‹ Cours d'hippologie à l'usage de MM. les officiers de l'arméeChapitre 35 sur 139 · HYGIÈNE DES CHEVAUX EN MER · texte numérisé non relu

HYGIÈNE DES CHEVAUX EN MER

Bien que cette question ne soit pas d'une application journalière, néanmoins nous croyons devoir y consacrer quelques détails, en raison de l'importance qu'elle prend dans certaines circonstances. Nous examinerons successivement : l'embarquement des chevaux, les différents modes de transport, l'hygiène à laquelle ils doivent être soumis, le débarquement, les soins à leur donner après le débarquement.

Avant d'être embarqués, les chevaux doivent être soigneusement examinés. 11 faut exclure tous les sujets qui ne seraient pas dans un état de santé parfaite, notamment ceux qui présenteraient des symptômes de maladie contagieuse. Les chevaux désignés pour être embarqués dev ront être mis au barbotage cinq ou six jours avant l'embarquement, pour les préparer au régime qu'ils devront suivre à bord.

On a conseillé de déferrer les chevaux au moment de l'embarquement; mais cette pratique est plus nuisible qu'utile, car les pieds déferrés s'usent vite, s'éclatent; de là des souffrances qui prédisposent à la fourbure.

Le cas le plus favorable pour l'embarquement des chevaux est celui où le bâtiment peut venir s'embosser au quai , de manière à les recevoir au moyen d'un pont volant en planches, solide, ferme et garni de garde-corps. Alors, avec quelques précautions, de la douceur et des caresses, l'embarquement se fait vite et sans le moindre danger.

Si le bâtiment est au large, on y transporte les chevaux au moyen de chalands. Le chaland, arrivé près du bateau, est disposé de manière à permettre de placer, sous le ventre du cheval, une large sangle, maintenue en place par un fort cable plat, qui embrasse le poitrail, en avant, et les fesses

en arrière. Puis, au moyen d'un système de poulies, on hisse le cheval sur le pont du navire.

Une précaution indispensable pour éviter de nombreux accidents, tels que coups de pieds, morsures, etc., c'est de placer les chevaux dans le chaland et à bord, dans Tordre de voisinage qu'ils avaient habituellement à l'écurie. Il faut visiter, avec une attention minutieuse, l'emplacement destiné aux chevaux, et s'assurer qu'il ne présente ni clous, ni chevilles dépassant le niveau des planches, des mangeoires, etc. , ou bien on court risque de voir survenir une foule d'accidents.

Les chevaux embarqués, il est bon de leur donner une petite quantité de foin pour calmer leur inquiétude et les empêcher de se tracasser les uns les autres, et de faire exercer une surveillance des plus actives par les gardes d'écuries.

Le transport des chevaux se fait par des bateaux à vapeur Moyen, ou par des voiliers. de tr*"po'

Les vapeurs sont préférables, car ils marchent pl US Vite, Vapenra. ne sont presque jamais arrêtés dans leur marche par les mauvais temps, sont plus grands et peuvent recevoir un nombre plus considérable de chevaux.

A bord, les chevaux sont sur le pont, ou dans l'entrepont, ou dans la cale.

Le pont est préférable ; les chevaux y sont casés dans des stalles, ou séparés les uns des autres par des bat-flancs en bois, et quelquefois simplement par des cordes.

Le meilleur système est la stalle simple ou double. La suiu». stalle simple se compose de quatre madriers arrondis, solidement fixés à chacun des angles du rectangle qui délimite la place du cheval, et reliés par des barres transversales. La barre qui relie les deux poteaux, en avant, doit s'élever à 0" 08 au-dessus du niveau du sternum. Celle qui réunit les poteaux, en arrière, doit s'élever à 0m 30 au-dessus des jarrets, si l'on veut éviter les contusions à cette région. Les traverses latérales doivent être à lm 40 au-dessus du sol.

Hauteur.. V

Les traverses et les poteaux seront fortement rembourrés pour résister aux chocs du cheval dans les mauvais temps et ne pas le blesser.

Dimensions. Les stalles doivent avoir les dimensions suivantes :

ien avant 2* 50

ren arrière 1 90

Largeur i 00

Longueur 2 00

A la traverse antérieure est fixée la mangeoire qui doit être garnie de tôle, pour que les chevaux et les mulets ne la saisissent pas avec les dents. Les poteaux antérieurs portent un anneau , placé à 1" 60 au-dessus du pont, trèssolidement fixé, d'où partent des longes d'attache qui doivent être très-solides pour empêcher le cheval de passer par-dessus la traverse.

