DÉPÔT DE REMONTE D'ALENÇON
Le dépôt de remonte d'Alençon a pour circonscription d'achat les départements de POrney de la Sarthe et Eureet-Loir. Il explore donc une partie de notre ancienne province de la Normandie, la plus riche en chevaux de France; aussi, avant d'en faire connaître les ressources, allons-nous faire l'histoire du cheval normand.
Cheval normand.
La Normandie possédait jadis une nombreuse population chevaline, dont les principales espèces étaient celles du Merlerault et du Cotentin.
ch'-v»! La race raerlerautine avait pour principal centre de pro-
ilu
Merierauit. duction le département de l'Orne, et surtout le canton qui
lui avait donné son nom. Elle descendait, selon toute apparence, de l'ancienne race armoricaine, formée à l'aide du sang oriental, à l'époque de l'invasion des Maures. Elle avait de la distinction, de l'élégance, des membres solides et de belles lignes. Elle était moins grande que les autres races normandes, mais plus estimée pour le service de la selle. Les plus beaux sujets étaient achetés pour le luxe et les autres pour le service de l'armée.
Ce cheval était élevé, en toute liberté, dans les prés, et y restait jusqu'à l'Age de sept ans, époque à laquelle il avait atteint tout son développement. Ce système d'élevage le rendait sobre, rustique, lui donnait beaucoup de fond et de vigueur ; mais un caractère indépendant qui le rendait difficile à dresser, ce qui faisait dire dans le pays qu'il était vert.
La race cotentine était notre principale race carrossière. r.hev.i Elle avait pour centre de production le département de la ' " CoteD, Manche ; on la trouvait aussi dans le Dessin et dans différentes vallées du Calvados. On lui assignait les caractères suivants : elle était étoffée, grande, de formes arrondies, régulières et jusqu'à un certain point gracieuses; la tète était forte et busquée ; les yeux petits; l'encolure rouée et longue; le garrot bas ; les rayons supérieurs des membres manquaient de longueur, tandis que les inférieurs étaient trop longs.
Le cheval du Cotentin n'était complètement formé qu'à sept ans ; il était docile et franc, d'un caractère doux, d'un dressage facile, et d'un tempérament lymphatique et sanguin.
Les deux races du Merlerault et du Cotentin ne sont plus aujourd'hui ce qu'elles étaient autrefois. Sous l'influence des croisements auxquels elles ont été soumises, elles se sont considérablement modifiées. Sous Louis XV, on introduisit, en Normandie, des étalons danois qui donnèrent à leurs descendants leur tète busquée et lourde ; leur poitrine étroite ; leur prédisposition au cornage et à la fluxion périodique,
etc., etc. Plus tard, on chercha à améliorer la race par le croisement avec le demi-sang anglais 1 ; mais c'est surtout par le pur sang anglais que les races normandes ont été modifiées. Les croisements avec ce dernier datent de 1830; aujourd'hui, le sang anglais imprègne toutes les espèces, et c'est à lui que l'on doit, l'espèce actuelle qui est connue dans le monde hippique sous le nom de chevaux anglo-normands de demi-sang.
Le cheval anglo- normand a des qualités et des caractères particuliers qui en font un des meilleurs chevaux du jour. Ce cheval n'a pas de siège spécial : on le trouve dans toute la Normandie, et il présente les particularités suivantes :
cherdangio. Les beaux types ont une taille qui oscille entre 4m,55 et normand. 1* ^ . |jg g()nl généralement sous poil bai foncé, sans marques blanches à la tête, ni balzanes. Quelques sujets sont alezans et ont beaucoup de blanc à la tête et aux extrémités. Ils ont la tête belle de forme et d'expression, et bien attachée ; l'encolure droite ou rouée, bien musclée et bien sortie ; le garrot coupé ; le rein long et mal attaché ; la côte ronde ; le poitrail bien ouvert ; la croupe horizontale ; les membres bien musclés, surtout aux rayons supérieurs, et dépourvus de crins longs et abondant.
