.