DES BAINS
Sommaire. — Bains d'eau douce, — Baiu» de mer, — Baina locaux,—
Lotious , — Baios d'air.
Pris dans son acception la plus générale, le mot bain indique le séjour plus ou moins prolongé d'un corps dans un milieu autre que l'air atmosphérique. Aussi distingue-t-on
des bains d'eau douce, des bains de mer, des bains de vapeur, des bains de sable, des bains de fumier, etc. En Hygiène, on entend par bain l'immersion plus ou moins prolongée du corps ou d'une partie du corps dans l'eau.
On divise les bains : 1° en généraux et en locaux; 2° en Diruion. bains à eau douce et en bains de mer ; 3° en bains froids, frais, tempérés et chauds.
Le bain est général, quand le corps se trouve plongé plus ou moins complètement dans l'eau, et local, lorsqu'il n'y a qu'une partie du corps immergée dans le liquide.
Le bain est dit froid, quand la température de l'eau est audessous de + 15°.
Il est frais, si la température de l'eau est de + 15° à -f 20°.
Il est tempéré, quand elle est de -f 20° à + 25°.
Il est chaud, lorsqu'elle est à -|- 25° et au-delà.
Les bains d'eau douce sont ceux que les chevaux prennent dans l'eau ordinaire. Les bains de mer se définissent d'euxmêmes.
En Hygiène hippique militaire, on fait usage des bains d'eau douce et des bains de mer.
Bains d'eau douce.
Les bains d'eau douce se prennent dans les fleuves, les rivières , le3 lacs ou tout autre grand réservoir contenant de l'eau en assez grande quantité pour immerger le corps du cheval en totalité ou en partie.
On ne donne des bains hygiéniques aux chevaux que pen- saison, dant les fortes chaleurs de l'été. En France, la saison commence en juillet et finit en août; en Algérie, elle commence un mois plus tôt et finit un mois plus tard. Avant et après, l'eau est trop froide et les chaleurs atmosphériques ne sont pas assez fortes pour que les bains puissent être salutaires.
L'action des bains d'eau douce varie suivant la tempé- AcUon> rature de l'eau et selon que celle-ci est courante ou tranquille.
La température des rivières et des fleuves oscille, en été, entre + 15*° et -f 25°, selon les climats et les mois ; les bains qu'on y prend appartiennent donc à la série des bains frais et tempérés. A cette température, l'eau étant moins chaude que le corp3 , détermine tout d'abord un sentiment de froid qui produit un spasme périphérique, refoule les liquides circulatoires à l'intérieur, diminue la sensibilité générale et la transpiration cutanée. Mais ces effets ne tardent pas à être suivis d'une réaction qui consiste dans le retour des liquides du centre vers la périphérie; alors le sang revient à la peau et la chaleur se rétablit.
L'eau courante agit d'une manière plus intense que l'eau tranquille; son mouvement produit une sorte de douche permanente très-salutaire, et l'action en est plus réfrigérante. Effet». Les chevaux éprouvent, peu de temps après leur entrée dans l'eau, un sentiment de bien-être qu'ils manifestent par des hennissements de joie et l'attitude qu'ils prennent. Le contact des flots leur est si agréable, qu'ils se couchent et se roulent dans l'eau et qu'ils y resteraient longtemps si on voulait les y laisser.
Le bain nettoie la peau et lui enlève les concrétions que la poussière et la sueur accumulent à sa surface, bien mieux que ne le fait le pansage. Il soustrait au corps la quantité de chaleur qui le surexcite, diminue l'activité de la transpiration cutanée , rend à la peau le ton et le ressort qui lui sont nécessaires pour bien fonctionner, et favorise l'exercice régulier de tous les organes.
Les bains sont utiles partout, mais les effets qu'on en retire sont d'autant plus grands que la température atmosphérique est plus élevée. Ils sont aussi plus utiles les jours de manœuvre que les autres.
Précantiow. Mais, pour que les bains soient salutaires, il faut se renfermer dans certaines conditions hygiéniques.
Les chevaux ne doivent pas être mis à l'eau à jeun, ni avec l'estomac plein.
Quelle que soit la distance qui sépare le quartier du lieu de la baignade, elle doit être parcourue au pas et lentement.
Arrivés sur le bord de l'eau, les cavaliers mettront pied à terre et attendront quelques minutes avant d'y conduire les chevaux. En agissant ainsi, on prévient les effets produits par un refroidissement trop prompt.
11 faut que le bain soit général, c'est-à-dire, que l'eau recouvre presque entièrement les chevaux. Tel qu'on le fait prendre en France, le bain n'est qu'un simple pédiluve, et est loin de donner les bons résultats qu'on pourrait en obtenir si l'on se conformait à nos prescriptions.
