CHAPITRE TRENTE-TROISIÈME
Défaite de la flotte du marquis de la Jonquière— Etat de la colonie — M. de Beauharnois renforce le fort Saint-Frédéric, et déclare la guerre aux Agniers — Mécontentements chez les nations de l'ouest — Dépenses de la guerre — Fortifications de Québec — Agrandissement de la cathédrale— M. de Beauharnois remplacé par le comte de la Galissonnière — M. Bigot intendant du Canada — Nouvelles difficultés avec les hurons du Détroit et de Sandoské — Traité d'Aix-la-Chapelle— Sages mesures proposées par M. de la Galissonnière pour prévenir les empiétements de l'Angleterre— Expédition de Céloron sur l'Ohio— M. de la Galissonnière nommé de la commission pour régler les limites entre les colonies françaises et anglaises — Son retour en France — M. de la Jonquière prend possession de son gouvernement.
Sans se laisser décourager par les pertes éprouvées Tannée précédente, par l'escadre du duc d'Anville, le gouvernement français résolut de soutenir ses colonies, d'attaquer celles de la Grande-Bretagne en Amérique, et ses possessions dans les Indes. Dans ce dessein, deux escadres furent préparées, dont l'une devait être commandée par le marquis de la Jonquière, et l'autre par le chevalier de Saint-George. Le gouvernement anglais, informé de cet armement, résolut d'intercepter les deux escadres, qui devaient faire voile ensemble. Les amiraux Anson et Warren, partis de Plymouth avec une flotte formidable, allèrent attendre la Jonquière et Saint-George au cap Finisterre, sur les côtes de la Galicie. Le trois mai, ils aperçurent les escadres françaises. Elles étaient composées de six gros vaisseaux de guerre, d'un pareil nombre de frégates, et de quatre navires armés par la compagnie des Indes Orientales, et de trente bâtiments marchands. La Jonquière donna ordre aux six vaisseaux de guerre de se ranger en ligne de bataille, pour procurer aux navires et aux frégates le temps de s'échapper. La disproportion était énorme ; Anson s'avançait à la tête de dix-sept vaisseaux de guerre, et des forces triples de celles que lui opposait la Jonquière. L'action commença vers quatre heures ; l'amiral français se défendit avec autant de courage que d'habileté, et ne se rendit qu'après avoir combattu cinq, heures, et vu ses vaisseaux désemparés par ses nombreux ennemis, et incapables de résister plus longtemps. Anson envoya trois vaisseaux à la poursuite du convoi ; ils ne purent
s'emparer que de neuf navires ; les autres s'échappèrent à la faveur des ténèbres.. Les officiers anglais louèrent hautement la noble défense de la Jonquiôre ; mais il n'en fut pas moins retenu prisonnier en Angleterre jusqu'à la conclusion de la paix. C'était la seconde fois qu'il était arrêté en se rendant dans son gouvernement.
Pendant que le Canada envoyait ses enfants pour défendre l'Acadie, le gouvernement de Montréal était menacé par les Anglo- Américains, du côté du lac Champlain. D'après les projets proposés par Shirley, les milices de la Nouvelle-York se préparaient à aller attaquer le Canada.
Comme il n'était pas arrivé de secours dans la colonie en 1745. un esprit de mécontentement et de murmure commençait à s'y manifester, Les anciens assuraient qu'ils n'avaient rien vu de semblable dans les guerres qui avaient précédé. Messieurs de Beauharnois et Hocquart s'efforçaient de cacher la situation pénible des affaires aux sauvages alliés ; malgré la disette qui régnait dans les magasins du roi à Québec, ils avaient délivré à ceux de l'Acadie des provisions de bouche et de guerre. Les Abenaquis, plus exposés aux maux de la guerre par le voisinage des Anglais, se réfugièrent sur les bords du Saint-Laurent. Ceux de Panaouamské, d'Ecouback, de Medoctek, de Peskamakouate, au nombre de cinq ou six cents, tant hommes que femmes et enfants, s'étaient répandus dans les paroisses du sud du gouvernement de Québec. Dans l'automne, arrivait la triste nouvelle de la prise de Louisbourg, et de l'émigration d'un grand nombre de familles au port Lajoie, dans l'île Saint- Jean. On avait stipulé que les sauvages garderaient le butin qu'ils avaient fait, que les soldats de sa majesté britannique, formant la garnison de Grand-Pré, s'abstiendraient de porteries armes dans le fond de la baie de Fundy, pendant l'espace de six mois. La capitulation, fut signée le douze février 1747.
