‹ Cours d'exploitation des minesChapitre 93 sur 131 · DES VICTIMES · texte numérisé non relu

DES VICTIMES

Les boisages sont renversés. L'éboulement en est la conséquence , par suite l'obstruction des chemins d'air, et des galeries par lesquelles pourrait s'effectuer le sauvetage. Ces complications funestes sont parfois aggravées par la persistance de quelques exploitants à considérer les retours d'air comme des voies sacrifiées, et à les l'iablir sur une petite section, contrairement aux règles formelles qui ont été présentées à cet égard (N° 1172).

Les cloisons sont détruites, les portes renvereées; le foyer d'aérage, le ventilateur, souvent disloqués. Le courant d'air est donc interrompu, ce qui supprime alors la possibilité de rentrer directement dans les travaux.

Les soufflards restent allumés, lorsqu'ils trouvent encore assez (l'oxygène. Ils feront donc de nouveau sauter la mine, si le grisou < onlinue k l'envahir. Ils pourront également communiquer l'incendie au charbon, ou aux bois de soutènement.

Les guidages sont quelquefois déviés, et la descente des cages londue impossible. Une épaisse colonne de fumée, et même des flammes livides s'échappent par l'orifice des puits,

Après la première expansion arrivent le refroidissement, la contraction des gaz, et la condensation de la vapeur d'eau. Il en résulte un choc en retour, suivi de quelques oscillations, dont la violence va eu diminuant.

La confusion, le désespoir régnent aux abords des puits, et f^ependant jamais Tordre et la présence d'esprit n'ont été plus nécessaires, pour procéder aux mesures de sauvetage.

740 ÂËRâGë.

1815 — Pour préciser davantage cette funèbre description, je compléterai ces indications générales par l'esquisse de quelquesuns des plus lugubres coups de feu qui aient frappé rattention publique en France, en Angleterre, en Belgique ou en Alleraagnei').

Puits Sainte-Eugénie (Montceau-les-Mines), — 89 victimes, — 12 septembre 1867. — L'ancien puits Cinq-Sous a été le théâtre de plusieurs explosions (*). La plus meurtrière eut lieu en 1867, et devint l'occasion du changement de nom de ce district, qui fut appel»' depuis Sainte-Eugénie,

L'air entrait par le puits n* 2 (fig. 800), suivait la ooslresse du niveau de 200 mètres, montait, le long du plan incliné de Guinot au niveau 188, parcourait les dépilages du Nord, qui se trouvaient alors en neuvième tranche horizontale, passait, par le bure A, dans le niveau 170, et par le bure B, dans le niveau 165. qu'il suivait jusqu'au puits n** 1. Quelques travaux antérieurs avaient été remblayés. Ils sont figurés en noir sur le plan. Um^ descenderie était attaquée à l'aval-pendage du niveau 200. Le grisou s'y était montré, sans abondance du reste, ainsi que dans le quartier du Nord. La mine était ventilée par aérage naturel.

1816 — Le 12 septembre 1867, à onze heures du matin, une formidable explosion anéantit tous les ouvriers de ces deux régions.

(*) Je signalerai en outre celui de Dlantyre (Sauvage, Annales, 7*, XHI, 599, Bulitnn); celui d'Abrara [Maurice Luuyt, Annalei, %; V, 97); celui du puits Sainte-Barbe de Graissessac (Bourguet, Considérations générales sur la marche et les résultats à' l'explosion du grisou, in-8», Paris, 1877): et celui de Bèzenet {CHM, 1882, 157); ceui des mines de Campagnac en 1888 {Annales, 8% XIX, 396), des raines d'Anina (Hongrie en 1894 (BulL min , 3% IX, 161], de Malago-Valc prés Bristol en 1895 [Bull, mm., $'. IX. 475.— CoUiery Guardian, 24 mai 1805], de Quarter-CoUiery en 1895 [Btdl. mim., 3% X, i?^9.-^ CoUiery Guardian, 11 octobre 1895), les catastrophes du puits Verpilleu\ (Loire) (Annales, S% XX, 389. — C/f;tf, 1889, 1«6), de la mine d'Albion à Poolypridd {CliM. 1894, 257. — CoUiery Guardian, 22 mars 1895. — Zeiischrift BBS, XIJH 1- livr.) et de Karwin (Ciîlf, 1894, 477).