Aux traverses latérales sont fixées des sangles de suspension, en toile très-solide, et de 0m 45 à 0* 50 de largeur.

Position La position des stalles doit être telle que les chevaux se des ttaiies. regar(ient t£te a et que ieur croUpe soit distante de O^O

du bastingage.

La partie du navire qu'on doit préférer est le centre, parce que le roulis et le tangage s'y font moins sentir que partout ailleurs; mais, en été, la chaleur y est très-forte et la machine exhale une mauvaise odeur, qui impressionne désagréablement les chevaux.

Les stalles doubles ne diffèrent des précédentes que par leur largeur plus grande : elles ont de 1" 70 à iB 80, et reçoivent deux chevaux placés côte à côte.

Séparation an Pour les traversées de peu de durée, ou qui ont lieu dans de» barres, la bonne saison, on se sert d'un mode d'installation plus simple, plus économique, et qui permet de transporter un plus grand nombre de chevaux. On place dans la longueur du pont, et à une hauteur telle que le poitrail puisse y prendre un point d'appui, des barres en bois d'où partent des traverses de même nature, perpendiculaires aux premières,

auxquelles elles sont fixées d'une manière très-solide, et qui font l'office de bat-flancs. Dans ce système, les chevaux sont réunis par trois, la croupe faisant face au bastingage.

Quelquefois, pour les traversées très-courtes, et par les Séparation m beaux temps, on se contente de fixer un fort cable dans d«Mr?ea. la longueur du navire, à une distance de 2m au moins du bastingage , et auquel on attache les chevaux. Ce système, le plus simple et le plus économique de tous, est suivi de mille accidents qui doivent le faire rejeter, à moins de nécessité absolue.

A bord des voiliers, les chevaux occupent la cale ou l'en- vuiiier.. tre-pont, si le vaisseau est de grande dimension. Les meilleurs voiliers sont les plus grands , ceux qui marchent le plus vite; néanmoins, ils sont encore bien inférieurs aux vapeurs.

La cale des voiliers représente une écurie à deux rangs où les chevaux sont placés croupe à croupe. On doit s'efforcer d'y réunir les meilleures conditions d'hygiène, pour éviter des pertes considérables.

Ces écuries ont des mangeoires et des râteliers fixés aux parois du navire.

Les anneaux d'attache sont fixés au plafond, et doivent sy.t*me l'être assez solidement pour qu'ils ne puissent être arrachés datu<*cpar les chevaux qui, pendant le gros temps, exercent quelquefois, sur eux, des tractions très-fortes. L'absence de cette condition pourrait donner lieu à de graves accidents. Pour le même motif, le licou et les longes seront dans de bonnes conditions de solidité. Les longes destinées à attacher les mulets doivent être en fer.

Il faut attacher les chevaux aussi court que possible, quand la mer est houleuse ; tandis qu'on doit leur donner toute leur longe par le beau temps, pour leur permettre de se coucher.

Chaque place doit être pourvue de sangles, destinées à Système suspendre les animaux pendant le mauvais temps, et sur- *u*penf,° tout ceux qui sont fatigués, malades ou méchants. Le piton

qui les reçoit doit être solidement fixé au plafond et à un mètre environ en arrière du niveau des mangeoires. Espacement. L'espace nécessaire à chaque cheval est de 0"90, pour qu'il puisse, au besoin, se coucher quand la mer est calme ou lorsqu'il est trop fatigué, et surtout pour qu'il ait une quantité d'air suffisante à respirer. Sans ces dimensions, l'air s'altère promptement , et les chevaux sont plongés dans une atmosphère des plus méphitiques, et dont la température s'élève quelquefois jusqu'à + 40° et même à + 45° centigrades, ainsi qu'on l'a observé fréquemment pendant les traversées de France ou d'Algérie en Crimée, en 1834. ▲liment. A bord , la ration ne doit pas être la même qu'à terre. Pour prévenir et combattre les effets de la constipation, et conserver aux organes digestifs leur développement normal, il est bon de leur donner au moins un barbotage, par jour, m remplacement d'une certaine quantité d'avoine ou d'orge, et d'augmenter la ration de foin. La ration qui a paru la plus convenable, en 1854, est la suivante :

I Avoine 2 k 00

Foin 4 00

Son ? 00

Farine » 750

/ Avoine ou orge., i 00

Pour les chevaux arabe», de cavalerie! Foin 2 00

légère et le» mulets. J Son 2 00

[ Farine d'orge... 0 750

Bo».on.. La ration d'eau doit être aussi forte qu'à terre. En mer, les chevaux ont souvent besoin de boire, surtout quand ils sont dans la cale des voiliers, où règne une température élevée et où ils font de grandes déperditions par la respiration. L'expérience a démontré que la ration doit être :

Pour les chevaux de réserve, de ligne et du train,

de 20 litres par jour

Pour les chevaux de cavalerie légère 18 id.