Le coup de la baie des Mines eut du retentissement dans la Nouvelle-Angleterre, et fit beaucoup d'honneur à messieurs de Yilliers et de la Corne. La rapidité de la marche des Canadiens, dans le temps le plus rigoureux de l'hiver, la vigueur de l'attaque, leur soumission à leurs officiers, leur bonne humeur au milieu des difficultés, causèrent l'admiration des Acadiens, et leur méritèrent les éloges de M. de Beauharnois. On avait espéré que ce petit corps pourrait demeurer à Beaubassin, pour protéger les Acadiens ; mais la famine força M. de Ramezay de les ramener au Canada. Le seize juin, il écri-
vait au gouverneur général, qu'il était à Rimouski avec tout le détachement de canadiens, et leurs prisonniers ; il ajoutait qu'il était parti de la baie Yerte le cinq du même mois, dans la crainte d'exposer ses hommes à mourir de faim, s'il demeurait plus longtemps dans l'Acadie. M. de Yilliers (1) souffrait encore de sa blessure, et mourut peu de temps après son arrivée à Québec.
Jusqu'alors les Iroquois avaient montré leur désir de garder la paix. Au mois de juillet 1745, les députés des cantons iroquois, priaient M. de Beauharnois de laisser en repos Chouaguen, Niagara et le fort de Frontenac, et de ne point porter la guerre sur leurs terres. « Il n'y a point de guerre déclarée entre vos enfants, » disait l'orateur, «il n'y a qu'entre vous et l'Anglais, et nous n'en savons point le sujet ; nous vous laissons vou battre ensemble, et nous vous prions de laisser nos lieux de chasse paisibles ; nous faisons la môme demande- aux Anglais. » Les Iroquois demeurèrent neutres ; mais les autres nations sauvages se déclarèrent pour les Français, et commencèrent à faire des courses contre les colonies anglaises. On remarquait surtout les Chouanons, qui, de la prairie des Mascoutins, où ils s'étaient arrêtés, se déclarèrent en faveur des Français.
Un grand nombre de partis, composés de canadiens et de sauvages, furent sans cesse sur pied dans l'automne de 1745, et jusqu'au mois d'août de 1746. Ils portèrent l'épouvante sur les frontières du Massachusets, du Connecticut et de la Nouvelle-York ; de telle sorte que presque toutes les habitations furent abandonnées de leurs habitants, qui se retirèrent dans des lieux plus sûrs.
Marin, de retour de son expédition de l'Acadie, partit, au commencement de novembre 1745, avec trois cents français et trois cents sauvages, du fort Saint-Frédéric ; dans la nuit du vingt-huit au vingt-neuf du même mois, il tomba sur Sarastau (2), brûla toutes les maisons, et fit environ cent prisonniers, hommes, femmes et enfants. Plusieurs individus charitables des Trois-Rivières rachetèrent ceux des malheureux prisonniers qui étaient tombés entre les mains des abenaquis de Saint-François et de Békancourt (3). Lydius, dont l'habitation avait été détruite par le parti de Marin, fit, pendant l'hiver, plusieurs voyages à Boston, pour engager les Anglo-Américains
(1) Il était fils de Coulon de Villiers, tué dans la guerre des Renards.
à tenter de prendre le fort Saint-Frédéric. Ce furenl ses sollicitations qui portèrent Shirley à proposer une coalition entre les provinces du nord, pour détruire ce fort, et pour pénétrer de ce côté dans le Canada.
Sur les rapports que M. de Beauharnois reçut des préparatifs des Anglais', il envoya au secours de M. de Croisilles, commandant de Saint-Frédéric, deux partis : le premier sous M. de Muy, et le second sous M. Rigaud de Yaudreuil, major des Trois-Rivières. Leur destination était, d'abord, de couvrir le fort ; mais, si les ennemis ne s'avançaient pas pour l'attaquer, ils avaient ordre d'entrer sur le territoire anglais. À son arrivée au fort, M. Rigaud fut informé que les Anglais se tenaient fort tranquilles, et ne semblaient pas disposés à se mettre en campagne ; il se décida alors à pénétrer dans ia Nouvelle-Angleterre, avec six cents canadiens et trois cents sauvages. Après une marche de dix jours, ce détachement arriva près du fort Massachusets (1), qu'il attaqua le trente août. Au bout de vingt-huit heures, la garnison se rendit à discrétion ; les Canadiens y firent prisonniers vingt-deux hommes et quelques femmes ; ils ravagèrent ensuite le pays sur une étendue de douze lieues, des deux côtés de la rivière, en descendant. M. Rigaud fut légèrement blessé au bras dans l'expédition, et ne perdit qu'un homme, tué à l'attaque du fort. Ces incursions répandirent l'alarme dans toute la Nouvelle- Angleterre ; les habitations de la campagne, situées près de la frontière, furent abandonnées, et les colons anglais n'osaient plus sortir sans être plusieurs ensemble. Au mois de septembre, les Anglais commencèrent à former un camp, entre Albany et Sarastau, dans le dessein de surprendre le fort, de Saint-Frédéric au commencement de l'hiver.
