‹ Cours d'hippiatriqueChapitre 93 sur 105 · DES PRÉJUGÉS · texte numérisé non relu

DES PRÉJUGÉS

La luzerne donne -t- elle la gale, le farcin, etc.

Bonrgelat, qui a détruit tant de préjugés, a cependant écrit que la luzerne, employée comme fourrage, causait la

gale, le farcin , les eaux aux jambes.

Peul - on raisonnablement attribuer’ d’aussi pernicieux efiels h la lu/.erne?’ Rema rque- l-on que les chevaux et lesi vaches qui, dans beaucoup d’exploitations , n’ont pas d’autre nourriture,, soient plutôt galeux ou farcineux que les animaux nourris avec du foiu ? Les» chevaux qui remontent les bateaux sur la Seine, et qui vivent de luzerne, devraient être rogneux; c’est le contraire, ils ont généralement la peau unie et le ; poil luisant. Concluons en disant que- Bourgelat, malgréson très-grand mérite, était imbu des vieilles idées, qui onti long-temps retardé la propagation des:

prairies artificielles; que la luzerne est d’un excellent produit, et que , bien récoltée, elle peut fournir un bon aliment. Sans doute il y aura des inconvéniens à donner, par une transition subite, de la luzerne à un cheval accoutumé à vivre de foin ; mais les accidens n’aurontt d’autres causes que le changement de régime mal calculé. Au reste , les progrès ‘ de l’agriculture nécessiteront, peut-être*

Dü CHEVAL.

avant peu, radmission de la luzerne, du trèfle et du sainfoin dans la composition des rations.

Doit- on indistinctement saigner tous les chevaux au vert?

Huit ou dix jours après avoir mis les chevaux au vert, on les conduit en (île pour les faire saigner, à peu près cornme on les mènerait à l’abreuvoir. Cette déplorable pratique, encore eu usage dans beaucoup de régimens, peut avoir les plus fâcheux résultats.

On ne doit saigner que les chevaux qui engraissent promptement et chez lesquels il y a pléthore; cette disposition , qui se reconnaît au pouls et à l’inspection des membranes, ne saurait cire simultanée jiour tous les sujets : saigner un cheval débile, dont les vaisseaux sont peu remplis, c’est évidemment compliquer son mal -cire.

Les saignées intempestives sont en partie cause que le vert ne produit pas toujours le bon effet qu’on pourrait en attendre,

HYGl ÈN E

Le son répare-t-il beaucoup les pertes ?:

Le son n’a de propriétés nutritives:

rpi’autant qu’il contient beaucoup de* farine ; quand il en est dénué ( celui des magasins militaires remplit souvent celte condition), il fatigue inutilement l’estomac. Ainsi donc, prescrire de mettre les chevaux au son , pour tes refairet après les fatigues des manœuvres, c’est être tout aussi conséquent que de vouloir mettre à la diète un régiment d’infanterie après une marche longue eti pénible. Le son rafraîchit, mais nourrit très-peu.

Est-il bon, lorsque le foin est de mau-vaise qualité, d'en faire augmenter la quantité.

Si dans un magasin le foin est mauvais, on en exige ordinairement une jilus grande quantité, comme supplément : c’est un faux calcul, qui multiplie les causes malfaisantes. 11 vaut mieux,, si la paille et l’avoine sont bonnes, prendre moins de foin et se faire in-

DU CHEVAL

demniser avec une plus grande quanlilé des deux premières denrees. Au reste, quand le fourrage est mauvais, il faut le refuser sans composer^ la rigueur, dans ce cas, sera toujours salutaire.

Est-ce un remède contre Id morve, ^ue d’enlever les glandes de la ganache.

Il est des gens qui enlèven l les glandes de la ganache, lorsqu’ils soupçonnent un cheval d’étre morveux : s’il ne l’est pas, on le prive d’organes utiles; s’il l’est, on ne remédie à rien, ces glandes n’étant point le véritable siège du mal.

Sur les robes.

C’est peut-être sur cet objet qu’il a existé et qu’il existe encore le ytlus de préjugés : je vais en citer plusieurs textuellement , cela suffira pour en faire sentir le ridicule.

Le poil blanc mêlé vit fort longtemps.

Les gris argentés ne sont pas labo-

rieux.

Les gris mouchetés sont adroits.

HYGIÈNE

Les gris cliaibonnés sont propres à tout.-

Les aubères sont rétifs et peu sensibles.

