CHAPITRE VINGT-NEUVIÈME
Naufrage de Y Eléphant— Arrivée de Mgr. Dosquet et de l'abbé de LaTour— Difficultés au sujet des cures fixes — Mgr. Dosquet repasse en France — Démission de Mgr. de Mornay— Mgr. Dosquet revient en Canada — Fort de la pointe à la Chevelure — Rapports fréquents entre certains particuliers du Canada et de la Nouvelle-York — L'esclavage en Canada — Ravages de la petite vérole — Sarrasin, sa mort — Ce que fait M. Hocquart pour le soulagement des classes ouvrières et le développement des ressources du pays — Mines du Canada — Forges de Saint-Maurice — Exportation de bois, de résines et autres productions —M. de Beauharnois travaille à répandre l'instruction dans le pays.
M. de Mornay, après la mort de Monseigneur de Saint- Valier, n'avait pas cru devoir renouveler l'offre de sa démission, lorsqu'on lui lit connaître que la première était nulle. Mais, comme à cause de son grand âge et de -ses infirmités, il ne pouvait se rendre dans son diocèse, le roi lui fit nommer, pour coadjuteur, M. Dosquet, qui fut sacré sous le titre d'évêque de Samos, inpartibus infidelium. Il avait déjà passé quelques années dans la colonie, n'étant que simple prêtre. Il s'embarqua en 1729, pour passer au Canada, avec les pouvoirs nécessaires pour le gouvernement du diocèse (1). M. Dosquet s'était embarqué sur Y Eléphant, vaisseau du roi, commandé par M. de Vaudreuil, un des enfants du feu gouverneur général. Les vaisseaux du roi n'étaient pas heureux ; le premier septembre, Y Eléphant donna sur une roche près du cap Brûlé, à une douzaine de lieues de Québec, et sombra après qu'on eût débarqué les passagers. Personne ne se noya ; mais l'évêque, ainsi que les officiers et les marchands de Québec, essuyèrent de grandes pertes par ce naufrage. Mgr. Dosquet était accompagné de l'abbé de LaTour (2), nommé doyen du chapitre de Québec. Quoique l'évêque de Samos dût connaître le Canada, puisqu'il avait passé quelques années au séminaire de Québec,
(1) Lettre de M. de Maurepas à messieurs de Beauharnois et Hocquart.
(2) L'abbé de LaTour était un homme très instruit ; il a écrit les mémoires de la vie de Mgr. de Laval, et une foule d'ouvrages sur la liturgie, sur la morale, sur la théologie. L'abbé Migne a réuni les oeuvres de M. de LaTour, et les a oubliées en sept gros volumes in-quarto. En repassant en France, M. de LaTour avait avec lui les annales manuscrites de THôtel-Dieu de Québec, et les lit imprimer à Montaubau.
lorsqu'il n'était encore que prêtre, il y trouva des difficultés sur lesquelles il n'avait point compté.
Depuis longtemps, les autorités de la mère patrie travaillaient à établir des cures fixes ; Messeigneurs de Laval et de Saint-Yalier, qui y voyaient des embarras, avaient toujours évité de se rendre aux demandes du roi et des ministres à ce Sujet ; après la mort de M. de Saint-Yalier, les chanoines n'y .virent pas les mêmes obstacles, et nommèrent des curés fixes dans plusieurs paroisses.
