DES ONCTIONS
Le pied est la seule partie qu'on enduit de corps gras, et encore n'est-il graissé que dans des cas maladifs. 11 serait bon de graisser le sabot des chevaux de troupe, au moins
une fois par semaine. Cette opération préviendrait les dessèchements et les resserrements du sabot, si fréquents dans l'armée.
SECTION V
DU TONDAGE.
Sommaire: Procédés, époque», indications, précautions, effets immédiats,
effets consécutifs du tond âge.
Définition. Le tondage ou la tonte 1 est une opération qui a pour but de débarrasser le cheval des poils longs et abondants qui le recouvrent à certaines époques de l'année.
Origine. Employé de temps immémorial dans le Midi de la France et en Espagne, pour les mulets, les chevaux de bât et de gros trait, le tondage est d'un usage récent pour les chevaux de selle et de trait léger. Dans l'armée , on peut dire que cette pratique hygiénique ne remonte pas au-delà de 1855, bien que, plus de vingt ans auparavant, elle ait été mise en usage, tous les ans, à l'Ecole de cavalerie, pour les chevaux de carrière.
Procédés. — On pratique aujourd'hui le tondage de deux manières, avec les ciseaux et avec le gaz à éclairage (gaz hydrogène deuto-carboné).
Tondage Le procédé de tondage par les ciseaux est le plus ancien, les ciîianx. et à peu près le seul usité dans la plupart des contrées de la France et de l'Espagne, etc. Les tondeurs de profession du Midi se servent de grosses forces (cisailles) ; tandis que ceux des autres contrées préfèrent employer les ciseaux
1 Nous employons les mots tonte et tondage comme synonymes parce que l'Académie les donne comme tels, et que la plupart des hygiénistes s'en servent dans le même sens. Cependant le mot tonte doit être employé de préférence, quand il s'agit de l'opération chei le mouton, et celui de tondage, lorsqu'il est question du cheval.
courbes sur plat et le peigne en laiton pour soulever les poils. Les uns et les autres font disparaître les irrégularités (échelles), produites par les ciseaux, en les brûlant avec la flamme d'une lampe à alcool.
Ce mode de tondage se pratique, le cheval debout et attaché avec deux longes. Si le sujet est indocile et cherche à mordre ou à donner des coups de pieds, on emploie les moyens de contrainte généralement usités : serre-nez, morailles, trousse-pied.
Le tondage avec les ciseaux n'est pas exempt d'inconvé- Ijjj[jjénients : il demande de 15 à 20 heures pour être complet ; est très-coûteux 1 ; exige de la part de celui qui le pratique une certaine habileté, qu'on est loin de rencontrer dans les corps, etc.
Frappé de ces imperfections, M. le général Fleury a sub- pj0^'^ stitué au tondage par les ciseaux un procédé nouveau, expérimenté depuis quelques années dans l'armée anglaise, et consistant à brûler les poils avec la flamme du gaz à éclairage.
L'appareil nécessaire pour cette opération se compose d'un Ajf "jjj à tuyau en caoutchouc, du diamètre de 0m,0i5 et d'une longueur de 3 à 4 mètres, fixé, par une de ses extrémités, à un conduit de gaz, et terminé, à l'autre, par un instrument en cuivre de forme triangulaire. Le côté du triangle opposé à l'angle qui reçoit le tube conducteur, est percé de petits trous, placés à égale distance, et par lesquels le gaz s'échappe. Une lame de 0m,(M5 de longueur, soudée aux extrémités de la partie de l'appareil percée de trous, détermine la distance à laquelle la flamme doit être éloignée du corps.
Tenant d'une main cet instrument, la personne affectée à ojJr'an^e l'opération promène la flamme sur les poils, et, de l'autre main, enlève, avec une brosse en chiendent, les poils carbonisés. Elle passe la flamme sur la surface du corpsun
1 Le prix du tondage d'un cheval varie entre 18 et 30 francs.
nombre de fois variable, suivant la longueur des poils et selon que l'animal doit être tondu plus ou moins ras. AT»nuges. De prime abord, il semble que ce procédé de tondage doive occasionner des brûlures ; cependant, il n'en est rien. La flamme du gaz a sur celle de l'alcool plusieurs avantages : son effet cesse aussitôt qu'on l'éloigné des poils ; l'opérateur en est toujours maître, et la dirige, pour ainsi dire, à volonté; elle brûle, plus facilement que la flamme d'esprit de vin, les poils épais, durs et feutrés, qui recouvrent le corps de certains chevaux.