En détaillant au ministre les opérations de la dernière année, MM. de Beauharnois et IJocquart rendaient justice à la bonne volonté et ou courage des Canadiens. «Nous avons droit d'espérer, »*disaient-i!s, « que, tant que les Anglais n'auront pas de troupes réglées à mettre en campagne, les Canadiens ne sauraient succomber. D'après leur manière d'agir, ils paraissent n'avoir rien perdu de leur ancienne valeur. »
Les Agniers étaient trop étroitement liés avec les Anglais pour ne pas ressentir les coups portés à ceux-ci ; aussi ils résolurent de prendre la campagne contre les Français, et ils com-
(1) Sur la rivière Hoosick, dans le comté de Berkshire, Massachusets.— Notes de O'Callaghan.
mirent des hostilités à Soulanges et à l'île à Lamothe. Le huit mars 1747, le gouverneur général leur déclara la guerre, dans un conseil tenu à Montréal, en présence des iroquois du saut Saint-Louis et du lac des Deux-Montagnes ; le sieur de la Chauvignerie fut dépêché aux quatre cantons pour les en informer. Aussitôt les abenaquis domiciliés, les Nipissingues, les Algonquins, les Poutéouatamis, se répandirent par bandes de huit ou dix sur les rivières du Connectieut et de l'Hudson, pour harceler les ennemis. A la fin d'avril, un parti d'agniers et d'anglais tomba sur vingt-deux français, partis du fort de Saint-Frédéric pour aller à la découverte. Dans cette rencontre, le sieur de la Plante, officier, fut blessé de sept coups de feu, et cinq de ses hommes furent tués. Quelque temps après, les Agniers pillèrent, à Chateauguay, une maison habitée par un nommé Brindamour, dont ils tuèrent la femme ; lui-même fut assommé à coups de casse-tête ; les sauvages, après lui avoir enlevé la chevelure, l'abandonnèrent encore vivant. Cet homme, amené à Montréal, et placé à l'Hôtel- Dieu, fut heureusement guéri. Une autre bande d'iroquois enleva une famille entière à l'île Perrot, le quinze juin ; à Sainte-Anne de l'île de Montréal, ils saccagèrent trois maisons, et enlevèrent trois femmes. Sur le champ, le chevalier de la Cor,ne fut expédié avec un détachement de cent hommes, et arriva a Soulanges le seize, de grand matin. Se jetant dans une pirogue, il poursuivit un canot rempli d'ennemis, et s'en empara .; c'étaient des tsonnontouans et des onneyoufs ; ils conduisaient les (rois femmes françaises qui avaient été enlevées, et qui se réjouirent bien sincèrement de leur délivrance. Les prisonniers rapportèrent qu'ils étaient partis du grand village des Agniers depuis trente jours, au nombre de quarantetrois guerriers. Au lac Saint-François, ils s'étaient séparés, et six autres canots s'étaient dirigés vers les îles à la Paix, près de Chateauguay, pour traverser de là au bout de l'île de Montréal. Sur cet avis, le sieur de Saint-Pierre, lieutenant, fut immédiatement envoyé avec cent cinquante hommes, et joiunit le chevalier de la Corne au bas des Cascades, où les deux détachements se mirent en embuscade, attendant l'ennemi. En effet, quatre canots iroquois donnèrent, dans le piège, pendant la nuit du dix-sept au dix-huit. Malheureusement quelques canadiens se découvrirent trop tôt, en déchargeant leurs fusils ; un seul des canots fut pris, les trois autres, plus éloignés de terre, prirent le large et réussirent à s'échapper. Depuis quelque temps, m accusait les iroquois du saut Saint-Louig
d'être d'intelligence avec les Agniers ; on disait que, dans les expéditions contre les Agniers, les iroquois du saut donnaient avis de l'approche des Français par trois coups de fusil. Aussi les abenaquis de Saint-François menaçaient de tirer vengeance des traîtres. Dans l'affaire des Cascades, les iroquois du saut Saint-Louis tâchèrent de rétablir leur réputation, en se montrant pleins de dévouement et d'attachement aux Français.
