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put approvisionner son magasin à Niagara (1) ; il visita ensuite les nations sauvages qu'il désirait se rendre favorables pour son commerce et pour ses expéditions,
La nouvelle étape de Niagara ayant été préparée, et tout étant prêt pour s'avancer plus loin, M. de La Salle s'embarqua avec Tonti, trois pères récollets et une quarantaine d'hommes, sur la nouvelle barque, le Griffon. La navigation fut longue et périlleuse ; ils traversèrent le lac Erié et le lac Huron, et arrivèrent au commencement de septembre à Michillimakinac.
De Michillimakinac, le Griffon se rendit à la baie des Puants (2), d'où La Salle le fit partir pour Niagara avec une riche cargaison de pelleteries. Ce pionnier de la navigation sur les lacs Erié et Huron, ne reparut plus, soit qu'il ait péri sur les côtes, soit qu'il ait été pillé, puis ensuite brûlé par les sauvages, comme le bruit en courut.
La Salle voulait avancer pas à pas vers le Mississipi, qui était le principal objet de ses aspirations ; et, à mesure qu'il avançait, il plaçait de nouveaux forts. Ainsi, de la baie, il se rendit à la rivière de Saint-Joseph, nommée aussi petite rivière des Miamis, parce que sur ses bords s'élevait une bourgade de cette nation que le P. d'Àllouez avait déjà visitée. La Salle y bâtit un petit fort, et, après des embarras causés par la désertion de quelques-uns de ses hommes, il en repartit avec Tonti, remonta le Saint- Joseph, et, après avoir fait un portage, suivit le cours de l'Illinois jusqu'à un grand village dont les habitants étaient absents et où les Français trouvèrent des provisions de maïs. Le quatre de janvier 1680, ils arrivèrent enfin au milieu d'un camp des Illinois, établi sur les bords du lac Pimiteoui.
La Salle eut ici encore besoin de toute sa fermeté ; car il trouva les Illinois, sur les bonnes dispositions desquels il avait compté, travaillés et trompés sur son compte par quelques députés envoyés par les Miamis et les Mascoutins. Musceola, chef de la députalion, avait, dans un conseil de nuit, réussi à faire regarder les Français comme les alliés et les avantcoureurs des Iroquois. Ces fausses notions furent dissipées néanmoins par quelques explications, et la paix fut conclue entre les Illinois et les Français, au grand contentement des deux partis. Ainsi rassurée, la petite troupe de voyageurs descendit jusqu'à une hauteur, située à quelque distance du camp des Illinois; en ce lieu, La Salle fit commencer un fort qu'il
(1) Archivée de la Province, lettre de M. Lamotte Lussière.
(2) Nommée plus tard Grande-Raie ; les Anglais en ont fait Green Bay.
nomma Crèvecœur, à cause de tous les malheurs qui, depuis quelque temps, avaient assailli son entreprise,
Dans les premiers jours de mars, La Salle, inquiet de l'état de ses affaires au Canada, reprit le chemin du fort Frontenac ; il laissa le P. Hennepin chargé de remonter le Mississipi aussi loin que possible. Le vingt-neuf février 1680, le père récollet laissa le fort Crèvecœur sur un canot conduit par deux hommes pourvus d'armes, bien équipés et bien fournis de marchandises pour faire la traite (1).
Jusqu'à l'embouchure de l'Illinois, Hennepin et ses deux compagnons, le sieur Dacan et Picard Dugay, avaient suivi une voie découverte par Jolliet et Marquette et autres fiançais. L'on peut inférer du récit d'Hennepin, qu'ils remontèrent le Mississipi jusqu'à une assez grande distance, furent faits prisonniers par des Sioux, conduits jusqu'au saut Saint-Antoine, et qu'ils furent enfin rencontrés par le sieur Dulhut, qui délivra Hennepin (2).
Il est difficile de découvrir ce qu'il peut y avoir de vrai dans cette relation du père Hennepin : car, suivant un critique américain (3), Hennepin, LaHontanet LeBeau appartiennent à cette classe d'écrivains qui semblent dire la vérité par accident et mentir par inclination ; ce qu'il y a de certain, c'est que déjà, en 1679, Dulhut, dans un voyage de trois ans et demi, avait parcouru une grande partie du pays des Nadouessioux, et avait entendu parler de la mer située, suivant ces sauvages, à vingt lieues de leurs villages (4).