En arrivant, Mgr. Dosquet désapprouva hautement les procédés du chapitre, qui, selon lui, n'avait pas le droit de rien changer dans les us et coutumes du diocèse, mais qui devait maintenir les choses dans l'état où elles se trouvaient. Les membres canadiens du Chapitre se plaignaient, de leur côté, de ce qu'on envoyait toujours des prêtres français pour remplir les hautes dignités du Chapitre, tandis que les enfants du pays étaient relégués dans les charges inférieures. Plusieurs de ces derniers, instruits en France, auraient été très-capables de remplir ces postes élevés. Les nouveaux arrivés disaient que les prêtres canadiens voulaient être les maîtres au séminaire et dans le chapitre ; qu'ils montraient un esprit indocile et indépendant, qui empêchait le nouvel évêque de proposer certaines réformes nécessaires. Toutefois il ordonna aux curés, fixés par le chapitre, d'envoyer leurs démissions pures et simples ; ils le firent, mais ces procédés causèrent du mécontentement et de l'agitation. Aux reproches que le ministre adressa à ce sujet à f'évêque, celui-ci répondit : «Sur environ cent paroisses qui composaient le diocèse de Québec, il n'y en avait que vingt qui fussent alors remplies par des curés en titre, et encore aux environs de Québec. Que cette conduite avait été tenue dans toutes les églises naissantes, et qu'on ne pouvait faire autrement au Canada, puisqu'il y avait des missions qui s'étendaient sur une longueur de douze ou quinze lieues. Il serait dur,» ajoutait-il, «qu'un ecclésiastique qui a desservi une mission pénible où il a essuyé beaucoup de fatigues, n'en pût être déplacé pour un poste supérieur. Il y a des arrangements et des changements convenables à faire dans le besoin, soit à l'égard du curé, soit à l'égard des paroissiens. Enfin la nécessité d'envoyer dans des paroisses de jeunes gens au sortir du séminaire, sans avoir eu le temps de les éprouver, fait qu'on ne peut... leur confier une paroisse d'une manière irrévocable ; il est donc de l'honneur du clergé, du bien des âmes et du gouvernement du diocèse, qu'un évêque puisse
disposer des sujets selon les vues que la Providence lui suggère. Il y a eu des ordres de la cour portant permission de fixer toutes les cures ; mais cela n'a pas eu de suite. Feu M. de Saint-Valier fit venir des ordres contraires ; il en a fixé luimême, et le peu qu'il a fixé, il l'a remis à son ancien état, à la mort du premier titulaire. »
Monsieur Dosquet se plaignait aussi de l'état où se trouvait 9 la communauté des religieuses de l'Hôpital-Général. Une cer- • laine division continuait d'y régner ; elle était née des troubles qui avaient eu lieu après la mort de Mgr. de Saint-Valier. L'évêque de Samos, qui s'en affligeait, écrivit à M. de Maurepas pour s'en plaindre ; le secrétaire d'état fit des réprimandes à M. de Beauharnois, accusé de n'avoir pas travaillé assez fortement à les faire disparaître. Le gouverneur se hâta d'informer le ministre, qu'il y avait exagération évidente dans les plaintes formulées par l'évêque. «Le très-grand désordre dont vous avez été informé se réduit à quelques tracasseries assez communes dans les communautés de filles ; elles ont, d'ailleurs, une conduite régulière, et elles ont continué leurs attentions charitables pour les invalides et les insensés renfermés dans leur maison.»
De leur côté, messieurs de Beauharnois et Hocquart (1) reprochaient à M. Dosquet d'avoir nommé, sans leur participation, un supérieur à l'Hôpital-Général de Montréal, renouvelé les ordonnances des évêques ses prédécesseurs, au sujet de la vente des boissons enivrantes. Mgr. de Samos s'apercevait qu'il serait gêné dans l'exercice de ses fonctions épiscopales ; aussi? en 1 732, il passa en France pour exposer sa situation aux autorités. Sur ses remontrances, le ministre avait déjà pressé M. de Mornay d'aller résider dans son diocèse, et d'y administrer lui-même les affaires ecclésiastiques ; mais le vieil évêque préféra se décharger de toute administration. Le douze septembre 1733, il se démit purement et simplement de son évêché de Québec, en faveur de M. Dosquet. Celui-ci, jouissant maintenant d'une pleine autorité pour conduire les affaires ecclésiastiques, promit à M. de Maurepas qu'il écrirait une lettre circulaire aux curés et missionnaires de son diocèse, afin de leur expliquer que, par son mandement sur la traite de l'eau-de-vie, mandement au sujet duquel s'étaient élevées beaucoup de plaintes, il n'avait entendu se réserver que le cas de péché mortel, et non la vente ordinaire. Monsieur Dosquet
(1) Lettre de MM. de Beauharnois et Hocquart, 10 octobre 1731.
rentra dans son diocèse en 1734. Il paraît n'avoir pu s'accoutumer au climat du Canada ; il retourna en France en 1735 (1)7 et, après plusieurs années passées tantôt à Rome, tantôt à Paris, il donna sa démission le vingt-cinq juin 1739. Après avoir résigné son siège, il continua de résider en France, où il mourut en 1777, à l'âge de quatre-vingt-trois ans.
