CHAPITRE XXIVI
§1 ciscuLATlem sans sachine
9Z9 — Circulation intérieure. — Nous consacrerons ce chapitre à Tétude des moyens employés pour Tintroduction et la circulation du personnel dans les mines (').
Pour se rendre à son poste de travail, Touvrier doit suivre le chemin le plus court ou celui qui lui est désigné, et s'abstenir de circuler au hasard dans Tintérieur. 11 lui est interdit» en principe, de passer par les voies de retour d'air des quartiers grisouteux. Il doit redoubler d'attention en circulant dans les galeries parcourues par des chevaux. Lorsque ces dernières sont à voie unique, il est nécessaire d'y ménager des refuges espacés de 100 mètres au plus. Les voies interdites sont barrées à leurs extrémités par des planches disposées en croix, ou plutôt par des barrières.
Pour monter de la voie de fond dans les tailles, on emploie, quand il y a lieu, des bures de petit calibre, boisés en carré, avec des cadres très rapprochés. On y monte en s'arc-boutant, du dos et des pieds, contre les parois opposées, et en s'aidant des coudes, sur les parois latérales. Cette manœuvre fatigante ne saurait, bien entendu, se prolonger que sur de faibles hauteurs.
(M Reumaux. Congre» mtemalûnuU des mines et de la métallurgie de rExposition anÎTCneUe de 1899. Questions se rapportant à la montée, à la descente et à la circulation des ouvriers mineurs (BuU. min., y, ni).
On la facilite en cloisonnant ces cheminées avec des planchers horizontaux, disposés de mètre en mètre, de manière à recouvrir la moitié seulement de la section. On les dévie, chaque fois, d'un angle droit, de manière à former une sorte d*escalier tournant. De simples traverses de bois peuvent également suffire pour ce dernier dispositif.
On emploie aussi de courtes échelles de cordes, mais plus souvent encore, des échelles de bois.
Lorsqu'il ne s'agit que de faciliter la descente, en réservant la question de la montée, on dispose côte à côte deux longrines de bois parfaitement poli. Le mineur se couche sur le dos, et se laisse couler en bas, en modérant sa vitesse à Taide d'une main-courante en corde, qu'il serre avec un gant (*).
Ces divers moyens sont d'un usage jde plus en plus exceptionnel et la coordination rationnelle des méthodes d'exploitation tend aujourd'hui à ménager des ressources beaucoup plus faciles pour la circulation à l'intérieur. Nous citerons en passant, dans cet ordre d'idées, les trains d'ouvriers qui ont fonctionné aux mines de I^ens pour desservir des chantiers situés à près de 2 kilomètres du puits. Us étaient composés d'un certain nombre de berlines et pouvaient, grâce au bon état de la voie, être remorqués par un cheval au trot. Us circulaient à heures fixes au commencement et à la fin du travail.
Concentrons maintenant notre attention sur les moyens d'introduction et de sortie de l'ouvrier, du jour au fond et inversement.
929 — Fendues. — On utilise parfois des galeries inclinées» lorsque la profondeur et la configuration topographique le permettent. On est arrivé ainsi à racheter de grandes différences de niveau. Lorsque la pente de la galerie devient très marquée, on assure le pied des hommes, en garnissant la sole de rondins placés en travers. Ces ouvrages doivent présenter une hauteur suffisante. S'il est déjà très pénible de marcher courbé dans une galerie
(*) Je rappeUerai, à ce sig'et, le chariot de Mazeoaj, employé pour parcourir rapidement des distances horizontales [tome I, p. 771, note).
TRANSUT10N DU PERSONNEL. 35iS
horizontale, il devient impraticable' de se' pencher en avant, pour descendre dans lAieYendue trop basserdeF plafond.
Rien n'oblige à établir ces ouvrajges* d^ine manière rectiligne, el Ton peut les disposer suivant une ligne à double courbure. Ils rappellent alors les tunnels hélicoïdaux que Ton introduit dans le tracé des chemins de fer au milieu des régions montagneuses, lorsque le flanc des vallées ne permet pas de s'élever au niveau voulu, avec un développement à ciel outert suffisant pour ne pas dépasser les limites de pente acceptables par la traction à vapeur. On ajoute, en ce cas, un supplément de circonvolutions souterraines. Ce principe est même emjdoyé, dans certaines exploitations chinoises, pour fournir un moyen d'extraction, absolument barbare du reste, dans lequel de petits chariots sont traînés sur ces pentes, plus ou moins hélicoïdales, du fond jusqu'au jour.