Ces chevaux ont la peau ûne et souple, garnie de poils courts, du sang, de la distinction, de l'énergie, un tempérament lymphatique et sanguin, et sont moins souvent affectés de cornage et de fluxion périodique que ceux des anciennes races. Comme autrefois, ils sont lents à se développer, et n'ont acquis toute leur force, toute leur croissance qu'à sept ans. On trouve parmi ces chevaux des sujets propres à toutes les armes, des carrossiers de mérite, etc.
1 Le prince de Laïuhesc , gjnad-écuyer de Louis XVI, fit acheter en Angleterre, une cinquantaine de chevaux de demi-sang qui donnèrent en Normandie, de bons résultats.
Tel est le beau type. Mais on trouve encore, en Normandie, un grand nombre de chevaux qui sont loin d'être aussi beaux et présentent de nombreuses imperfections.
Les uns ne sont pas encore assez améliorés par des croisements judicieux ; tandis que chez d'autres, les croisements ont été poussés trop loin.
Les premiers sont loin d'avoir la tête irréprochable, surtout en ce qui concerne le développement du crâne et la direction du chanfrein; ils ont le dos et le rein longs et mal attachés ; les membres bien musclés à la partie supérieure ; mais le jarret est étranglé et souvent couvert de tares osseuses ; le tendon failli et le paturon grêle.
Quand le croisement avec le pur sang anglais a été poussé trop loin, et malheureusement le cas est fréquent aujourd'hui, le cheval normand a trop de susceptibilité nerveuse et pas assez de développement musculaire. En sortant de l'écurie, il est tout feu, mais il résiste mal aux fatigues et aux privations, et bientôt la lame use le fourreau. La conformation extérieure est élégante, gracieuse et se rapproche de celle du pur sang; mais les membres sont trop longs, grêles, se tarent très-vite et la poitrine manque d'ampleur. Il est très-peu apte aux services de la guerre.
Du reste, le normand d'aujourd'hui présente des différences qui permettent généralement de distinguer le cheval né dans l'Orne, du produit du Calvados ou de la Manche ou de l'Eure.
Orne. — Le département de l'Orne produit et élève beaucoup de chevaux. On y trouve quatre types distincts : le cheval d'espèce, le cheval d'Argentan, le cheval percheron et la race charbonnière.
Cheval d'espèce. — Le cheval d'espèce ou de race noble a remplacé l'ancienne race du Merlerault. Il descend de l'étalon anglais de pur sang et de la jument du pays. Son principal centre de production est l'arrondissement d'Alençon et les vallées du Merlerault. D'après M. Gillet, ce cheval a
lm,60 au plus; la tête belle, quoique sèche; le chanfrein droit ; les oreilles ordinairement longues, mais bien plantées; l'encolure longue, droite, mince, ne manque cependant pas d'une certaine grâce lorsque l'animal est en action ; le garrot bien sorti ; le dos souvent bas; le rein un peu long et bien attaché ; la croupe tranchante et ordinairement un peu plus haute que le garrot; la queue attachée haut et garnie, ainsi que l'encolure, de crins fins et soyeux ; la poitrine étroite ; la côte plate et courte. Les membres sont grêles, les articulations peu marquées; les canons et les paturons souvent longs ; les tendons faibles et faillis. Le pied, ordinairement bon, est sujet à se resserrer; les jarrets sont mal faits et couverts de jardes et d'éparvins, qu'ils tiennent de leurs ascendants.
Tels sont, à peu près, les caractères de tous les chevaux qui, maintenant, naissent dans la vallée du Merlerault, dans celles de la Sarthe et de ses affluents, ainsi que dans la plaine d'Alençon. Marqués tous au même coin, ils ne diffèrent guère que par la taille, qui est celle de la cavalerie de réserve, quand ils ont le gros nécessaire à cette arme, ce qui est très-rare, ou qui donne le cheval de ligne ou de cavalerie légère, selon qu'elle reste plus ou moins au-dessous, onaiité». Les chevaux de cette race ont le défaut d'être raides, peu dociles, difficiles à manier, et, par conséquent, peu proires au service militaire , qui exige la souplesse la plus grande dans les allures, et une docilité à toute épreuve. Ils sont d'un tempérament nerveux, on ne peut plus développé, qui les rend difficiles et même dangereux, et qui, ne se trouvant point en harmonie avec le peu de développement des organes respiratoires et l'exiguïté de ceux de la locomotion, explique, et l'énergie d'un moment dont ces chevaux font preuve, et le peu de solidité et de durée de ces machines si délicates. Us sont tout feu en sortant de l'écurie, mais cette énergie est bientôt éteinte sous le poids seul du cavalier ; il ne reste plus, après quelques heures de travail,
qu'un animal d'une faiblesse étonnante, qui s'use et se mine d'autant plus promptement, qu'il ne cesse de se gendarmer et de se défendre.