^ Le souris est d un grand ser\ice, mais il faut qu’il ait les extrémités noires.

Letourneau à les yeux mauvais.

Le rubiran est plein de vivariié (remarquez qu’en vieillissant le cbe\af le devient o rd i n ai rem en t ).

L’alezan a du r.apjiort ax'ec le feu 5 il est conséquemment colère, ardent et lécer.

L’alezan clair est mou.

Le louvet est grand travailleur, s’il a une raie noire sur le dos.

Le rouan est bon.

Le cap de more est Cer.

Le pie n’est point à dédaigner, etc.

Pour les marques ; l’arsel et le balzan des deux pieds de devant sont malbeureux.

Le balzan des deux pieds de derrière est bon, et il est beureux rjuand il est marqué en télé, et qu’il a les testicules petits.

Les travat (balzane latérale) et iras-

DU G H E VAU. 2o3

travat (balzane diagonale) sont mcsestimés, car il est impossible que les deux pieds voisins aient la même force.

Dans le balzan des deux pieds de derrière et du pied de devant on a toujours supposé des qualités 5 mais combien est-il supépieur, s’il y joint une étoile au fron t !

Le belle-face est bon ; mais si la marque se perd dans le milieu du front, il est fantasque et bizarre, etc.

Qui croirait qu’Aristose et Végèce ont en partie consacré de pareilles puérilités! Il est vrai qu’aujourd’hui elles sont généralement tombées dans le mépris; cependant il est encore des personnes qui pensent que l’alezan clair e.st infailliblement mou , et qui se défient singulièrement d’un cheval belle-face.

On doit pour les robes et les marques adopter sans restriction cet adage, de tout poil bonne he'te.

Je borne ici la réfutation des préjugés, réfutation dont j’aurais pu étendre le chapitre indéfiniment, sans la Concision rjue je me suis prescrite.

HYGIENE

J’aurais pu parler en effet de l’influence de la lune sur les maladies des jeux de l’enlèvement des graisses de l’œil, des araignées qui pompent le venin des écuries , des boucs qui les assainissent des vers que l’on établit dans la tête, et dans la queue , de la ligature au-dessus du boulet, pour empêcher la fourbure de descendre dans le sabot; des:

plumes avalées , qui font tousser opinià-trement, etc. : toutes ces opinions sont erronnees e t sou ven t dangereuses; mais en: voici de bien plus étranges : „ Le cheval n a-i-il des tranchées, ” c’est Solejsel qui parle, « pincez les glandes parole lides avec des triquoises et battez la Il tumeur avec le brochoir, afin de Il corrompre et de broyer les glandes Il et de faire sortir les esprits flatueus « par l’insensible transpiration. "

D’autres auteurs sont encore plus forts: si le cheval a la colique, disentils , il faut arracher les glandes avec des tenailles et mettre du sel à la place.

Celui-ci veut qu’on couvre un cheval morfondu avec des linges mouillés , etl

DU CHEVAL

qu’onlui mette deux plumes d’oie dçinsles naseaux. Voilà un animal bien soulagé!

Celui-là prescrit, pour guérirla toux, remarquez bien , pour guérir la toux, de jeter dans les yeux de l’eau de fontaine, dans laquelle on aura mélangé pour deux sous de couperose.

Écoulez celui-ci ; « Le cheval mange „ quelquefois l’escargot, ” écrit-il gravement, « ce qui se reconnaît quand il ,< a le membre roide et toujours étendu ^ a il faut alors lui faire prendre du a pyrètre, du stapbisaigre en poudre a et une poignée de poivre. ”

Voulez-vous infailliblement soulager un cheval qui veut jeter, vous dit cet autre, mettez-lui du beurre dans l’oreille!.... Enfin, je ne finirais pas, si je voulais signaler toutes les pratiques bizarres , cruelles ou ridicules que l’on trouve répandues dans les vieux livres de maréchallerie , et surtoulsi je voulais enrichir celte liste, des recettes etsecrels admirables pour la guérison de tous les maux. Je me suis borne h indiquer quelques erreurs, pour qu’on se tienne en

garde. contre beaucoup d’autres, et pouri qu’on ne se contente pas de la simple: allégation; Solcysel le veut ainsi; Garsault l’ordonne; ou bien, cnbn, c’est:

Gaspard Saunier qui l’a prescrit.

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