CHAPITRE NEUVIEME
Conflits entre M. Duchesneau et M. de Frontenac, snr ta présidence du conseil et au sujet de la traite de l'eau-de-Tie — Zèle de Mgr. de Laval pour abolir ce trafic — Il envoie en France, pour ce sujet, son grand vicaire, M. Dudouyt — Assemblée spéciale de vingt-quatre personnes intéressées — Mgr. de Laval passe en France, et obtient confirmation des défenses déjà portées — Appréciation de sa conduite à ce sujet — Inconvénient et abus de la traite des boissons fortes — La Salle obtient concession du fort Frontenac et de la seigneurie de Cataracouy— Entreprises de La Salle— Ses malheurs — Fort de Niagara — Voyage du P. Hennepin — Fort de Crèvecœur— Voyage de La Salle au Mississipi— Tonti et le P. Membre— La Salîs passe en France.
M. Duchesneau, introduit au conseil peu après son arrivée, se trouva dans une position qui devait naturellement amener quelque conflit d'autorité avec le gouverneur. Il avait reçu instruction d'exercer la présidence, en réglant les discussions, prenant les voix des conseillers, et proclamant le résultat des délibérations ; et, cependant, il n'occupait que la troisième place au conseil. La première appartenait au gouverneur, qui est désigné comme président par le ministre, quoiqu'il n'y assistât que pour donner son avis ; la seconde était à l'évêque de Québec, qui, lorsqu'il était absent du pays, pouvait être remplacé par son grand vicaire. Pour M. de Frontenac, accoutumé depuis Irois ans à diriger toutes les délibérations du conseil, il devait être difficile de porter le titre de président sans en exercer les fonctions ; aussi la lutte ne tarda pas à commencer entre lui et l'intendant. Au conseil étaient appelés M. de Yilleray, premier conseiller, de Tilly, Damours, Dupont, Louis-René de Lotbinière, de Peyras et Denys de Yitré. M. Ruette Dauteuil exerçait les fonctions de procureur-général qui consistaient à parler au nom du roi, à faire les représentations et réquisitions nécessaires, quand il s'agissait des intérêts du roi ou du public, h donner et soutenir ses conclusions sur les affaires discutées dans le conseil. Ouelques-uns de ces officiers avaient été rétablis dans leurs charges sur l'injonction expresse du roi.
Malgré les ordres donnés par la cour et les soins de Mgr. de Laval, la vente de l'eau-de-vie aux sauvages augmentait rapi-
dément et produisait les plus grands maux parmi les indigènes. En 1676, révêque envoya en France un de ses grands vicaires, M. Dudouyt, pour obtenir le renouvellement des défenses déjà faites à ce sujet. M. Duchesneau écrivit en même temps à Colbert pour appuyer le sentiment de l'évêque, du clergé séculier et des missionnaires, qui se plaignaient unanimement des désordres causés par le mépris des anciens règlements sur cette matière. On avait réussi à persuader le conseil du roi que ce commerce était nécessaire pour retenir les naturels du pays ; que les abus étaient bien moindres que ne le représentaient les ecclésiastiques, qui se servaient de ce prétexte pour soutenir leur autorité et étendre leur domination sur les consciences. Colbert paraît avoir cédé à ces représentations ; car, en 1677 (1), il écrivait à l'intendant : « Je vois M. le comte de Frontenac de l'avis que le commerce des boissons, qu'on appelle en ce pays-là enivrantes, avec les sauvages, ne cause point les grands et effroyables maux sur lesquels Mgr. de Québec fait un cas réservé, et même qu'il est nécessaire pour le commerce ; et je vous vois d'un sentiment contraire au sien. Sur cette matière, avant que de vous ranger au sentiment de M. l'évêque, vous deviez vous informer fort exactement du nombre de meurtres, d'assassinats, d'incendies et d'autres excès causés par l'eau-de-vie et m'en
envoyer la preuve. En cas que ces faits eussent été bien constants... sa majesté aurait fait une très-sévère et très-vigoureuse défense à tous ses sujets de faire ce trafic. Mais, au défaut de cette preuve et voyant de plus le contraire par le témoignage et le rapport de ceux qui ont été le plus lonfitemps dans ce pays, il n'est pas juste, et la police générale d'un état résiste en cela aux sentiments d'un évoque, qui, pour empêcher les abus que quelque petit nombre de particuliers peuvent faire d'une chose qui est bonne en soi, veut abolir le commerce d'une denrée qui sert beaucoup à attirer le commerce et les sauvages mêmes parmi les chrétiens orthodoxes. »
Quelques jours après, le ministre, encore indécis et ne sachant trop s'il devait se lier aux rapports du gouverneur et des marchands, ou à ceux de l'intendant, de l'évêque et des missionnaires, adressait des instructions à M. de Frontenac (2).
