DÉPÔT DE REMONTE DE TARBES ET LE VISENS
Le dépôt de remonte de Tarbes et le Visens, chef-lieu de la circonscription du Midi, explore les départements des
1 Voir le tableau de la statistique de la population chevaline de la France, placé à la fin du litre des Remontes.
Hautes- Pyrénées , des Basses - Pyrénées , des Pyrénées- Orientales, de YAriége et de la Haute-Garonne, qui sont en possession d'une de nos meilleures races de selle, la race navarrine, dont nous devons d'abord faire l'histoire.
Cheval navarrin f.
Issu de l'andalou, le cheval navarrin peuplait autrefois la plupart des provinces du Sud-Ouest de la France ; mais son berceau était le Béarn, la Navarre française et le Bigorre, qui forment aujourd'hui les dépaitements des Hautes et des Basses-Pyrénées. De nos jours, son théâtre de production est moins étendu ; on ne le trouve plus guère que dans les départements précités et dans celui du Gers. Les départements limitrophes élèvent des poulains navarrins achetés dans la plaine de Tarbes, mais qui, sous l'influence du changement de climat et de nourriture, se modifient et perdent une partie de leurs caractères propres.
La race navarrine a toujours joui d'une bonne réputation pour les services de la selle, particulièrement pour ceux de l'armée. Jadis, elle servait à la remonte de trois régiments de hussards 2; à présent, elle donne des chevaux de cavalerie légère, de cavalerie de ligne, et remonte le manège de l'École de cavalerie.
On ne sait pas au juste quelle était la conformation extérieure de l'ancien cheval navarrin ; mais tout porte à faire admettre qu'il ressemblait au cheval barbe, et mieux encore à l'andalou, dont il descendait.
On ignore aussi à quelle époque cette race était dans son plus grand état de prospérité; car, déjà vers la fin du siècle dernier, les hippologues se plaignaient de sa dégénéres-
1 L'Académie dit race navarraise, cheval navarrais, tandis que dans le monde hippique, l'usage a fait adopter l'expressiou de cheval navarrin, de race navarrine . L'usage doit faire loi.
» Ces régiments étaient ceux de Belxunce, de Berchiny et de Chamborand.
cence : elle n'était plus alors ce qu'elle avait dû être. Les guerres et les réquisitions de la République et de l'Empire lui donnèrent un terrible coup, comme à toutes nos races françaises de selle.
L'Empire et la Restauration cherchèrent à relever la race navarrine de l'état de dégénérescence dans lequel elle était tombée, en introduisant dans le pays des étalons arabes qui, croisés avec les débris de l'ancienne jumenterie, donnèrent naissance à un cheval que l'on désigna sous le nom de cheval tarbéen,
cherai Le cheval tarbéen avait la taille de la cavalerie légère ,
arbéca
rarement il dépassait 1"B2; la tête était petite, légère, expressive, mais souvent busquée; l'encolure légère, bien sortie, bien musclée, sans être trop forte, et quelquefois renversée; le poitrail large; le rein court; la croupe tranchante; la queue bien attachée. Les membres étaient secs, bien musclés, beaux à la partie supérieure; tandis qu'inférieurement, ils laissaient un peu à désirer : le tendon et le canon étaient un peu grêles ; les paturons long-jointés ; le pied petit.
Ces chevaux étaient d'un tempérament sanguin et nerveux, doux, sobres, patients, rustiques. Introduits dans les corps, ils s'y acclimataient facilement, y rendaient de bons services pendant longtemps, et y étaient très-estimés. Pour le manège, les tarbéens ne le cédaient en rien aux autres races françaises.
Jusqu'en i 833, le cheval arabe fut employé, à peu près seul, à améliorer la race navarrine, et les éleveurs le considéraient comme seul apte à remplir cette importante mission. Depuis lors, on voulut en élever la taille, donner plus de développement à ses formes , allonger ses allures, sous prétexte de le mettre plus en rapport avec les besoins de l'époque. A cet effet, on introduisit à Pau et à Tarbes, l'étalon de pur sang anglais, auquel la majeure partie des éleveurs livrèrent leurs juments, sans s'inquiéter si elles
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étaient en rapport de conformation avec ce cheval, si le climat, la nourriture, le mode d'élevage, etc., du Midi conviendraient aux produits de l'étalon anglais.
De l'union du pur sang anglais avec la jument tarbéenne est sorti un nouveau type, le cheval bigourdan.
Le cheval bigourdan a plus de taille que son prédécesseur ; ch«»«i il arrive jusqu'à \ n 60. Par sa tête et son encolure, il res- b,gonrd<l semble à son père ; il a le garrot bien sorti ; le rein souvent mal attaché ; la côte plate ; la poitrine étroite ; la croupe horizontale et longue ; la queue bien attachée et bien portée ; les membres longs et grêles; les antérieurs sont souvent brassicourts; les angles articulaires très-ouverts ; les jarrets droits et souvent jardés; les paturons longs et grêles; les pieds petits et prédisposés au resserrement des talons.
