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CHAPITRE QUARANTIÈME

Campagne de 1759 — Préparatifs de l'Angleterre-— Bourlamaque reçoit l'ordre d'évacuer les forts de Carillon et de Saint-Frédéric— On fortifie l'île aux Noix— Prise du fort de Niagara — La flotte anglaise remente le fleuve ; dispositions prises pour la défense de Québec — Les Anglais commencent à battre la ville du côté de la pointe Lé vis— Bataille de Montmorency — Incursion à la côte du nord — Tentative de descente à Deschambault — Bataille des Plaines d'Abraham — Mort de Wolfe et de Montcalm — Capitulation de Québec.

L'année 1759 s'avançait sur le Canada sous de sombres •auspices.

« La situation de la colonie, » écrivait M. de Montcalm au ministre, le premier novembre 1758, «est des plus critiques ; la paix est nécessaire. Les Anglais ont eu, indépendamment de leur armée pour Louisbourg, trente mille hommes pour agir en Canada... Nous n'avons que huit bataillons, douze cents soldais de la colonie ; le surplus dans les forts de la Belle- Rivière. Les Canadiens pourront fournir trois mille hommes pour toute la campagne ; cependant nous n'en avons eu cette année que douze cents en campagne... Les Canadiens, bons pour des courses, ne savent pas rester cinq mois en campagne; les sauvages encore plus. J'écris la vérité comme citoyen, résolu de m'ensevelir sous les ruines de la colonie.»

Décidée à conquérir le Canada, l'Angleterre faisait des efforts immenses pour se mettre en état de l'emporter sur la France.

La campagne de 1758 n'avait fini qu'au temps où les glaces empêchèrent de voyager. Les dispositions des ennemis du côté des lacs, l'hivernage des deux escadres à Louisbourg et Halifax, annonçaient le projet bien arrêté d'attaquer la colonie par toutes les frontières, et d'intercepter les secours que la France y pourrait envoyer. Pour résister aux Anglais, l'on n'y avait que huit bataillons, quarante compagnies de troupes de la marine, affaiblies par les pertes de quatre campagnes, et les milices du pays mal armées pour combattre contre des troupes réglées, avec des sauvages assez

mal disposés, en conséquence de la faiblesse des forces françaises, comparées à celles des ennemis.

La saison était déjà fort avancée lorsque les Anglais attaquèrent les postes de Gaspé. Le sieur Elévol, placé en vigie à Gaspé, était mort le trois septembre ; le sept du môme mois, trente-trois voiles, dont neuf vaisseaux de guerre anglais, entrèrent dans la baie de Penouil, et prirent possession de ce poste ; ils avaient porté avec eux maisons et blacousses : tous les pêcheurs et habitants de la côte de Gaspé furent pris, ou se rendirent volontairement à l'ennemi. Trois cents anglais se rendirent par terre au mont Louis, où ils brûlèrent les établissements de pêche, et firent prisonniers tous ceux qui se trouvaient dans ce lieu. Les Anglais allèrent aussi à Miramichi, mais n'osèrent pas entrer bien avant dans la rivière.

A peine les glaces avaient-elles disparu, que M. de Bour- Jamaque avec deux mille cinq cents hommes de la Reine et de Berry, et deux cents sauvages, se rendit à Carillon. Sauver la colonie, n'était pas chose possible ; aussi, on résolut d'en sacrifier une partie pour ne point la perdre tout entière. M. de Bourlamaque eut ordre d'évacuer, aux approches de l'ennemi, Carillon et Saint-Frédéric, et de se rapprocher de Montréal, de manière à le couvrir.

Le chevalier de Lévis crut que le lieu le plus propre à ce dessein, était l'île aux Noix, située au bas du lac Champlain. M. Pouchot, capitaine du régiment de Béarn, fut détaché pour défendre Niagara, et quinze cents hommes allèrent se montrer du côté de l'Ohio, pour y maintenir la confiance des sauvages. Avec un pareil nombre de soldats de la marine et des milices, M. le clievaFer de la Corne, capitaine, fut chargé de garder la tête des rapides du Saint-Laurent, et l'embouchure de la rivière de Chouagueu.

Les autres bataillons et le reste des compagnies de la marine demeurèrent en quartier dans les gouvernements de Montréal et des T rois-Rivières, ainsi que les milices pour se porter dans les lieux où le besoin serait le plus pressant. D'ailleurs, comme l'on avait peu de vivres, il était impossible de les tenir réunis ensemble.

Le colonel de Bougainville, envoyé à Paris l'automne précédent, arriva de France le quinze mai, apportant quelques directions pour le sieur de Monicalm ; en même temps parut devant Québec la flotte de Cadet, munilionnaire général, conduite par le sieur Canon,, lieutenant de frégate ; elle était chargée de munitions de guerre et de bouche; le vingt du

même mois, mouillait près de l'île aux Coudres, une avantgarde composée de douze vaisseaux de ligne anglais ; le reste de la flotte, composée de près de trois cents voiles, portant douze mille hommes de débarquement aux ordres des généraux Wolfe, Monekton et Townsend, arriva successivement jusqu'au milieu de juin. Ce n'était là qu'une des trois armées, qui, sous les ordres supérieurs du major général Amherst, successeur d'Abercrombie, dans le commandement de l'armée Britannique de l'Amérique du Nord, devait s'avancer contre le Canada pour s'en emparer.

