‹ Cours d'histoire du Canada (volume 3)Chapitre 48 sur 89 · CHAPITRE QUARANTE-UNIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUARANTE-UNIÈME

Lettre de Févêque de Québec au ministre au sujet des événements de la campagne de 1759 — Jugement d'un des officiers généraux sur les principaux personnages qui ont figuré dans cette guerre — lie chevalier de Lévis prend le commandement de l'armée, qui se retire à Jacques-Cartier, puis à Montréal — Environ mille soldats français conduits en France — Joie causée en Angleterre par la prise de Québec— Départ de lord ToTrnshend— Le chevalier de Lévis marche sur Québec — Bataille de Sainte-Foie ; l'armée anglaise, complètement vaincue, se renferme dans Québec — L'arrivée d'une flotte anglaise enlève tout espoir aux Français — L© chevalier de Lévis lève le siège, et se replie sur Montréal.

L'évêque de Québec, depuis le mois de Juillet, avait fixé sa résidence à Charlesbourg ; à la fin de septembre, il se retira à Montréal, d'où, le neuf novembre, il écrivait au ministre, pour lui dire son avis sur la conduite de M. de Yaudreuil :

« On raisonne ici beaucoup sur les événements qui sont arrivés ; on condamne facilement. Je les ai suivis de près, n'ayant jamais été éloigné de M. de Yaudreuil de plus d'une lieue ; je ne puis m'empêcher de dire qu'on a un tort infini de lui attribuer nos malheurs. Quoique cette matière ne soit pas de mon * ressort, je me flatte que vous ne désapprouverez pas un témoignage que la seule vérité me fait rendre. »

A sa lettre, il joint un mémoire qu'il nomme description imparfaite de la misère du Canada. « Québec, » dit- il dans cette pièce, «a été bombardé et canonné pendant l'espace de deux mois ; cent quatre-vingts maisons ont été incendiées par des pots-à-feu ; toutes les autres criblées par le canon et les bombes. Les murs, de six pieds d'épaisseur, n'ont pas résisté ; les voûtes, dans lesquelles les particuliers avaient mis leurs effets, ont été brûlées, écrasées et pillées, pendant et après le siège. L'église cathédrale a été entièrement consumée. Bans le séminaire, il ne reste de logeable que la cuisine, où se retire le curé de Québec avec son vicaire. Cette communauté a souffert des pertes encore plus grandes hors delà ville, où l'ennemi lui a brûlé quatre fermes et trois moulins considérables^

qui faisaient presque tout son revenu. L'église de la basse-ville est entièrement détruite ; celles des Récollets, des Jésuites et du séminaire sont hors d'état de servir, sans de très grosses réparations. Il n'y a que celle des Ursulines, où l'on peut faire l'office avec quelque décence, quoique les Anglais s'en servent pour quelques cérémonies extraordinaires. Cette communauté et celle des Hospitalières ont été aussi fort endommagées ; elles n'ont point de vivres, toutes leurs terres ayant été ravagées. Cependant les religieuses ont trouvé le moyen de s'y loger tant bien que mal, après avoir passé tout le temps du siège à l'Hôpital-Général. L'Hôtel-Dieu est infiniment resserré parce que les malades anglais y sont. Il y a quatre ans que cette communauté avait brûlé entièrement. Le palais épiscopal est presque détruit et ne fournit pas un seul appartement logeable ; les voûtes ont été pillées. Les maisons des Récollets et des Jésuites sont à peu près dans la même situation ; les Anglais y ont cependant fait quelques réparations pour y loger des troupes ; ils se sont emparés des maisons de la ville les moins endommagées ; ils chassent même de chez eux les bourgeois, qui, à force d'argent, ont fait raccommoder quelque appartement, ou les y mettent si à l'étroit par le nombre de soldats qu'ils y logent, que presque tous sont obligés d'abandonner cette ville malheureuse, et ils le font d'autant plus volontiers, que les Anglais ne veulent rien vendre que pour de l'argent monnayé, et l'on sait que la monnaie du pays n'est que du papier. Les prêtres du séminaire, les chanoines, les jésuites, sont dispersés dans le peu de pays qui n'est pas encore sous la domination anglaise ; les particuliers de la ville sont sans bois pour leur hivernement, sans pain, sans farine, sans viande, et ne vivent que du peu de biscuit et de lard que le soldat anglais leur vend de sa ration. Telle est l'extrémité où sont réduits les meilleurs bourgeois.

« Les campagnes ne fournissent point de ressources et sont peut-être aussi à plaindre que la ville même. Toute la côte de Beaupré et l'île d'Orléans ont été détruites avant la fin du siège ; les granges, les maisons des habitans, les presbytères ont été incendiés ; les bestiaux qui restaient, enlevés ; ceux qui avaient été transportés au-dessus de Québec ont presque tous été pris pour la subsistance de notre armée ; de sorte que le pauvre habitant qui retourne sur sa terre avec sa femme et ses enfants, sera obligé de se cabaner à la façon des sauvages. Leur récolte, qu'ils n'ont pu faire qu'en donnant la moitié, sera exposée aux injures de l'air, ainsi que leurs ani-

maux ; les caches qu'on avait faites dans les bois, ont été découvertes par l'ennemi, et par là l'habitant est sans hardes, sans meubles, sans charrue et sans outils pour travailler la terre et couper les bois. Les églises, au nombre de dix, ont été conservées ; mais les fenêtres, les portes, les autels, les statues, les tabernacles ont été brisés. La mission des sauvages abenakis de Saint-François, a été entièrement détruite par un parti d'anglais et de sauvages ; ils y ont volé tous les ornements et les vases sacrés, ont jeté par terre les hosties consacrées, ont égorgé une trentaine de personnes, dont plus de vingt femmes et enfants.