Le gouverneur continuait à se fortifier contre les anciens ennemis du Canada, les Anglais et les Iroquois. Déjà il avait chargé M. de LaCorne d'examiner la position la plus favorable pour maintenir la domination française sur le lac Champlain. Dans l'année 1731, le sieur de LaFresnière, officier actif et vigilant, fut envoyé, avec un détachement de soldats et d'ouvriers, pour construire un fort de pieux à la pointe à la Chevelure, située dans une partie resserrée du lac. La pointe à la Chevelure forme un petit détroit entre le lac Champlain et le Grand-Marais, qui a quatorze arpents de largeur, et se termine au Petit-Saut, où la rivière du Chicot tombe en cascades. Sur les bords de cette dernière rivière, les Anglais bâtirent un fort en 1709 (2), et construisirent des bateaux pour porter leur armée au Canada. De l'endroit où était le fort, il y a quatre lieues de portage pour arriver à la rivière d'Orange (Hudson). A trois ou quatre lieues de la pointe à la Chevelure, est situé à main droite, en allant à la Nouvelle-York, le lac, alors nommé du Saint-Sacrement, au bout duquel était un portage, par lequel on se rendait à la rivière d'Orange ; c'était le plus court chemin pour aller chez les Agniers. « Maîtres de la pointe à la Chevelure, » écrivait M. Hocquart, «nous barrons le chemin aux Anglais, et nous sommes en état de tomber sur eux, lorsqu'ils y penserons le moins. Si les Anglais nous prévenaient pour s'établir, ils auraient l'avantage de nous empêcher de nous montrer dans le lac Champlain... au lieu qu'étant maitres de ce poste, nous pouvons les harceler avec de petits partis, comme nous l'avons fait ci-devant, depuis 1689 jusqu'en 1699. »
A l'intérieur de la colonie, l'on s'occupait aussi de se fortifier. M. de Beauharnois, en effet, engageait les habitants à se réunir dans des villages, autour desquels ils construisaient une enceinte de pieux, en cas de quelque attaque subite. Il y avait, cependant, entre la Nouvelle-York et Montréal, des
(1) Dans le vaisseau du roi le Rubis, commandé par M. de l'Estandière. Il était accompagné de deux ecclésiastiques, MM. Boulanger et Gosselin.
(2) FortDummer.
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relations fréquentes ; M. Dupuy se plaignait, en 1729. qu'on avait permis à un certain nombre d'anglais de se fixer à Montréal, ce qui pouvait être la source de bien des dangers, dans le cas où la guerre s'élèverait entre les deux colonies. De jeunes canadiens voyageaient presque continuellement entre Montréal et Albany pour faire le commerce, malgré les défenses et les amendes. Selon M. Hoquart, « les amendes accordées aux dénonciateurs contre ceux qui traitaient avec les étrangers, ne produisaient point d'effet, car le goût du commerce étranger, et les liens de parenté empêchaient que personne ne voulût faire ces dénonciations. » Parmi les étrangers venus de New-York, était le sieur Lydius, qui étail devenu catholique et avait épousé une française du Canada. M. Hoquart le regardait comme un fort honnête homme, et désirait même l'employer comme interprète parmi les Iroquois, qui lui étaient attachés. L'on craignait que tous ces anglais ne fussent venus au Canada que pour y former des liaisons, au moyen desquels ils espéraient pouvoir gagner les sauvages, et les engager à retourner dans leur pays.