Les hurons de Sandoské, qui, sous un chef nommé Nicolas, s'étaient séparés de leurs frères du Détroit, se montraient hostiles et, par leurs intrigues, tâchaient de propager leurs sentiments de désaffection parmi leurs voisins ; pour manifester leur mauvaise humeur, ils tuèrent cinq français qui revenaient de la rivière Blanche. Ils avaient, avec les nations voisines, formé le dessein de détruire tous les habitants du Détroit pendant une des fêtes de la Pentecôte. Quelques hurons levèrent le masque trop tôt ; la conspiration fut découverte par une femme huronne, qui en donna avis à M. de Longueuil. Les canadiens des environs durent entrer dans le fort, et se tenir sur leurs gardes. Désirant voir la paix se rétablir dans leur canton, les Hurons, enfin, demandèrent que leur ancien missionnaire, le Père de la Richardie, remontât pour demeurer avec eux. On s'empressa d'accorder leur demande ; le Père leur avait été ôté quelques années auparavant, parce qu'il s'opposait au mouvement que le chevalier de Beauharnois avait été chargé de faire faire à la nation vers Montréal et Québec. Les mêmes mécontentements se manifestaient parmi les Outaouais, les Sauteurs et les Mississagués. Ces sauvages tuèrent quelques français, en attaquèrent plusieurs, proférant des menaces dans le fort, et tuant les chevaux et les bestiaux. Leur dessein était de surprendre le fort de Michillimakinac ; heureusement leurs intentions sinistres furent découvertes à temps. On les obligea de sortir en battant la retraite et en faisant mine de se mettre sur la défensive. On eut ensuite le soin de ne laisser entrer de sauvages dans le fort, qu'après avoir pris de grandes précautions. La mobilité ordinaire du caractère sauvage, la rareté et le haut prix des marchandises françaises, la facilité plus grande de se procurer celles qui venaient d'Angleterre, étaient les causes qui produisaient des dérangements dans les rapports de ces nations avec les Français. Souvent le feu du mécontentement était attisé par les marchands anglais, qui s'approchaient du grand centre de la traite des pelleteries. Il fallait toute l'habileté des voyageurs canadiens pour conserver la supériorité de la France dans ce quartier. Le
sauvage est généralement avide ; il comprend ses intérêts tout aussi bien que les Européens, et ne les perd jamais de vue. Aussi les dépenses qu'il fallait faire pour maintenir les nations alliées dans leur attachement à la France, s'élevaient à des sommes fort considérables. M, Hocquart s'excusait auprès du ministre de ce qu'il puisait si largement dans les fonds de la marine. « Les ordres du roi, » écrivait-il, «n'ont pas été de nous tenir simplement sur la défensive, mais d'agir offensivement ; ils ont été exécutés, nos succès parlent. Les incursions de nos canadiens et de nos sauvages sur les terres ennemies, n'ont point souffert d'interruption. Nous avons porté la consternation chez nos voisins ; leurs murmures et leurs plaintes sont publics ; leurs lettres et leurs gazettes en font foi.... Si nous nous étions tenus dans l'inaction, et que nous n'eussions point remué nos sauvages, ces derniers, en continuant leurs liaisons avec les Anglais, se seraient à la fin séparés de nous.... Nos frontières ont été bien gardées, et les habitations tranquilles ; tandis que les frontières ennemies sont abandonnées, et que la terreur s'est emparée de tous les habitants. Les armes du roi n'ont eu aucun échec... La vigilance du gouvernement a dispersé le seul parti considérable de sauvages, mêlé de flamands, qui ont osé s'avancer jusques dans le gouvernement de Montréal. Dix de ces sauvages ont été pris, et sont dans les fers. Depuis ce temps, ils n'ont point paru... Les Anglais n'ont point cessé de nous menacer chaque année. Us levèrent, en 1746, des milices dans toutes les provinces, et firent d'autres préparatifs. L'amiral Lestoc devait amener d'Angleterre un corps considérable de troupes, sous le commandement du général Saint-Clair ; les mêmes préparatifs ont été continués cette année.... Et comment aurions-nous reçu l'ennemi, sans les mesures qui ont été prises ? La prudence demandait que les magasins du roi fussent garnis de vivres, de marchandises et de munitions, pour le succès des opérations qu'il aurait fallu faire en cas d'attaque. »
Les dépenses pour Tannée, à l'occasion de la guerre^ avaient été de plus d'un million et demi de francs ; il avait fallu nourrir une partie des micmacs de l'Acadie, et près de huit cents abenaquis réfugiés. De plus, le coût des fortifications nouvelles avait été assez grand pour que le roi fût obligé de donner ordre de continuer le mur d'enceinte à Québec. « M. le marquis de Beauharnois, » écrivait le ministre, « doit savoir qu'un pareil ouvrage est de l'espèce de ceux que les gouverneurs généraux des colonies ne peuvent entre-
MJ CANADA.
prendre que sur les ordres exprès du roi. Quoiqu'il en soit, sa majesté veut qu'à la réception de cette dépêche, vous fassiez cesser les ouvrages qui ont été commencés, jusqu'à ce que, par une assemblée que M. de Beauharnois convoquera, et laquelle sera composée des prineipeaux officiers de la colonie, ainsi que les principaux habitants de Québec, il ait été jugé s'il n'est pas plus convenable et plus avantageux de démolir ce qui aura été fait, que de continuer l'entreprise. » Voici les raisons que suggère le ministre pour ne point augmen-41 ter les fortifications de Québec, et ne pas rendre cette ville trop formidable. «En prenant le parti de fortifier Québec, l'on exciterait les Anglais à entreprendre, en cas de guerre, la conquête du Canada, puisqu'une fois maître de cette ville régulièrement fortifiée, ils le seraient de toute la colonie... au lieu que Québec n'étant point fortifié, ils ne sauraient, dans une seule saison, s'y établir assez solidement pour que les Canadiens ne fussent pas en état de les en chasser, une fois que leurs forces navales auraient quitté la colonie. Cette fortification une fois établie, il faudra une nouvelle garnison pour la défendre, et le trésor est déjà épuisé par les dépenses extraordinaires occasionnées par les levées que la loi a été obligée de faire. » Après les remarques du ministre, les travaux furent un moment arrêtés ; M. de Beauharnois craignait d'être entraîné dans des dépenses trop considérables. Néanmoins il convoqua une assemblée telle que suggérée, et il y fut décidé (1) qu'il fallait continuer les fortifications, sans pourtant que le pays fût obligé de supporter toute la dépense. En informant la cour de cette décision, le gouverneur général déclara qu'il avait agi pour remplir son devoir, et que, s'il fallait recommencer, il aimerait mieux s'exposer à une réprimande, que de manquer à son devoir, en ne fortifiant pas la capitale du Canada. Il représenta, de plus, que si l'on abandonnait ces travaux, le trésor perdrait de grosses sommes sans profit. En effet, l'entrepreneur des travaux, M. Troitiers Désauniers, crut devoir protester, parce qu'on voulait l'empêcher de continuer les fortifications. Les ouvrages furent continués, et, en 1748, M. de Léry annonçait que les fortifications étaient bien avancées, et que la ville serait fermée de murailles à la fin de mai de l'année suivante, grâce au travail des habitants des paroisses environnantes.