L'armée centrale, composée d'Anglais et de, provinciaux, devait être conduite contre Carillon et la pointe à la Chevelure, par le général Amherst lui-même ; puis, après s'en être emparée, descendre par le lac Champiain, le Richelieu et le Saint-Laurent, pour s'unir avec l'armée du général Wolfe, sous les murs de Québec. Le troisième corps, composé de provinciaux, et soutenu par les sauvages amis de l'Angleterre, devait être placé sous les ordres du général Prideaux ; il devait s'avancer contre le fort de Niagara, et, après s'en être emparé, s'embarquer sur le lac Ontario, puis descendre le Saint-Laurent, jusqu'à Montréal. Le général Amherst ne put arriver à Carillon avant le vingt-deux juillet. Après avoir pris possession des lignes abandonnées par les Français, il fit ses dispositions pour réduire le fort ; le vingt-six juillet, tous les artilleurs se portèrent dans les tranchées, et deux batteries allaient ouvrir le feu, lorsque les Français, après avoir fait sauter leurs magasins, évacuèrent le fort de Carillon, et se retirèrent à la pointe à la Chevelure. Après avoir réparé les murs de Carillon, Amherst poussa son armée à la pointe à la Chevelure, pour y attaquer de nouveau les Français; mais il trouva qu'ils s'étaient réfugiés à l'île aux Noix, où ils s'étaient mis en état de défense, protégés par quatre petits bâtiments. Le général anglais fit des préparatifs pour obtenir la supériorité sur le lac Champiain; il fit construire une goélette et un radeau; mais les mauvais temps l'empêchèrent de pousser ses opérations, et, retournant à la pointe à la Chevelure, il y mit ses troupes en quartiers d'hiver, vers la fin du mois d'octobre.

Poursuivant son entreprise contre le fort Niagara, le général Prideaux s'embarqua avec son armée sur le lac Ontario ; le six juillet, il débarqua sans opposition, à moins de trois milles du fort, qu'il investit dans les formes. Tandis qu'il dirigeait les opérations du siège, il fut tué le vingt juillet, et le commandement de ses troupes passa à sir William Johnson.

Celui-ci adopta avec vigueur et jugement le plan de son prédécesseur, attaqua avec intrépidité le fort de Niagara, el réussit.

Les Français, alarmés à l'idée de perdre un poste devenu la clef de l'intérieur de leurs possessions en Amérique, tirèrent des troupes réglées du Détroit, de Yenango et de la Presqu'île; avec un parti de sauvages, elles s'avançaient résolues de faire lever le siège. Informé de leur intention d'offrir bataille, le général Johnson jeta son infanterie légère, soutenue par des grenadiers et des troupes de ligne, entre le fort et le saut de Niagara, plaça sur les flancs les auxiliaires, et se prépara à recevoir les Français qui devaient l'attaquer, tout en veillant sur le fort. Le vingt-quatre juin, sur les neuf heures du matin, l'ennemi parut, et les cris de guerre sauvages furent le signal de la bataille. Les Français chargèrent avec impétuosité, mais ne purent ébranler les anglais, qui, au bout d'une heure, eurent mis les assaillants en fuite. Ce combat décida le sort de Niagara ; le lendemain matin, le chevalier Johnson fit sommer le commandant français par un trompette ; et, quelques heures après, la capitulation était signée. La garnison, consistant en six cents hommes, sortit avec les honneurs de la guerre pour s'embarquer sur le lac, et être conduite à New- York ; les femmes et les enfants devaient être transportés à Montréal. Par la réduction de Niagara fut interrompue la communication du Canada avec la Louisiane.

Cependant, à Québec, le gouverneur se préparait à bien recevoir les ennemis ; par un ordre général donné le dix juin, monsieur de Ramezai, lieutenant du roi, fut chargé de commander la garnison de Québec^ composée de six cents miliciens. Les places à occuper par les autres troupes leur furent assignées ; l'artillerie placée sous les ordres de M. le Mercier, et les vivres déposés aux endroits les plus commodes. Deux frégates de la marine royale devaient rester armées, et du désarmement des autres vaisseaux on devait armer les bâtiments destinés à combattre en avant de la rade ; à mesure que ces bâtiments deviendraient inutiles, les équipages devaient entrer dans la place pour servir aux batteries. A M. Yauquelin était assignée la direction de tous les bâtiments.

Le marquis de Montcalm, était arrivé à Québec, le vingtdeux mai ; le marquis de Yaudreuil, le vingt-cinq ; et le vingtneuf, le chevalier de Lévis, avec la Sarre, Royal-Roussillon, Languedoc, Guyenne et Béarn ; les troupes de la marine, les milices et les sauvages le suivirent de près.