La durée du bain doit être de 15 à 20 minutes. Trop long, le bain peut occasionner, surtout chez les sujets à poitrine faible, des affections des organes respiratoires; trop court, il ne produit qu'une partie des bons effets qu'on en attend.
Après le bain, les chevaux reviendront au quartier au pas. On les fera boire avant de les rentrer à l'écurie, s'ils n'ont pas bu à la rivière ; puis on leur donnera un coup de bouchon, pour appeler le sang à la peau ; enfin on leur distribuera l'avoine.
Si les bains conviennent pour la plupart des chevaux, il inçonféen est quelques-uns auxquels ils sont nuisibles. Il ne faut pas conduire au bain les sujets convalescents, à poitrine faible ; ceux atteints de maladies internes pour lesquels on craint une répercussion vers les organes malades; ceux qui ont de larges plaies suppurantes. On doit éviter de donner des bains, quand l'eau est stagnante, vaseuse ou boueuse.
Bains de mer.
L'eau de mer agit, comme l'eau douce, par sa tempéra- Mode ture, par son mouvement incessant et par les sels qu'elle contient. La température de l'eau de mer sur la côte d'Afrique varie, er été, entre -+- 18° et -f 22° : les bains qu'on y prend sont donc frais ou tempérés. Le va et vient des ii 17
vagues produit une sorte de douche permanente sur toutes les parties du corps, et donne Heu à une action très-salutaire. La composition chimique de l'eau communique au bain des propriétés excitantes qui agissent sur les papilles nerveuses de la peau ; de là des picotements, des cuissons, un sentiment de chaleur que les chevaux éprouvent, soit immédiatement après leur entrée dans l'eau, soit plus tard. Sur la peau privée de son épiderme, l'eau de mer provoque une, chaleur cuisante.
Avantage* Les bains de mer enlèvent au corps, mieux que ceux d'eau douce, la quantité de calorique qui surexcite les fonctions ; diminuent l'activité de la transpiration ; donnent à la peau du ton et du ressort; ravivent les sources de l'innervation, et, par cela même, tendent à sortir le système musculaire de l'état de faiblesse dans lequel les fortes chaleurs le plongent. Aussi ces bains produisent-ils de bons effets sur les chevaux, notamment sur ceux qui sont jeunes, lymphatiques, non encore acclimatés. Les régiments de cavalerie algérienne, en garnison sur le littoral de la Méditerranée, en font un bon et fréquent usage.
'ïSïu " Trop souvent répétés ou de trop longue durée, les bains de mer peuvent occasionner un refroidissement qui refoule le sang vers les viscères, l'y maintient trop longtemps , et fait naître des inflammations des organes intestinaux ou respiratoires. Ils donnent lieu aussi à des démangeaisons qui portent les chevaux à se gratter, à se mordre ; ils peuvent même amener des altérations de la corne.
Bains locaux.
Ctagw. Les jambes sont les seules parties auxquelles on donne des bains locaux. Il serait à désirer qu'il y eût dans chaque quartier de cavalerie des réservoirs destinés à laver les membres des chevaux, quand ils rentrent de la promenade et qu'ils sont couverts de boue. Avant de les rentrer à l'écurie, on pourrait alors leur faire traverser ces réservoirs.
Les bains locaux donnent de bons résultats : ils délassent Efcta. les chevaux après une longue course , préviennent les crevasses, les eaux-aux-jambes, etc. Mais, après les avoir donnés, il faut avoir la précaution de bien sécher les membres.
Lotions.
On appelle lotion, une opération qui consiste à laver t.ag«. une partie du corps. On donne aussi ce nom au liquide employé. Les lotions ne sont pas d'un usage assez fréquent en Hygiène vétérinaire militaire. On devrait laver les yeux , les naseaux, la bouche et les parties génitales des chevaux, chaque fois qu'ils rentrent de la manœuvre ou de la promenade, etc., et ne pas attendre l'heure du pansage pour accomplir ce soin de propreté.
Bains d'air.
Le bain d'air consiste à sortir les chevaux, en été, pen- Définition, dant une heure ou deux, à les attacher hors des écuries pour les soustraire à leur atmosphère, et leur permettre de respirer l'air pur.
Ce genre de bains est salutaire à tous les chevaux, sur- Etreu. tout aux jeunes et aux convalescents, à ceux élevés dans les pâturages et non encore habitués à la stabulation; mais il demande une surveillance très-active pour éviter les coups de pieds, les morsures et autres accidents de ce genre. En été, le bain d'air devrait être d'un usage journalier dans l'armée; car il a le double avantage d'être très-salutaire aux chevaux et de les habituer à la vie de bivouac.
SECTION IV