M. de Léry s'occupait, dans le même temps, de rétabljr
(1) 26 juillet 1746.
îa cathédrale ; lui-même avait donné le plan des améliorations, qui furent terminées le quinze novembre 1748. Il avait abattu une partie des longs pans, et ajouté des bas- côtés et des tribunes. En creusant dans les fondations, les ouvriers trouvèrent une inscription par laquelle il apparaissait que M, de Montmagny était gouverneur, lorsque la première pierre de cet édifice avait été posée. C'était à la demande de Mgr. de Pontbriand que M. de Léry, ingénieur du roi, s'était chargé de dresser un plan pour la cathédrale, et d'en surveiller lui-même la mise à exécution.
Le dix-neuf septembre 1747, le Northumberland entra dans le bassin de Québec, et mouilla en rade ; il portait le comte de la Galissonnière, nommé le dix juin pour tenir la place de M. de îa Jonquière dans le gouvernement de la Nouvelle-France. Le même vaisseau reçut M. de Beauharnois le quatorze d'octobre. A l'occasion de son départ, tous les ciioyens s'empressèrent de témoigner leurs regrets à l'homme éminent qui, depuis près de vingt ans, exerçait les fonctions de gouverneur général, à la satisfaction du gouvernement général de la métropole et des habitants de la colonie. Ses belles qualités, mais particulièrement sa bonté, son affabilité et sa générosité l'avaient rendu cher aux Canadiens.
Rolland Michel Bar ri n, comte de la Galissonnière, était un homme fort instruit, et un des premiers officiers de marine en France. Son premier soin, en prenant les rênes du gouvernement, fut de connaître le pays, son climat, sa population, ses ressources et son commerce. Son esprit pénétrant et curieux lui suggéra des réflexions qui le portèrent aux conclusions suivantes. On ne peut négliger ce pays sans perdre pour jamais avec lui tous nos établissements de pêche, et les avantages ainsi perdus passeraient à nos ennemis. La navigation du Canada forme beaucoup de matelots, et en détruit peu ; celle des îles de l'Amérique fait tout le contraire. Les principales denrées du Canada, comme le blé, le poisson, les chanvres, étant d'un usage nécessaire à la vie, son commerce sera de plus en plus solide, et ira toujours en augmentant Le Canada contient déjà un assez grand peuple, propre à la fatigue, à la guerre et à la navigation, peuple qu'on perdrait... avec le pays, et qui, avec le temps, fortifierait nos ennemis, comme il est à craindre qu'il n'arrive dans peu à l'Acadie. Si les autres colonies produisent plus de richesse, celle-ci produit des hommes, richesse bien plus estimable pour un grand roi, que le sucre et l'indigo, ou, si l'on veut, tout l'or des Indes. La fécondité est telle,
qu'elle peut remplacer, en partie, la perte immense de monde que nous coûtent tous les ans la Martinique et Saint-Domingue. Les Canadiens sont les moins sujets de tous aux maladies qui désolent quelquefois cette dernière île, et la meilleure et peutêtre la seule façon de la remplir suffisamment de blancs, est d'y procurer des établissements à des canadiens.
La situation de l'Angleterre dans l'Europe, et ses forces maritimes, ne permettent pas d'y porter la guerre avec succès ; ici, au contraire, tous les avantages de la nature sont pour nous, et il ne faut qu'un peu de dépense pour y détruire plusieurs établissements qui lui sont précieux, et qui nuisent beaucoup aux établissements français.
Lorsqu'on 1748, M. de la Galissonnière fut nommé pour régler les limites entre les colonies anglaises et françaises, il proposa au gouvernement de placer dix mille paysans français au sud-ouest des grands lacs, et plus particulièrement dans le pays des Illinois, qui, avec une population suffisante, aurait permis à la France d'étendre son pouvoir sur le Mississipi et sur le Saint-Laurent, et de réprimer toutes les tentatives des Anglais pour pousser leurs établissements au-delà des Alléghanies. M. de la Galissonnière fut suivi par M. François Bigot, ancien commissaire ordonnateur à Louisbourg, qui venait remplacer M. Hocquart, mais qui ne fut nommé intendant qu'au mois d'août 1748.