On avait proposé de barrer la Traverse, passage jugé dangereux, en y coulant à fond quelques navires ; mais cette ma-

nœuvre était impraticable, et on y renonça après l'avoir examinée. On ordonna d'armer huit navires en brûlots, de construire des radeaux et des chaloupes carcassières. Les vaisseaux se retirèrent au-dessus de Québec, pour y servir de dépôt aux vivres et aux munitions ; la marine prêta trois cents malelots, pour travailler aux lignes de la rive droite de la rivière Saint- Charles, et six cents pour servir les batteries de la place et de la côte de Beau port, et mit tout en œuvre pour fermer, au moins en palissades, la ville de Québec, et y construire des batteries. Comme on devait jeter des troupes à Beauport, l'on érigea un pont sur la rivière Saint-Charles, et au-delà on traça plusieurs batteries. L'on forma un corps de deux cents volontaires à cheval, aux ordres du sieur de la Roche-Beaucourt, capitaine de cavalerie, aide-de-camp du marquis de Montcalm ; on en forma aussi un de deux cents volontaires à pied, aux ordres de M. Dupral, capitaine au régiment de la Sarre. Ces deux corps servirent avec distinction et furent de la plus grande utilité pendant toute la campagne.

M. de Bougainville fut chargé, au commencement de juin, de travailler aux redoutes qui devaient fermer le terrain compris entre la rivière Saint-Charles et le ruisseau de Beauport; après avoir examiné tout le terrain, le chevalier de Lévis fut d'avis, et insista même, que l'on enveloppât aussi des mêmes défenses le terrain compris entre la rivière de Beauport et celle de Montmorency, qui devait former la gauche de la ligne.

Aussitôt que toutes les troupes furent arrivées, elles vinrent camper entre la rivière Saint-Charles et le saut Montmorency, le marquis de Vaudreuil à la droite avec les troupes des gouvernements de Québec et des Trois-R»vières ; à la gauche le chevalier de Lévis, avec les soldats de la marine, les miliciens du gouvernement de Montréal, les volontaires à pied et à cheval ; au centre le marquis de Montcalm avec le sieur de Sennezergues, brigadier, et les cinq bataillons.

Cependant le gros de la flotte anglaise arriva à l'île aux Coudres, le vingt-trois juin ; plusieurs des officiers y débarquèrent, et, quelques-uns s'étant éloignés pour faire la chasse, trois d'entre eux furent surpris par le sieur Desrivières, qui, à la tête de quelques milices et sauvages abenaquis, s'y étaient mis en embuscade. Etant toute réunie, la flotte anglaise remonta le fleuve, et arriva le vingt-cinq au bas de l'Ile d'Orléans ; le vingt-sept, elle débarqua une partie de ses hommes vers le haut de File. On voulut mettre en usage, contre les vaisseaux anglais, les brûlots qui avaient été préparés ; mais.

DU C4NA.0À

aucun ne réussit. On essaya aussi quelques cageux d'artifice, commandés par le sieur de Courval, capitaine de vaisseau marchand, qui ne réussit pas mieux que ses devanciers. Enfin trois matelots, sur un canot arrangé exprès, essayèrent de mettre le feu au vaisseau amiral ; ils s'y attachèrent même ; mais, leurs mèches s'étant éteintes, ils ne purent exécuter leur projet. Le 31 juin, ils débarquèrent, à la côte du sud, presque vis-à-vis de Québec, la moitié de leur monde, et l'autre moitié à l'île d'Orléans, el menacèrent en même temps d'une attaque générale. Aussi, sur tout le front de la ligne, les Français travaillèrent vivement à joindre les redoutes, redans et batteries par des épaulements. La plus grande partie de l'armée des ennemis qui étaient à l'île d'Orléans, débarqua le neuf, audessous du saut Montmorency, et s'établit sur la rive gauche de cette rivière avec une artillerie considérable, qui battait de revers les retranchements français ; ce qui fit faire quelques changements à la position de Parmée. Après avoir reconnu les gués de la rivière de Montmorency, le chevalier de Lévis les fit retrancher ; et le sieur de Repentigny, capitaine des troupes de la marine, avec six cents hommes, fut chargé de les défendre.

Le douze juillet, dans la nuit, les batteries anglaises de la pointe Lévis, commencèrent à tirer sur Québec ; cinq mortiers et dix pièces de gros canon, firent sur les maisons de cette ville, un feu très -vif, qui, pendant deux mois, ne se ralentit pas, et que la disette de poudre à Québec ne permettait pas aux batteries de la ville de tâcher d'éteindre.

Les incendies étaient continuels; sans cesse le feu était mis de tous côtés par les carcasses et les pots-à-feu.

Au saut Montmorency, le feu des bombes et du canon contraignit le chevalier de Lévis à changer la disposition de son camp, et à faire monter dans les retranchements une garde d'un battaillon, relevée comme celle d'une tranchée.

La nuit du dix-huit au dix-neuf, trois vaisseaux anglais, malgré le feu de la place, remontèrent le fleuve et se mouillèrent vers la rivière des Etchemins ; ce mouvement fit craindre qu'ils ne tentassent un débarquement de ce côté. Pour le prévenir, le sieur Dumas, major général des troupes de la marine, y fut envoyé avec six cents hommes, et le sieur de la Roche-Beaucourt se porta, avec les volontaires à cheval, vers la rivière Jacques-Cartier ; il était convenable de conserver une communication avec Montréal, et les vaisseaux d'où venaient les munitions.