« M. l'évêque de Québec m'a fait remettre ici par son grand vicaire une consultation qu'il a faite en Sorbonne.... L'intention
(1) Lettre de Colbert, 1er mai 1677.
(2) Lettre de Colbert à Frontenac, 18 mai 1677.
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de sa majesté est que, si tous les faits contenus en cette consultation sont véritables en général, c'est- à-tl ire, si tous les sauvages et toutes les bourgades s'enivrent et commettent ensuite des crimes, assassinats, etc., en ce cas, il est juste que vous cherchiez des moyens d'empêcher qu'on ne porte aux sauvages (le ces sortes de boissons ; mais, si ces désordres sont seulement commis par quelques particuliers et qu'ils soient seulement un peu plus sujets à s'enivrer que ne sont les Allemands, et ici en France les Bretons, sa majesté veut en ce cas que vous employiez son autorité non pas pour rien prononcer directement contre l'autorité épiscopale, mais pour empêcher par l'autorité royale, que l'épiscopal n'entreprenne rien au dehors de l'église, en une matière qui est purement de police. »
Comme le roi ne demandait qu'à être éclairé pour prendre une décision finale sur cette question, il enjoignit à M. de Frontenac de choisir dans la colonie vingt-quatre personnes, qui seraient chargées d'examiner les inconvénients de la traite de l'eau-de-vie.
Ceux qui furent appelés à cette assemblée, étaient engagés dans le commerce avec les nations sauvages ; aussi la plupart se déclarèrent en faveur de la liberté du trafic de Teau-de-vie. Suivant ceux-ci, il en résultait bien peu de désordres parmi les naturels du pays ; d'ailleurs, les Hollandais, distribuant des boissons enivrantes aux Iroquois, attiraient par ce moyen les peaux de castor à Orange et à Manathe: il était donc absolument nécessaire de permettre le commerce de l'eau-de-vie pour amener les sauvages dans la colonie française et les empêcher de porter leurs pelleteries aux étrangers. Tel fut le principal argument apporté et répété, sur différents tons, par les partisans de la liberté du commerce de l'eau-de-vie.
Quelques-uns des membres de l'assemblée ne s'occupant pas uniquement des peaux de castor, firent valoir des raisons d'un ordre plus relevé.
Le sieur Bourdon de Dombourg présenta en peu de mots un résumé des arguments apportés au soutien de l'opinion de ces derniers. «Si la traite des boissons enivrantes est défendue, » dit-il, « les sauvages vivront en paix, on ne réussira pas à attraper leurs pelleteries pour un peu de boisson qu'on leur donne; les Français s'adonneront à la culture des terres, ce qui sera cause que le pays fleurira. Au contraire, si la traite est permise, le pays déchoira bien loin d'augmenter ; Dieu sera très-mal servi, parce que les sauvages ne boivent que pour s'enivrer, et, lorsqu'ils sont ivres, ils commettent beaucoup de
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crimes et d'incestes, Jes enfants tuent leurs pères, violent leurs sœurs, les mères tuent leurs enfants, et les femmes se prostituent pour quelques verres d'eau-de-vie. Si la liberté de celle traite est accordée, les coureurs de bois se multiplieront, et, pour quelques sous d'eau-de-vie, enlèveront aux sauvages pour six ou sept francs de castor. On sait que les sauvages, lorsqu'ils ont bu, vendent ce qu'ils ont, et donnent quelquefois un fusil pour un demi-seplier d'eau-de-vie. Pourquoi ne voit-on plus autant de sauvages depuis qu'on traite des boissons ? C'est qu'ils en boivent en si grande quantité, qu'ils en meurent. Celte passion de boire les empêche de se convertir, parce que, depuis qu'ils y sont accoutumés, ils ne s'occupent plus d'autre chose, et ne veulent plus entendre parler de Dieu. »
Comme le procès-verbal de cette assemblée allait être envoyé à la cour dans l'automne de 1678, Monseigneur de Laval se décida à retourner en France pour soutenir par des preuves les faits allégués dans les mémoires qu'il avait déjà fait présenter. Il parut devant le roi avec des mémoires si clairs et si forts, que le souverain et son ministre comprirent l'étendue du mai que causait le commerce dont se plaignait l'évéque de Québec. Louis XIV confia l'examen de la question à son confesseur, le père La Chaise, et à l'archevêque de Paris. Après en avoir conféré avec Mgr. de Laval, ils furent d'avis que le roi devait défendre très-expressément aux Français de porter des boissons enivrantes dans les bois et dans les habitations des sauvages. ColbertenvoyaàM. de Frontenac l'ordonnance expédiée en conformité de cet avis, et enjoignit à l'intendant de tenir la main à la faire ponctuellement exécuter, et l'informa en même temps que l'évéque de Q'iébec avait consenti à réduire le cas réservé aux termes de ce règlement (1).