La Salle partit pour Frontenac le 2 mars 1680, après avoir nommé M. de Tonti commandant du fort Crèvecœur. Il lui laissa les armes nécessaires pour la défense des marchandises au moyen desquelles la traite se devait faire-: deux récollets, le père Gabriel de La Ribourde et le père Zénobe Membré, demeurèrent, le premier pour exercer les fonctions de missionnaire parmi les Français, le second pour travailler à la conversion des Illinois (5).
(1) Récit du P. Membré, dans le P+ LeUlercq.
(2) Le père Louis Hennepin, Description, delà Louisiane. Hennepin pourrait fort bien s'être approprié la description du pays des Sioux, donnée par Dulhut. Sparks a complètement dévoilé les mensonges et les plagiats du père Hennepin.
(3) N. A. Review for January% 1845, Sparks' Life of La Salle,
(4) Daniel Greysolen Dulhut avait fait ce voyage accompagné des sieurs LeMaître, Êellegarde, Bepin et Masson. En 1679, l'intendant Duchesneau accusait M. de Frontenac de prendre part à la traite, et d'être en rapport avec Dulhut, LaTaupine <et autres " coureurs de bois» "
<5) Récit du père Zénobe Membré.
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Excités par les Anglais, qui voyaient avec peine les Français s'avancer vers le sud en passant derrière leurs colonies de la Pennsylvanie et de la Yirginie, les Iroquois vinrent attaquer les Illinois. Tonti s'interposa comme médiateur entre les deux partis ; il porta des propositions de paix qui furent assez mal accueillies ; il fut même blessé gravement par un j,eune onnontagué. Avec le secours des pères récollets, il réussit à obtenir une trêve, qui ne fut pas de longue durée ; car, avec leur fourberie ordinaire, les Iroquois s'avancèrent vers le village des Illinois en se livrant à de nouvelles hostilités contre leurs alliés et les forçant à fuir vers le Mississipi. Les Français, ainsi abandonnés, prirent la résolution de retourner au lac Miehigan. Le dix-huit septembre, ils remontaient la rivière des Illinois sur un misérable canot, qu'ils furent à la fin forcés d'abandonner pour continuer leur voyage à pied. Dès les premiers jours qui suivirent leur départ, le père Gabriel de La Ribourde, vénérable vieillard, fut tué par quelques jeunes illinois, qui lui enlevèrent la chevelure et prétendirent ensuite que c'était celle d'un iroquois. Les voyageurs arrivèrent enfin exténués de fatigue et de faim à un village des Poutéouatamis, d'où ils passèrent à Michillimakinac dans l'espérance d'avoir des nouvelles de M. de La Salle. Celui-ci retournait aux Illinois en suivant le rivage méridional du lac Michigan, pendant que Tonti et ses compagnons longeaient la côte du nord, s'avançant dans une direction opposée ; ainsi La Salle ne fut informé des désastres du fort de Crèvecœur qu'après être arrivé sur les lieux. Il se hâta de revenir à Michillimakinac, où il arriva au mois de juin 1681, et apprit les détails de ce qui s'était passé au pays des Illinois. Lui-même était porteur de fort tristes nouvelles. Les créanciers avaient fait saisir ses biens après son départ du fort de Frontenac ; son brigantin, le Griffon, s'était perdu, avec des pelleteries évaluées à trente mille francs ; ses employés s'étaient appropriés ses marchandises ; un navire, qui lui apportait de France une cargaison évaluée à vingt-deux mille livres, avait fait naufrage sur les îles de Saint-Pierre ; des canots chargés d 'effets s'étaient brisés dans le trajet entre Montréal et Frontenac ; les hommes qu'il avait amenés de France s'étaient enfuis à la Nouvelle- York, emportant une partie de ses marchandises ; et déjà l'on travaillait à séduire les canadiens qu'il employait. En un mot, suivant lui, le Canada tout entier s'était ligué contre son entreprise, et le comte de Frontenac était le seul qui consentît à le soutenir au milieu de ses malheurs.