Sur la fin de Tété de 1732, trois anglais, munis d'un passeport du commandant d'Albany, se présentèrent à Montréal ; ils demandaient qu'on leur livrât un esclave noir, qui, ayant fui de chez son maître, s'était réfugié à Québec. M. de Beauharnois leur répondit que cet homme était libre de retourner avec eux> s'il le voulait ; mais que le droit d'asile lui était acquis du moment qu'il mettait le pied sur les terres du roi de France, et qu'on ne pouvait le contraindre de retourner. Par cette réponse du gouverneur, on voit que l'esclavage se pratiquait dans la colonie sur un pied restreint, quoiqu'il n'y eût rien de bien défini sur cette matière (1). Après la guerre des Renards, quelques-uns d'entre les prisonniers de cette nation furent réduits à l'esclavage. Ce fut une noire (2), esclave de Madame de Francheville, qui, en avril 1734, causa le grand incendie qui dévasta une partie de la ville de Montréal. Cependant, on voit qu'il y avait fort peu d'esclaves au Canada, et que la servitude y était beaucoup moins sévère que dans les provinces anglaises»
En 1732, un sauvage du lac des Deux-Montagnes, qui avait été dans la Nouvelle-Angleterre, en rapporta la petite vérole^ qui se répandit dans la colonie, et y fit de grands ravages pen-
Çl) On voit, par les registres, que leurs maîtres les instruisaient des vérités de la religion chrétienne, et les faisaient baptiser.
(2) Cette négresse, née en Portugal, avait été achetée par M. dé Francheville, dans la Nouvelle- Angleterre. Elle fut soumise à là question ordinaire et extraordinaire. On voulait lui faire avouer son crime.
dant près d'une année. Neuf cents personnes en moururent dans le seul gouvernement de Montréal, et presque autant dans le reste du pays. Le nombre des malades fut si grand, qu'il s'en trouva plus de deux mille, dans le temps, à Québec, tant à l'Hôtel-Dieu que chez les particuliers. Les religieuses hospitalières des trois villes se dévouèrent avec une charité sans bornes au soulagement des malades ; ce fut le témoignage que leur rendit M. Hocquart. Les sieurs Sarrasin, médecin, Berthier et Benoist, chirurgiens entretenus par le roi, remplirent leurs devoirs à la satisfaction générale. Plusieurs fois, déjà, cette terrible maladie avait porté le deuil dans toutes les parties du pays, et elle y avait presque toujours été apportée de la Nouvelle-Angleterre. Plusieurs personnes marquantes de la colonie moururent dans cette année ; de ce nombre furent messieurs de la Chassagne, gouverneur de Montréal, Boullard, curé de Québec et ancien grand vicaire. L'année suivante, le pays perdit un homme remarquable par sa science, ses talents, et sa renommée. M. Sarrasin mourut le huit septembre 1734, âgé de 70 ans ; il était venu au Canada en 1687, comme chirurgien des troupes. Ses bonnes qualités, ses mœurs irréprochables le firent aimer ; il s'établit dans les environs de Québec, où vivent encore ses descendants. La disette de blé, qui affligeait le Canada, et la suspension des travaux, causée par la petite vérole, avaient achevé d'épuiser les modiques ressources dont jouissait le sieur de la Chassagne. Il servait depuis quarante ans dans la colonie, où il avait épousé une sœur du baron de Longueuil.
Cette année fut aussi pénible pour les ouvriers et les journaliers de Québec ; M. Hocquart, afin de les arracher à la misère, crut devoir leur procurer du travail ; il en envoya cinquante ou soixante à Montréal, qui furent occupés au déblai et remblai des terres pour les fortifications de la ville. A. peu près le même nombre furent employés à Québec pour former le commencement d'une digue dans la rivière Saint-Charles, près du palais de l'intendant. Cet ouvrage était alors considéré comme avantageux pour le commerce, pour la sûreté des bâtiments, et pour l'agrandissement de la ville dans cette partie. Composée de grosses roches et de cailloux ramassés dans le lit de la rivière, cette digue (1) pouvait mettre à l'abri des vents de nord-est cent bâtiments, qui s'y trouvaient sur un lit de sable. Ainsi pou-
(1) Cette digue était encore tisible il y a une trentaine d'années. Elle a été renfermée dans le quai du Palais.