Cheval d'Argentan. — Ainsi nommé du nom de l'arrondissement dans lequel il est élevé , le cheval d'Argentan a la tête forte, sans distinction aucune ; les oreilles petites et bien placées; l'encolure courte, ainsi que les épaules, dont l'obliquité est presque nulle; le dos un peu bas; la croupe carrée et avalée ; les hanches saillantes ; la queue mal attachée ; le poitrail assez large; la côte plutôt plate qu'arrondie; le ventre volumineux et les flancs creux. Les membres sont courts, garnis de muscles robustes et de fortes articulations ; les jar- . rets sains, mais coudés et souvent un peu trop rapprochés, enfin le pied trop volumineux.
Le cheval d'Argentan est d'une bonne nature, s'entretient facilement, est doux et docile. Jusqu'à ce jour, il a été précieux pour la Remonte à laquelle il a fourni un tiers au moins des commandes faites au dépôt d'Alençon.
Cheval Charbonnier. — Ce cheval né dans le département de la Mayenne et élevé dans l'arrondissement de Domfront, est apte aux services agricoles, mais il n'a ni assez de taille ni assez de solidité pour faire un animal de guerre.
Dans l'Orne, l'élevage du cheval présente les particulari- Éietage. tés suivantes : La plupart des juments passent l'hiver à l'écurie et l'été dans les pâturages. Quelques-unes restent dehors toute l'année; dans ce cas, on leur donne un peu de foin à l'époque des neiges. Après la rnise-bas, le poulain vit dans les prairies jusqu'au mois de novembre et même de décembre. En rentrant de l'herbe, on le sèvre, et, après le sevrage, on le nourrit avec du foin ou de la paille. Quelques riches propriétaires lui donnent de trois à quatre litres d'avoine. Au printemps, lorsque les jeunes animaux ont un an, on les met aux pâturages, en ayant soin de séparer les sexes. A la même époque, on châtre les mâles qui ne donnent pas assez d'espérance pour faire des étalons.
A trois ans, les poulains d'avenir ne vont plus dans les prairies; on les nourrit, en liberté, dans une grande écurie. A cet âge, les pouliches sont livrées à la reproduction et continuent à rester dans les prés. A quatre ans, les chevaux hongres et les juments vides sont vendus à la Remonte.
L'habitude qu'ont les éleveurs de laisser leurs poulains dans les prés jusqu'à trois ans et demi, sans les dresser ni les monter, les rend sauvages au dernier degré et d'un dressage extrêmement difficile.
Achat*. Le dépôt de remonte d'Alençon achète dans l'Orne la plupart des chevaux qu'il livre aux corps. Ces chevaux sont propres à toutes les armes et parmi eux un grand nombre sont rangés parmi les chevaux de tête, carietiw». Cheval percheron. — Le cheval percheron que quelques personnes font descendre de la race arabe, est considéré, par la plupart des hippologues, comme une émanation du breton, mieux nourri, mieux appareillé, et ayant, de temps immémorial, acquis l'indigénat spécial à certaines localités. D'après quelques auteurs, il aurait pour point de départ l'union des races de trait de la Bretagne et de diverses variétés de la race boulonnaise.
