DÉPÔT DE REMONTE DE BEC-HELLOUIN
La circonscription d'achat du dépôt de remonte de Bec- Hellouin s'étend aux départements de Y Eure, de la Seine- Inférieure, de l'Oise, de Seine-et-Oise et de la Somme. E»Pcce.. Eure. — La production chevaline est considérable dans l'Eure ; mais elle n'a lieu que dans les vallées où les pâturages sont convenables. La plupart des individus qui la composent sont nés dans le pays, mais on y trouve aussi de nombreuses importations, car les habitants vont acheter des poulains de 6 à 12 mois dans les contrées limitrophes qui font naître, et notamment dans le Perche, la Basse-Normandie, la Bretagne.
C'est vers la fin de l'année que les importations se font dans le pays. Les poulains arrivent en troupeaux divisés selon l'âge et la force. On les place alors avec les autres animaux de la ferme dans les prés, où ils ne trouvent qu'une nourriture parcimonieuse, mais où ils peuvent courir et gambader le jour et la nuit.
Élevage C'est dans ces conditions que se passe la première année des poulains. Dès qu'ils ont atteint deux ans, les fermiers s'empressent d'utiliser leurs forces ; les attellent avec un vieux cheval qui leur sert de maître d'école, et les conduisent avec un soin particulier. Du moment où le poulain travaille, on le nourrit à l'écurie avec des fourrages artificiels que l'on donne à discrétion. Quelques éleveurs joignent à ces aliments de l'avoine, mais seulement en petite quantité. Au printemps, tous les poulains sont soumis, pendant 20 ou 30 jours, à l'usage du vert. Il serait difficile d'assigner à la population chevaline de
l'Eure une physionomie quelconque et des caractères bien définis. Le cachet dominant dépend du lieu où l'émigration a puisé les poulains. C'est un mélange confus de bretons, de percherons, etc., ayant subi l'influence de l'indigénat. Les traits de la race pure ont été plus ou moins altérés sous l'influence des causes propres au pays.
Le département de l'Eure fournit à l'armée des chevaux A«hau. pour toutes les armes, surtout pour l'artillerie et la cavalerie légère. Ceux de cavalerie de ligne et de réserve ne valent pas les chevaux anglo-normands des autres contrées de la Normandie.
Seine-Inférieure et Somme. — Ces deux départements sont très-riches en chevaux propres à tous les services, mais surtout au trait. La grande partie de la population chevaline appartient à la race boulonnaise dont nous allons faire ici l'histoire.
Cheval boulonnais. La première et la plus importante Contrée* de nos races de gros trait, la race boulonnaise est élevée pr.Jim.Mi t. dans îes départements de la Somme, de la Seine-Inférieure, du Pas-de-Calais et du Nord.
D'après les contrées qui la produisent, la race boulonnaise Dituioo. comprend plusieurs variétés, savoir : la race bourbourienne, la race cauchoise, la race picarde et la race flamande; mais on peut les réduire à deux types principaux : la race de trait au pas et la race de trait au trot. Celle-ci comprend les trois premières variétés, et celle-là la race flamande.
Le boulonnais propre au trait au trot, ou boulonnais propre- Rac* de trait ment dit, a pour principal centre de production les départements du Pas-de-Calais et de la Somme; mais on le trouve aussi dans le département du Nord, où il forme le boulonnais du Bourbourg, et dans celui de la Seine-Inférieure, où il prend le nom de boulonnais cauchois.
Le cheval boulonnais est généralement gins pommelé c*ra*ur«.. ou rouan vineux ; sa taille oscille entre 4"50 et 1"60 ; il a la tête carrée et bien attachée ; les oreilles petites, et un peu
basses; l'encolure épaisse, très-musclée, ce qui la fait paraître courte ; la crinière double ; le garrot élevé et bien sorti ; l'épaule large et oblique ; le bras et lavant-bras bien musclés; le genou gros, à éminences osseuses très-prononcées; le canon étroit; les tendons bien détachés; le paturon court et solide ; le sabot moyen, bien fait et de bonne corne; le corps court et ample ; le poitrail large; la poitrine très-ample; la côte ronde; le rein court; la croupe
(Ftg. 291*. ) Cheval boulouunis.
double, fortement charnue et avalée ; la queue attachée bas ; la jambe bien musclée; le jarret large, épais et présentant de grandes conditions de force, quoiqu'ordinairement un peu crochu.
Ouaiitéi. Les sujets de cette race sont doux, dociles, d'un tempérament sanguin, et remarquables par la puissance de leur système musculaire ; résistent bien aux fatigues, et, malgré leur puissant développement, trottent avec vitesse
et légèreté. Ils sont d'un développement précoce, ce qui permet de les utiliser dès l'âge de deux ans. A cinq ans, ils n'ont plus rien à gagner, ni en taille, ni en force, et généralement alors, ils ont des allures rapides. Les juments marayeuses, qui transportaient autrefois le poisson de Dieppe à Paris, faisaient ce service à raison de 400 à 120 kilomètres dans une journée et de 16 à 18 kilomètres à l'heure, au trot soutenu1.
