‹ Cours d'hippologie à l'usage de MM. les officiers de l'arméeChapitre 25 sur 139 · DU PANSAGE · texte numérisé non relu

DU PANSAGE

Sommaire. — Ulililé, instrumenta de pansage, manière de faire le

pansage, effets du pausage.

[>. tinilioo.

Le pansage est l'action méthodique, sur le corps du cheval , des instruments destinés à le nettoyer et à le tenir propre.

Il a pour but de débarrasser la peau des corps étrangers qui la souillent et des produits des sécrétions dont elle est le siège. Ces produits sont : la matière sébacée, la sueur et les écailles épidermiques.

Sécrétée par les glandes folliculeuses et apportée à la base des poils par des milliers de canaux excréteurs, la matière

sébacée est un liquide gras, onc- iFi9- ««•.)>

tueux, qui se produit sur tous les points de la peau, mais en plus grande quantité au pourtour des organes des sens et au fourreau que partout ailleurs. Quand elle est déposée en petite quantité à la surface de la peau , la matière sébacée lui donne, ainsi qu'aux poils, du brillant et de la souplesse, et leur sert, pour ainsi dire, de vernis protecteur. Si, au contraire, elle est sécrétée en quantité trop considérable, ou si, par malpropreté, elle s'accumule à la surface de la peau , elle y forme des couches grasses, onctueuses et odorantes, qui l'irritent, et devient la cause de prurit qui porte le cheval à se gratter avec les pieds ou contre les objets environnants, etc.

La transpiration dépose à la surface de la peau la sueur, Tr»n.Piliquide organique, contenant de? acides et des sels, qui en se mêlant à la matière sébacée, au produit des urines, des matières fécales, à la poussière, à la litière, etc., forme à la surface de l'enveloppe cutanée une crasse abondante, qui obstrue les orifices des canaux sudorifères et des glandes sébacées, agglutine les poils, irrite la peau et en ralentit les fonctions.

Couche superficielle de la peau , Tépiderme est formé de Ecaiiie» épicellules microscopiques, imbriquées et stratifiées, dans un dermique"état constant de formation et d'agrégation à sa face interne, tandis qu'à sa face externe elles se désunissent et s'en séparent sans cesse. Une fois détachées, les écailles constituent des corps étrangers, et à ce titre elles deviennent nuisibles.

1 Structure de la peau. A, tissu sous-cutané; D, derme; E, épiderme; S, glande sudoripare ; C , son canal; oriflce de ce canal; V, glande aébacée; T, tige du poil; B, bulbe; F, follicule; R, racine.

Ce sont ces écailles qu'on aperçoit quand on écarte les poils, et que le pansage enlève.

Instruments le pansage. — Pour débarrasser la peau de toutes les impuretés qui la souillent, on se sert d'instruments appelés effets de pansage, qui sont : V étrille, la brosse, le bouchon de paille, Yépoussette, Y éponge et le peigne. composition. Etrille. — L'étrille se compose : 1° du coffre, plaque de tôle rectangulaire, dont les deux grands côtés sont repliés à angle droit et dentés en forme de scie; 2° des rangs, lames de fer placées de champ, fixées sur le coffre et à bord libre et denté ; 3° des couteaux de chaleur, situés parallèlement aux rangs avec lesquels ils alternent, mais dont ils diffèrent par l'absence de dents ; 4° des marteaux, qui sont fixés à chaque extrémité du coffre et servent , en frappant contre les corps durs, à débarrasser l'étrille de la poussière qu'elle enlève à la peau; 5° de la soie, bande de fer située à la partie supérieure du coffre, qu'elle consolide, et qui porte le manche ; 6° du manche, qui est en bois, et par lequel on tient l'instrument.

L'étrille est considérée par beaucoup de personnes comme très-utile, tandis que d'autres la regardent comme dangereuse.

îoconré- Les non-partisans de l'étrille lui reprochent d'être un insn,unU' trument de supplice dans les mains d'un cavalier maladroit, et un instrument dangereux dans celles d'un cavalier brutal. Ils disent que, promenée sur la peau avec force, elle fait éprouver au cheval une sensation désagréable ; qu elle détache des écailles épidermiques dont la chute devrait être naturelle; qu'elle enlève la sécrétion sébacée et irrite la peau; qu'une étrille neuve peut déchirer l'épiderme et donner lieu à des égratignures, rendant la peau trèssensible; qu'on peut avec les marteaux frapper le cheval sur la croupe, la tête, et produire des contusions, des plaies contuses graves. Pour tous ces motifs, les non-partisans de rétrille proposent de la remplacer par la brosse en chien-

dent, qui en réunit, assurent-ils, tous les avantages sans en avoir les inconvénients.