Pour les chevaux orientaux 16 id.

Elle sera distribuée en deux fois, le matin et le soir.

On doit établir dans la cale des moyens de ventilation ventilation, aussi larges que possible. La ventilation ordinaire se fait par les écoutilles qui donnent passage à des cheminées à vent. Ces cheminées doivent être maintenues ouvertes en permanence, et encore sont-elles insuffisantes pour procurer un renouvellement d'air convenable. Si on les ferme, les chevaux sont dans un état imminent d'asphyxie. Quand le temps est beau et que le navire porte des sabords, il faut les ouvrir.

On doit couvrir les chevaux qui sont sur le pont, pendant couTert™. la nuit, par la pluie et le froid.

Il faut faire un bon pansage par jour, et avoir soin de par»«g*. laver fréquemment la partie inférieure des jambes avec l'eau de mer, qui a la propriété de prévenir et de faire disparaître les engorgements de ces régions, la fourbure, etc.

Les écuries doivent être tenues dans le plus grand état de propreté, propreté et lavées tous les jours à l'eau de mer. Le sable qui sert de lest et remplace la litière, sera souvent renouvelé. Les urines ne doivent pas plus séjourner dans les écuries que les crottins.

On s'assurera fiéquemment du bon état des parties du harnachement qui servent à suspendre les chevaux, et de toutes celles avec lesquelles ils sont en contact.

Un ou deux jours avant le débarquement, il est bon de donner un repas de barbotage de plus, par jour, et de diminuer d'autant la ration d'avoine ou d'orge, pour préparer les chevaux à la ration nouvelle et faire cesser la constipation.

Les chevaux en mer ne vomissent pas, mais ils présentent Effet» des symptômes qui indiquent que la mer est loin d'être sans effet sur eux. Si la mer est forte, ils sont tristes, inquiets, perdent l'appétit, baillent souvent; ils ont les muqueuses apparentes rouges et le ventre fortement retroussé ; la mer les constipe; aussi sont-ils levrettés et rendent-ils avec peine leurs crottins, qui sont secs, durs et souvent coiffés.

L'immobilité que les chevaux gardent debout joint ses effets à ceux qui précèdent : si la traversée est de quelque durée, ils maigrissent considérablement ; leurs membres se fatiguent à tel point qu'ils ne peuvent plus les porter; un grand nombre deviennent fourbus. Ajoutons que, si la mer est forte pendant plusieurs jours et si l'air ne se renouvelle pas convenablement dans la cale ou l'entre-pont, des maladies graves, et même l'asphyxie, surviennent souvent.

Le débarquement s'opère, soit à la nage, soit au moyen de chalands, soit au moyen d'un pont faisant communiquer le navire avec la terre.

Dém'n1ue Par le premier système, le cheval est descendu du bateau dans l'eau. A peine est-il plongé dans la mer, que deux hommes, placés dans des chalands différents, le saisissent et le débarrassent du système de suspension. L'un d'eux prenant ensuite les rênes de la bride, le dirige vers le rivage, maintenant, hors de l'eau, la tète de l'animal, qui suit à la nage.

Ce moyen, si simple et si expéditif, expose les chevaux à se noyer et plus sou vent à des blessures et à un refroidissement subit, qui quelquefois donne lieu à des maladies de poitrine.

Quand on se sert du chaland, les chevaux sont descendus dans le bateau au nombre de quatre, cinq, six et quelquefois môme davantage; des cavaliers les maintiennent parles rênes de la bride, la tête tournée en dehors.

Le débarquement est plus prompt et plus heureux quand le bateau peut être mis en communication avec la terre à l'aide d'un pont de bois, soin» & Aussitôt débarqués, les chevaux seront séchés, s'ils sont «onner^aprèi moumés . on nettoiera leurs pieds; on les ferrera, s'ils sont d'roenqtuc déferrés ; puis on les promènera, en main et au pas, pendant une heure environ; enfin on leur donnera un peu de foin. Ils ne doivent être conduits à l'abreuvoir qu'une heure au plus tôt après le débarquement, et il faut se garder de les laisser

boire à satiété, afin d'éviter les effets que produirait Tingestion subite d'une grande quantité de liquide après une abstinence de plusieurs jours. Après le débarquement les chevaux doivent être bien pansés , et ne doivent être remis à la ration réglementaire que progressivement. D faut continuer le barbotage tant que dure la constipation.

SECTION VU

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