Ce cheval a les allures plus allongées et plus vives, mais moins souples et moins gracieuses que le tarbéen; il a aussi moins de fond; il est moins doux, moins sobre, moins résistant aux fatigues et aux privations. « Ce qu'il y a de remarquable, dit M. Louchard, c'est que ces chevaux manques , décousus, ficelles, ont conservé l'énergie de l'ancienne race, énergie factice, tenant à une prédominance du système nerveux; aussi chez eux voit-on bientôt la lame user le fourreau. »
Le croisement de la jument tarbéenne avec le pur sang anglais n'a donné de bons résultats que dans les contrées riches et fertiles, chez les éleveurs qui nourrissent abondamment leurs poulains, et tant qu'on s'en est tenu à un premier ou à un second croisement.
Le cheval bigourdan s'acclimate difficilement dans les corps, y tombe souvent malade et résiste peu à la maladie. Les pertes que l'armée éprouve en chevaux de cette race sont plus fortes que celles qu'elle faisait autrefois, et dépassent les pertes que donnent les autres remontes françaises
1 Voyez les Mémoires de la Commission d'hygiène hippique, tom. VIII.
Le cheval bigourdan est recherché par le luxe et sert à faire des attelages légers. Pour ce service, on exige une taille qui ne peutêtre donnée que par l'étalon angjaisetau détriment des qualités caractéristiques de la race navarrine.
En résumé, le cheval bigourdan, loin d'être un progrès au point de vue des services de l'armée, n'est qu'une dégénérescence. Et ce que nous disons du cheval bigourdan est applicable à tous les chevaux du Midi qui proviennent du croisement de la jument du pays avec l'étalon anglais. Il serait donc à désirer qu'on abandonnât l'usage du pur sang anglais, sinon complètement, au moins en grande partie, et qu'on revînt à l'étalon arabe bien choisi, qui, par sa taille, sa conformation et ses qualités morales, convient mieux dans la France méridionale.
Quoique ayant partout la môme origine, la race navarrine présente cependant des différences dans chacun des départements qui la produisent, variétés. Hautes-Pyrénées. — Aujourd'hui, comme jadis, les Hautes-Pyrénées sont le principal centre de production du cheval navarrin. Les plus beaux représentants de cette race se trouvent dans ce département , et c'est à eux que se rapporte ce qui précède sur le cheval navarrin. centre» Les principales contrées de production sont la plaine de production. Tarbes, les environs de Bagnères, de Lourdes, de Vie, la vallée d'Argelez. La jumenterie de ces contrées est nombreuse, belle ei moins souvent livrée à la production mulassière que dans les autres départements. Elle est bien soignée, et on ne lui demande aucun travail pendant la gestation. La plupart des poulains sont élevés dans le pays jusqu'à l'âge de 4 ans, époque à laquelle ils sont vendus à la Remonte ou au commerce. Cependant, quelques propriétaires vendent leurs poulains dans les premières années à des habitants des départements limitrophes.
Achat». Le département des Hautes-Pyrénées fournit à l'armée des chevaux de manège, de cavalerie légère, de cavalerie de
ligne, de troupe et d'officiers, quelques chevaux d'artillerie et des mulets 1 ; au luxe, des chevaux estimés; aux départements voisins, des poulains de 18 mois à 3 ans.
Basses-Pyrénées. — Le cheval des Basses-Pyrénées est p«"îuuï". moins élégant, moins gracieux que celui du département précédent; mais il est plus gros et mieux membré. Quoiqu'il appartienne partout à la race navarrine, il présente des différences suivant les contrées qui le produisent.
Dans les vallées d'Osson, d'Assau et d'Asp, sur les rives v.riét*.. des gaves de Pau et d'Oléron, riches contrées où la nourriture est abondante et substantielle, le cheval est plus beau que partout ailleurs. Il a i",50 en moyenne, des formes relativement amples, une charpente osseuse forte, des muscles saillants, de bonnes proportions et de l'ensemble; il est solide, rustique, énergique et fait un bon cheval de cavalerie légère.
Dans le pays basque , les chevaux sont petits , mais forts, bien membrés, sobres, rustiques, infatigables au travail. Élevés la plupart en troupeaux nombreux, sur les montagnes où ils ne trouvent qu'une nourriture parcimonieuse, ils ont rarement assez de taille pour faire des chevaux d'arme.
Le cheval de l'arrondissement d'Orthez, vivant dans les Landes, est petit, chétil, de peu de valeur, impropre à la cavalerie.
