ROUTES
A moins de circonstances exceptionnelles, les chevaux ne doivent jamais passer d'emblée de la vie ordinaire à celle des routes. Quelque temps avant le départ de la garnison, ils y seront préparés par des promenades militaires, de plus en plus longues, et pendant lesquelles ils porteront à peu près la charge de route, indication» De même que tous les autres exercices, les routes réclament des soins particuliers. Disons d'abord que toutes les précautions hygiéniques que nous avons indiquées en parlant des promenades sont applicables aux routes, mais que celles-ci exigent quelques précautions particulières. Les routes doivent se faire en partie au pas et en partie au trot. Quand on les fait entièrement au pas, les hommes se fatiguent vite, se balancent sans cesse à cheval et ne conservent pas une position convenable. De là, plus de chevaux blessés que si la route est faite en partie au pas et en partie au trot.
Dcfcentc. Quand on rencontre un terrain fortement incliné, on doit mettre pied à terre afin de diminuer la fatigue que les chevaux éprouveraient en montant et en descendant, et d'éviter les blessures que le harnachement pourrait occasionner, juiie». La plus importante de toutes les indications hygiéniques c'est de s'assurer, à chaque halte, que le harnachement et la charge sont bien placés, et n'exercent aucune pression sur les parties qu'ils doivent respecter.
Marthe» de A moins d'urgence, quelles que soient la saison et les chaleurs qui régnent, les routes ne doivent être faites que
1 Od appelle route, la distance qui sépare l'ancienne de la nouvelle garnison, et étape, la fraction de la route que les corps parcourent chaque jour, ou les endroits où logent les hommes et les chevaux.
nuit.
dans le jour ; car les marches de nuit fatiguent et les hommes et les chevaux. Sinclair raconte à ce sujet une expérience faite en Angleterre par deux colonels de cavalerie qui étaient d'avis différents sur les avantages et les inconvénients de faire voyager la cavalerie pendant la nuit. « Deux colonels, dit-il, ayant eu une longue discussion pour savoir lequel convenait le mieux , pour une longue marche au milieu de l'été, de se reposer la nuit ou le jour; comme la chose était sous un point de vue militaire assez intéressant, ils obtinrent de leur général d'en faire l'essai. Ils partirent l'un et l'autre avec leur régiment et parcoururent deux cents lieues. Celui qui marchait de jour et se reposait la nuit, arriva à sa destination sans aucune perte d'hommes ni de chevaux ; tandis que celui qui avait cru préférable de profiter de la fraîcheur de la nuit pour faire le chemin, et de se reposer dans le milieu du jour, perdit la plupart de ses chevaux et plusieurs de ses soldats. »
Dans la période des grandes hostilités, en Algérie, c'està-dire, de 1840 à 1850, nous avons été à même de constater, bien souvent, et sur une grande échelle, ce que les marches de nuit ont de fâcheux. Pendant la nuit, les hommes, harassés de fatigue, s'endorment à cheval, ou font tout leur possible pour lutter contre le sommeil qui les gagne ; ils ne conservent jamais une position régulière et se balancent sans cesse dans tous les sens. Ces balancements amènent d'abord des déplacements considérables du centre de gravité, qui surchargent tel ou tel membre du cheval, le fatiguent et l'exposent à des faux pas, et ensuite des changements de position de la selle et de la charge, etc., qui sont la cause de blessures graves et fréquentes. Après une marche de nuit, il y a toujours un nombre considérable de chevaux blessés, et les blessures sont souvent assez graves pour rendre le cheval impropre à tout service pendant un temps très-long.
soini* A leur arrivée à l'étape, les chevaux seront conduits aux
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chettox, écuries qui leur auront été désignées. On aura soin de ne pas
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ài éupe. les y faire entrer tous ensemble, mais I un après 1 autre, afin de prévenir les coups de pieds et les morsures qu'ils se donneraient s'ils étaient à portée les uns des autres. A cet effet, le chef du détachement ordonnera aux cavaliers de promener leurs chevaux, auprès de l'écurie, jusqu'au moment où arrivera leur tour d'entrer.