La permission de vendre de l'eau-de-vie aux sauvages était ainsi restreinte aux habitations françaises, et il était défendu d'en porter dans les bois. L'évéque avait obtenu beaucoup moins qu'il ne souhaitait; car, comme les maisons françaises étaient dispersées, que plusieurs même étaient rapprochées des villages sauvages, il était encore facile aux vendeurs de trouver des entrepôts pour y déposer leur marchandise, et fort difficile de découvrir les contraventions à l'ordonnance. C'était cependant un avantage remporté sur la cupidité des coureurs de bois, et un pas vers un meilleur ordre de choses. Ne pouvant obtenir davantage, Mgr. de Laval revint au Canada en 1680, et
(1) Lettre de Colbert à Buchetneau, 24 mai 1679,
essaya de combattre les restes du mal par l'influence salutaire de la religion.
La lutte qu'il eut à soutenir contre les intrigues et les persécutions de ceux qui favorisaient le commerce de l'eau-de-vie, forme comme un de ses plus beaux litres à la reconnaissance des habitants du Canada. Pour résister aux progrès d'un mal qui menaçait de ruiner la colonie au moral et au physique, il opposa une patience, une sagesse et une fermeté qui arrêtèrent les progrès du fléau, et le forcèrent même à rétrograder. Soutenu par son clergé et par un petit nombre de laïques, amis de leur pays, le digne prélat opposa une digue que rien ne put emporter. Contre les vils artifices des marchands, il opposa la sagesse et la fermeté d'un véritable chrétien.
Ce qu'il y avait d'honneur, de patriotisme et de vraie sagesse dans la Nouvelle-France se leva pour repousser la cupidité, le libertinage, et l'égoïsme de ces faux amis du pays, qui cherchaient à s'enrichir en se couvrant du masque du bien public. Si la victoire sur ces hommes ne fut pas complète, elle fut cependant suffisante pour sauver le Canada.
On ne peut lire sans frémir les épouvantables peintures que nous ont laissées quelques plumes de l'époque, des orgies auxquels se livraient les habitants de bourgades entières, lorsque les traiteurs arrivaient avec leurs boissons empoisonnées.
«Nos sauvages commencèrent à revenirde Montréal,» écrivait de Michillimakinac un témoin oculaire en 1692; «mais leur arrivée a troublé notre repos, les ayant vus revenir avec cent barils d'eau-de-vie. Chaque jour, les cabanes et les déserts retentissent du bruit et des hurlements horribles des ivrognes, qui, en se battant, se sont blessés et ont commis bien des infamies. On n'a pu vaquer aux affaires pour lesquelles M. de Louvigny est envoyé par le gouverneur, n'y ayant eu aucun moyen de tenir conseil avec les chefs. »
Appelé comme témoin, dans une enquête tenue en 1677, au sujet d'un double meurtre commis par des sauvages ivres, au bout de l'île de Montréal, le sieur René Cuillerier, qui avait longtemps vécu avec les Iroquois, faisait la déclaration suivante : « Les sauvages ne boivent que pour s'enivrer, pour battre et maltraiter les autres dans leur ivresse. Alors les villages sont désertés ; les meurtres sont fréquents ; ils mutilent, battent, brûlent, se suicident. «
Dans la même circonstance, Charles LeMoyne de Longueuil, qui avait longtemps vécu parmi les sauvages, et qui les connaissait parfaitement bien, rendait un témoignage à peu près sera-
blable. «L'expérience que j'ai eue parmi eux,» disait-il, «m'a convaincu que la plupart d'entre eux ne boivent que pour s'enivrer, pour avoir ensuite plus de liberté à commettre tous les crimes et désordres que les lois divines et humaines défendent. J'ai été moi-même obligé avec mes domestiques d'arracher des mains de quelques sauvages, hommes et femmes ivres, les haches et les couteaux qu'ils tenaient pour s'enlretuer, dans le dessein ensuite d'embraser et de réduire en cendres leurs cabanes, sans considérer qu'il y avait plusieurs autres sauvages, femmcîs et enfants.» «Je certifie,» écrivait un célèbre traiteur, le sieur Dulhut, «que pendant dix ans que j'ai passés aux Outaouais, chez les Nadouessioux, au fort Saint-Joseph, et au Détroit, je n'ai jamais vu traiter l'eau-de-vie, qu'il ne soit arrivé de grands désordres, jusqu'à voir le père tuer le fils, et le fils jeter sa mère dans le feu. Moralement parlant, il est impossible de traiter l'eau-de-vie dans les bois, sans s'exposer à tomber dans ces malheurs. »
Les défenseurs d'un système qui produisait ces scènes d'enfer, prétendaient que c'était un moyen d'attacher les sauvages aux Français, et cependant les mémoires de cette époque prouvent à l'évidence que la vente des boissons enivrantes, après avoir décimé les nations amies, les obligeait souvent de s'âoigner avec un souverain mépris et une haine profonde contre les Français. De deux mille algonquins qui fréquentaient les bords de la rivière des Outaouais, avant qu'ils usassent des boissons enivrantes, trente ans après, il ne restait plus que cent cinquante hommes, qui s'éloignèrent, pour n'-être plus exposés à l'occasion de s'enivrer. «Nous aurions eu tous les Iroquois, écrivait le respectable M. Dollier, supérieur du Séminaire de Montréal, s'ils ne voyaient qu'il n'y a pas moins de désordres ici que dans leur pays, et que même en ce point nous surpassons les hérétiques. L'ivrogne se laisse aller à la tentation de boiie quand il a la boisson présente ; mais, quand il voit, après l'ivrognerie, qu'il est tout nu et sans armes, le nez mangé, estropié et tout massacré de coups, il enrage contre ceux qui l'ont mis en cet état. » Une vieille algonquine, se voyant dépouillée après la boisson, s'écriait d'une voix infernale contre les enivreurs des sauvages : Plût à Dieu que je pusse les voir tous enfoncés dans le milieu des enfers !