Malgré le pardon accordé par M. de Beauharnois aux hurons du Détroit et de Sandoské, ils continuaient à donner de l'inquiétude. Pendant qu'on négociait avec eux des conditions qui devaient les unir aux Français, un parti qui était en embuscade, près du Détroit, essaya d'enlever un canot français ; trois hommes qui en composaient l'équipage, furent blessés. Sur l'ordre du chevalier de Longueuil, un détachement, conduit par M. de Belestre, fit tant de diligence, qu'il prit les auteurs de cet assassinat. Des cinq prisonniers, un fut tué en arrivant au Détroit, un second se coupa la gorge dans la prison ; les trois autres, sur les inslances de quelques français, furent rendus aux hurons de Sandosket, dans l'espérance que cette grâce les ramènerait. Mais, sitôt qu'ils eurent leurs prisonniers, au lieu de revenir, ils s'éloignèrent vers la Belle- Rivière, d'où ils cherchaient à engager les nations alliées à déclarer la guerre aux Français. Cependant un grand nombre retourna au Détroit ; mais> comme on ne savait s'il fallait les regarder comme amis ou comme ennemis, M. de Longueuil demanda du secours. Cent français et dix ou douze nipis-
cours d'histotce
singues du Lac, montèrent avec les voyageurs qui conduisaient les marchands. Ce parti était commandé par M. de Céloron. Effrayés par cette démonstration, les Hurons envoyèrent leurs principaux chefs à Montréal, pour proposer l'union et la paix.
Tandis que M. de la Galissonnière se préparait à soutenir la guerre avec le peu de forces dont il disposait, les armées françaises obtenaient des succès qui permettaient à Louis XV de compter sur une paix prochaine. La victoire de Lawfeld, moins disputée mais plus sanglante que celle de Fontenoi, la prise de Berg-op-Zoom, surnommée la Pucelle, parce qu'elle n'avait jamais été prise, prouvaient que même sous Louis XY, la France savait encore vaincre. Ces succès mettaient le roi en état de parler de paix sans s'humilier. Vainqueur, il fit les premières avances, et les états généraux de Hollande songèrent sérieusement à profiter de cette ouverture, lis sollicitèrent l'Angleterre de mettre fin à la guerre, et le comte de Sandwich proposa au marquis de Puysieux de recommencer, à Aix-la-Chapelle, les conférences pour la paix. Sa proposition fut acceptée, et il en résulta un traité où la France, victorieuse depuis cinq ans, reçut la loi qu'elle aurait pu dicter. En effet, les ministres, jaloux de l'ascendant que prenait le maréchal de Saxe sur l'esprit du roi, la marquise de Pompadour, lasse de courir les champs à la suite du roi, s'étaient ligués pour finir la guerre à quelque prix que ce fût. La marine était devenue le côté faible de la France, et, en exagérant ces pertes, on réussit à intimider Louis XY, et lui arracher d'humiliants sacrifices (1).
Suivant une des clauses du traité d'Aix-la-Chapelle, on rendait, de part et, d'autre, toutes les conquêtes faites pendant la guerre. Ce qui choqua davantage les Français, fut la clause par laquelle les fortifications de iHinkerque devaient rester dans l'état, où elles se trouvaient, sans être améliorées ; la seconde, l'expulsion du prince Edouard, du prétendant demandée par le roi d'Angleterre.
Lorsque la nouvelle de la paix arriva à Québec, le sieur Marin, fils, venait de partir avec vingt fiançais et deux cents sauvages pour l'Acadie. M. de la Galissonnière lui manda, par toutes les occasions, de revenir ; pendant ce temps, ignorant ce qui se passait à Québec, Marin attaquait les Anglais et prenait quelques prisonniers, parmi lesquels un caporal suisse, qui avait déserté de Louisbourg, et que les sauvages voulurent tuer, parce qu'ils l'accusaient d'avoir causé la prise de cette
(1) Vie privée de Louis XV, tome II.
ville. Mann le sauva de leurs mains, refusa de le rendre aux Anglais avec les autres prisonniers, et l'envoya à Québec, d'où M de la Galissonnière h fit passer à Rochefort pour subir son procès (1). Quant à Louisbourg et aux autres parties de l'île du Cap-Breton, il n'y avait point de difficultés ; elles retournèrent à leur ancien maître. Mais comme cela était arrivé dans les traités précédents, l'on avait négligé de désigner les bornes de la Nouvelle-Ecoèse. Entre la péninsule et la rivière Saint- Jean s'étendait un territoire contesté depuis longtemps entre la France et l'Angleterre. Pour maintenir les droits de son maître, la Galissonnière fit saisir Messagouche (2), Beaubassin, et quelques autres postes du côté de l'Acadie. Dans ce lieu résidait l'abbé LeLoutre. missionnaire, qui avait acquis beaucoup d'influence sur les Acadiens, aussi bien que sur les Micmacs. Très-attaché à la France, il voulait engager les Acadiens des Mines et de Port-Royal à quitter leurs terres, pour se retirer dans la partie assurée à la France. Le gouverneur général approuva les projets de LeLoutre ; en peuplant d'acadiens le territoire réclamé par la France, il fortifiait les frontières de ce côté, et enlevait à l'ennemi ceux qui pouvaient, par la suite, le secourir.