Peu de temps auparavant, était arrivé le sieur Stobo, qui,

cotms d'histoire

après s'être échappé de la prison de Québec, s'était réfugié à Halifax, où il fut informé que Wolfe avec son armée était rendu à Québec. Désirant mettre au service de celui-ci ses connaissances du Canada, il revint au pays, et joignit l'armée du général Wolfe. A son arrivée, on le chargea de prendre part à une expédition dirigée contre un village des environs de Québec, où beaucoup de familles de la ville s'étaient retirées comme dans un lieu de sûreté. Le vingt-un, les Anglais firent une descente en ce lieu, et se rembarquèrent aussitôt après avoir pris des femmes, des enfants et des bestiaux qu'ils conduisirent à leur camp de l'île d'Orléans.

Le trente, un vaisseau de soixante canons et deux frégates de vingt s'embossèrent vis-à-vis de la gauche des retranchements français de Beauport ; en même temps, les ennemis . démasquèrent sur les hauteurs au-delà du saut Montmorency une nouvelle batterie de vingt canons et de six mortiers, et ils firent un mouvement vers la droite de leur camp, comme s'ils eussent voulu se porter contre les postes du sieur de Repentigny. Sur le champ, M. de Lévis y envoya les volontaires de Duprat, avec la compagnie des grenadiers de Royal-Rossillon, qu'il rappela une heure après, les ennemis étant rentrés dans leur camp, et leurs troupes de la pointe Lévis s'élant embarquées dans des berges qui furent conduites vers leurs vaisseaux. Montcalm envoya au sieur de Lévis les quatre autres compagnies de grenadiers, et fit avancer le reste des troupes jusqu'au centre.

"Sur les quatre heures, les berges commencèrent à se rapprocher de leurs vaisseaux échoués. L'artillerie ennemie faisait un feu terrible sur la gauche, qui se tint dans ses retranchements. Yers cinq heures, le sieur de Bougainville eut ordre de conduire à la gauche, les piquets de Royal-Roussillon, Guyenne et Languedoc; les deux premiers bataillons y marchèrent aussi dans le même temps, la marée étant basse. De leur côté, les Anglais s'ébranlèrent ; leurs troupes campées près de Montmorency descendirent en colonnes, passèrent à gué au-dessous du saut, et vinrent se joindre à celles de la pointe Lévis, qui débarquaient sous la protection de leurs frégates, et se rangeaient en bataille. Onze compagnies de grenadiers et quatre cents volontaires s'avancèrent pour attaquer une redoute que M. de Lévis venait d'abandonner, gravirent une partie de la hauteur, et montèrentcourageusement vers les retranchements. Alors commença le feu des Français ; de part et d'autre l'on combattait courageusement, iorqu'une grosse pluie accompa-

Dtî CANADA.

gnée d'un vent violent, vint interrompre le combat (1). Pendant ce temps, Montcalm arrivait avec une partie des troupes de la droite. Mais, dès que l'orage fut passé, les Anglais se retirèrent, partie dans leurs berges et partie au- delà de la rivière Montmorency; en se retirant, ils mirent le feu aux frégates qu'ils avaient embossées près de la côte. Cette attaque leur coûta six cents hommes, et ils ne tirèrent pas moins de trois mille coups de canon saris compter les bombes et les grenades.

Vers le commencement d'août, un vaisseau armé partit avec environ trois cents hommes, principalement écossais-montagnards, pour aller faire une incursion dans la côte du nord, et trois transports furent chargés de les protéger ; un lieutenant et des matelots de la marine royale les accompagnaient. Le quatre août, ils partirent pour la baie Saint-Paul, où se trouvaient réunis environ deux cents français. Gorham débarqua vers trois heures du matin, et fut accueilli assez chaudement par les canadiens, qui se défendirent pendant deux heures, et se retirèrent ensuite dans les bois ; ils brûlèrent alors le village et plusieurs maisons et granges des cultivateurs. De là, ils descendirent à la Malbaie, où ils détruisirent les habitations, et chassèrent les habitants dans les bois. Ils passèrent ensuite sur la côte méridionale du Saint-Laurent, ou ils ravagèrent les paroisses de Sainte-Anne et de Saint-Roch, et enlevèrent une grande quantité de bestiaux, dont ils chargèrent leurs bâtiments et qu'ils emmenèrent à Québec, où ils furent de retour au camp le quinze août.

La nuit suivante, le général Monckton, avec des bombes, mit le feu à la ville pour la quatrième fois, et les flammes paraissaient si violentes, qu'on crut qu'elle serait complètement réduite en cendres.

Le cinq août, les Anglais embarquèrent environ quinze cents hommes sur les bâtiments qu'ils avaient au-dessus de Québec ; le sieur de Bougainville fut envoyé pour suivre leurs mouvements avec les grenadiers de Béarn, un piquet de Languedoc et deux de milices. Quelques jours plus tard, ils essayèrent par deux fois de descendre à Deschambault ; mais chaque fois ils furent repoussés, après avoir perdu plus de cent hommes.