Dans une occasion où ils avaient été forcés de se plaindre contre quelques marchands français, les anciens et les guerriers de la nation outaouaise déclarèrent à M. de Louvigny, qu'ils regardaient le commerce de l'eau-de-vie comme un pil-
HO COURS d'histoire [1680
lage publiquement fait de leurs castors, fusils et autres choses nécessaires ; que si, après en avoir fait avertir Ononthio, il permettait encore aux Français de leur en apporter, il fallait que le gouverneur, l'évêque et les missionnaires se fussent entendus pour les piller (1).
I^lusieurs fois, il est arrivé que les expéditions françaises ont manqué de succès, parce que des misérables, poussés par le désir de faire un vil profit, ne craignaient pas d'exposer la vie et l'honneur de leurs compatriotes, en les privant de l'appui des sauvages alliés ; ainsi avorta l'expédition de M. de Courcelles contre les Agniers, parce que ses guides algonquins l'abandonnèrent pour boire quelques barils d'eau-de-vie, fournis par des français. En 1691, l'ivrognerie empêcha les Outaouais et les Hurons du lac Huron de suivre M. de Louvigny à la guerre contre les Iroquois ; la conséquence fut que ceux-ci portèrent toutes leurs forces contre l'île de Montréal, où ils massacrèrent beaucoup d'hommes, de femmes et d'enfants, et brûlèrent un grand nombre de maisons. Dans une autre occasion, des vendeurs d'eau-de-vie allèrent au-devant des sauvages qui venaient au secours des Français, les enivrèrent, les dépouillèrent de leurs armes et les empêchèrent d'aller plus loin. »
En retour de tous ces maux, quels profits le pays retmait-il de la vente des boissons enivrantes ? Les droits imposés sur l'eau-de-vie rapportaient environ deux mille francs par année ; les coureurs de bois, qui la portaient aux sauvages, ruinaient leur santé en peu d'années, et, à la fin de leurs courses, étaient exploités et pressurés par ceux qui les avaient équipés pour le voyage. En somme, les profits revenaient à une quinzaine de cabaretiers, haïs et méprisés des vrais amis du pays, et qui s'empressaient, après avoir fait fortune, de retourner en France, pour dépenser, loin du théâtre de leur infamie, une fortune honteusement acquise. Et c'élaitpour l'avantage de ces misérables, que des gouverneurs, des intendants, des membres honorables de la société s'élevaient contre le courageux évêque, criaient à la tyrannie du clergé, et invoquaient à haute voix la liberté de conscience. La morale foulée aux pieds, l'injustice dépouillant les pauvres victimes, les réduisant à la plus abjecte misère, et leur inspirant la haine et le mépris pour la nation à laquelle appartenaient leurs oppresseurs ; les tribus amies de la France détruites par l'ivrognerie, et leurs tristes restes s' éloignant du
(1) Lettre de M. de Lourigny à M. de Frontenac, SOjuin 1691.
1675] DU CANADA, tll
siège de la contagion et s'enfonçant dans la profondeur des forêls pour échapper au fléau ; les jeunes gens d'une partie de la colonie usant leurs forces, ruinant leur santé et perdant leurs mœurs dans des courses qui ne les enrichissaient point; la culture des terres abandonnée, le progrès de la population arrêtée, le pays tout entier s'appauvrissant pour remplir les coffres de quelques aventuriers qui avaient réussi à tromper les autorités : voilà le triste tableau que l'évêque présentait à la cour ; et ce tableau, des documents authentiques le prouvent, n'avait pas été chargé, ni assombri. Un spectacle semblable avait commencé à se montrer dans les colonies anglaises, et le gouverneur Andros, dans l'intérêt de la morale et de l'humanité, proposa aux Français d'interdire la vente des boissons enivrantes aux sauvages, promettant d'en faire autant de son côté ; mais sa demande fut rejetée. Les législateurs de la Nouvelle-Angleterre avaient si bien reconnu les désordres causés par l'ivrognerie, qu'ils publièrent une ordonnance par laquelle il était défendu, sous de graves peines, de distribuer des eaux-devie aux sauvages ; le même règlement fut établi par Penn dans sa pacifique colonie ; et ces hommes ont trouvé de nombreux panégyristes. Mais, lorsqu'un évêque et ses coadjuteurs viennent réclamer, au nom de Dieu et de la patrie, que l'on mette fin aux pratiques désastreuses auxquelles se livraient quelques marchands, pour eux l'on n'a que des paroles de haine et de mépris.