Les expériences faites par M. le général Fleury, sur les chevaux des écuries de l'Empereur et sur ceux des Guides de la Garde impériale, ont été répétées, sur des chevaux de troupe, par la Commission d'hygiène hippique, et ont donné les mêmes résultats. Les avantages de ce procédé peuvent être résumés, ainsi qu'il suit :
1° Le tondage au gaz est d'une exécution plus simple et plus facile; tous les soldats indistinctement peuvent le mettre en pratique.
2° Il est plus expéditif ; dans le court espace de trois à quatre heures, on tond convenablement un cheval de troupe; tandis qu'il faut au moins quinze heures pour pratiquer la même opération avec les ciseaux. Pour rendre le tondage encore plus facile, plus expéditif et plus parfait, il importe de couper grossièrement avec les ciseaux les poils des membres, des épis, ceux enfin dont la longueur, la force ou la direction, rendraient le flambage long et difficile.
3° La tonte opérée à l'aide de la flamme du gaz, faite par des mains expérimentées, est égale et régulière dans toutes les parties du corps; jamais elle ne présente ces irrégularités, nombreuses et désagréables à l'œil, qu'on désigne vulgairement sous le nom d'échelles.
4° Elle supprime l'usage de l'alcool qui doit toujours compléter la tonte avec les ciseaux, pour rendre les sections égales.
5° Ce procédé permet de tondre en même temps beaucoup de chevaux, surtout si Ton commence vers la fin d'octobre ; avantage immense pour l'armée, où il faut, dans une période de temps très-courte, tondre un grand nombre de chevaux dans un régiment.
6° Il expose moins aux brûlures de la peau, qui sont sou- ? ent la suite de l'emploi de l'alcool.
7° Il permet de tondre plus ou moins ras, suivant l'état de la peau et le but qu'on veut obtenir.
8° Ce procédé est économique ; le gaz pour tondre un cheval ne coûte guère que 0r,12 à 0r,15.
Epoques du tondagb. — - Dans le Midi de la France et en Espagne, on a l'habitude de tondre les chevaux tous les trois mois. Dans le Nord, et surtout dans les contrées humides et froides, il y aurait inconvénient à agir ainsi. Pour les chevaux de troupe, l'automne est la saison la plus convenable et la seule où il soit avantageux de pratiquer cette opération.
Indications. — Le tondage doit être considéré comme une mesure hygiénique exceptionnelle, dont la prescription demande du discernement pour qu'il produis* un effet favorable, et le choix des chevaux auxquels on l'applique, ainsi que les précautions dont on doit l'accompagner, exigent la plus grande attention. Le tondage convient :
Aux chevaux malingres, à constitution molle, à tempérament lymphatique, qui suent sous l'influence d'un travail léger et d'une température douce et humide ;
A ceux dont les poils, longs et abondants, se feutrent facilement, et les exposent à se blesser dans tous les endroits t>ù le harnachement porte.
Aux chevaux atteints d'engorgements froids et œdémateux ;
A ceux qui sont courts d'haleine et reconnus, pour ce motif, ne pouvoir suivre, qu'avec peine, dans les «Mures rapides ;
Aux sujets qui, par suite des mouvements désordonnés
auxquels ils se livrent, font des pertes considérables par la peau;
Aux sujets atteints d'affections légères de la peau, de toux chronique.
Précautions. — Le tondage exige que Ton prenne des précautions pendant et après qu'on le pratique. Pour éviter les accidents auxquels la suppression brusque des poils pourrait donner lieu, il faut placer le cheval, pendant l'opération , dans un local où règne une température douce , et surtout à l'abri des courants d'air.
Dans quelques établissements, on a l'habitude, à la suite du tondage par la flamme du gaz à éclairage, de laver le cheval avec de l'eau tiède et du savon. Cette opération donne aux poils le luisant et le lustre qu'ils ont perdus par la carbonisation , enlève la partie du poil , carbonisée , qui s'est déposée à la surface de la peau ; mais elle a l'inconvénient de prolonger la durée du tondage, d'empêcher qu'il ne soit pratiqué , dans un temps donné , sur un grand nombre de chevaux , et d'exiger des soins hygiéniques qui peuvent nuire à la mesure par les entraves apportées dans les autres parties du service intérieur du régiment.