(*) Delafond, Pièces annexées, etc., 2« fasc, 18. — Mathet, Étude sur le grisw, 4ô,

COCPS DE FEU.

Quelques autres succombèrent en divers endroits. On a marqué sur le plan, autant que possible, leur situation par des points noirs ;

Zôtl «î.ïOcf

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les petits cercles blancs figurant les hommes simplement blessés, ou sauvés. On admit que Tinflammation était partie de la descendetie, dans laquelle se produisirent des éboulements considérables. Les

ÂJËRAGË.

flammes s'étendii^ent à partir de là, suivant le sens maiH]ué par le^ flèches. Le plus grand développement de Tcxplosion s'étendait ve^ le Nord, où la ventilation avait dû en cfl'et entraîner le grisou exhalé

par la bouche de la descenderic. Les ouvriers placés sur lepai^^"*^ étaient brûlés ; ceux des ouvrages en cul-de-sac, pour la F'P^ asphyxiés.

Les diverses explosions du puits Sainte-Eugénie ont eu lieu aux dates suivantes : 25 avril 1851 (6 victimes), 29 septembre 1855 (15 victimes), 12 décembre 1867 (89 victimes), 8 novembre 1872 |41 victimes) : total 149 morts. Les points de départ de ces catastrophes sont marqués sur la figure 801, et manifestent, par leur groupement, Texistcnce d'une région particulièrement dangereuse, dans le voisinage de la faille de TEst.

1317 — Puits Jabin (Saint-Etienne, Loire), ^- 180 victimes, — 4 février 1876. — Le puits Jabin (*) avait été déjà, en novembre 1871 , le théâtre d'une première explosion, dans laquelle 70 hommes perdirent la vie. La mine se trouvait, depuis cette époque, pourvue de tous les moyens de sûreté. L'aérage était fourni par un Guibal, de 9 mètres de diamètre et 2 mètres de largeur. Il marchait à 48 tours au moment du coup de feu, et devait, à cette allure, fournir près de 20 mètres cubes par seconde, avec une assez forte dépression. L'éclairage se faisait avec des lampes Mueseler, munies de la fermeture Villiers(N**1288). Le tirage à la poudre était sévèrement réglementé, et les coups de mine devaient être allumés par les chefs de poste. Des portes Verpilleux (N* 1168) avaient été installées au point V (fig. 802). Elles furent retrouvées tordues. Elles avaient donc fonctionné, mais en laissant passer le feu.

Le puits a 520 mètres de profondeur, et sert à exploiter la 8* couche du système moyen de Saint-Étieiine. Elle présente une faible inclinaison de 12 à 15 7o» et une puissance de 2", 50 à 5 mètres, séparée en deux par un nerf qui forme un faux toit pour les 2 mètres du mur, seuls exploités. La crue du toit n'était enlevée que dans la région marquée en pointillé (fig. 802), pour laquelle l'entredeux prend plus d'importance. On extrayait 550 tonnes par jour, avec 200 ouvriers environ. L'importance de ce rendement tient à la faible consistance du charbon gras et poussiéreux, qui donne beaucoup de menu. On observait très rarement le grisou dans les dépilages, et quelquefois pendant le traçage, aux approches des lailles, qui forment, pour le champ d'exploitation, une limite naturelle.

/i Burat, Pièces annexées j etc.. 1" fasc, 31. — Malhet, Élude sur le grisou, 61.

741 AÉHAGE.

En s'éloignsnt du puils, on avait dirigé dans les deux sens une mai tresse-voie horizontale, à partir de laquelle on s'était élevé dans l'amont-pcndage. par des plans inclinés reliant les costresses. L' dépilage de cette région tirait à sa fui. On remblayait complètement, sans pourtant parvenir à empêcher des tassements, qui s'étendaient, sur certains points, jusqu'à la surface. Les chantiers se trouvaient

pour la plupart en amont des parties dépilées, auxquelles iU sellaient d'exutoires naturels.