Aujourd'hui rpie les passions de l'époque se sont tuesdepuis longtemps, il est impossible de ne pas admirer l'énergie que déployait le noble évêque, implorant la pitié du monarque pour les pauvres sauvages de la Nouvelle-France avec tout le courage que montrait Las Casas, lorsqu'il plaidait la cause des sauvages de l'Amérique espagnole. Dédaignant les hypocrites clameurs de ces hommes qui prostituaient le nom de commerce pour couvrir leurs spéculations et leurs rapines, il s'exposa aux mépris et aux persécutions poiir sauver les restes de ces vieilles nations américaines, pour garantir son troupeau de la contagion morale qui menaçait de s'appesantir sur lui, et pour ramener dans la bonne voie les jeunes gens qui allaient se perdre au milieu des tribus sauvages.
Deux ou trois ans après son retour de la découverte du Mississipi, Jolliet demanda inutilement au ministre de lui accorder la permission d'aller s'établir dans le pays des Illinois pour y commercer avec eux.
De son côté, LaSalle désirait beaucoup étendre son commerce
de ce côté. Il avait vu Jolliet à son passage à Frontenac ; informé des découvertes du jeune canadien, il avait conçu le pian de les continuer, et de faire du fort de Frontenac un dépôt où il pourrait s'approvisionner pour ses voyages d'exploration. En 1674, il exposa à la cour qu'ayant déjà commandé pendant quelque temps à Frontenac, il savait de quel avantage ce fort pouvait devenir jwur la colonie du Canada ; il s'offrait en même temps de l'entretenir à ses dépens, et de rembourser les sommes qui y avaient déjà été dépensées, à condition que le roi le lui accorderait en seigneurie avec quatre lieues de pays sur les bords du lac Ontario et quelques îles voisines. Il suppliait, en même temps, le roi de lui donner des lettres de noblesse, en considération des découvertes qu'il avait faites dans le pays, depuis sept ans qu'il y résidait.
De son côté, il s'obligeait à mettre le fort en meilleur état de défense, et à y entretenir une garnison aussi nombreuse que celle de Montréal ; à acquitter les dettes contractées par le gouvernement envers M. de Frontenac pour premiers frais d'établissement; à donner des concessions à tous ceux qui voudraient s'y établir ; à y attirer des sauvages auxquels l'on apprendrait des métiers et qu'on engagerait à cultiver la terre ; enfin, à bâtir une église, dès qu'il y aurait réuni cent personnes, et à y entretenir un ou deux récollets (i). La cour lui accorda volontiers toutes ses demandes par des lettres données en 1673. De retour au Canada, il bâtit à Frontenac un fort de pierre avec quatre bastions, fournit les magasins de marchandises, attira des sauvages et quelques français, et obtint un ou deux récoilets comme aumôniers de sa petite garnison.
La Salle rencontra bien des difficultés et des contradictions dans l'exécution de son ouvrage ; mais sa capacité et son énergie, soutenues par la protection du gouverneur, lui firent surmonter tous les obstacles. Chaque année, M. de Frontenac remontait jusqu'au fort de La Salle pour conférer avec les chefs et les principaux guerriers des nations iroquoises (2).
Cependant, le sieur de La Salle désirait chercher un passage au Japon et à la Chine par le nord ou par l'ouest du Canada ; il s'était fait des amis et des protecteurs dans le pays, et s'occupait à acquérir les connaissances dont il pouvait avoir besoin pour son dessein. Il songeait aussi au Mississipi d'où Jolliet était récemment arrivé Enfin, après avoir consulté le sieur de
(1) Document» de Parie, \ire eérie, Toi. I.
(2) P. Chrestien LeClercq, Etablitaement de la/oi, rte., Toi. II.
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Frontenac, La Salle se rendit en France, dans l'année 1677 ; et, à la faveur des lettres de Frontenac, il obtint de la courtes pouvoirs nécessaires pour enireprendre à ses frais de poursuivre les découvertes du père Marquette et de Joliiet
Colbert était mort, lorsque M. de La Salle arriva en France ; mais M. de Seigneiay, qui occupait la place de son père au département de la marine, lui fit obtenir du roi tout ce qu'il souhaitait; Louis XIV lui fit expédier des lettres de noblesse, lui accorda la seigneurie de Cataracouy, et le gouvernement du fort, à condition qu'il le bâtirait de pierre, et l'engagea à continuer les découvertes commencées.