En même temps que M. de la Galissonnière travaillait à fortifier l'influence française dans l'Acadie, il cherchait à assurer les limites de la colonie vers l'ouest, opération d'autant plus importante, qu'il s'agissait de conserver ou de perdre une des branches les plus fructueuses du commerce intérieur du Canada. Il importait de conserver la possession du cours de l'Ohio, afin d'entretenir une communication facile avec la Louisiane, et de borner les colonies anglaises aux Apalaches.» M. Céloron de Blainville fut chargé de se rendre au Détroit, à la tête de trois cents hommes. Les instructions de cet officier l'obligeaient à parcourir tout le pays qui s'étend le long de l'Ohio jusqu'aux montagnes ; il devait être suivi par un certain nombre de sauvages, qui serviraient de témoins de la prise de possession de ces terres au nom de Louis XV. Il portait des plaques de plomb aux armes de France, qu'il devait déposer dans différents lieux, comme monuments de cet acte, et chaque fois en dresser un procès verbal, signé de lui et de ses officiers. Céloron suivit soigneusement ses instructions, mais il fut assez mal reçu dans plusieurs villages, dont les habitants désiraient conserver leur liberté, sans dépendre plus de la
(1) Archives de la Marine.
(2) Fort Lawrence.
France que de l'Angleterre. Plusieurs de ces peuples continuèrent de favoriser les traiteurs anglais, malgré la défense de les recevoir, donnée par M. de Céloron au nom du gouverneur général. Dans le temps où il chargeait M. de Céloron de cette importante mission, M. de la Galissonnière informait, par une lettre, M. Hamilton, gouverneur de la Pennsylvanie, des mesures qu'il avait prises, et le priait d'empêcher les traiteurs de son gouvernement d'aller trafiquer avec les sauvages, à l'ouest des Apalaches, parce que la cour de France ferait arrêter les marchands et saisir les marchandises.
Parti de Lachine le quinze juin 1749, à la tête d'un détachement composé de vingt soldats français, cent quatre-vingts canadiens, trente iroquois et vingt-cinq abenaquis, le seize juillet, Céloron était au lac de Chatakouin (i), qu'il traversait, puis il suivait le Conewango et l'Allegany, et, le vingt-neuf, il entrait dans l'Ohio. En ce lieu, il enterra une plaque de plomb, et attacha à un arbre un morceau de ferblanc, portant les armes du roi de France : il s'arrêta au village de Kanaouagon, où habitaient des Tsonnontouans, auxquels, sur leur demande, il fit boire un coup de lait du Père Ononthio, c'est-à-dire, un peu d'eau-de-vie. En descendant, il rencontra des anglais de la Pennsylvanie, vendant leurs marchandises, et leur recommanda de ne plus revenir ; il trouva plusieurs villages d'iroquois qui avaient laissé leur pays ; au Rocher-Ecrit, était un village iroquois, gouverné par une vieille femme. Ici les iroquois et les abenaquis refusèrent d'aller plus loin, et abandonnèrent Céloron. Au village de Chininqué (2), qui renfermait cinquante cabanes, était une population assez considérable d'iroquois, de chaouanons et de loups. 11 laissa des inscriptions à l'embouchure de la Yenanguekouan et de la Chinoudaista. Au village de Saintyotto (Sciotto ?), il trouva des iroquois des cantons et du saut Saint-Louis, mêlés avec des Chaouanons. La bande de miamis qui s'était éloignée, sous un chef nommé la Demoiselle, s'était arrêtée près de la rivière à la Roche (3) et de la rivière Blanche (4). M. de Céloron avait ainsi parcouru la plus grande partie de la rivière Ohio, et en avait pris possession au nom du roi de France. Le dix-neuf septembre, après avoir brisé leurs canots, les français parti-
(1) Lac Chatauque, dans le comté de Chatauque, état de New-York ; à quelques lieues du lac Erié.
(2) Shenango ?
(3) Grreat Miami River.
(4) White Water River.