Après l'opération , il faut mettre le cheval dans une écurie à l'abri des refroidissements et surtout des courants d'air ;
Le tenir constamment couvert, pendant une huitaine de jours;
Ne le laisser sortir que lorsque le temps le permet, et éviter de le promener par le brouillard et le froid ;
Se servir du bouchon et de la brosse, et supprimer l'étrille pour le panser;
Ne le monter, ni aux leçons de pied ferme, ni aux premières leçons à cheval .
Effets immédiats du tondage. — Les phénomènes qu'on observe immédiatement après le tondage et dans le mois qui suit cette opération, ne sont pas identiques.
Tantôt aucun changement notable ne survient, quoique Effeunnu. le cheval ait perdu sa fourrure, dans une saison où le froid est sensible.
Tantôt le cheval est pris de tremblements généraux, ^Jj^ d'horripilations qu'il conserve longtemps après l'opération, bien qu'on ait soin de le placer dan? de bonnes écuries et de le couvrir convenablement; ses poils se hérissent; il rapproche les membres du centre de gravité, devient triste, perd l'appétit et maigrit sensiblement. Quoique rendue plus propre par un pansage facile, la peau devient rude et forme des plis nombreux, surtout au cou. A l'écurie, le cheval porte la tête basse et l'appuie sur la mangeoire; en marche, il a la colonne vertébrale voussée et se fait traîner. Enfin, sur quelques sujets, on voit se déclarer une brûlure superficielle de la peau, produite par l'action trop prolongée de la flamme de l'alcool. Ce malaise dure longtemps : ce n'est qu'au bout d'un mois que le cheval reprend l'appétit et la gaîté qu'il avait avant le tondage ; son embonpoint est plus long à revenir.
Mais, dans le plus grand nombre des cas, le tondage n'a Eireu pas l'influence fâcheuse que nous venons d'indiquer. La peau a,iDlagcnx se débarrasse d'abord des nombreuses écailles épidermiques dont elle est recouverte, se ride bien un peu, perd de sa souplesse et semble être plus adhérente que d'habitude; mais ce phénomène n'est que passager, et bientôt elle devient souple, onctueuse et moins adhérente qu'avant l'opération. Les horripilations, les tremblements qui surviennent dans les premiers temps chez beaucoup de chevaux, après l'abreuvoir, cessent par le bouchon neraent et l'application de bonnes couvertures, et, au bout d'une douzaine de jours, les chevaux s'habituent aux impressions nouvelles de la température.
Quelques sujets, récemment tondus et soumis aux allures vives, suent aussi abondamment qu'avant l'opération ; cependant d'ordinaire il n'en est pas ainsi, et, toujours avant
d'arriver à l'écurie, les chevaux sont complètement secs. Plus on s'éloigne du jour de l'opération, plus les sueurs diminuent, et, fréquemment à la fin de la première quinzaine, la transpiration a cette régularité qui se remarque chez les chevaux vigoureux, lorsqu'ils sont en parfaite santé.
La plupart des chevaux tondus acquièrent assez vite de l'énergie ei de l'embonpoint; ils ne tardent pas à se faire remarquer par un état général de bien-être qui se traduit par la souplesse de la peau, de bonnes digestions, un excellent appétit, une plus grande galté, une augmentation sensible des forces. Quelques animaux semblent maigrir et perdre leurs formes empâtées, mais cela tient à la diminution des fluides blancs et de la graisse qui inondaient leurs organes. Loin d'être considérées comme un dépérissement, ces nouvelles conditions sont d'un bon augure, car elles caractérisent un exercice régulier de toutes les fonctions.
Les poils des chevaux tondus repoussent vite : en général, deux mois après le tondage, il est difficile de distinguer les chevaux sur lesquels l'opération a été pratiquée de ceux qui ne l'ont pas subie. Malgré cet accroissement, les poils acquièrent rarement la longueur qu'ils avaient auparavant, et ne peuvent, par conséquent, devenir un obstacle aux fonctions de la peau et au pansage.
Effets consécutifs du tondage. — D'après ce qui précède, on comprendra facilement que les opinions doivent être partagées sur les conséquences du tondage; c'est en effet ce qui a lieu : aussi, dans l'armée, les chefs de corps ontils émis des avis différents :
1° Les uns le considèrent comme une opération insignifiante ;
2° D'autres comme une opération non-seulement inutile, mais dangereuse ;
3° Tandis que le plus grand nombre le regardent comme un moyen duquel l'hygiène du cheval de troupe a beaucoup à attendre.