Le prince de Conti, qui avait puissamment appuyé La Salle dans ses demandes, l'engagea à conduire avec lui en Amérique le chevalier de Tonti, dont le frère était déjà dans la Nouvelle- France. La Salle accepta cette demande avec reconnaissance, et il n'eut point lieu de s'en repentir; car Tonti demeura toujours attaché à ses intérêts, et lui rendit de forts grands services. Ce gentilhomme avait servi en Sicile, où il avait eu une main emportée ; mais il s'en était fait mettre une de fer, dont il se servait avec facilité.
Le quatorze de juillet 1678, La Salle, accompagné de Tonti et de Lamotte Lussière, ancien capitaine du régiment de Carignan-Salières, s'embarqua à La Rochelle ; il conduisait trente hommes, parmi lesquels étaient des ouvriers et des pilotes. Arrivé à Québec au milieu de septembre, il y demeura peu de temps, et partit pour se rendre à Cataracouy avant la fin de la belle saison. Après avoir passé quinze jours au fort de Frontenac, il s'embarqua sur une barque de quarante tonneaux, pour se rendre à la partie supérieure du lac. Dans le lieu qu'il dioisit lui-même sur le bord méridional de la rivière Niagara, il jeta les premiers fondements d'un fort, où il laissa le sieur de Tonti avec trente hommes, donna ses ordres pour la construction d'ime nouvelle barque, au-dessus da la chute de Niagara, visita les Sonnontouans, sur les terres desquels était le fort, de Niagara, et qui avaient menacé de le détruire, et Eetourna sur les glaces à Cataracouy (1) Dès le printemps, sa barque fit plusieurs voyages entre les deux forts pour le transport des pelleteries et des marchandises; après les premiers passages, qui furent hwreux, elle fut, par la faute du pilote, brisée sur la côte^ dont elle s'était trop approchée.
Heureusement, il lui restait un brigantin,- au moyen duquel il
(1) Mémoirea de TooXL.
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put approvisionner son magasin à Niagara (1) ; il visita ensuite les nations sauvages qu'il désirait se rendre favorables pour son commerce et pour ses expéditions.
La nouvelle étape de Niagara ayant été préparée, et tout étant prêt pour s'avancer plus loin, M. de La Salle s'embarqua avec îonti, trois pères récollets et une quarantaine d'hommes, sur la nouvelle barque, le Griffon. La navigation fut longue et périlleuse ; ils traversèrent le lac Erié et le lac Huron, et arrivèrent au commencement de septembre à Michillimakinac.
De Michillimakinac, le Griffon se rendit à la baie des Puants (2), d'où La Salle le fit partir pour Niagara avec une riche cargaison de pelleteries. Ce pionnier de la navigation sur les lacs Erié et Huron, ne reparut plus, soit qu'il ait péri sur les côtes, soit qu'il ait été pillé, puis ensuite brûlé par les sauvages, comme le bruit en courut.
La Salle voulait avancer pas à pas vers le Mississipi, qui était le principal objet de ses aspirations ; et, à mesure qu'il avançait, il plaçait de nouveaux forts. Ainsi, de la baie, il se rendit à la rivière de Saint-Joseph, nommée aussi petite rivière des Miamis, parce que sur ses bords s'élevait une bourgade de cette nation que le P. d'Âllouez avait déjà visitée. La Salle y bâtit un petit fort, et, après des embarras causés par la désertion de quelques-uns de ses hommes, il en repartit avec Tonti, remonta le Saint-Joseph, et, après avoir fait un portage, suivit le cours de l'Illinois jusqu'à un grand village dont les habitants étaient absents et où les Français trouvèrent des provisions de maïs. Le quatre de janvier 1080, ils arrivèrent enfin au mdieu d'un camp des Illinois, établi sur les bords du lac Pimiteoui.
La Salle eut ici encore besoin de toute sa fermeté ; car il trouva les Illinois, sur les bonnes dispositions desquels il avait compté, travaillés et trompés sur son compte par quelques députés envoyés par les Miamis et les Mascoutins. Musceola, chef de la députation, avait, dans un conseil de nuit, réussi à faire regarder les Français comme les alliés et les avantcoureurs des Iroquois. Ces fausses notions furent dissipées néanmoins par quelques explications, et la paix fut conclue entre les Illinois et les Français, au grand contentement des deux partis. Ainsi rassurée, la petite troupe de voyageurs descendit jusqu'à une hauteur, située à quelque distance du camp des Illinois ; en ce lieu, La Salle fit commencer un fort qu'il
(1) Archiver de la Province, lettre de M. Lamotte Lnssière.
