I. 56. VII
(SU) faiit pàS oublier qtiô dans le* Àôtttagftes qui èépa rentl'ÉpiredelaThessâlie, non loin des lieux qui manquent le berceau des Hellènes , florissait depuis une époque très reculée le sanctuaire de Jupiter DodonéeU, et qu'Homère désigne formellement ce Jupiter comme pélasgijué (1) ; et néanmoins , rien n'est plus probable que l'opinion adoptée par Creuser (2), suivant laquelle Jupiter tae serait devenu le dieu prinéipal de* Grecs, que parée que les Hellènes en avaient adopté le culte avant leur migration vers le Sud. On sait , du reste , que les rapports comme la différence des Hellènes avec les PélâsgeS, préèententun des problèmes les plus difficiles de l'histoire ancienne. Dans l'incertitude des opinions qui régnent encore aujourd'hui à ce sujet, il n'est pas défendu de penser que là donnée fournie par Moïse présente, autant qu'aucune autre, des chances de probabilité. Au reste, ce que nous avançons ici ne peut être considéré que comme de simples indications pour une étude à venir; ce qui importe le plus au sujet qui noUs occupe, c'est la certitude acquise qUe l'auteur de h Genèse a connu les Pélasges-Ioniens comme un peuple jœpétique et par conséquent indo-germain , la synonymie de ces deux expressions me paraissant désormais bien établie.
4. Javan dans la Genèse a encore trois fils, Tan* sis, Ketim et Rodarrim; à présent que nous savons
(1) Iliad. II. 233.
(2) Symbol, liv. VI. ch. 1. (tome II p. 538 de la trad. franc, de M. Guigniaiit) .
là Valeur fca£itàle qu'a dans la bouché dé Moîse cette expression de descendant deJaphèt, la place qiie doivent occupei* des trois noms dans la géographie primitive, présentent une question des plus curieuses. Le consentement des plus habiles interprètes à substitué le nom dé Rodanim, fourni par le texte du premier livre des Paralipomènes, à celui de Dodajtini que présentait le texte hébreu de la Geïièse et qtii aurait pu désigner ces Pelasges de Dddone dont je parlais tout à l'heure. La confusion de ces deux noms de Dodanim et dé Rodamïn s'explique piïv la ressemblance des deux lettrée hébraïques , Hsch et dahth. Ce qui a décidé la critique ett faveur des Rodanim , lesquels soiit alors léfe Rhôdiëns, c'est le rapprochement qui existe dans le texte entre ce mot et celui de Ketim. Ke* tim, dans là plus grande extension donnée à cette expression, désigne les contrées situées au delà de la mer, au nord-ouest de la Palestine; mais la valeur positive de ce nom peut être déterminée dans des limites plus rigoureuses. Ketim est, ou la ville de Cittium dans l'île de Cypre, ou Filé dé Cypre tout entière, y compris même la Cilicie occidentale (1 ) , ou la côte de PÀsie au Nord de Cypre ; Ketim et Rodanim , Cypre et les Rhodiens , Sont des déhominations géographiques très naturellement associées.
5. Si la descendance de Javan se bornait à Êlisa, à Ketim , et a Rodanim , nous aurions sous les
—■>— »»>M| tir , Aie i. 'H li i lii i i ' I nul i i iliil
(1) Isaïe, XXIII. 1. 12,
yeux le résultat des connaissances qu'on devait avoir, dans l'intérieur de la Palestine, sur la diffusion des Pélasges Ioniens. Les Phéniciens maritimes , qui fréquentaient toutes les places de la Grèce, possédaient sans doute des notions bien plus étendues sur les populations pélasgiques : mais les Chananéens intérieurs devaient à peine en savoir autant que la Genèse en a dit. 11 est même bien difficile d'admettre que le nom à'Elisa désignant, soit les Hellènes > soit les Helli ou Prêtres de Dodone , soit même les Eléens , se soit rencontré sous la plume de Moïse; et ceux qui verraient ici une interpolation introduite après la diffusion de la puissance des Hellènes, seraient difficilement refutés ( Cf. §. 1 . ). En tout cas , l'auteur du chapitre accuse expressément son ignorance, quand il ajoute, en termes généraux, que les fils de Javan se répandirent dans les îles des nations.
Le nom qu'il nous faut encore examiner, celui de Tarsis , présente une difficulté bien autrement sérieuse. Les critiques du plus grand poids, depuis Bochart jusqu'à Rosenmùller et Bohlen , s'accordent à reconnaître dans Tarsk, le nom de Tartessus , colonie établie par les Phéniciens aumidi de l'Espagne. A moins qu'on ne suppose de la part du rédacteur de la Genèse une grave inconséquence, il est impossible qu'on admette, avec plusieurs des plus doctes interprètes, que la Genèse ait appelé Japétiques les habitans d'une colonie phénicienne. Si les Phéniciens avaient acquis des notions si précises sur la population originaire de
Cypre et de Rhodes, c'est à cause des colonies qu'ils avaient conduites dans ces îles; Rodanim et Ketim ne sont donc pas les Phéniciens établis à Rhodes et en Cypre, mais les indigènes de ces contrées , au milieu desquelles les Phéniciens avaient fondé leurs établissements commerciaux. En suivant ce raisonnement, qui n'est guère susceptible de contestation, il faudrait qu'on entendit par le nom de Tarsis la population ibérienne ; c'est-à-dire que Fauteur ou le dernier éditeur de la Genèse eût émis la conjecture que les Ibères, reculés à l'extrémité occidentale de l'Europe, appartenaient néanmoins à cette race japétiquc dont le même auteur avait déjà montré les tribus errantes dans les déserts du centre de l'Asie. Evidemment, une telle notion excède la science que nous devons supposer aux Hébreux , même à l'époque de leur plus étroit rapport avec les Phéniciens, sous le règne de Salomon. La race de Japhet, malgré son étendue, s'est montrée jusqu'à présent à nous sous un aspect trop précis et trop concordant , pour que nous devions supposer qu'une notion aussi vague ait été admise par Fauteur de la Genèse. Si Tarsis est réellement Tartessus de Sibérie, ce nom ne peut avoir été introduit dans le texte de la Genèse que par un interpolateur très récent.