Ces reproches sont empreints d'exagération. Comme toutes les choses bonnes en elles-mêmes, l'étrille peut devenir nuisible, quand on en fait un usage immodéré ; mais il n'en est pas de même quand on s'en sert convenablement. Ce n'est donc pas l'étrille qu'il faut proscrire du pansage, mais ses abus. A notre avis, elle peut être remplacée par la brosse en chiendent pour les chevaux fins, que l'on entoure de soins hygiéniques; mais elle est indispensable pour ceux de race commune (et ils sont nombreux dans l'armée), surtout en route et au bivouac, quand le corps est couvert de boue ou que les poils sont agglutinés par la sueur, les urines, etc

Bouchon. — Le bouchon est une corde de paille bien serrée, entaillée et hérissonnée. D est très-utile, et son emploi n'a jamais d'inconvénients. Lorsqu'il s'agit de sécher la sueur ou d'enlever la boue, au lieu du bouchon tressé, il faut se servir d'une poignée de paille qui absorbe plus vite et plus facilement l'humidité.

Epoussette. — L epoussette est un lambeau de drap ou une queue de cheval dont on 6e sert pour faire disparaître la poussière détachée par l'étrille et le bouchon. L'époussette en drap a l'inconvénient de ne pouvoir être tenue propre que très-difficilement; mieux vaudrait faire usage d'une epoussette en toile qu'on laverait à volonté.

Brosse. — La brosse est en crins rudes ; elle sert à enlever la crasse qui n'a pas disparu par l'action des instruments précédents. Elle doit jouer un grand rôle surtout sur les surfaces osseuses.

1 En 1857, des expériences ont été hites à l'École do cavalerie, par ordre du Minisire de la Guerre, à l'effet de savoir si l'étrille pourrait être supprimée. Or. ces expériences ont démontré que cet instument est indispensable, et que sa suppression, pour les chevaux de guerre, aurait des conséquences fâcheuses.

Eponge. — Elle sert à laver les yeux, la bouche, les naseaux, l'anus, les parties génitales, et ce lavage doit être fait dans l'ordre que nous venons d'indiquer. Etant ensuite exprimée et de nouveau imbibée, on en fait usage pour laver la base de la crinière, de la queue et ies membres.

Peigne. — Le peigne est en corne ; il ne doit être employé qu'à unir et à lisser les crins, encore faut-il s'en servir avec ménagement pour ne pas les arracher, et surtout ne pas blesser la peau.

Cure-pied. — Aux effets de pansage dont nous venons de parler, on devrait ajouter le cure-pied, instrument trèsutile, indispensable même, dont l'usage journalier habituerait les chevaux à se laisser lever le pied en même temps qu'il contribuerait à tenir cette partie dans un plus grand état de propreté.

Manière de faire le pansage. — Après avoir ôté le licou et bridonné son cheval, le cavalier l'attache, par les rênes du bridon, au râtelier ou à un anneau, en faisant un nœud à rosette, et mieux encore en entourant un des barreaux du râtelier ou l'anneau avec les rênes du bridon , qu'il ramène ensuite du côté gauche de la tête du cheval, et entre lesquelles il engage la sous-gorge. Dans cette position, le cheval, ayant la tête un peu haute, est favorablement placé pour que le cavalier soit à l'abri des coups de dents, et puisse le panser facilement.