L'air, entrant par le puits Jahin, se réparlissait en deux circuits, ('elui du nord-est se divisait lui-même en deux branches. L'unf d'elles suivait le trajet ABCD. pour gagner le puits de retour d'air, en empruntant, sur une partie de ce parcours, les travaux de la veine du toit, marqués en pointillé. La seconde branche. monUnI par le plan incliné, parcourait AKCD. Enfin le courant du sudouest suivait le trajet l-'D. En un point de son développement, '"isin de l'extrémité terminale, se trouvait une descente, que l'o"

coups DE FEU. 745

n'avait pas jugée dangereuse, en raison de la faiblesse de Tinclinaison.

1318 — Le 4 février 1876, à 2 heures 40 minutes de Taprèsniidi, on entendit à la surface une légère détonation, et Ton ressentit, en même temps, un certain ébranlement du sol. On vit immédiatement sortir par le puits Jabin, qui servait à Tentrcc de Tair, aussi bien que par le puits Saint-François du ventilateur, d'épaisses colonnes de fumée noire. La première ne persista qu*un instant, et le mouvement des cages ne fut pas entravé pour le sauvetage. Celle du puits de sortie persista pendant plusieurs heures, en décroissant peu à peu. Cependant le ventilateur ne fut pas arrêté.

L'explosion, dont le point de départ précis est resté inconnu, s'était propagée jusqu'aux accrochages. On a lieu de penser qu'elle s est produite dans le quartier Neyron, qu'il a fallu cerner, en raison de rincendie, et laisser depuis lors inaccessible, malgré la présence d'un grand nombre de cadavres que l'on a été contraint d'abandonner. La cause de l'inflammation est restée problématique. L'explosion a élé extrêmement violente. De grands éboulements, des berlines de tôle aplaties, des lampes tordues, en multipliaient les preuves. Le caractère le plus saillant de cette catastrophe est le grand développement du parcours du coup de feu. On a cherché à l'expliquer, soit par une trop grande vitesse de l'aérage (N* 1149), soit par l'intervention des poussières (N* 1532), en raison de la grande quantité de croûtes de coke qui recouvraient les parois.

1319 — Burgk (bassin de Plaucn, Saxe roydle), — 276 victimes, — 2 août 1869 (*). — La mine se trouvait en communication avec le jour par deux puits rectangulaires : Segen-Gottes de 5", 94 sur i°,y8 et 495 mètres de profondeur; Neu-Hoffnung de 4",05 sur 1°',41 et 596 mètres de hauteur. L'air entrait par le premier, et sortait par un compartiment de 5"*, 52 pratiqué dans le second, l'extraction journalière comprenait 500 tonnes d'un combustible

(*) PA. Allemagne, 19.

un peu pyriteux, assez inflammable spontanément, placé par sa nature sur la limite des houilles sèches à longue flamme et des houilles grasses. La puissance est de 4 mètres en moyenne, la direction E.-S.-E. ; le plongement varie de 10 à 20 degrés S.-S.-O. La formation renferme des nerfs siliceux, elle est fréquemment rejetée de quelques mètres. C'est dans ces parties accidentées que l'on trouve quelques soufffards.

Cependant la mine avait toujours passé pour être très peu grisouteuse, au point que l'on se servait de lampes à feu nu, et que Ton s'abstenait de faire des tournées de vérification le lendemain des chômages, si ce n'est dans quelques parties suspectes. L'aération était naturelle, sous l'influence d'une dénivellation de 19",40 entre les orifices des deux puils. La mine communiquait encore avec l'extérieur par une galerie en descente, mais sans relation avec Taérage. La ventilation était descendante dans une partie du parcours. Pour l'activer, on injectait de la vapeur, à une pelilo profondeur, dans le puits de sortie, dont elle élevait la température jusqu'à 52 degrés.

L'exploitation se faisait par massifs longs, de 20 mètres de relevée. On dépitait en battant en retraite, par ouvrages montants conligi^ de 4 mètres, conduits un peu obliquement sur l'inclinaison. On enlevait une hauteur de 2", 85 et l'on reprenait ce que l'on pouvait du surplus en déboisant. L'éboulement se propageait parfois à d'asseï grandes hauteurs. On travaillait à la poudre.

t3«0 — Le lundi matin 2 août 1869, on vit une centaine d'hommes manquer à l'appel, à la suite d'une fête qui avait eu lieu pendant le chômage de la veille. Mais 281 ouvriers étaient descendus, depuis une heure environ, lorsque à 5 heures 45 minutes se produisit l'explosion. Une épaisse colonne de fumée et de poussière sortit par les deux puits. Ce ne fut qu'au bout d'un quart d'heure qu'elle cessa dans la fosse Segen-Gottes, et que Ion put rentrer à la faveur de l'air frais ; toutefois on ne parvint que le lendemain soir au pied du puits de sortie.