Dans quelques mines de l'Occident, on a établi de véritables escaliers, tournants ou rectilignes ('). 11 en existe un de neuf cents marches à Yaldonne, et un autre de mille marches à Gréasque (Bouches-du-Rhône). On en a employé aussi à Commentry. La mine de sel de Wieliczka (Pologne) possède une belle vis en maçonnerie, de 86 mètres de hauteur. Les Arabes ont construit, en Egypte, un escalier tournant de 88 mètres dans le puits de Joseph, qui présente 8 mètres de diamètre sur une partie de sa hauteur C). Dans la mine d'argent de Sala (Suède), on descend jusqu'à! 70 mètres avec des escaliers, et au delà au moyen d'échéllcs. A ta mine d'argent de Chanarcillo (Chili), la descente se fait par de semblables boyaux, jusqu'à près de 400 mètres. Dans les vieux travaux de l'Allerheiligen Gangi à SchenriHitr, se voit encore un escalier tournant, percé à la pointerolle, et formé de quatre rampes disposées à angle droit Tune à la suite de l'autre. Les marches sont faites de pièces de bois encastrées dans les parois. On s'explique difficilement dans quel but a pu être percé, au prix de tels èfTorts, uil ouvrage aussi luxueux (*). A la mille de Dortsfeld (Westphalie), le puits de sortie d'air est incliné. Un escalier en pierre y règne
(•) Atmalei, 7% tH, 573. "
(*j D^ Gustave L^n. CitiîUation deê Arabes, 243.
(») Zeiller et Benry (i4iimifi»,>,'nr/573).
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jusqu'au fond à 297 mètres. Les voies de tous les étages y débouchent. Ce puits possède deux issues : l'une normale dans les bâtiments, l'autre au dehors pour prévoir le cas d'incendie.
930 — Échelles. — Le moyen par excellence de descente dans les mines a été» pendant les siècles qui se sont succédé jusqu'à celui-ci, l'emploi des échelles. Si d'autres procédés tendent aujourd'hui à prévaloir pour l'usage courant, rien ne dispense en aucun cas d'établir, sur un certain nombre de puits, des répétitions d'échelles, afin d'assurer la sortie du personnel dans l'hypothèse où les moyens mécaniques viendraient à être désorganisés (*).
Les échelles se font en bois ou en fer. Dans ce dernier cas, les montants sont en fer plat, de 6 à 7 centimètres de largeur, sur 6 à 7 millimètres d'épaisseur. Leur écartement est de 25 centimètres. Les échelons, en fer rond, présentent au moins 25 millimètres de diamètre, et se succèdent à 20 ou 25 centimètres d'intervalle, le prix du mètre courant peut varier pour les échelles en fer de 3',50 à 7 francs, et son poids, de 8 à 10 kilogrammes.
Ces appareils sont d'une solidité absolue, et d'une durée indéfinie lorsqu'ils sont galvanisés; ils ont en outre l'avantage de ne pouvoir être détruits par le feu; mais ils sont chers. Un inconvénient plus grave encore réside dans la conductibilité du métal. Il est très froid au contact, surtout en hiver, aux approches de la surface, et avec les suintements qui le mouillent. Cette température glace et paralyse les mains, au moment où toute la fatigue de l'ascension s'est successivement accumulée. Pour ce motif, il est préférable de ne pas placer d'échelles métalliques au voisinage du jour, dans les puits d'entrée d'air. Leur emploi se recommande au contraire pour la partie voisine du puisard, où elles sont sou-
(*) lies descendcries du service ordinaire se placent toujours dans Tair pur, en vxe d'améliorer la respiration des hommes, et de diminuer le danger des lampes dans les exploitations grisouteuses. Pour les cas, très rares, où l'on établit des échelles de sei^ vice dans le puits de retour d'air, il faut disposer^ à la partie supérieure, une chambre et des portes jouant le rôle de sas à air, puisque le puits doit rester fermé, afln de pe^ mettre le jeu du ventilateur aspirant. Si les échelles sont installées dans un compa^ tinient des puits d'extraction, la cloison doit être étanche et non à claires-voies, dans la crainte que quelque fragment tombé des bennes ne vienne atteindi^e les hommes.