vaient être protégés les bâtiments du pays qui hivernaient à l'entrée de la rivière Saint-Charles. Depuis quelques années, plusieurs avaient été construits à Québec ; dix furent bâtis en 1732, de quarante à cent tonneaux, et pareil nombre en 1733, d'un tonnage un peu moindre. Au moyen de ces bâtiments, la communication avec Montréal devenait plus facile. Mais déjà, l'on avait cherché à établir d'autres voies de communication entre les deux villes. En 1733, M. la NouilJière de Boisclerc, grand-voyer, traçait un chemin le long du lac Saint- Pierre, en suivant un coteau ; dans l'automne il ne restait plus que quelques souches dans l'étendue de deux lieues, depuis la rivière du Loup jusqu'à celle de Maskinongé, à dix lieues des Trois -Rivières. L'ouvrage ne put être terminé cette année, parce qu'une partie des habitants de ce quartier avaient été obligés de le quitter pour aller chercher leur subsistance ailleurs ; car, en 1733, ils n'avaient pas recueilli de quoi vivre jusqu'à la récolte suivante. Le nouveau chemin engagea un grand nombre d'habitants à s'y fixer auprès, et ce canton de la colonie, qui semblait abandonné, fut établi en peu d'années (1). L'année suivante, M. de Boisclerc remontait en voiture de Québec à Montréal ; c'était pour la première fois qu'on essayait de parcourir cette distance par terre. Ainsi, peu à peu, les différentes parties du pays, surtout depuis le bas de 1 île d'Orléans jusqu'au-dessus de Montréal, se rattachaient les unes aux autres.
M. Hocquart profitait de la paix pour procurer le développement des ressources du Canada ; il faisait surtout examiner les différents endroits où l'on avait découvert des indices de quelques mines ; aussi, de plusieurs parties du pays arrivaient des nouvelles de la découverte de plomb, de fer, ou de cuivre. En 1734, on parlait beaucoup d'une mine de plomb, située sur la rivière des Outaouais, au-dessus du portage des Chats. Dans la baie de Chagouamigon, on avait trouvé une mine de cuivre, et, en 1735, M. de LaRonde (2) construisait au saut Sainte- Marie un petit bâtiment pour aller y travailler. Depuis longtemps, l'on s'était assuré que les terres, aux environs des Trois-Rivières, renfermaient beaucoup de minerai de fer.
En 1730, le sieur François Poulin de Francheville, proprié- taire delà seigneurie de Saint-Maurice, représentait au roi que,
(1) Archives de la Marine, 1733.
(2) M. de LaRonde écrivait à M. de Maurepas : "Le climat est fort doux, étant par le 46 ° degré de latitude. Mon dessein serait en partant du saut Sainte-Marie, d'aller à une rivière auprès de Matchedache, où il y a de l'eau suffisamment pour le bâtiment que je ferai bâtir.
dans sa seigneurie et aux environs, il y avait des mines <de fer fort abondantes, dont l'exploitation procurerait un avantage considérable à la colonie de la Nouvelle-France. .. qu'il désirait faire ouvrir, fouiller, et approfondir ces mines à ses frais et dépens, si sa majesté voulait en accorder le privilège à lui et à ses successeurs pendant vingt années consécutives, etc. Le roi consentit à accorder la demande du sieur de Francheville, et lui fit même remise du dixième appartenant à la couronne. Le sieur de Francheville s'obligeait de mettre les îorges en opération dans l'espace de deux ans ; mais il mourut avant même d'avoir commencé les travaux d'exploitation. Sa veuve remit au roi le privilège accordé à son mari, et le conseil d'état donna un arrêt, en date du deux avril 1737, permettant aux sieurs Cugnet, Taschereau, Olivier de Yezain, maître de forges, Simonet et Gamelin, de faire l'ouverture des mines de fer* Le privilège devait durer vingt ans, à dater du jour où le feu serait allumé dans le fourneau. A la fin de juin 1736, M. Hocquart y était monté dans la vue de déterminer les endroits les plus convenables pour remplacement des chaussées et de la forge ; dans l'automne de la même année, les travaux d'installement avaient été commencés-.