Au moment môme de l'accident, le mécanicien de Neu-Hoffnunjr. recevant le siiçnal du fond, enleva le câble. Il ramena deux horanie^

asphyxiés, que l'on put rappeler à la Vie, Ils venaient de descendre, et avaient remarqué un coup d'air, qui avait légèrement soulevé laçage. Ils s'étaient déjà avancés d'une vingtaine de mètres dans le travers-bancs, lorsqu'en voyant arriver un nuage noir de poussières, ils s'enfuirent et s'embarquèi^ent précipitamment. L'envoyeur donna le signal, sans avoir le temps de s'embarquer lui-même, frappé mortellement par le gaz irrespirable, et tenant encore sa corde à la main.

Au bout d'un quart d'heure, trois ouvrière sortirent par la descenderie, fuyant l'explosion dont ils avaient entendu le bruit; ces cinq hommes échappèrent seuls à la mort. Sur les 276 autres, 142 furent atteints par l'explosion, et 134 périrent par asphvTcie. ( n grand nombre d'entre eux, réfugiés dans un cul-de-sac montant, résistèrent pendant plusieurs heures, comme on le recoimut par les papiers qu'ils eurent le temps d'écrire.

Deux mois après, les 276 cadavres étaient sortis, et la mine prête à reprendre le travail. Les ravages matériels étaient peu considérables, bien que le champ sur lequel s'était étendue l'explosion fût de 1300 mètres en direction, et 640 mètres en inclinaison. Des croûtes de coke furent retrouvées sur les bois.

On remarqua que les jours précédents avaient été signalés par une température très élevée, atteignant 24 degrés centigrades en moyenne, et 34 au maximum. Le baromètre avait éprouvé, le môme jour, une baisse de 9 millimètres. La veille était un jour de chômage, ainsi que nous l'avons dit, et une partie du puits de retour se trouvait encombrée par un plancher de réparation. Cependant les indices recueillis montrent que la ventilation élait encore suffisante. On ne peut se dispenser d'insister sur ce point, que la mine est passée subitement d'un état à peine suspect, et constituant une exploitation faiblement grisouteuse, à une catastrophe qui occupe, par le nombre des victimes, le troisième rang sur la funèbre liste des coups de feu. En outre, cette explosion d'un ensemble de travaux aussi vastes s'est produite avec un aérage relativement faible, contrairement à la théorie qui a cherché à expliquer, par une trop grande activité de la ventilation, l'expansion des déflagrations intérieures (N° 1139).

1321 — Briïckenberg (bassin de Zwickaii, Saxe royale), ~ 89 victimes, — 1^' décembre 1879. — Le puits n*2 de Brùckenberg f ). de 5", '25 sur 2'°,53 traverse, à 560 et à 600 mètres, la couche sup?rieure et la couche inférieure, toutes les deux de 4 mètres de puissance, dirigées à l'est, et plongeant de 10 degrés au nord. L'extraction était de 300 tonnes d'un combustible intermédiaii'e m\v^ les houilles grasses et les houilles sèches à longue flamme. Le traçage se faisait sur 4 mèlres de hauteur, et 3 mètres de largeur.

La couche inférieure, quoique la plus grisouteuse, avait toujoui's fourni assez peu de gaz pour que Ton conservât la lampe à feu nu. sauf pour les visites effectuées le lendemain d'un chômage. I^s lampes éternelles brûlaient dans la mine (N'' i'255). La ventilation était de 5 mètres cubes par seconde, circulant avec une vitesse de 0°,2e5. La totalité du courant entrait par le puits n" 2. Une partie aérait la couche supérieure, en se rendant au puits n" 4. situé à une distance de 540 mètres, avec une diflerencc d'altitude do 34 mèlres entre les deux orifices. Le reste du débit ventilait la couche inférieure, et s'y séparait encore en deux circuits. L'une des dérivations, revenant dans le banc supérieur, se rendait au n** 4, avec le courant spécial à celte couche. La seconde retournait à un goyot d'aérage de l'^SSO pratiqué au n" 2, avec un tirage actionné par la cheminée des chaudières à vapeur.

t^Uftft — Le i" décembre 1879, un coup de mine tiré à la profondeur de 564 mètres, pour la préparation d'un nouvel accrochage. creva la cloison d'aérage. Il en résulta un certain Irouble dans la •ventilation, et l'on éteignit par précaution les lampes éternelles. Vers 9 heures du soir, la cloison était réparée.