La production et l'élevage du cheval boulonnais présen- Éiewge. tent quelques particularités qu'il importe de faire connaître. Dans certaines contrées , les cultivateurs se bornent à produire, dans d'autres à élever. Dans quelques autres, les deux industries sont réunies.
Les cultivateurs des arrondissements de Dunkerque, de Saint-Omer, de Boulogne, deBéthune, de Montreuil, d'Abbeville et de Neufchâtel font naître un grand nombre de poulains qu'ils gardent jusqu'à l'âge de 6 à 8 mois et vendent ensuite aux éleveurs de la Normandie, de la Picardie, etc.
Les juments, dans ces contrées, sont très-nombreuses, et livrées tous les ans à la reproduction. Pendant la gestation, elles sont bien soignées, mais elles travaillent jusqu'à la mise-bas. On leur accorde alors un mois de repos pendant lequel elles vivent avec leurs poulains dans de riches prairies artificielles, puis elles reprennent leurs travaux.
Le poulain est sevré à 4 mois. Après le sevrage, on le nourrit abondamment en avoine. Les habitants des plateaux ou du haut pays vendent les mâles à 6 ou 8 mois et ne gardent les femelles que pour remplacer les mères ou accroître la production. Les habitants des plaines, plus riches
1 Napoléon Ier se rendant au camp de Boulogne se sentit si rapidement entraîné par six juments boulonna ises du relais de Saint-Omer, qu'il eut des soupçons de trahison... Le maître de poste et ses deux fils qui le conduisaient se nommaient Cochon, ce qui fit dire à l'Empereur qu'il s'était cru enlevé par 6 chevaux et 3 cochons.
en fourrages, conservent les poulains plus longtemps et ne les vendent que vers 18 mois.
On se livre principalement à l'élevage dans le Vimeux, les arrondissements de Montdidier et la plus grande partie de celui du Havre. Le Vimeux achète des poulains entiers de 48 mois et les revend à trois ans. Les habitants de l'arrondissement de Montdidier achètent des poulains de 30 mois et s'en défont, un an ou 18 mois plus tard.
Les arrondissements de Dieppe, d'Yvetot, de Lille, de Béthune, de Péronne élèvent et produisent, mais la production et l'élevage ne sont pas précisément dans la même main. Les cultivateurs qui font naître se défont de leurs produits entre 6 et 8 mois, ceux qui élèvent les gardent jusqu'à l'âge adulte en les utilisant aux travaux agricoles. Les poulains et les pouliches ne se trouvent pas dans le même pays. Les mâles sont élevés surtout dans les arrondissements de Lille et de Béthune, et les femelles dans ceux de Dieppe et d'Yvetot.
Boulonnais flamand. — Klevé sur la frontière de la Belgique, dans des contrées humides, où règne presque constamment une atmosphère brumeuse, le cheval flamand appartient à la famille des chevaux boulonnais ; mais il n'en a ni la distinction, ni la vigueur, ni la conformation extérieure. Il est de grande taille : 1B,65 à lm,72, et très-étoffé ; il a la tête commune ; l'encolure grêle ; le rein mal attaché ; la croupe double, et moins forte que celle du cheval boulonnais ; les hanches noyées ; les membres gros, à peau épaisse, pourvue de crins abondants et longs aux parties inférieures ; les pieds larges et plats. Ce cheval est lymphatique, sujet aux affections froides, et lent dans ses mouvements. On le désigne sous le nom de cheval du mauvais pays, pour le distinguer du boulonnais qu'un appelle cheval du bon pays.
Le cheval boulonnais fournit au commerce les meilleurs chevaux de gros trait que nous ayons en France ; il donne à la Remonte des chevaux de cavalerie de réserve et de ligne
quelques chevaux de cavalerie légère, et beaucoup de chevaux d'artillerie très-estimés.
Oise. — Les chevaux sont nombreux dans ce départe- E»Pèces. ment, mais presque tous viennent du Boulonnais, de la Picardie, de la Belgique, du Perche et des Ardennes ; car les propriétaires préfèrent acheter des chevaux faits, pour n'avoir ni le tracas ni les chances de l'élevage. Ils sont propres aux travaux agricoles, aux charrois. Les arrondissements Ach«u. de Compiègne et de Senlis élèvent quelques chevaux d'artillerie que la Remonte achète.
Seine-et-Oise. — L'espèce chevaline est nombreuse dans ce département, mais très-hétérogène. L'élément de gros trait y domine; aussi ne présente-t-il, pour l'armée, que de très faibles ressources.