L'on ne peut s'empêcher d'admirer la fermeté que déployait La Salle au milieu des difficultés qui l'environnaient. Mais, il faut l'avouer, cette qualité, poussée fort loin chez lui, dégénérait quelquefois en opiniâtreté, et devenait alors pour lui une source de nouveaux désagréments. Il méprisait les obstacles qu'il rencontrait sur son chemin, et s'attendait à voir plier les volontés des autres devant la sienne, et par là il créait des mécontentements qui éclataient dans l'occasion et renversaient ses plans les mieux combinés. «Je ne vous dirai rien,» écrivait-il à Lamotte Lussière, « des sentiments que j'ai de votre zèle et de votre courage ; il ne me reste plus qu'à vous prier d'avoir autant de fermeté à l'égard de nos gens, et que leur mécontentement ne vous fasse rien changer de ce que vous aurez une fois résolu et de ce dont je vous aurai prié (1).»
Décidé à continuer sa marche et à descendre jusqu'à la mer par le Mississipi, La Salle fit rebrousser chemin à Tonti et au P. Membré ; ils retournèrent tous ensemble au fort des Miamis, où vingt-trois français et dix-huit sauvages, tant mahingans qu'abenakis, furent choisis pour l'expédition. Tous les voyageurs étaient réunis, le quatre janvier 1682, sur les bords de la rivière de Chicago ; ils la remontèrent, et descendirent ensuite Ja rivière des Illinois, en traînant sur les glaces leurs canots et leurs provisions jusqu'au fort de Crèvecœur, qu'ils trouvèrent en assez bon état. Comme la navigation était ouverte au-dessous de ce point, les canots furent mis à l'eau, et, le six février, la Hotille arrivait à Fembouehure de l'Illinois; quelques jours après, elle commença à descendre le Mississipi. Yers la fin du mois, La Salle s'arrêta au confluent de l'Ohio avec le grand fleuve, et éleva en ce lieu quelques retranchements qui reçurent le nom de fort Prudhomme, parce qu'un homme de ce nom, s'étant égaré dans les bois,, ne revint au camp que neuf jours après son départ.
Enfin, à leur grande joie, ils aperçurent la pleine mer, et, le îieuf d'avril, La Salle et ses deux lieutenants Tonti et Dautray (2) étant réunis sur le rivage, le P. Membré entonna le Te Deum au pied d'une croix qu'on venait de dresser. Les armes de France furent arborées, et La Salle, au nom du roi trèschrétien, prit possession du Mississipi, de toutes les rivières qui s'y déchargent et de toutes les terres que ces rivières arrosent. Le problême était enfin résolu, et l'on s'était assuré que c'était
(1) Lettre de La Salle, Niagara, 27 janvier 1679.
(2) Dautray était fils du sieur Jean Bourdon, qui explora les côtes du Labrador et ta baie des Esquimaux.
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dans le golfe du Mexique, et non dans la mer Yermeîlle, que le Mississipi versait ses eaux.
L'expédition, en remontant, éprouva des difficultés, ordinaires à ces voyages faits au milieu de nations inconnues et toujours portées à se défier des étrangers ; La Salle fut lui-même retenu pendant quarante jours par une grave maladie ; mais, comme le remarque le père Membré, par une protection particulière de Dieu, et grâce à la prudence et à l'habileté du chef, l'on n'eut à déplorer aucun accident considérable, et tous les voyageurs français et sauvages arrivèrent sains et saufs aw point du départ.
La Salle passa l'hiver et l'été suivants dans le pays des Illinois, s'occupant à établir des postes de traite, et, au commencement de l'automne, il nomma M. de Tonti pour commander à sa place, et partit pour aller rendre compte de son voyage à la cour de France. Il arriva à Québec dans les premiers jours de novembre 1683, et débarqua à La Rochelle le vingttrois de décembre (1),
(1) Zèpère Le Clercq, Etablissement de la Foi^etc, vol.. H*