Entre 10 heures et demie et 10 heures trois quarts, l'explosion se produisit. Quelques hommes de la couche supérieure eurent le temps de fuir par le puits n° 4. D'autres ouvriers de ce chantier se portèrent au secours du personnel de la couche inférieure. Ik furent trouvés morts, en même temps que ceux qui fuyaient re quartier; 28 mineurs furent atteints par le coup de feu, 61 furent

(*) VA, AUemajnie, 93.

asphyxiés d'une manière foudroyante, si l'on en juge par l'état où fui-ent retrouvés les corps. Cependant les gaz méphitiques paraissent avoir voyagé avec la lenteur du courant ordinaire, comme l'indiquaient les distances que les victimes avaient eu le temps de parcourir» avant de tomber.

Des croules de coke recouvraient les boisages. Les dégâts malériels furent peu importants, car, au bout de 60 heures, les cadavres étaient retirés. La cloison d'aérage avait été de nouveau renvei^ée, ce qui eut pour résultat la désorganisation du courant, qui se dirigea tout entier vers le n* 4, en promenant, dans ce parcours unique, la mort à travers toute la mine.

1323 — Penicî^aig (Cardiff, Sud du pays de Galles), — 101 victimes, — 10 décembre 1880. — Les travaux, ouverts seulement depuis un an, étaient encore dans la période préparatoire (*). L'abalage était extrêmement actif; la couche, grisouteuse, et sujette à (les venues subites de gaz. Elle s'étend dans quelques exploitations voisines, où elle avait été le théâtre de plusieurs explosions graves. A une hauteur de 50 mètres environ, se trouvent, dans le toit, deux couches minces, exceptionnellement grisouteuses, au point que Ton en avait capté le gaz pour éclairer la surface. Le retour d'air général présentait une teneur de 2 7o de grisou.

On exploitait sur 2 mètres de hauteur, avec remblayage formé, en partie, de menu charbon abandonné. Ces remblais insuffisants laissaient ouverts de grands vides, jusqu'à la tombée du toit. On comprend, d'après cela, dans quelles détestables conditions se trouvaient les vieux travaux. La plus grande partie du chantier se trouvait située en amont-pendage de la galerie d'aérage, et ses montages en cul-de-sac étaient ventilés au moyen de toiles pen^ dantes, qui les divisaient en deux travées.

La mine était sèche, et le sol recouvert d'une épaisseur de 10 centimètres de poussière. On s'éclairait avec des lampes Clanny, au milieu de courants qui pouvaient avoir d'assez grandes vitesses. L'enquête a montré qu'un affaissement du toit s'est produit dans

'}) Aguillon, Annales, 1881. — Explosion zu Penicraig [QEsterreickischc Zeitschrift^ f. B. u. /A i881. H, 124).

750 AËRAGE.

la région d'où est partie l'explosion. Cette circonstance devail, a>ec d'aussi mauvaises conditions, être accompagnée d*un dégagement de grisou.

t3tS4 — Le coup se produisit la nuit, pendant le poste de réparation. Le (eu parcourut toute la mine. Oh y trouva des croûtes de coke en quantité considérable* Sur 406 ouvriers occupés dans l'intérieur, 101 furent tués; la plupart brûlés, quelques-uns pris dans les éboulements. Leur mort fut assez rapide pour qu'aucun n'eut le temps de fuir, lis furent retrouvés à leur place même de travail. La plupart étaient à genoux, la figure à terre, cachée entre leurs mains.