Pour dix régiments, les effets du tondage sont encore in- oPim?D
. iDf»>rtaiue.
certains, soit parce que les résultats obtenus ne sont pas assez prononcés, soit parce qu'on les a attribués aux conditions hygiéniques dans lesquelles les chevaux ont été placés pendant et après l'opération.
Les régiments qui sont contre le tondage, au nombre de j)p;.°j™ neuf, tout en reconnaissant que cette opération rend les soins de propreté de la peau plus faciles, que les chevaux transpirent moins et ne conservent pas aussi longtemps la sueur, lui attribuent de nombreux inconvénients, et le regardent comme un moyen plutôt capable d'augmenter nos pertes que de les diminuer.
Selon eux, la suppression des poils, en hiver, lorsque l'air atmosphérique est froid et humide, prive les chevaux de leur manteau naturel, les expose à des refroidissements fréquents et à des arrêts de transpiration , causes principales des maladies qui déciment notre cavalerie. On se rend facilement compte de l'importance de ce fait, disentils, en jetant un coup d'œil sur les phénomènes que présentent les chevaux dans le mois qui suit le tondage. Tout annonce alors, chez eux, un état pénible qui est incontestablement la conséquence de l'action directe du froid sur la peau.
En présence de cet état de choses, est-il raisonnable d'admettre, disent les non-partisans du tondage, que l'enveloppe cutanée, privée de ses poils, fonctionne mieux que celle qui en est recouverte? Si cela est, on conviendra que les résultats sont difficiles à comprendre et à expliquer; car, s'il est vrai que la principale action du froid soit de resserrer le tissu et les pores de la peau, et que cette restriction soit en rapport avec son intensité, il est permis d'admettre que les effets en sont plus nuisibles chez les sujets tondus que chez ceux qui ne le sont pas, et que les fonctions de l'enveloppe cutanée, au lieu d'être favorisées, doivent, au contraire, être sensiblement diminuées et même suspendues, suivant le
degré d'abaissement de la température. Ce fait admis, il est patent, pour quiconque connaît le rôle de la peau, que la suppression des fonctions de cet organe doit amener une perturbation générale de toute l'économie, et, partant, une foule d'accidents.
En admettant même que le tondage n'ait pas les conséquences fâcheuses qu'on lui accorde , pourquoi faire contracter aux chevaux de guerre, qui doivent être rustiques, toujours prêts à entrer en campagne et à vivre en plein air, des habitudes mauvaises en ce que le cheval, une fois tondu, ne peut plus se passer de subir, tous les ans, cette opération qui cependant, dans quelques circonstances, en campagne, par exemple, ne pourrait être pratiquée sans de grands dangers?
Les non-partisans font encore observer que le tondage est une affaire de mode à laquelle on ne doit pas soumettre les chevaux de guerre, et que, dans la saison rigoureuse, la nature, toujours prévoyante et sage, a donné aux animaux un poil plus long, une fourrure plus épaisse pour les préserver du froid. Ils ne pensent pas qu'il soit convenable de les en priver, et de les exposer ainsi, sans pitié, aux intempéries, à la rigueur du froid et à l'humidité, dans un but qu'on se plaît à dire conservateur, mais qui, en réalité, ne peut avoir qu'un seul et unique résultat, celui d'augmenter le nombre des causes de destruction qui ne cessent d'agir sur les régiments de cavalerie.
En présence de ces considérations et des résultats peu satisfaisants que le tondage a donnés, les non-partisans se demandent s'il n'est pas permis de douter de l'utilité de l'innovation, et même de la regarder comme un moyen plus nuisible qu'utile. Ils font observer que c'est faire fausse route que d'appliquer aux chevaux de guerre les résultats observés sur beaucoup de ceux appartenant à des établissements civils, qu'on s'empresse de couvrir quand il leur arrive de s'arrêter au milieu de leurs travaux, et qui reçoi-
vent des soins qu'on ne peut donner aux chevaux de troupe.
Les partisans du tondage sont plus nombreux que les opinion opposants : on ne compte pas moins de 47 régiments qui ont ÉVOrable émis une opinion favorable, que l'on peut résumer ainsi qu'il suit :
De sèche et adhérente qu'elle était avant le tondage, la peau ne tarde pas à devenir douce au toucher et d'une souplesse remarquable; ses fonctions s'exécutent avec plus de régularité; les chevaux ne rentrent plus mouillés des manœuvres ; et quand, par hasard, à leur retour du travail, ils ne sont pas entièrement secs, un simple coup de bouchon suffît pour faire disparaître les sueurs après quelques minutes. On ne voit donc plus, même après un violent exercice, les chevaux conserver, pendant un temps souvent trop long, une sueur qui se condense sur leur fourrure et semble les envelopper d'un froid humide qui, en s'opposant aux fonctions de la peau, réagit sur les organes respiratoires et digestifs dont il trouble les fonctions, et donne naissance à des maladies de nature variable , suivant les prédispositions individuelles.
