‹ Cours d'hippologie à l'usage de MM. les officiers de l'arméeChapitre 105 sur 139 · CHEVAUX ORIENTAUX · texte numérisé non relu

CHEVAUX ORIENTAUX

Sous le titre de chevaux orientaux, nous nous occuperons des chevaux arabes, syriens, tunisiens, marocains.

Cheval arabe.

Le cheval arabe présente un ensemble de caractères qui c«r«ct*rM le distinguent de tous les autres et le font facilement recon- 9ItArt*an naître; quiconque a vu un de ces beaux types, le reconnaît toujours.

Nul autre n'a autant de grâce, d'harmonie et d'ensemble Ensemble, dans les formes, et des aplombs aussi réguliers. Ses membres, nerveux et secs, sont bien proportionnés pour le tronc. L'avant et l'arrière-main sont dans une harmonie parfaite ; le premier, pour embrasser largement le terrain; le second, pour chasser la masse du corps en avant. La charpente osseuse offre les meilleures dispositions physiques et phyciologiques, et le système musculaire présente les plus belles conditions de développement et d'énergie.

On lui reproche son défaut de taille ; mais ce reproche est Tiiu«. trop absolu, car, dans cette race comme dans toutes les autres, la taille est en rapport avec la quantité et la qualité des aliments que les animaux reçoivent. Elle est élevée dans les pays fertiles; petite dans ceux qui ne le sont pas. Le cheval des contrées arides, rocheuses et accidentées, comme le Nedj, n'a que 1D40, au plus ; tandis que celui qui vit dans les pays riches et fertiles, tels que les plaines de la Mésopotamie, arrosées par l'Euphrate ou le Tigre, dans les vallées de la Békaha, d'Antioche et de l'Oronte, dans le Hauran, en Syrie, atteint jusqu'à 1" 58.

La tête du cheval arabe peut être prise pour type de beauté jtie.

dans l'espèce. Elle est bien attachée, légère, très-expressive et pleine de physionomie. L'homme le moins versé dans les connaissances hippiques y découvre facilement le haut degré de race, d'intelligence et de douceur qui distingue ce cheval de tous les autres. Elle offre un développement très-remarquable à sa partie supérieure, dû à la dilatation de la cavité crânienne, tandis que sa partie inférieure est aiguë et courte; le front, est large et haut; les oreilles sont petites, très-mo-

(Fig. 494«.) Cheval arabe.

biles et bien écartées; les yeux grands, à fleur de tête, rayonnants de douceur et d'intelligence ; les paupières entourées d'un cercle noirâtre qui donne à l'œil une expression particulière; la face courte et le chanfrein droit; les naseaux bien ouverts et très-mobiles; la bouche moyennement fendue; les lèvres minces, mais très- fermes; les branches du maxillaire laissent entre elles un large espace dans lequel vient se loger un larynx volumineux.

L'encolure est bien sortie et gracieuse; elle paraît un peu Encolure, courte, parce que, comme chez tous les chevaux entiers, elle est bien musclée ; son bord inférieur est remarquable par son grand développement, et son bord supérieur ombragé d'une crinière fine et soyeuse.

Le corps, un peu plus long que haut, offre de grandes corpa. conditions de solidité et de force : le garrot est bien sorti, sec, bien musclé et se prolonge très en arrière ; la ligne dorso-lombaire large, bien musclée, bien dirigée, parfaitement soudée à la croupe, peut être donnée comme type de beauté ; la croupe a une belle direction, est longue, large et parfaitement musclée; la queue forte à sa base, bien attachée, plutôt courte que longue, et nul autre cheval ne la porte avec autant de grâce et d'élégance ; le poitrail large , la poitrine ample, surtout dans ses diamètres transversal et antéro-postérieur ; la côte bien cintrée, principalement en arrière des coudes ; le flanc court.

Les membres ont presque toujours une direction irrépro- Membre» chable. L'épaule est bien placée, oblique et ne manque an,ér,eur* pas de longueur; le coude saillant et bien détaché; l'avantbras long, bien musclé, et ses muscles sont séparés par de larges interstices; le genou bien conformé; le canon court, large et solide ; le tendon large, sec, bien détaché et trèsferme ; le boulet beau ; le paturon court ; la couronne large ; le sabot grand, large et formé d'une corne à nulle autre pareille pour le liant et la solidité : il n'y a que la ferrure qui modifie ces belles qualités du pied.

Les membres postérieurs ne le cèdent en rien aux mem- Membre, bres antérieurs : la cuisse et la jambe sont longues, bien po*lér,eur' fournies de muscles et très-fermes; le jarret est presque toujours irréprochable dans sa direction comme dans ses formes, et plus beau que dans les autres races ; le canon large et la partie inférieure du membre souvent un peu iong-jointé.

Le cheval arabe n'a pas la rapidité d'allures du cheval an- Aiiurei. glais de course; mais il a plus de fond, et ses mouvements

sont plus gracieux, plus trides et plus cadencés ; en liberté, il est le plus bel animal de son espèce.