(?) Nommée pins taa-d Grande-Baie; les Anglais en ont fait Grem Bay.
nomma Crèvecœur, à cause de tous les malheurs qui, depuis quelque temps, avaient assailli son entreprise.
Dans les premiers jours de mars, La Salle, inquiet de l'état de ses alTaires au Canada, reprit le chemin du fort Frontenac ; il laissa le P. Hennepin chargé de remonter le Mississipi aussi loin que possible. Le vingt-neuf février 1680, le père récollet laissa le fort Crèvecœur sur un canot conduit par deux hommes pourvus d'armes, bien équipés et bien fournis de marchandises pour faire la traite (1).
Jusqu'à l'embouchure de l'Illinois, Hennepin et ses deux compagnons, le sieur Dacan et Picard Dugay, avaient suivi une voie découverte par JoUiet et Marquette et autres français. L'on peut inférer du récit d'Hennepin, qu'ils remontèrent Je Mississipi jusqu'à une assez grande distance, furent faits prisonniers par des Sioux, conduits jusqu'au saut Saint-Antoine, et qu'ils furent enfin rencontrés par le sieur Dulhut, qui délivra Hennepin (2).
n est difficile de découvrir ce qu'il peut y avoir de vrai dans cette relation du père Hennepin : car, suivant un critique américain (3), Hennepin, LaHontan et LeBeau appartiennent à cette classe d'écrivains qui semblent dire la vérité par accident et mentir par inclination ; ce qu'il y a de certain, c'est que déjà, en 1679, Dulhut, dans un voyage de trois ans et demi, avait parcouru une grande partie du pays des Nadouessioux, et avait entendu parler de la mer située, suivant ces sauvages, à vingt lieues de leurs villages (4).
La Salle partit pour Frontenac le 2 mars 1680, après avoir nommé M. de Tonti commandant du fort Crèvecœur. Il lui laissa les armes nécessaires pour la défense des marchandises au moyen desquelles la traite se devait faire : deux récollets, le père Gabriel de La Ribourde et le père Zénobe Membre, demeurèrent, le premier pour exercer les fonctions de missionnaire parmi les Français, le second pour travailler à la conversion des Illinois (5).
(1) Récit du P. Membre, dons le P. LeClercq.
(2) Le père Louis Hennepia, Description ck la Louieiarw. Hennepin pourrait fort bien s'être approprié la description du paya des Sioui, donnée par Dulhut. Sparks a complètement dévoilé les mensonges et les plagiats du père Hennepin.
(3) N. A. Rcviewfor January, 1845, Sparks' Life of La SaUe.
(i) Daniel Greysolen Dulhut avait fait ce voyage accompagné des sieurs LeMaitre, Bellegarde, Pépin et Masson. En 1679, l'intendant Duchesneau accusait M. de Frontenac de prendre part à la traite, et d'être en rapport aveo Dulhut, Laïaupine et autres " coureurs de bois. "
(5) Récit du pire Zénobe Membre.
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Excilés par les Anglais, qui voyaient avec peine les Françaiss'avancer vers le sud en passant derrière leurs colonies de la Pennsylvanie et de la Virginie, les Iroquois vinrent attaquer les Illinois. Tonli s'interposa comme médiateur entre les deux partis ; il porta des propositions de paix qui furent assez mal accueillies ; il fut même blessé gravement par un jeune onnontagué. Avec le secours des pères récoliets, il réussit à obtenir une trêve, qui ne fut pas de longue durée ; car,, avec leur fourberie ordinaire, les Iroquois s'avancèrent vers le village des Illinois en se livrant à de nouvelles hostilités contre leurs alliés et les forçant à fuir vers le Mississipi. Les Français, ainsi abandonnés, prirent la résolution de retourner au lac Micbigan. Le dix-huit septembre, ils remontaient la rivière des Illinois sur un misérable canot, qu'ils lurent à la fin forcés d'abandonner pour continuer leur voyage à pied. Dès les premiers jours qui suivirent leur départ, le père Gabriel de La Ribourde^ vénérable vieillard, fut tué par quelques jeunes ilHnois, qui lui enlevèrent la chevelure et prétendirent ensuite que c'était celle d'un iroquois. Les voyageurs arrivèrent enfin exténués de fatigue et de faim à un village des Poutéouatamis, d'où ils passèrent à MichiUimakinac dans l'espérance d'avoir des nouvelles de M. de La Salle. Celui-ci retournait aux Illinois en suivant le rivage méridional du lac Michigan, pendant que Tonti et ses compagnons loi^eaicnt la côte du nord, s'avançant dans une direction opposée ; ainsi La Salle ne fut informé des désastres du fort de Crèvecœur qu'après être arrivé sur les lieux. Il se hâla de revenir à MichiUimakinac, où il arriva au mois de juin 1681, et apprit les détails de ce qui s'était passé au pays des Illinois. Lui-même était porteur de fort tristes nouvelles. Les créanciers avaient fait saisir ses biens après son départ du fort de Frontenac ; son briganlin, le Griffon, s'était perdu, avec des pelleteries évaluées à trente mille li'ancs ; ses employés s'étaient appropriés ses marchandises ; un navire, qui lui apportait de France une cargaison évaluée à vingt-deux mille livres, avait fait naufrage sur les îles de Saint-Pierre ; des canots chargés d'effets s'étaient brisés dans le trajet entre Montréal et Frontenac ; les hommes qu'il avait amenés de France s'étaient enfuis à la Nouvelle- York, emportant une partie de ses marchandises ; et déjà l'on travaillait à séduire les canadiens qu'il employait. En un mot, suivant lui, le Canada tout entier s'était ligué contre son entreprise, et le comte de Frontenac était le seul qui consentît à le soutenir au milieu de ses malheurs.