La production chevaline est considérable dans les Basses- J^^JjJ1 Pyrénées, bien que beaucoup de juments y soient livrées à la production du mulet. Une partie des poulains sont vendus, à l'âge de 18 ou 20 mois, à des marchands qui les conduisent dans les départements voisins, où, sous l'influence d'une nourriture différente et plus ou moins abondante, ils se modifient plus ou moins. Les juments poulinières ne
1 Pour connaître les achats que la remonte fait annuellement en chenaux dans le département des Hautes-Pyrénées, voyex le tableau placé à la fin du livre des remontes. Même observation pour les autres départements.
servent qu'à la reproduction ; on ne leur demande aucun travail.
Ce département fournit à l'armée les mêmes espèces que le précédent, et les chiffres sont à peu près les mômes avec cette différence cependant qu'il livre moins de chevaux d'officiers et plus de chevaux de cavalerie légère.
Pyrénées-Orientales. — Le département des Pyrénées- Orientales est pauvre en chevaux, et ceux qu'on y trouve sont assez peu estimés. Dans les environs de Perpignan, l'espèce est petite et a un air de famille avec le cheval Camargue, dont on le fait descendre. Sur d'autres points, elle tient au navarrin, mais elle est loin d'être aussi belle que dans les deux autres départements pyrénéens. On trouve dans les Pyrénées-Orientales une petite tribu équine qui mérite d'être mentionnée : c'est celle qui est connu dans le monde hippique sous le nom de cheval cerdan.
Élevé sur le plateau de la Cerdagne, situé à 1,600 mètres au-dessus du niveau de la mer, le cheval cerdan est, dit-on, originaire d'Espagne, et tout porte à croire que cette opinion est exacte, car il a conservé les caractères et les qualités du cheval andalou.
Ce cheval a la taille et le développement des chevaux de ligne; il est généralement sous poil noir et ne manque ni de cachet, ni de distinction. Il a la tête busquée; l'encolure rouée et bien sortie; la poitrine ample; le garrot beau; le rein long; la croupe longue, mais tranchante; les membres bien d'aplomb, solides et rarement tarés; le paturon un peu long, le jarret d'une grande beauté; le pied large et bon.
Éierag*. Le cheval cerdan est élevé dans un pays où la nourriture est abondante et de bonne qualité. Sous son influence, il prend de la taille et de l'ampleur. Comme toutes les races primitives, il n'est complètement développe qu'à 7 et même à 8 ans; mais, une fois formé, il rend de bons services pendant longtemps et est rarement malade.
Chenal
Caractères.
La Remonte et le commerce français achètent peu de che- Achat,, vaux dans la Cerdagne; mais l'Espagne, qui en fait un grand cas, à cause de sa ressemblance avec le cheval andalou, lui offre un débouché sûr et avantageux. Ce cheval est apte à la remonte des armes de ligne et de la gendarmerie.
Les Pyrénées-Orientales sont presque sans ressources pour l'armée.
Ariége. — L'ancien cheval de l'Ariége était très-proba- caractère» blement aussi d'origine navarrine; celui qu'on élève actuellement dans ce département, appartient au type des montagnes et en a tous les caractères. Il a 1™ 47 en moyenne; la téte lourde, souvent mal coiffée et mal attachée ; l'encolure grêle; le garrot bas; la croupe avalée. Les membres manquent de bons aplombs : les antérieurs sont panards et les postérieurs clos; les uns et les autres sont grêles inférieurement et couverts de poils longs et abondants. Leur charpente osseuse est forte et bien accusée, tandis que le système musculaire est grêle, ce qui rend le cheval plat, anguleux, peu gracieux.
Pendant six mois de l'année, les chevaux ariégeois sont Éietag. très-mal nourris et logés dans des écuries basses et malpropres. Pendant six autres mois, ils vivent sur des plateaux situés à 1200 mètres au-dessus du niveau de la mer. En courant dans leurs montagnes, ces chevaux acquièrent beaucoup d'adresse; leur pied devient très-sûr ; leur organisation s'aguerrit contre la misère; ils deviennent aptes à supporter les intempéries et les privations; acquièrent une sobriété à toute épreuve et une grande force de résistance aux fatigues. Lorsqu'on les exporte jeunes de leur pays et qu'on leur donne une nourriture abondante et de bonne qualité, ils changent considérablement à leur avantage : ils acquièrent des qualités qu'on est loin de leur supposer en les jugeant d'après leur conformation extérieure.
Pour se faire une idée exacte du cheval ariégeois, pour u*ag«
savoir ce qu'il vaut réellement et ce qu'il peut faire, il faut s'en servir, le voir à l'œuvre; alors on est étonné de ce dont Achat*, il est capable, de la dureté qu'il montre au travail, etc. Ce cheval convient mieux pour les services des diligences, des postes, des messageries, que pour ceux de la cavalerie. Cependant, la Remonte en achète quelques-uns qui, introduits dans les armes légères ou l'artillerie, s'améliorent vite et y font un bon service.
Haute-Garonne. — L'arrondissement de Saint-Gaudens, seulement faisant partie du dépôt, de remonte de Tarbes, nous parlerons des chevaux de ce département, en traitant du dépôt de remonte d'Auch, qui l'explore presque en entier.