Il est d'un tempérament sanguin et nerveux que décèlent la finesse de sa peau, de ses poils et de ses crins longs, soyeux, aux reflets brillants; la fermeté de ses chairs; la dureté de sa corne.

Le cheval arabe supporte admirablement les privations, et morale*. ge contenle d'aliments et de boissons que ne prendraient pas les chevaux européens. Il résiste parfaitement aux fatigues, et les courses qu'il fait étonnent les personnes qui n'ont pas l'habitude de le voir à l'œuvre. Sa riche organisation lui permet de vivre constamment en plein air et de passer impunément d'une chaleur excessive aux froids de plusieurs degrés au-dessous de zéro. Sa douceur et sa docilité sont proverbiales : elles le rendent d'un dressage facile et prompt, origine. Nous avons vu, en parlant de l'origine des races, les dissidences d'opinions qui régnent sur l'origine du cheval arabe; qu'il nous suffise d'ajouter que la tradition musulmane fait remonter le cheval arabe aux cinq juments favorites de Mahomet, lesquelles descendraient des haras de Salomon, et qu'Abd-el-Kader, se basant aussi sur la tradition, admet quatre grandes périodes dans l'histoire de ce cheval :

4° D'Adam à Ismaôl ;

2° D'Ismaël à Salomon ;

3° De Salomon à Mahomet ;

4° De Mahomet jusqu'à nous.

Cette divergence d'opinions prouve que l'origine du cheval arabe se perd dans la nuit des temps, et sera toujours pour nous un mystère impénétrable.

Tabi-Kénéa On Pense encore généralement, en Europe, que depuis ioFiqnM. p]ug de 2?000 ans, les Arabes inscrivent la généalogie de leurs chevaux sur des registres; que la saillie de leurs juments et la naissance de leurs poulains ont lieu en présence de témoins; qu'un acte authentique, dûment légalisé, est établi pour constater la généalogie des produits. Rien n'est

moins vrai que cette opinion, introduite chez nous par des voyageurs européens, et qui a pris sa source dans des récits inventés à plaisir par les maquignons des bords de l'Euphrate, de Damas, d'Alep, de Hamah, etc., pour exploiter la crédulité des Européens, et vendre leurs chevaux bien audessus de leur valeur.

Les Arabes ne connaissent la généalogie de leurs chevaux que jusqu'à la deuxième et rarement à la troisième génération; ils n'ont ni tables généalogiques ni hudjé. Si, au désert, on demandait à un Anezé, ou à tout autre nomade l'extrait de naissance du cheval qu'il vend, il se rirait de notre crédulité. Il est vrai que les maquignons qui conduisent des chevaux aux marchés de Bagdad, de Bassora, de Damas, d'Alep, de Médine, de la Mecque, ont soin de leur mettre au cou des sachets contenant un soi-disant extrait de naissance ; mais ce sont là, nous le répétons, des moyens frauduleux, employés pour exploiter la crédulité des Européens. Il serait, du reste, très-curieux qu'un peuple qui n'a pas d'état-civil, eût, pour ses chevaux, une généalogie établie depuis plus de 2,000 ans et tenue parfaitement en règle.

Les Bédouins comptent cinq races primitives descendant, Race, disent-ils, des cinq juments de préd ilection de leur prophète. Ils les appellent : Taniissé, Manékété, Koheil, Saklawié et Djulfé. Ces races se subdivisent en une infinité de ramifications. Toute jument remarquable par sa vitesse et sa sobriété, et appartenant à un des cinq types primitifs, est devenue la souche d'une nouvelle famille dont tous les individus portent le nom ; de telle sorte que les races du désert sont innombrables. Les mille tribus qui habitent l'Arabie et le désert de Syrie, disent avoir chacune leur race particulière, mais elles ne sont nullement d'accord sur son nom et sa valeur.

Les Arabes ne s'entendent pas davantage sur les caractères propres à chaque race; ainsi, pour un individu, tel cheval est Saklawié, pour un autre, il est Manékéié. Lors

de notre voyage en Syrie, nous avons eu l'occasion de constater bien souvent ce fait, que le prince Puckler-Muskau avait signalé avant nous. Il est cependant un point sur lequel tous les habitants de la Syrie s'accordent, c'est la division des chevaux en deux grandes classes : i° les chevaux nobles, qu'ils appellent Koheil ou Nedjdi; 2° les chevaux communs, qu'ils nomment Guédich.

11 ne faut donc attacher aucune importance à toutes ces dénominations de races que les voyageurs nous ont transmises, d'après des renseignements sans valeur, qui leur avaient été fournis par les consuls, les marchands de chevaux des villes de la Syrie ou de la Mésopotamie.

La description générale que nous venons de donner des chevaux arabes, se rapporte non-seulement aux chevaux de l'Arabie, mais encore à ceux de la Syrie et de la Mésopotamie. Occupons-nous maintenant des caractères particuliers, du commerce et des ressources chevalines de ces trois contrées.

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