On distingue deux espèces de percherons : le petit et le gros percheron.
caractère. Petit percheron. — Cette variété est moins commune qu'il y a 30 ans et plus. Elle se fait remarquer par les caractères suivants : taille de im 52 ; tête courte, souvent camuse; front large ; œil petit ; encolure courte et le plus ordinairement
1 Ce cheval est élevé dans l'ancien Perche , compris dans notre ancienne province orléanaise. Le Perche était formé par l'arrondissement d'Alençon (Orne), par l'arrondissement de Nogent-le-Rotrou et une fraction de ceux de Chartres, Dreux et Chàteaudun (Eure-et-Loir); par une graude partie des arrondissements de Ma mers et de Saint-Calais (Sarthe), et par uoe fraction de l'arrondissement de Vendôme (Loir-et- Cher). Le Perche embrassait une étendue de terrain de 100 kilomètres de longueur sur 80 de largeur environ, et avait la forme d'une ellipse.
rouée; garrot bien sorti ; épaules sèches inférieurement, chargées de muscles supérieurement; dos et rein courts; croupe large, double et oblique ; hanches arrondies ; queue attachée bas; membres courts, on ne peut plus musclés et chargés de crins; tendons forts; paturons courts; articulations nettes et aussi développées que possible.
Le petit percheron est propre à la selle et au trait rapide,
(Pig. 290'.) Cheval percheron.
d une force et d'une vitesse incroyables, recherché par l'artillerie qui n'a jamais eu à se plaindre de ce petit animal nerveux, infatigable, d'une dureté, d'une solidité et d'une sobriété on ne peut plus grandes.
Gros percheron (6g. 290e). — Cette variété, plus commune caractères que la précédente, augmente tous les jours en nombre. Voici ses caractères : taille de I" 60 en moyenne ; robe le plus
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souvent grise; tête longue, forte, osseuse; chanfrein parfois busqué; oreilles longues, écartées; ganache grosse et empâtée; encolure ordinairement bien fournie, courte et droite; garrot gras; dos et rein longs; croupe souvent oblique; hanches fortes et saillantes; épaules grosses et courtes; membres longs, peu musclés et garnis de poils; articulations empAtées; tendon faible et souvent failli; paturons longs; pied large, presque plat et à talons bas. Quoique billardant généralement , ces chevaux ont de bonnes allures, mais ils ne peuvent les soutenir longtemps.
Ce portrait est celui d'un cheval de trait lent. Le gros percheron est, en effet, un bon animal de ce genre ; il est vigoureux, énergique, supporte bien les travaux très-rudes, à la condition qu'on ne lui demande pas des allures trop allongées ou trop longtemps prolongées. Ses parties les plus faibles sont les genoux et les jarrets, qui s'usent vite parce qu'ils sont trop étroits pour résister à la fatigue imposée par une trop grande vitesse relative.
Production. Le Perche est un pays de production et surtout d'élevage. Aux extrémités de l'ellipse que ce pays forme, se trouve une belle et nombreuse jumenterie, qui est le foyer principal de la race. Au centre, le Perche élève un grand nombre de produits nés aux extrémités ou dans les départements voisins. Ces derniers, sous l'influence d'une bonne nourriture donnée à l'écurie, prennent les caractères du cheval percheron, et sont vendus comme tels à l'Age adulte. ÉieTago. L'élevage des jeunes anima» ix présente des différences suivant les contrées. Dans l'Orne, les poulains percherons passent les six ou sept mois qui suivent leur naissance, moitié dans les pAturages, moitié à l'écurie. De septembre à décembre, ils sont brusquement séparés de leur mère, et vendus, pour la plupart, immédiatement après le sevrage. Après avoir passé l'hiver suivant à l'écurie, ces jeunes animaux , du moins dans la plus grande partie du pays , sont lAchés dans des champs de trèfle, de luzerne, de sain-
loin, entourés de barrières, ou dans des prairies naturelles. Retirés des pâturages à la fin de l'été, ils passent le reste de leur vie à l'écurie, où ils sont nourris presque exclusivement avec du trèfle, du sainfoin ou de la luzerne. Quelques-uns reçoivent encore des farineux, tels que moutures d'orge ou d'avoine, ou tout simplement du son deux ou trois fois par jour. Enfin, on commence à les faire travailler à l'âge de quinze à dix-huit mois. Jusque-là, on ne leur a donné que peu ou point d'avoine, et c'est encore à peine si, maintenant qu'ils sont soumis à un travail quelquefois pénible, on leur en accorde un litre ou deux au plus, toujours mélangée avec des balles de blé ou d'avoine. Chaque année, de mai à juillet, on donne à discrétion du vert à l'écurie.
Eure-et-Loir. — Ce département est riche en chevaux, et sa principale production est le cheval percheron, que nous venons de décrire.