Ce fut vers le commencement du mois d'août, qu'à Québec on sut la nouvelle de la prise de Niagara ; comme on craignait que l'ennemi victorieux ne descendît à Montréal, le chevalier

(1) Ochtorlony et Peyton.

de Lévis partit en poste afin de s'y rendre, emmenant avec lui le sieur lé Mercier, commandant de l'artillerie; il ne s'arrêta à Montréal que le temps qu'il fallait pour y rassurer les esprits, et se hâta d'aller rendre la confiance au détachement du chevalier de la Corne, auquel il donna de nouvelles instructions. Ce détachement, placé au-dessus des rapides du Saint-Laurent, s'était porté vers Chouaguen, et y était descendu à terre ; mais la supériorité des ennemis l'avait forcé de se rembarquer promptement et avec quelque perte. Le sieur de Lévis choisit l'île Oragouinton pour y construire un fort de campagne, qui couvrit les rapides. «

Le marquis de Montcalm, après le départ du chevalier de Lévis, se porta à la gauche, et fit passer la rivière de Montmorency à huit cents hommes, qui battirent les détachements des ennemis» L'on apprit à Québec, le dix-neuf, que les ennemis avaient enfin réussi à débarquer à Deschambault, où les équipages de l'armée étaient placés en dépôt. Montcalm s'y porta immédiatement, menant avec lui le sieur de Montrenil, major général, et il fit avancer les grenadiers jusqu'à la Pointe aux- Trembles, lorsqu'il apprit que le sieur de Bougainville avait forcé les ennemis à se rembarquer.

Cependant, dans la nuit du vingt-sept au vingt-huit, par un temps fort obscur, cinq vaisseaux anglais montèrent le fleuve devant Québec, et allèrent joindre les quatre que les ennemis avaient fait passer précédemment et qui étaient mouillés vis-àvis de Saint-Augustin. Pendant la nuit du vingt-neuf au trente, ils attaquèrent Bougainville, et firent un grand feu de mousqueterie et de canon, de dix heures du soir jusqu'à une heure après minuit ; mais ils n'osèrent débarquer (1).

Pendant ce mois, il ne se passa pas un jour sans que les Anglais brûlassent des habitations dans les côtes du nord et du sud, partout où ils pouvaient débarquer sans obstacle.

Dans la nuit du trente-un au premier de septembre, quatre voiles passèrent encore sous le feu de la place, et allèrent augmenter le nombre de ceux qui étaient déjà au-dessus de Québec. En même temps, l'ennemi se préparait à quitter sa position du saut Montmorency. Le trois de ce mois, à la pointe

(1) Un sauvage outaouais, fait prisonnier dan» cette occasion, fut conduit par une des frégates ennemies, où on l'observait soigneuse oient j par une nuit obscure, il réussit à se débarrasser des fers dont on l'avait chargé. Placé sur le pont, il attendait le moment où ses gardes s'éloigneraient de quelques pas, pour essayer de s'échapper ; en effet, il lance sa couverture avec bruit dans l'eau du côté de la pointe Lévis, et en même temps se jette à l'eau de l'autre côté, et, tandis qu'on tirait sur sa couverture blanche, il parvient à nager jusqu'à terre du côté des Français.

BU CANADA

du jour, quatre-vingts à cent berges se pressaient autour de la frégate mouillée au saut Montmorency; elles étaient toutes chargées de troupes. Vers midi, à marée haute, elles défilèrent, rangeant la côte du sud de très-près pour éviter le feu des batteries; en même temps, à la pointe Lévis, une quarantaine de berges, trois ou quatre bataillons anglais allèrent camper à l'île d'Orléans, et le reste des troupes parut s'embarquer sur les vaisseaux.

Ce changement dans les dispositions des ennemis, décida MM. de Vaudreuil et de Montcalm à changer aussi la disposition des troupes françaises. La droite de leur ligne fut fortifiée, et ils augmentèrent les petits détachements qui gardaient les postes accessibles au-dessus de Québec ; au camp volant du sieur de Bougainville, ils joignirent les grenadiers et les volontaires de l'armée.

Ainsi se préparait lentement l'exécution du plan qui avait été concerté par les généraux anglais, d'attaquer Québec par les plaines d'Abraham. Dans la nuit du douze au treize, un mouvement extraordinaire des berges anglaises, inspira des appréhensions, et engagea le général français à faire concher les troupes au bivouac. A une heure avant le jour, l'on entendit quelques coups de fusil au-dessus de Québec ; dans le ville, on crut qu'un petit convois de vivres qu'on faisait veuir par eau avait été attaqué par les Anglais, C'étaient les premiers coups tirés par les ennemis au moment où ils gravissaient le coteau d'Abraham. Dans la journée du douze, les Anglais, qui avaient presque toute leur arméos à Saint-Nicolas, levèrent le camp, et firent embarquer leurs soldats sur les vaisseaux qu'ils avaient fait remonter. M. de Bougainville avait ordre de surveiller les mouvements de l'ennemi, et on avait même, pendant quelques jours, mis à sa disposition sur les hauteurs le bataillon de Guyenne ; mais M. de Montcalm, qui ne pensait pas qu'il y eût danger de ce côté, avait rappelé ses soldats au camp ; il n'était resté que de petits corps placés par M. de Bougainville, cent hommes à l'anse des Mères sous de Vergor, soixante-dix sous le capitaine Douglas, entre Samos et Sillery, et à Sillery même cent trente hommes sous le sieur de Rumigny, Montcalm et Pontleroy avaient toujours regardé ces trois postes comme inattaquables : aussi avait-on négligé de les fortifier.