Les sieurs Forsler, père et fils, mineurs allemands, que le roi, en 1739, avait envoyés à Québec, sur la demande de M. Hocquart, firent un rapport sur les mines du Canada. Au lac Supérieur, ils avaient trouvé plusieurs mines de cuivre ; au lac Nipissingue, ils avaient vu cinq ou six liions magnifiques du même métal ; ils avaient aussi reconnu l'existence du cuivre à la Roche-Capitaine et aux Chaudières, sur la rivière des Outaouars. A la baie Saint-Paul, ils signalèrent six belles veines de plomb et d'argent. Ainsi, de tous les côtés, se présentaient des richesses minérales qui promettaient au Canada un avenir assez brillant.
Le douze octobre 1737, M. Hocquart annonçait au secrétaire d'état que le nouvel établissement des forges de fer était dans sa perfection ; que le fourneau serait allumé le quinze du même mois, et que les harnais de la forge seraient bientôt prêts à faire du fer.
En 1739, une seconde forge fut bâtie près de la première. Cette addition avait été faite sur les représentations du sieur de Léry. 11 avait fait remarquer à M. Hocquart qu'on avait bâti une maison trop belle pour les employés des forges ; qu'une seule forge ne suffirait point pour employer leurs hommes. Les associés en construisirent une seconde, qui les mit en
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état de fabriquer six cent mille livres de fer par année. Comme la mine et le bois étaient en abondance dans le voisinage des forges, les dépenses journalières ne s'élevaient guères au-dessus de cent vinq-cinq francs par jour, tandis que les revenus étaient considérables, car ils vendaient le fer de vingt à vingtun francs les cent livres.
Yers le temps où s'établissaient les forges des Trois-Rivières, M. le Page de Sainte- Claire, prêtre, avait aussi commencé un établissement du même genre dans sa seigneurie de Terrebonne. Ses travaux étaient déjà avancés lorsque M. Hocquart, qui craignait que deux établissements du même genre ne pussent se soutenir, lui fit défendre de continuer. Malgré l'intervention du gouverneur en sa faveur, M. le Page dut abandonner son projet. Cependant, pour l'indemniser des frais qu'il avait encourus, on accepta ses propositrons de fournir trois cents bordages de chêne blanc, coupés et sciés dans sa seigneurie.
M. Hocquart ne négligeait aucune occasion de faire valoir les produits du pays, et surtout les bois. Ainsi, en 1735, il fit embarquer, sur le vaisseau du roi, trois cent cinquante livres de térebentine, quatre cents barils de goudron fournis par les habitants de la baie Saint-Paul, de la Riviére-Ouelle, et der Chambly. On mit, sur le même vaisseau, cinq mille planches> et deux cent soixante bardages de pin et d'épinette, pour les* chantiers de la marine royale, à Rochefort.
Pour engager les gens de la campagne à cultiver h tabac, il commença à leur en donner l'exemple ; il fit des essais à Chambly, à Beauport, et sur une partie du terrain du Palais. Il en récolta trente mille pieds, qui produisirent des feuilles detrente pouces de longueur, sur vingt pouces de largeur. Pour faire connaître les productions du Canada, il envoyait en> France les plantes et les différents objets qui avaient quelque utilité ; ainsi, en 1739, il faisait passer, à Rochefort, un petit ballot contenant un herbier, formé par le sieur Gosselin, prêtre et chanoine ; une caisse de plantes, recueillies par le sieur LaCroix, médecin ; différentes espèces de graines, un quart rempli de trois espèces de gland, venant de chênes blancs, gris, et rouges ; de trois sortes de noix, amèresr tendres, et dures ; une autre caisse renfermant de la mine de cuivre du lac Supérieur, du plomb de la baie Saint-Paul ; de morceaux de colle de chair et de poisson.