Aussitôt attachés à l'écurie, les chevaux seront déchargés. Les instructions ministérielles ordonnent de les desseller immédiatement, de les bouchonner jusqu'à ce que la place occupée par la selle soit sèche, et de les couvrir pendant un temps variable, si la saison, la température des écuries et l'état de leur corps, au moment de l'arrivée, l'exigent. Si cette prescription est bonne en temps ordinaire, à coup sûr, elle ne l'est pas en campagne et toutes les fois que l'on ne peut employer le temps nécessaire à bouchonner les chevaux. Alors mieux vaut ne les desseller que deux ou trois heures après l'arrivée à l'étape, en ayant soin de déboucler le poitrail, d'enlever la croupière , et de les surveiller attentivement pour qu'ils ne se roulent pas. En agissant ainsi, on prévient les blessures que le harnachement occasionne souvent, on empêche les phlegmons et les cors de se former, ou, s'ils sont formés, de prendre un grand développement.
Les gardes d'écurie doivent être en nombre suffisant pour exercer une surveillance active, et empêcher les chevaux de se mordre et de se battre. Ils débarrasseront les écuries de tous les objets contre lesquels les chevaux, détachés, pourraient se blesser.
Distribution Les denrées de distribution seront examinées avec une de.rePa*. attention particulière parce que, d'ordinaire, les fournisseurs profitent du passage des régiments pour écouler tout ce qu'ils ont de plus mauvais en magasin, et falsifient le foin et l'avoine. On doit donc s'assurer que ces denrées sont de bonne qualité, en faisant ouvrir beaucoup
de bottes de foin et de sacs d'avoine à chaque distribution. On s'assure aussi que les bottes et les sacs ont bien le poids indiqué.
La distribution des repas ne peut être faite d'une manière parfaitement régulière, et conformément aux prescriptions de la décision ministérielle du 12 juin 1856. Voici la règle qu'il convient généralement de suivre : Dès que les fourrages seront arrivés, on donnera le tiers du foin ; au pansage, on fera boire et on distribuera la moitié de l'avoine et le second tiers du foin ; à la botte du soir, on jettera dans le râtelier un peu plus de la moitié du foin restant; le lendemain, deux heures avant le départ, on donnera ce qui reste du foin, et une heure après, on fera boire et manger l'avoine.
Une mesure hygiénique qu'il serait bon d'adopter, serait de conserver une petite quantité d'avoine, que l'on donnerait aux chevaux à leur arrivée à l'étape, pour les empêcher de se battre, et leur permettre d'attendre patiemment l'arrivée des aliments du jour.
L'heure du pansage est indiquée, chaque jour, par le chef Pm.age. de corps, et varie suivant la longueur de l'étape, la saison, etc. Quand on le peut, il faut laisser s'écouler au moins deux heures et demie entre le moment de l'arrivée et celui du pansage, si les chevaux n'ont pas été dessellés à l'arrivée. Quand le desseller a eu lieu , conformément au règlement, le pansage peut être fait plus tôt sans inconvénients. C'est alors que les officiers et les vétérinaires doivent examiner le harnachement, et y faire apporteras modifications qu'il réclame.
Après le pansage, les chevaux indisponibles seront con- pansement duits auprès du corps-de-garde de police pour y recevoir les ** chei",UI* soins que leur état réclame.
Les maladies qui se déclarent pendant les routes sont : des Maladie» blessures produites parle harnachement, descoups de pieds, par la route, des boiteries occasionnées par la perte des fers ou par toute
autre cause, des atteintes. Les maladies internes sont plus rares.
Les chevaux malades et indisponibles voyageront à part, et leur harnachement sera envoyé aux bagages. Maires Si des maladies contagieuses se déclarent, les chevaux, qui en sont atteints, seront sépares pendant la marche; les maires des gîtes d'étape seront prévenus de ces maladies; il sera demandé, pour eux, des locaux isolés, et les cavaliers qui les pansent seront logés séparément. Ces chevaux seront laissés en subsistance, dans le premier corps de troupes à cheval qui se trouve sur la route parcourue par le régiment.
précaution» A l'arrivée à la nouvelle garnison, il est bon de donner
hygiénique» .
à prenne quelques jours de repos aux chevaux avant de les remettre à
»n arrivaut à . .
la nouvelle leur travail habituel; mais il faut bien se garder de les laisgarn,Mn' ser au repos absolu et passer d'une vie active et d'une exposition à peu près journalière en plein air, à un séjour prolongé dans les écuries et à une inaction presque complète. Il faut les promener tous les jours, au moins pendant deux heures, et surveiller attentivement leur hygiène, car c'est pendant les deux ou trois mois qui suivent le changement de garnison que se déclarent les maladies causées par les différences de climat, de nourriture, de boissons, les transitions d'un exercice plus que modéré à un repos très-doux.
SECTIOI IV