TRANSLATION DU PERSONNEL. i&5
vent recouvertes par les eaux, ainsi qu'au bas des puits en fonçage afin de niieux résister aux coups de mine.
Les échelles de bois ont des montants de 3 à 5 centimètres de largeur, suivant le plan de Téchelle, et 10 à 12 centimètres d'épaisseur, dans le sens perpendiculaire. Les échelons présentent 4 & 5 centimètres de diamètre, quand ils sont ronds. Souvent on leur donne une forme méplate, afin qu'ils résistent par leur tranche au poids du corps. Il est important que le système soit bien rigide, sans flexions ni oscillations. Le prix du mètre courant est de 2',25 à 3 francs.
On fait quelquefois usage d'échelles de perroqttet^ formées d'un seul montant, que traversent des échelons en bois ou en fer faisant saillie de part et d'autre; mais ces engins présentent plus de danger que le type ordinaire.
Le bois a le défaut de pourrir et de s'user rapidement. On a soin d'interdire aux mineurs de descendre avec des souliers ferrés. Souvent, d'ailleurs, ils sont pieds nus. Pour le cas où quelque échelon menacerait ruine, il faut, autant que possible, prendre rhabitude de tenir les pieds près de l'encastrement, et de ne pas lâcher une main avant d'avoir bien assuré l'autre.
93t — On dispose quelquefois les échelles verticalement, en les maintenant toutefois à une distance de la paroi suffisante pour que la pointe du pied puisse se loger. Dans cette situation, elles tiennent moins de place, et peuvent être fixées avec beaucoup de solidité. Mais les hommes se trouvent alors placés exactement les uns au-dessus des autres, ce qui aggrave considérablement les conséquences de la chute de l'un d'eux,. ou d'un outil. Déplus, la montée devient incomparablement plus fatigante, que si l'on donne aux échelles une certaine inclinaison.
Il convient donc de renoncer aux échelles verticales toutes les fois que la profondeur du puits est notable, et dépasse, par exemple, iO mètres. La pente la plus favorable est celle de 70 degrés; on ne doit pas dépasser 80*. Par là le centre de gravité du corps reste à pçuprès sur la verticale du point d'appui, au lieu qu'avec l'échelle ^eriica),e, il s^ trouve nécessairemept, en, dehors. Le moment du
poids, par rapport à l'échelon qui sert de base, ne peut donc être contre-balancé, pour l'équilibre, que par celui d'une tension développée dans les bras, ce qui détermine un excédent de lassitude absolument inutile.
En raison de l'accumulation de la fatigue, on dispose les échelles en répétition, avec des planchers intermédiaires qui permettent aux hommes de reprendre haleine, de motif suffirait à lui seul, pour les échelles verticales. Mais, avec le dispositif incliné, il s'y joint évidemment la nécessité d'assurer le pied de Téchelle, à une distance de la paroi dont te rapport à la hauteur est marqué par cotang 70", c'esl-à-dire environ 4/11, ou 36 "/»• Ces planchers se font à clairesvoies, afin que l'eau n'y puisse séjourner par-dessus, ni le grisou par-dessous. L'oubli de cette prescription a donné lieu à de nombreux accidents. On peut constituer ces cloisons à l'aide de grilles métalliques. Elles sont percées d'un Irou rectangulaire , suffisant pour le passage du corps de l'homme. L'échelle se redresse verticalement pour cette traversée (fig. 631, 652), puis elle dépasse de 1 mètre au moins le plancher qui la surmonte. A défaut de cette dernïÈré Fig. 6Siei6st- Échelles. disposition, On fixe dans la paroi, sur une hauteur égale, des poignées en fer que le mineur saisit avec les mains pour assurer sa sortie, lorsqu'il prend pied sur le palier.