13125 — Seahain (Sunderland), — 16i victimes, — 8 seplcmbi-e 1880. — La couche principale était peu grisouteuse (*l, la surveillance attentive (*), retendue des travaux considérable; les quarlien^ en activité occupaient environ 250 hectares, et la partie abandonnée 600 hectares. La plupart des voies d'air avaient 2 ou 5 kilomètres de longueur. Les puits sont voisins les uns des autitïs. l^s courants se croisaient fréquemment aux environs, ep passant dans des coffres peu résistants.

13126 — L'accident se produisit à la profondeur de 466 mètres. Le coup de feu détruisit le réseau de la ventilation, en crevant le^^ crossings. L'aérage se trouva ainsi supprimé pour toute la mine. C'est incontestablement à cette vicieuse disposition que Ton dnil rapporter les énormes ravages exercés par l'asphyxie. En M 5 seulement des ouvriers de la mine ont survécu; parmi b 164 victimes, 5 seulement ont succombé à des brûlures, 11 à A^'"^ fractures, et i 50 à l'asphyxie. Des inscriptions à la craie, retrouvées de divers cùtés, ont montré que, pour beaucoup, la mortavail été lente h venir. Les traces les plus importantes de l'explosion s»' fiianifestaient dans les galeries d'entrée d'air et au voisinage i("^

(') Abel, Annales, 1\ XX.

(^] Pourlnnt iino explosion avait déjà fait 21 victimes en 1871.

COUPS DE FEU. 75i

puits, très loin des chantiers, ce qui indiquait une énorme dilatation. On n'a, nulle part, observé de croûtes de coke.

1327 — Oaks Colliery (Yorkshire), — 361 victimes, — 12 décembre 1866. — La mine des Chênes (') se trouve à 2 kilomètres de Barnsley, entre Leeds et Sheffield. La partie exploitée couvrait 122 hectares, les travaux s'étendaient dans une seule couche, main coal, et cette circonstance, en supprimant le drainage du gaz que des exploitations superposées exercent d'ordinaire les unes sur les autres, était de nature à accroître l'invasion lente du grisou, souvent activée par de violents oui burst. Cette veine a 2°, 40 de puissance, et 1/12 d'inclinaison vers Test. Elle est formée d'une houille grasse à longue flamme, évaporant 8M d'eau. La production journalière était de 680 tonnes.

Trois orifices servaient à l'exploitation. Deux puits jumeaux étaient afleclés à l'extraction, chacun pour une seule cage, sur une profondeur de 260 mètres. Une fosse de 5™, 28 de diamètre recevait le retour d'air. Les travaux s'étendaient jusqu'à 150 mètres en avalpendage des puits, desservis par une traction mécanique. La méthode suivie était le long\\'all, avec des fronts de taille de 70 à 450 mètres, partagés en redans de 20 ou 40 mètres, et un développement total de 1600 mètres. Ils étaient dirigés parallèlement au clivage, et conduits ordinairement en montant. Des galeries perpendiculaires au front de taille menaient à des voies tiernes, aboutissant elles-mêmes à la galerie de niveau. L'ensemble était complètement solidaire, sans subdivision en panneaux séparés. Les fronts de taille étaient soutenus par des piles de bois, que Ton reportait consécutivement, en laissant ébouler en arrière. Cet immense goaf, ainsi placé en aval-pendage, formait un désastreux réservoir, d'où le gaz était susceptible de sortir sous les moindres influences.

L'aérage était fourni par un foyer, installé au puits de sortie, et alimenté avec 8 mètres cubes d'air pur, venant directement du puits d'entrée. Un rampant de 64 mètres aboutissait h ce puits.

'}) Coince, Rapport de mission à la Compagnie d'Anzin. Paris, Cliaix, !868. — Embleton, Transact. NEL XXV, 29.

752 AËRâGË.

On obtenait un débit de 75 mètres cubes. Les 67 mètres cube^ appelés à passer dans les travaux acquéraient un volume de 76 mètres cubes par réchauffement, avec adjonction du grisou. Us retombaient ensuite à 70 mètres cubes, en raison d'un certain refroidissement, aux approches du puits de sortie. Le courant d'entrée si' divisait immédiatement en quatre ramifications ; la première n*atteignait pas une dépression de 15 millimètres d'eau.