Ces réflexions contribueront peut-être à faire excuser notre hardiesse, quand on nous verra nous éloigner de la manière de voir adoptée par tant de savants critiques, et souscrire de préférence
à l'opinion de Hartmann (1) çt de Volaey (2), lesquels voient dans Tprsis le pay$ de farse en Cilicie. L'établissement des phéniciens dan* cette dernière ville ne peut donner lieu à aucune hésitation. Les monuments numism a tiques nous les montrent dominants dans cette contrée, après que les rois d'Assyrie en eurent expulsé Jes Grecs qui en avaient fait la conquête (3)j et il est plus que probable que les Phéniciens avaient précédé wr cette côte les colonies grecques. Le nom de Tarse complète naturellement lç tableau présenté par ceux de Cypre et de Rhodes. Vojney (4) a démontré, d'une ipaniére qui me paraît pre$quç s*ns réplique , que les fameux vaisseaux de Tarsis dont il est si J&ou* vent question dans la Cible , ne devaient pas être les bâtiments qui faisaient 1$ voyage de Tartessus, mais bien des navirçs construit* avec Içsbois poupes dans }es forêts de la Ciliciç, ejt dont la qualité devait mjpux convenir à 1$ m#r> <p*9 cflUp des bois fournis par les montagnes de la Phénicie. Quant à la ressemblance des noçip de Tajrle&sus et de Tarse, c'est là un fait tout £Î<nple, ai Von admet que le3 depx villes, cçlje cfe Ja CiHeie et celle da l'Espagne, ayept été fondées par les Phéniciens. Ce penplç, copjuxtf les (Jreçs, comme tous le* pêuptes à colpnies , reproduisait, dans Jas différentes con*»
(1) Aufklœr. p, 69.
(2) fiech. nouv. tome I. ch. XVIII.
(8) Èuseb. Chron. tome I. page 43 de I'écKtion àrm.dë Venise.
(4) Rech. nouv. tome I, ch. XIX.
(319) trées où ij s'étabUfsajt , tes noms empruntée h terre natale; c'est ainsi que nous voyons Je ûoift donné à l'île de Rhodes s'étendre à Rho4e& suy la côte de Catalogne, une Safamine en Cypre et une autre Salarnine dans le Golfe Sarpnique ; des Phénicien* en Asie et des Pcenik Carthage. 11 est donc possible quad4ns certains cas la Bible désigne la Tqrtçssus des auteurs classiques par le nom de Tarsis ; mais si nous tenons à ne p#s ressembler aux interprètes, qui lisent, dans le chapitre X, les noms de Y Allemagne et de 1^ Chine , il sera plus prudent de croire que l'auteur de I4. Genèse s'est contenté 4e joindre ici à la population primitive de Rhodes et de Cypre celle de Tarse qui paraît lui avoir été cpopue } et qu'il n'aura pas risqué une hardiesse systématique, en supposant des \mxs de parité entre les ibères de l'Europe occidentale et Je$ Sçythw de l'intérieur de l'Asie.
XIV. Avant de terminer ep chppitrp, tt n'eist pas hors de propos de çojnparpr le tableau ethnographique donpé par Moïse avec }ps figura des différents, peuple? qufi les Égyptiens ont reproduites dans tefl sculpta es pei»te§ dès Tpipbewsdes Bois, l* plu* i^tére^aptç M h pl»s ftoiQpléte de w* repré^enr t^tio^s a pari* depuis lo^~femp$ dans l'Atlas du voyage die Çetewi (1 ) ; elle est tirée de la tombe ouverte pour la première fois par ce voyageur £t consacrée à un roi que Champollion a successive-
(1) PI. VI.— VII.— Rosellini Mon. R. PI. CLV et CLVI.
ment désigné sous les noms de Mandoueï, Aihoiis et Menephthahj s'arrêtanl enfin à cette dernière dénomination qui ne me paraît rien moins que définitive (1). On peut voir dès à présent dans l'ouvrage de M. Rosellini (2) des figures analogues tirées des hypogées d'autres Pharaons, tels que ceux qu'on trouve désignés dans les nouveaux canons chronologiques par les noms de Rhamsès Meiarnoun, de RJiamsès V, etc.
Champollion a expliqué , dans ses lettres d'Egypte , l'intention qui avait conduit les Égyptiens à introduire les figures des différents peuples dans le rituel funéraire des rois : ce tableau , dit l'illustre interprète des hiéroglyphes , appartient à la troisième heure du jour, celle où le soleil commence à faire sentir toute l'ardeur de ses rayons, ' et réchauffe toutes les parties de notre hémisphère. Il est donc naturel qu'en voulant donner une idée de la diffusion des rayons solaires , on ait repré sente les principales nations , connues des Égyptiens, comme pour faire mieux sentir la puissance de l'astre qui pouvait à la fois propager son influence sur des contrées si éloignées les unes des autres. À l'époque où le premier de ces tableaux fut exécuté, les Égyptiens venaient d'acquérir une connaissance toute nouvelle des pays étrangers. Le roi dans le tombeau duquel on a sculpté les figures
(1) J'ai cherché à démontrer, dans mon cours de celle année (1836 — 57) que le nom de ce roi devait se lire Sethéi ( le Séthos des Grecs) .