Les échelles peuvent être, d'une travée à l'autre, établies suivant deux dispositifs diiïérents : parallèle (fig. 631 ), ou crotsi' (fig. 632j- Le premier présente plus de sé^curité, l'échelle recouvrant en projection l'ouverture du plancher inférieur.
Lorsqu'elles sont placées dans lé puits d'extraction, il faut les isoler 'par une solide cloison du compartiment où se meuvent les
cages. Sinon tout mouvement de ces dernières doit être interdit pendant qu'on circule par les échelles.
SOT — Utilité des moyens mécaniques. — Les moyens d'ascension sans machine, et à Tatde de la seule force musculaire, occasionnent une grande perte de temps, ainsi qu'une fatigue considérable. On comprend facilement que ce ne soit qu'une simple ques* lion de profondeur pour atteindre un tel point, que tout le travail dont Thomme est susceptible dans sa journée suffirait uniquement à sa descente et à sa montée, en ne lui permettant d'effectuer, dans le fond, aucune l)esogne utile. Sans même pousser par la pensée les choses à cet extrême, on doit craindre qu'aux grandes profondeurs, la fatigue de l'ascension ne réduise le rendement du piqueur d'une manière tout à fait antiéconomique.
Si ToQ suppose, par exemple, le poids du corps égal à 70 kilogrammes, chaque centaine de mètres représente^ pour la montée (en passant sous silence Teflet de la descente), un travail de iOOO kilogram mètres. Or nous avons vu (*) que la capacité journalière de travail d'un homme placé dans les conditions les plus favorables, quand il ne fait qu'élever son propre coips en pente douce, est de 280 000 kilogrammètrcs. Il convient, sans doute, de n'admettre au plus ici que la moitié de ce chiffre, afin de tenir compte des conditions bien différentes de l'ascension parles échelles de mines, ainsi que de l'appoint nécessaire pour la fatigue de la descente. Cette moitié représente, dès lors, l'ascension de 2 kilomètres d'échelles; et, par conséquent, dans une exploitation de 500 mètres de profondeur, on aura d^jà dépensé un quart de la puissance du mineur, par le^ul fait de son introduction dans les travaux. Or un très grand nombre de mines dépassent aujourd'hui ce chiffre.
Remarquons, d'ailleurs, que le calcul précédent prend pour base le rendement qui est propre à l'homme fait, dans des conditions moyennes, mais en possession de toute sa vigueur, tandis que le personnel d'une exploitation renferme également des ouvriers déjà fatigués par l'âge et des enfants, qui n'auraient cependant pas d'autre moyen de transport.
C; Tome L p. 875.
Il est inutile d'ajouter enfin que des considérations évidentes d'hygiène et d'humanité militeront également pour que Ton n'impose pas une pareille épreuve à l'ouvrier, s'il est possible de la lui épargner.
Il ne faudrait pas croire d'ailleurs que la circulation par le^ échelles ait le mérite de présenter un avantage exceptionnel au point de vue de la sécurité; les accidents qu'elle occasionne ne semblent pas moins nombreux que ceux qui résultent de la translation par les machines (*).
933 — Les appareils oscillants ont été, comme nous favons vu (N° 905), abandonnés par les exploitants en ce qui concerne l'extraction des minerais ; non pas que le principe de loscillatioii de longrines équilibrées ne fût, en lui-même, très ingénieux; mais en raison de l'extrême complication d'organes, qu'il avait été nécessaire d'introduire pour rendre automatiques les manœuvres
(^) D*après une statistique établie par la Commission anglaise des accidents de mino< pour la période décennale 1 875-1 882« la moyenne annuelle desdéc(>8 par accident aurait été, pendant ce temps et pour la région considérée, de 0,189 par 1000 ouvriers (fond et jour réunis) avec les échelles, et de 0,152 avec les systèmes de translation mécanique (l/)rieux, ÂnnaU», 8% X, 158. — Reumaux, Bull, min., 5*, III, 754).
D'autres relevés donnent des résultats plus favorables aux échelles. Le tableau sui\'ant est établi d'après les statistiques du royaume de Prusse :