Malgré un tel envoi d'air, les lampes avaient beaucoup marque dans les jours précédents, en se remplissant de flammes. On employait le type Stephenson depuis Taccident de 18i7, qui avait déjà fait 73 victimes. Avant cette époque, on s'éclairait avec de> chandelles. Mais 21 becs de gaz, alimentés par un captage do grisou, brûlaient à feu nu près du puits d'entrée, et dans la partit' supérieure du plan incliné. Enfin une lampe, également à feu nu. destinée uniquement au rallumage, se trouvait loin du puits et près des tailles.

13128 — C'est à celle dernière imprudence que Ton peut rapporter l'explosion, survenue le 12 décembre 1866, à une heure et quart de l'après-midi, au moment de la plus grande activité, et du maximum de lempérature. Un bruit sourd annonça une détonation souterraine. Des colonnes de fumée et de poussière s'élevèrent des trois fosses. A|)rès vingt minutes» Tair rentra par les puits d'extraction.

Au bout d'une heure, employée à réparer les cages, les ingénieurs descendirent et retirèrent 20 hommes, seuls survivants de^ 340 ouvriers engagés dans la mine. Mais 14 d'entre eux succombèrent ultérieurement aux suites de leurs blessures. Avec le concours de 221 volontaires fournis par les exploitations voisines, on activa la rentrée, et le 15 au matin, l'on avait déjà retiré 61 cadavres, les uns att'reusement brûlés, les autres ayant succombé à l'asphyxie. A ce moment, un survivant de l'explosion de 1847 remarqua un changement dans l'atmosphère, et donna l'alarme. Aussitôt 90 hommes se précipitèrent aux cages. Une seconde explosion se produisit, suivie, trois quarts d'heure après, d'une troisième. On reconnut alors l'impossibilité absolue de rentrer dans la

mine, bien que 28 personnes, parmi lesquelles 24 volontaires» manquassent encore à TappeL

La nuit suivante, vers quatre heures du matin, la sonnette du fond s'agita dans la chambre des machines. L'ingénieur de garde appela dans le puits. Une voix lui répondit. On improvisa rapidement des moyens de descente, en mettant en pression une machine d'atelier, et dressant un petit chevalement. Pendant ces préparatifs, on descendait, à Textrémité d'une corde, une bouteille d'eau additionnée d'eau-de-vie. La corde remonta sans la bouteille, qui avait été détachée. MM. Mammat, ingénieur des Oaks, et Embleton, volontaire, descendirent alors dans un tonneau. Ils constatèrent quune importante venue d'eau s'était formée dans le puits, à 91 mètres de la surface. Le puisard était plein. Ils abordèrent avec de grandes difficultés, et, à la clarté de l'incendie d'un train de wagons, ils aperçurent, devant la cabine du lampiste, un homme assis sur des débris, avec la bouteille sur ses genoux. Pendant leur embarquement, la tonne chavira ; l'ingénieur tomba dans le puisard, mais il put heureusement se retenir d'une main, et reprendre place dans la benne, qui remonta au jour.

Aucune voix n'avait répondu, dans les travaux, aux appels réitérés de ces hommes courageux. Ce fut le dernier effort; nulle tentative n'était plus possible. Dix-sept explosions se succédèrent; la dernière eut lieu le 18 décembre, à trois heures et demie du matin. La mine fut abandonnée pendant longtemps, afin que la privation d'air pût étoufler les incendies souterrains. Telle fut cette catastrophe, la plus meurtrière de celles que l'on doit au grisou (*).

\SZ9 — Frameries {Couchant de Mons)^ — 121 victimes, — 17 avril 1879. — La violence du dégagement instantané de TAgrappe (*) a dépassé ce qu'on avait jamais observé jusqu'alors, comme déchaînement de ce fléau destructeur. Les travaux s'étendaient aux étages de 520 et 550 mètres. Cinq ouvriers étaient occu-

(*j L'incendie de la mine de De Bccrs a encore dépassé le chiffre d'une telle hécatombe (»• 1331).

!*; Mallard et Vicaire, Annales, 7% XY, 575. — Meurgey, CRM, 1879, 101, 232. — BuU. Soc. d'enc., 3*, VI, 442. — Recueil dç^ proc('^s- verbaux de la Commission belge d çrisou, p. 149. — Arnoult, Dégagements instantanés.

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