Le cheval ainsi attaché, le cavalier visite d'abord les pieds, et s'assure s'ils ont besoin de clous ou de fers. Hunier. Saisissant ensuite l'étrille de la main droite, il se place à droite, près de la croupe, et promène l'instrument, en le fai-

* Les instruments de puisage, pouvant détenir des agents de transmission des maladie;» contagieuses, ne doivent jamais servir qu'aux chevaux sains. Les règlements militaires prescrivent de désinfecter les effets de pansage, qui ont servi aux chevaux farcioeux et galeux, avec de l'eau tenant en dissolution du chlorure d'oxyde de sodium, et de brûler ceux qui ont été employés a pauser des chevaux morveux.

sant agir avec rapidité et légèreté, dans le sens des poils et à rebrousse-poil, sur les parties charnues du côté droit, allant de la croupe à l'encolure, de l'encolure à la croupe, et embrassant, dans chaque mouvement de son bras, une assez grande étendue de la surface du corps. Il opère ainsi successivement sur toutes les régions, à l'exception de la tête , du bord inférieur de l'encolure, de la base de la queue, de la hanche, de l'épine dorsale, du fourreau, des mamelles, de la face interne des cuisses et des avant-bras, et de la partie inférieure des membres.

Le degré de pression que le cavalier doit exercer est en raison de la sensibilité de la peau et des régions sur lesquelles il passe l'étrille. Sur les chevaux à peau fine, à poils courts, et surtout sur les sujets irritables, l'étrille doit être promenée mollement. Pour les chevaux communs, l'appui peut être plus fort sans inconvénients. De temps en temps, le cavalier doit frapper le marteau de l'étrille sur le sol afln de faire tomber la crasse dont elle est chargée.

Le cheval étant étrillé, le cavalier secoue avec répoussette Épouser, la poussière restée sur les poils.

Il prend ensuite le bouchon avec lequel il frotte toutes les parties du corps, et principalement celles que rétrille a respectées.

Après avoir bouchonné , il donne un second coup d'époussette.

Saisissant ensuite la brosse, le cavalier la promène successivement à poil et à contre-poil sur toutes les parties du corps, en ayant soin, pour la débarrasser de la crasse qu'elle enlève, de la frotter à chaque mouvement sur les dents de l'étrille, qu'il tient de la main gauche.

En6n, on termine le pansage en peignant les crins avec É,.on^r. ménagement, en épongeant les yeux, les naseaux, la bouche, les organes génitaux, l'anus, et en passant l'éponge humide sur les crins pour les rendre plus lisses.

Dur** du Le temps à consacrer au pansage ne doit pas être aussi long le matin que le soir. Le matin, trente minutes suffisent pour bouchonner, éponger, faire boire et donner l'avoine. Le soir, il faut y consacrer une heure et quart au moins, et panser les chevaux à fond. La répartition de ce temps a lieu généralement de la manière suivante : étriller, vingt minutes; bouchonner, vingt minutes ; brosser, trente minutes; éponger, cinq minutes; abreuver, dix minutes. Ces durées, au reste, ne peuvent être fixées invariablement, et doivent être modifiées suivant les circonstances, cheriui qoi On rencontre quelquefois dans les corps, et plus souvent pM«or|jorter parmi les chevaux de race, des sujets irritables, qui ne du pacage, peuvent supporter l'étrille et ne souffrent le bouchon et la brosse qu'avec peine, principalement au ventre et à la face interne des cuisses. Ces animaux cherchent à s'y soustraire en se livrant à des mouvements désordonnés, en ruant, en mordant et en frappant du pied sur le sol avec violence. Pour ceux-ci, il est bon de remplacer les effets réglementaires par une poignée de paille ou de foin, au frottement desquels on les habitue facilement en opérant doucement et graduellement.

Avantage*. Effets du pansage. — Fait dans de bonnes conditions et dans des limites de temps convenables, le pansage contribue puissamment à entretenir les chevaux en bonne santé. Il débarrasse la peau des impuretés qui la souillent, empêche les produits des sécrétions de s'accumuler en trop grande quantité et de séjourner trop longtemps à sa surface, par conséquent, de donner lieu à un prurit qui porte les chevaux à se gratter, en active les fonctions en y attirant plus de sang, et rend les poils lisses et brillants. Quand le pansage est convenablement fait, la peau n'est jamais le siège de ces affections (gale, dartres) qui sont si communes lorsqu'on le néglige. En favorisant la transpiration cutanée, il enlève à l'économie des matières nuisibles ou inutiles, et notamment la partie aqueuse du sang; il contribue à donner de la densité

aux tissus et à diminuer les chances des affections des organes respiratoires et abdominaux, etc. Le pansage agit même sympathiquement sur les organes intérieurs, excite l'appétit, active la digestion et la nutrition, et concourt à donner à chaque organe plus d'activité.