Dans la nuit du douze au treize, Douglas vit passer les berges anglaises à portée de pistolet. Au qui vive qu'il leur adressa, un officier écossais, qui parlait fort bien le français, répondit :

COURS d'bistoiîie

«Ne faîtes pas de bruit, ce sont les vivres. » En effet, par deux soldats qui, la veille, avaient déserté, les Anglais avaient été informés que cette nuit quelques chaïoupes chargées de vivres devaient descendre à Québec ; aussi, M. Douglas ne les fit pas reconnaître, et, après minuit, ils firent leur débarquement entre un piquet de Languedoc à Saint-Michel et un détachement de milices et de troupes de la colonie posté à l'anse du Foulon sous le sieur de Yergor.

La première division anglaise, consistant en quatre régiments complets, l'infanterie légère sous les ordres du colonel How, un détachement de montagnards écossais et les grenadiers américains, sous le commandement des brigadiers Monkton et Murray, furent débarqués au lieu qui maintenant porte le nom d'anse de Wolfe. A leur tête était le général Wolfë, qui fut un des premiers à mettre pied à terre. Une fois fa première division débarquée, les chaloupes retournèrent aux vaisseaux chercher le reste des troupes sous le commandement de Townsend.

Pendant ce temps, l'infanterie légère et les montagnards gravirent la hauteur, et repoussèrent la garde française qui était placée sur la cime, aux ordres du capitaine de Yergor, et qui défendait l'étroit sentier? le reste des troupes les suivirent, et en arrivant au sommet furent placées en ordre de bataille.

Averti grand matin de ce succès des Anglais de, le marquis de Montcalm ordonna au régiment de Guyenne, de se porter sur les hauteurs de Québec, où, en arrivant, il trouva l'ennemi débarqué au nombre de plus de huit mil hommes, qui travaillaient déjà à se retrancher. Le marquis de Montcalm ordonna de faire venir les troupes campées à Beauport, en y laissant quatorze cents hommes aux ordres du colonel Poulhariés pour garder la ligne. •

La correspondance était si mal établie de l'un à l'autre des postes de M. de Bongainville, et entre ceux-ci et le camp de M. de Montcalm, que les Anglais avaient, vers les cinq heures du matin, dissipé le détachement de M. de Yergor, et étaient déjà en bataille sur les hauteurs de Québec, que dans les camps français, l'on ignorait encore qu'ils étaient prêts à attaquer. M. de Bougainville, qui n'en était éloigné que de deux lieues, ne l'apprit qu'à huit heures du matin. M. de Yaudreuil, qui n'était pas à la moitié de cette distance, n'en fut exactement informé que vers six heures et demie. L'armée, qui avait passé la nuhVau bivouac, rentrait dans ses tentes, lorsque l'on commença à battre la générale ; toutes les troupes prirent les

armes, et suivirent successivement M. de Montcalm, qui se portait sur les hauteurs de Québec, où le bataillon de Guyenne prit poste entre la ville et l'ennemi, que sa présence contenait. L'armée de Beauport, depuis quelques jours, était réduite à six mille hommes ; pour la garde du camp, il fallut laisser les deux bataillons de Montréal, composés d'environ quinze cents hommes, qui s'avancèrent cependant jusqu'à la rivière Saint- Charles, lorsque M. de Yaudreuil se rendit à l'armée. Suivant ce calcul, Montcalm ne put rassembler qu'environ quatre mille cinq cents hommes. Sans donner le temps de reprendre haleine aux derniers détachements qui lui arrivaient delà gauche, le général, craignant que les ennemis ne fussent occupés à se fortifier, se détermina à attaquer l'ennemi, dont les troupes légères, depuis quelques temps, fusillaient avec les Canadiens.

Séparées par une petite colline, les deux armées se canonnaient depuis environ une heure, avec quelques petites pièces de campagne ; l'éminence sur laquelle était rangée l'armée française dominait, dans quelques points, celle qu'occupaient les Anglais. Composées en grande partie de canadiens, les troupes françaises fondirent sur l'ennemi avec impétuosité ; mais leurs rangs mal formés se rompaient bientôt, soit par la rapidité de la marche, soit par l'inégalité du terrain, tandis que les Anglais, en bon ordre, essuyaient les premières décharges. Ils tirèrent ensuite avec beaucoup de vivacité, et le mouvement qu'un détachement de leur centre, d'environ deux cents hommes, fit en avant, la baïonnette au bout du fusil, suffit pour mettre en fuite presque toute l'armée française. Cependant la déroute ne fut totale que parmi les troupes réglées ; accoutumés à reculer à la façon sauvage et à retourner ensuite à l'ennemi avec plus de confiance qu'auparavant, les canadiens se rallièrent en quelques endroits, et, à la faveur des petits bois dont ils étaient environnés, forcèrent différents corps à plier ; mais, enfin, il fallut céder à la supériorité du nombre. Les sauvages ne prirent guères part à l'action, car ils n'aimaient pas à combattre à découvert.

Blessé au poignet au commencement de faction, Wolfe s'était contenté de l'envelopper, et continuait à commander les troupes, dans un des endroits les plus périlleux, lorsqu'il reçut dans la poitrine une balle qui le renversa ; il mourut peu après, ayant eu seulement le temps d'être informé que les Français prenaient la fuite. Peu après, le général Montcalm fut lui-même blessé mortellement, au moment où, aux portes de la ville, il essayait d'arrêter les fuyards ; il fut, de suite, enlevé et porté dans la maison du sieur Arnoux, médecin.