rent à travers les terres, et. en cinq jours et demi, parcoururent un espace de cinquante lieues ; le vingt-cinq, ils arrivèrent au village de Kiskakon, où commandait M. de Raimond. De ce lieu, ils se rendirent sur des pirogues au Détroit, où ils arrivèrent le six octobre. Suivant le Père Bonnecamp, jésuite, qui avait accompagné M. Céloron comme aumônier, le parti avait parcouru douze cents lieues depuis son départ de Montréal, jusqu'à son retour en cette ville. Pendant cette expédition, l'on reconnut que ces nations étaient fort mal disposées à l'égard des Français, et entièrement dévouées aux Anglais ; qu'on ne pourrait les ramener par les armes, parce qu'elles se réfugieraient facilement chez les Chicasas, peu éloignés de ces lieux; ni par la traite, puisque les Anglais leur pouvaient fournir des marchandises à bon marché,
M. de la Galissonnière ne perdait aucune occasion d'avancer les intérêts de la colonie. Le pays ne possédait pas encore d'imprimerie, de sorte que tous les livres dont on avait besoin, étaient importés de France , s'il voulait faire imprimer quelque règlement, il fallait l'envoyer. M. de la Galissonnière représenta que l'établissement d'une imprimerie à Québec serait d'une grande utilité pour la publication des ordonnances et des règlements de police. Le ministre des colonies répondit que le roi ne jugeait pas à propos de faire la dépense d'un pareil établissement, et qu'il fallait attendre que quelque imprimeur se présentât pour y pourvoir, et qu'alors on examinerait les conditions auquelles un privilège lui serait accordé. Dans les colonies anglaises, on jouissait, depuis longtemps, des bienfaits de la presse.
Tandis que M. de la Galissonnière surveillait avec une attention infatigable les intérêts de la colonie, en France l'on eut besoin de ses services. Le traité d'Aix-la-Chapelle avait vaguement déterminé que la France recouvrerait tout ce qu'elle possédait avant la guerre ; or, il était difficile de décider quelles avaient été les limites des possessions françaises dans l'Amérique septentrionale. La cour avait besoin d'un homme qui, outre les autres qualités nécessaires à un négociateur, eût étudié la question sur les lieux mêmes. M. de la Galissonnière était cet homme ; il fut rappelé en France et nommé, ainsi que M. de Silhouette, pour discuter les questions litigieuses au sujet de l'Acadie, avec les commissaires anglais, MM. Shirley et Mildmay. Le vingt- quatre septembre 1749, M. de la Galissonnière s'embarqua, à Québec, sur le Léopard, pour retourner en France.
Le célèbre naturaliste suédois Kalm (1) fait un bel éloge de la Galissonnière. « Quand je pense, dit-il, à toutes les belles qualités qui brillaient en lui, je ne puis en faire assez d'éloge, ïl a des connaissances étonnantes dans toutes les sciences, mais surtout dans les sciences naturelles, où il est tellement versé, que quand il commençait à me parler sur ce sujet, je m'imaginais voir notre grand Linnée sous une nouvelle forme... Jamais l'histoire naturelle n'a eu en ce pays un plus grand protecteur, et il est douteux qu'on ne revoie ici son pareil (2). »
Le marquis de la Jonquière (3), qui avait rceouvré sa liberté l'année précédente, se mit en possession de son gouvernement, en vertu de sa première commission. Peu de jours après son arrivée, il reçut une requête de la veuve et des enfants du sieur Nicolas Jacquin Philibert, négociant de Québec, tué l'année précédente parie sieur de Repentigny, lieutenant dans les troupes. Une altercation s'était élevée entre eux, au sujet d'un billet de logement accordé à ce dernier; dans la chaleur de la dispute, Philibert leva sa canne sur son adversaire, qui répondit par un coup d'épée. Philibert mourut des suites de sa blessure ; les juges de Québec instruisirent une procédure contre le chevalier, qui se tint caché jusqu'à ce qu'il eût obtenu du roi des lettres de grâce. Ces lettres, datées du commencement d'avril 1749, furent présentées au conseil supérieur, qui en ordonna l'enregistrement ; elles permirent à M. de Repentigny de se mon* trer dans les rues de Québec, mais elles ne firent pas disparaître le mécontentement des bourgeois contre le principal acteur dans ce drame sanglant. Soutenue de l'opinion publique, la veuve Philibert représenta à M. de la Jonquière, elle et ses enfants, que la présence du sieur de Repentigny à Québec pourrait donner lieu à quelque fâcheux inconvénient. Le chevalier fut employé quelque temps en Acadie, et, plus tard, il passa aux Indes françaises, où, par ses bonnes qualités, il mérita d'être appelé au gouvernement de Mahé (4).
(1) " Il est Venu en ce pays, " écrivait Bigot au ministre, " uû académicien sué8dois, nommé Pierre Kalm, muni des passe-ports du roi de France, et de M» de Saumary, ambassadeur de la cour de Suède. Lorsqu'il arriva au fort Saint-Frédéric, Venant de la Nouvelle -Angleterre, le commandant de ce fort en donna avis à M. le comte de la Galissonnière, qui lui ordonna de fournir au dit sieur Kalm un canot armé, et tout ce qui lui serait nécessaire pour se rendre à Québec, où il ne s'est occupé, suivant le sieur Gautier, qu'à faire des observations sur les minéraux, sur les Végétaux, et sur les animaux. Ce médecin nous a assuré que ces observations n'a* vaient d'autre objet que de les connaître et d'en faire la description. Il a séjourné à Québec environ quarante jours, et M. de la Galissonnière dit que ce botaniste emporte avec lui beaucoup de graines de plantes et d'arbres.
(2) Travete into North. America.
(3) Taffanel de la Jonquière.
(4) Arch. provinciales, requête du sieur de Repentigny $ Gaz* de Québec, 19,/tM»1777«