Les affections cutanées légères disparaissent presque toujours promptement par le tondage, et, chose digne d'être notée, c'est que les parties plus ou moins dénudées avant l'opération se recouvrent de poils abondants tout aussi bien que les autres régions.
Par suite des modifications avantageuses survenues dans les fonctions de la peau, les chevaux deviennent plus gais et font preuve d'une vigueur et d'une force qui ne leur étaient pas habituelles. Pour le même motif, la plupart des chevaux engraissent et prennent des formes plus gracieuses. A la vérité, tous les régiments ne sont pas d'accord sur les causes de ce résultat : pour les uns, il est dû au repos auquel les chevaux sont soumis, tandis que, pour le plus grand nombre, il est attribué au tondage.
En résumé, les opinions ne sont point unanimes sur le i^um*.
tondage, mais on le regarde généralement comme avantageux. La Commission d'hygiène hippique, qui a fait l'analyse des rapports des corps qui ont expérimenté sur les chevaux de troupe, et qui a suivi les expériences faites sur les chevaux des écuries de l'Empereur, des Guides et de plusieurs établissements civils, s'est prononcée en faveur de cette opération, et en a résumé, ainsi qu'il suit, les avantages :
« On doit rester convaincu que le tondage est une excellente mesure ; et cette conviction sera encore bien plus grande lorsqu'on saura :
» Que, à quelques exceptions près, les chevaux lymphatiques qui ont été soumis à cette expérience se sont parfaitement trouvés de ce moyen; qu'en général ils ont fait preuve, peu après l'opération, de plus de force et de vigueur qu'ils n'en avaient avant, et que surtout ils ont cessé d'être couverts de ces sueurs abondantes si difficiles à faire disparaître, et partant si dangereuses;
» Que les animaux malingres ont non-seulement pris de la vigueur, mais qu'ils ont encore, pour la plupart, acquis un état d'embonpoint qu'on ne leur avait jamais vu;
» Que, sous l'influence de la tonte, tous les engorgements des extrémités ont disparu, sans que pour cela la santé des animaux ait paru en souffrir le moins du monde; que tous ont acquis plus de légèreté, plus dcliberté dans les mouvements, et ont pu faire leur service beaucoup mieux qu'Us ne le faisaient ordinairement à cette époque où constamment ils se trouvaient empêchés par l'infiltration qui existait dans le tissu cellulaire sous-cutané des membres;
» Que parmi les animaux courts d'haleine, et reconnus, pour ce motif, ne pouvoir suivre qu'avec peine dans les mouvements un peu rapides, quelques-uns sont désignés comme ayant gagné une liberté de respiration qu'ils étaient loin d'avoir auparavant;
» Que les animaux habitués à se tracasser et à perdre, en mouvements continuels, leurs forces et leur embonpoint,
n'avaient que peu gagne* sous ce rapport, mais que, en rafêon de la diminution de leur transpiration, ils se trouvaient, chose importante, plus à l'abri des arrêts de transpiration;
» Que toutes les affections de la peau signalées, légère? à la vérité, disparurent pour ainsi dire d'elles-mêmes;
» Qu'il en fut de même de beaucoup de toux chroniques;
» Que les quelques animaux sortant des farcineux gagnèrent promptement un embonpoint et une vigueur ne laissant rien à désirer ;
» Mais que les chevaux tiqueurs n'en éprouvèrent aucun changement »
Malgré les expériences nombreuses qui ont été faites, la question du tondage n'est pas encore complètement résolue et donne lieu à des contradictions ; aussi n'est-elle pas une mesure générale d'hygiène dans les corps. Le 9 mars 1860, le Ministre de la Guerre a décidé que son application serait ajournée jusqu'à nouvel ordre. D'après cette décision, il est formellement interdit aux corps de troupes à cheval de pratiquer l'opération de la tonte sur leurs chevaux , même par l'emploi du gaz, sans une autorisation spéciale du Ministre, et toutes les dépenses faites au compte de l'Etat, pour cette opération, resteront désormais à la charge des officiers qui les auront prescrites.
1 Loco citato, tome VIII, page 376.