C'est pour ces motifs que les Anglais et tous les entraîneurs pratiquent le pansage avec tant de régularité et de soins. Le dernier des hommes d'écurie d'Angleterre a l'intime conviction que cette opération est nécessaire à la santé des chevaux. Le saïs (palefrenier) égyptien laisse de côté tous soins hygiéniques pour bouchonner et étriller son cheval, et si l'animal tombe malade, il soupçonne qu'il a négligé les soins de propreté de la peau.

Mais le pansage peut avoir des conséquences fâcheuses SI Inconvéon en fait usage sans discernement. Les longues frictions, répétées soir et matin, sur une peau fine, à poils courts, enlèvent à l'épiderme une partie de ses cellules avant qu'elles soient prêtes à se détacher d'elles-mêmes. Elles produisent le même effet sur la matière grasse qui sert de vernis à la peau et la rend moins accessible à l'humidité. En appelant sans cesse le sang à l'enveloppe tégumentaire externe, elles surexcitent toutes les fonctions de cet organe, en exaltent la sensibilité et prédisposent aux sueurs excessives. La peau est alors plus délicate et plus impressionnable ; les variations de l'atmosphère et les courants d'air l'affectent plus promptement et retentissent sympathiquement sur les organes internes. Les chevaux trop bien pansés sont sujets à contracter des refroidissements, des arrêts de transpiration, si, par les froids et surtout par les froids humides, on les expose, sans les couvrir, aux influences atmosphériques. L'étrille sur les parties osseuses produit des écorchures, etc.

Avant l'introduction, dans l'armée, des nouvelles mesures hygiéniques, le pansege avait sur les chevaux de troupe des inconvénients qu'il n'a plus aujourd'hui. Alors, il était fait dehors, dans toutes les saisons, et chaque cavalier ayant ordi-

nairement trois chevaux à soigner, il arrivait qu'après avoir bien pansé l'un et élevé la température de sa peau , il le quittait pour opérer sur le second, puis sur le troisième. Or, pendant qu'il agissait sur l'un, les deux autres restaient exposés à une température basse, dont l'action était nuisible. Ces effets, réitérés deux fois par jour, contribuaient au développement de la morve, du larcin , des hydrothorax , de la phthisie, qui décimaient alors notre cavalerie.

Mais aujourd'hui que les chevaux, pendant toute la mauvaise saison, sont pansés et boivent à l'écurie; que le pansage du matin consiste seulement à les bouchonner pour les débarrasser de la paille, du fumier, etc., qui les souillent, il n'a plus les inconvénients qu'on lui reproche. Loin d'être nuisible aux chevaux, il contribue puissamment à les conserver en santé, et dans chaque régiment celui du soir doit être fait a\\îc beaucoup de soins.

Est-il préférable de faire le pansage à l'écurie ou dehors? Cette question ne peut être résolue d'une manière absolue; car l'un et l'autre procédé ont des avantages et des inconvénients. En effet, le pansage dehors, en hiver et par le mauvais temps, contribuerait puissamment à la production des maladies, notamment de celles des organes respiratoires, de la morve, du farcin, témoin ce qui se passait autrefois. Dans la belle saison, lorsque la température est douce, il oûre, au contraire, des avantages tels qu'on ne doit pas hésiter à l'adopter. En effet, pendant que les chevaux sont hors des écuries, ils respirent un air pur qui leur procure un grand bien-être, ce dont ils témoignent par les mouvements de gaîté auxquels ils se livrent; les cavaliers ont plus de facilité pour les panser, et la surveillance des chefs est plus facile. D'autre part, l'air se renouvelle dans les écuries plus librement parce qu'on peut en ouvrir les portes et les fenêtres, pao^ge On reproche avec raison au pansage fait dans les écuries de rendre la surveillance plus difficile, de s'opposer au renouvellement de l'air de ces milieux, de contribuer puissam-

dehort.

à l'écurie.

ment à son altération en y répandant des matières terreuses et animales. Ainsi altéré, l'air se mêle aux aliments, pénètre dans l'économie par les voies digestives et respiratoires, et occasionne des maladies graves.

Au reste, une décision ministérielle a résolu la question qui précède et réglé de quelle manière le pansage doit êlre fait. D'après cette décision , les chevaux doivent être pansés hors des écuries du itr avril au 1er novembre, et dans les écuries du 1er novembre au 1" avril.

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