L'armée française fuyait ; deux cents braves canadiens se rallièrent dans la vallée, remontèrent sur le coteau ; comme des lions, ils se jetèrent sur l'aile gauche de l'armée anglaise, avec une fureur incroyable, arrêtèrent un moment les Anglais, permirent aux soldats de fuir en sûreté, et, enfin, après avoir été eux-mêmes repoussés, disputèrent le terrain pied par pied, depuis le sommet du coteau jusques dans la vallée. Ces braves gens furent presque tous tués, mais sauvèrent la vie à une grande partie de l'armée française. Quelques-uns se jetèrent dans la ville, le gros de l'armée se retira au camp, où les Anglais n'osèrent la poursuivre, mais se rapprochèrent de la ville.

Comme le général Wolfe était mort, et Monkton dangereusement blessé, le commandement de l'armée anglaise resta au brigadier Townshend, qui se rendit au centre, et disposa les troupes dans la poursuite. En ce moment, Bougainville se montra avec ses quinze cents hommes. Townshend envoya contre lui deux bataillons , mais il se retira dans les bois.

Environ mille à douze cents hommes, du côté des Français, restèreut sur le champ de bataille. Sennezergues fut dangereusement blessé et mourut le lendemain sur un vaisseau anglais, où il avait été conduit ; le brigadier Saint-Ours mourut aussi de ses blessures ; mais la perte la plus douloureuse fut la mort de Montcalm. M. Arnoux était avec Bourlamaque, mais son jeune frère, après avoir examiné la blessure, la déclara mortelle. Avec un courage inaltérable, le général entendit prononcer sa sentence de mort ; avec un calme parfait, il demanda à Arnoux combien il avait d'heures à vivre. Jusqu'à trois heures de cette nuit, répondit celui-ci. Tranquillement, il se prépara à la mort avec beaucoup de présence d'esprit. «Je meurs content, dit-il, puisque je laisse les affaires du roi entre bonnes mains. J'ai toujours eu une haute idée de l'intelligence et de la capacité de M. de Lévis. »

On reprocha à Montcalm plusieurs fautes commises dans la bataille des plaines d'Abraham. « En apprenant que l'ennemi était à terre, dit un des officiers présents, il devait faire passer des ordres à Bougainville, qui avait, avec lui, l'élite de l'armée. En combinant ses mouvements avec ceux de ce colonel, il lui était aisé de mettre l'ennemi entre deux feux. Le sort de Québec dépendant du succès de la bataille, il devait réunir toutes ses forces et ne point laisser dans l'inaction les quinze cents hommes de Montréal. Par la même raison, l'armée n'étant qu'à deux cents toises des glacis, il devait tirer de la ville les piquets qui y étaient de service ; il y eût trouvé un secours

de près de huit cents hommes il pouvait ; aussi en faire venir de l'artillerie. Au lieu de perdre l'avantage du poste où il se trouvait, il fallait attendre l'ennemi, et profiter de la nature du terrain, pour placer par pelotons dans les bouquets de bois les canadiens, qui, arrangés de la sorte, surpassent certainement, parl'adresse avec laquelle ils tirent, toutes les troupes de l'univers. S'étant déterminé à attaquer, il aurait dû changer ses dispositions. Il ne songea point à former un corps de réserve. »

Cependant, si les fautes de ce général furent funestes aux armes françaises, les mouvements de ses successeurs dans le commandement de l'armée ne furent pas glorieux.

Après la bataille, l'armée se rassembla dans l'ouvrage à corne qu'on avait construit à la tête du pont jeté sur la rivière Saint-Charles. M. de Yaudreuil assembla à un conseil de guerre tous les chefs de corps ; tous exagérèrent un peu la perte qui venait d'être faite, et opinèrent pour la retraite de l'armée à la rivière Jacques-Cartier. Il fut décidé qu'on profiterait de l'obscurité de la nuit suivante pour l'exécuter. Cependant le danger n'était pas encore pressant ; l'ennemi n'avait guères tué et blessé au-delà de mille hommes, et, en réunissant le corps de Bougainville, les bataillons de Montréal et la garnison de Québec, l'on avait encore sous la main cinq mille hommes de troupes fraîches, qu'on pouvait regarder comme l'élite de l'armée. Dans le conseil, Bigot fut le seul qui opina pour que l'on reprît la bataille avec toutes les forces ; M. de Yaudreuil avait bien été de son avis, mais la pluralité des voix l'emporta. On pouvait harceler l'ennemi pendant le siège de Québec ; les troupes auraient toujours trouvé une retraite assurée dans los bois, du côté de Sainte-Foie. Elles se trouvaient à portée de faire entrer des secours de toute espèce dans la ville, que l'ennemi n'investit jamais. Ce fut même trois jours après, que, s'étant assuré de la retraite des troupes françaises, il envoya des détachements au camp de Beauport.