De son côté, M. de Beauharnois s'efforçait d'engager les jeunes gen&à s'instruire, et, quand il le pouvait, cherchait à
leur en procurer les moyens. Il engagea M. LeVerrier à donner publiquement des leçons de droit, pendant l'espace de quelques années ; mais les sieurs Yarin et Foucault furent les seuls à y assister régulièrement. Cette apathie des Canadiens suggérait les réflexions suivantes à M. de Beauharnois : « En général,» écrivait-il, «les jeunes gens sont peu portés à aucun genre d'application sérieuse et sédentaire, et le peu de ressource que les emplois de judicature donnent aux juges, ne peut exciter aisément leur émulation. La plupart préfèrent les voyages et le commerce, qui leur donnent, à tous, les moyens de vivre. Il n'est pas étonnant que les jeunes gens des îles recherchent les places vacantes de conseillers, parce que nonseulement leurs mœurs sont différentes de celles des Canadiens, mais qu'étant nés avec de la fortune, ils n'ambitionnent que des honneurs. L'indigène domine en Canada ; on cherche à s'en tirer, et à se procurer un peu d'aisance. »
C'est cet état de gêne qui les jetait dans ces voyages de découverte au milieu des tribus féroces qui les rendait propres aux expéditions militaires. D'ailleurs, comme les familles étaient fort nombreuses (1 ), chacun devait se préparer un avenir un peu plus riant.
M de Beauharnois se trouvait parfois embarrassé pour répandre l'instruction dans les campagnes ; car, outre une certaine apathie de la part des jeunes gens, produite par leur esprit d'indépendance, il n'était pas toujours aisé de trouver des instituteurs convenables... Pour subvenir à ce défaut de maîtres, en 1737, les frères Denis et Pacifique, des écoles chrétiennes, passèrent, au Canada, en qualité de députés de leur supérieur général, avec les frères hospitaliers de Montréal, un acte d'association et d'union. Par cet acte, les frères hospitaliers convenaient de ne former plus, à l'avenir, qu'un seul et même corps avec les frères des écoles chrétiennes. Le frère Denis repassa en France pour obtenir l'approbation de son supérieur, et solliciter des lettres patentes qui confirment l'acte d'union. Les frères hospitaliers n'avaient plus de sujets, mais ils espéraient que l'hôpital se soutiendrait au moyen de l'union projetée ; toutefois, ce projet dût être abandonné un peu plus tard.
Il était bien important pour la colonie qu'on fît valoir les ressources, et qu'on les multipliât, car, depuis plusieurs années, la valeur des importations dépassait celle des exporta-
(1) M. de Repentigny, mort en 1737, était l'aîné de vingt-deux garçons.
tions, et, si l'argent ne disparaissait pas entièrement, c'était parce que le roi en distribuait aux soldats, aux officiers, et aux employés. Cette distribution servait à combler les vides, et répandait des espèces monnayées dans le pays. Cependant, malgré cette aide reçue de France, un découvert, commencé avant 1717, continuait d'année en année, et, parfois, s'augmentait plus considérablement. Pour le faire disparaître, quelques sommes additionnelles étaient, de temps en temps, accordées par le roi. Mais, en 1727, M. Dupuy se plaignait que, sur l'exercice de 1728, on n'aurait rien à retirer des lettres de change que M. DeSelles, trésorier, devait rencontrer à Paris, car les sommes reçues pour ces lettres avaient été employées dans l'exercice de 1727, et il n'était rien demeuré pour les besoins des années suivantes.
Le directeur général du domaine prélevait des droits d'entrée sur les vins, les eaux-de-vie, les guildives, quelques légers droits de sortie ; il recevait les lods et ventes, et le produit des traites de Tadoussac. Après avoir payé les dépenses de gestion, il donnait le reste au trésorier général de la marine, à Québec, qui était chargé de pourvoir à une partie des dépenses,