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L'on ne peut s^empêcher d'admirer la fermeté que déployait La Salle au milieu des difficultés qui l'environnaient. Mais, il faut l'avouer, cette qualité, poussée fort loin chez lui, dégénérait quelquefois en opiniâtreté, et devenait alors pour lui une source de nouveaux désagréments II méprisait les obstacles qu'il rencontrait sur son chemin, et -s'attendait à voir plier les volontés des autres devant la sienne, et parla il créait des mécontentements qui éclataient dans l'occasion et renversaient sesplansles mieux combinés. «Je ne vous dirai rien,» écrivait-il à Lamotte Lussière, « des sentiments que j'ai de votre zèle et de votre courage ; il ne me reste plus qu'à vous prier d'avoir autant de fermeté à l'égard de nos gens, et que leur mécontentement ne vous fasse rien changer de ce que vous aurez une fois résolu et de ce dont je vous aurai prié (1). »
Décidé à continuer sa marche et à descendre jusqu'à la mer par le Mississipi, La Salle fit rebrousser chemin à Tonti et au P. Membre ; ils retournèrent tous ensemble au fort des Miamis, où vingt-trois français et dix-huit sauvages, tant mahingans qu'abenakis, furent choisis pour l'expédition. Tous les voyageurs étaient réunis, le quatre janvier 1682, sur les bords de la rivière de Chicago ; ils la remontèrent, et descendirent ensuite la rivière des Illinois, en traînant sur les glaces leurs canots et leurs provisions jusqu'au fort de Crèvecœur, qu'ils trouvèrent en assez bon état. Comme la navigation était ouverte au-dessous de ce point, les canots furent mis à l'eau, et, le six février, la flotille arrivait à l'embouchure de l'illinois; quelques jours après, elle commença à descendre le Mississipi. Yersla fin du mois, La Salle s'arrêta au confluent de l'Ohio avec le grand fleuve, et éleva en ce lieu quelques retranchements qui reçurent le nom de fort Prudhomme, parce qu'un homme de ce nom, s'étant égaré dans les bois, ne revint au camp que neuf jours après son départ.
Enfin, à leur grande joie, ils aperçurent la pleine mer, e(, le neuf d'avril, La Salle et ses deux lieutenants Tonti et Dautray (2) étant réunis sur le rivage, le P. Membre entonna le Te Deum au pied d'une croix qu'on venait de dresser. Les armes de France furent arborées, et La Salle, au nom du roi trèschrétien, prit possession du Mississipi, de toutes les rivières qui s'y déchargent et de toutes les terres que ces rivières arrosent. Le problème était enfin résolu, et l'on s'était assuré que c'était
(1) Lettre de La SaUe, Niagara, 27 janvier 1679.
(2) Dautray était fils du sieur Jean Bourdon, qui explora les eûtes du Labrador et la 'baie des Esquimaux.
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dans le golfe du Mexique, et non dans la mer Vermeille, que le Mississipi versait ses eaux.
L'expédition, en remontant, éprouva des difficullés,ordinaires à ces voyages faits au milieu de nations inconnues et toujours portées à se défier des étrangers ; La Salle fut lui-même retenu pendant quarante jours par une grave maladie ; mais, comme le remarque le père Membre, par une protection particulière de Dieu, et grâce à la prudence et à l'habileté du cbef, l'on n'eut à déplorer aucun accident considérable, et tous les voyageurs français et sauvages arrivèrent sains et saufs au point du départ.
La Salle passa l'hiver et l'été suivants dans le pays des Illinois, s'oceupant à établir des postes de traite, et, au commencement de l'automne, il nomma M. de Tonti pour commander à sa place, et partit pour aller rendre compte de son voyage à la cour de France. Il arriva à Québec dans les premiers jours de novembre 1683, et débarqua à La Rochelle le vingttrois de décembre (1).
(1) Le pire Le Clereq, Elablissement de la Foi, etc., vol. II.