Pendant la bataille et le reste du jour, de la ville on fit un feu très-vif sur les berges et les chaloupes qui portaient des munitions de guerre et de bouche de la Pointe Lévis à l'armée anglaise, dans les retranchements de Beauport; il ne resta pour observer les ennemis qu'un officier de cavalerie avec cent trente hommes, qui, dans la nuit coupèrent le pont du passage, firent sauter les poudres, enclouèrent les canons et mirent le feu à la batterie flottante. Malheureusement, lorsque l'armée française était partie pour Jacques-Cartier, Bigot avait oublié de faire avertir M. de Ramezay, resté dans la ville, d'envoyer

chercher les vivres qu'on laissait au camp, ce qui l'aurait mis en état de fournir, pendant quelques jours, des provisions à ceux qui restaient dans Québec, et dont le nombre fut considérablement augmenté par le nombre d'environ quatre mille femmes et enfants qui pendant le siège s'étaient éloignés.

Pendant la nuit du treize au quatorze, les ennemis firent reconnaître le passage de la rivière Saint-Charles, après s'être avancés dans le faubourg Saint-Roeh. Sur le minuit ils se rendirent à l'Hôpital-Général, où étaient tous les blessés et où ils mirent une garde ; ils en postèrent une au moulin qui se trouvait sur le chemin de la rivière Saint-Charles, et une troisième au moulin à tan, au-dessus de la côte d'Abraham, où ils établirent une redoute.

Le quatorze, ils s'approchèrent à une demi-portée de fusil de la ville, et ouvrirent la tranchée.

Le même jour, à huit heures du soir, furent enterrés dans l'église des Ursulines, les restes du marquis de Montcalm (1), décédé le matin à quatre heures, après s'être soigneusement préparé par la réception des sacrements. Jamais, disent les contemporains, général n'avait été plus aimé de ses troupes, ni plus universellement regretté. D'un esprit supérieur, généreux, doux, affable, familier avec tous, il avait gagné la confiance des habitants de la colonie.

Le lendemain (15 septembre), la ville, qui depuis deux jours voyait se creuser la tranchée, fit un grand feu sur le camp ennemi. M. de Ramezay essayait de défendre celte place réduite à deux jours de vivres, et n'offrant par jour qu'un quarteron de pain et un peu de blè-d'inde à chacun de ses habitants, et quelque faible que fût cette ration, il fallait la diminuer à mesure que les femmes venaient se réfugier dans iavilfe, car il n'y avait aucun secours à attendre de l'armée. Il lui fallait paraître insensible aux cris du peuple qui demandait des vivres, et fermer les oreilles aux représentations des négociants qui lui déclaraient que, pour leur propre sûreté et l'avantage du peuple, il était expédient de traiter avec l'ennemi, afin d'obtenir une capitulation honorable.

Cependant, de Ramezay, au milieu de ces difficultés, cherchait par sa conduite à ranimer sa garnison, et à l'encourager, en lui faisant attendre des hommes et des provisions, dès que de Lévis aurait fait des préparatifs pour attaquer les Anglais dans leurs lignes. Convaincus de la futilité de ses espérances,

(l) La relation dit qu'ils furent placés dans une fosse faite sous la chaire par 1% travaille la bombe.

et craignant une attaque sur les points faibles de la ville, les -citoyens adressèrent à M. Daine, lieutenant-général, civil et criminel, une requête, dans laquelle on le priait de représenter à M. de Ramezay, leur désir qu'il offrît de capituler au commandant anglais, avant qu'on n'en fût réduit à la dernière extrémité ; de Ramezay fit le recensement des hommes capables de porter les armes, et visita les provisions qui étaient encore dans la ville; et, quoiqu'il en eût reçu par la cavalerie du sieur de la Roche Beaueourt, il reconnut qu'il n'en restait presque plus.

Le dix-sept, la situation de la place paraissait si mauvaise à M. de Ramazay, que, dans l'après-midi, il se détermina à faire des propositions de capitulation au général Townshend. Il avait reçu de M. de Yaudreuil, à ce sujet des instructions dans lesquelles se trouvait ce qui suit.

« Nous prévenons M. de Ramazay, qu'Une doit pas attendre que l'ennemi l'emporte d'assault ; ainsi, sitôt qu'il manquera de vivres, il arborera un drapeau blanc, et enverra l'ofiicier de sa garnison le plus capable et le plus intelligent pour proposer sa capitulation, conformément aux articles cy -après, que nous appuyons de nos observations en marge.»

Ce furent ces articles que M. de Joannès alla proposer à M. Townshend, qui les accepta tous verbalement à l'exception du premier, qui ne fut réglé qu'à onze heures du soir.

Un convoi de bateaux chargés de farine se présenta le soir du 18 devant le palais, où on avertit les conducteurs que la ville s'était rendue le niattn.

Le chevalier de Lévis avait eu l'intention'd'attaquer l'armée anglaise dans ses lignes, et il s'avançait avec ce dessein à la tête de ses troupes, lorsqu'au Cap-Rouge, il apprit que la ville avait capitulé (1)-

(1) " Capitulation demandée par M. de Ramezay, et accordée par l'amiral Sauniers et le général Townshend.

" La garnison de la ville, composée des forces de terre, des soldats de la marine et autres, sortira avec armes et bagage, tambour battant, mèehes allumées, avec deux fûèces de canon français... et sera embarquée aussi convenablement que possible, pour être envoyée à un port de France. Les habitants, pourvu qu'Us déposent leurs iurmes, conserveront leurs maisons, biens, effets et privilèges»*'

COURS D^BiSTOIRE

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