« De l'autre côté de la rivière, au sud, il y a environ trentesix lieues de pays établi, qui ont été à peu près également ravagées et qui comptent dix-neuf paroisses, dont le plus grand nombre a été détruit. Ces quartiers n'ont aucune denrée à vendre, et ne seront pas rétablis d'ici à plus de vingt ans dans leur ancien état. Un grand nombre de ces habitants, ainsi que ceux de Québec, viennent dans les gouvernements de Montréal et des Trois-Rivières ; mais ils ont bien de la peine à trouver des secours. Les loyers, dans les villes, sont, à un prix exhorbitant, ainsi que toutes les denrées... L'année prochaine, il sera difficile d'ensemencer, parce qu'il n'y a pas de labour de fait. J'atteste que, dans cette description de nos malheurs, il n'y a rien d'exagéré, et je supplie nos seigneurs les évêques et les personnes charitables de faire quelques efforts en notre faveur. Le 5 novembre 1759. »

Ce vénérable évêque ne vécut pas longtemps après la prise de Québec ; miné par ses travaux continuels et par le chagrin de voir sa ville épiscopale aux mains des ennemis de sa patrie, il mourut le six juin 1760, à Montréal, où il s'était retiré après la défaite de l'armée française devant Québec.

Le jugement porté sur ceux qui étaient chargés de présider aux affaires du pays, pendant que cette guerre se continuait, nous est donné par un des officiers généraux :

«On n'avait pas, dit-il, compté sur une armée aussi forte, parce que l'on ne s'était pas attendu à avoir un si grand nombre de canadiens ; on n'avait eu l'intention d'assembler que les hommes en état de soutenir les fatigues de la guerre ; mais il régnait parmi ce peuple une telle émulation que l'on vit arriver au camp, des vieillards de quatre-vingts ans, et des enfants de douze à treize ans, qui ne voulurent jamais profiter de l'exemption accordée à leur âge. Jamais sujets ne furent plus dignes des bontés de leur souverain, soit par leur cons-

tance dans le travail, soit par leur patience dans les peines et les misères, qui, dans ce pays, ont été extrêmes. Dans l'armée ils étaient exposés à toutes les corvées.

» Telle a été la suite des événements qui, s'ils n'ont pas fait perdre à la France une colonie dont la conservation lui coûte si cher, l'ont du moins réduite au point de ne pouvoir désormais trouver de salut que dans une paix prochaine, à moins qu'elle ne reçoive à temps des secours immenses d'Europe. Ceux qui n'en parcourent que superficiellement les détails, ne pourront s'empêcher de compter nos malheurs au nombre de ceux qui ne peuvent être attribués qu'à la fortune ; il n'en sera pas ainsi de ceux qui, animés par un zèle éclairé pour le bien-être de l'état, ne négligèrent .point de les approfondir pour en discerner les véritables causes. Je crois pouvoir, sans rien hasarder, me flatter de les trouver dans les passions auxquelles nous avons le malheur d'être trop sujets, ou plutôt dans les désordres qui en sont les suites nécessaires.

» Quant on lui a fait passer des troupes de terre en Amérique, il ne les a considérées que du côté des services qu'elles y pouvaient rendre, et l'on peut dire que sa majesté a semblé ne vouloir les attendre que de la reconnaissance que devait exciter ces bienfaits. Mais ces mêmes faveurs dont les troupes de terre se trouvèrent comblées en arrivant en Canada, ne contribuèrent pas peu à dégoûter celles dont la destination était d'y servir à perpétuité, et sur lesquelles on ne peut disconvenir que l'on ne dût, malgré le relâchement de leur discipline, plus compter que sur les premières. Chaque pays a sa méthode de faire la guerre, et l'on sait que celle qu'il faut suivre en Canada, n'a que peu de rapports avec celle que l'on pratique en Europe.

»De ce germe, de jalousie naquit bientôt entre les différents corps une mésintelligence à laquelle le partage de l'autorité dans le commandement prépara les voies pour remonter de grade en grade jusqu'aux chefs, où elle produisit les ravages dont les suites devaient être si funestes.

» Monsieur de Montcalm en ressentit et en laissa le premier apercevoir les accès. Plein d'esprit... maisplus brillant par les avantages d'une mémoire ornée, que profond dans les sciences relatives à l'art de la guerre, dont il n'avait pas même les premiers éléments, ce général était peu propre au commandement des armées ; j'ajouterai que, quoique brave, il n'était nullement entreprenant. Il n'eût jamais, par exemple, attaqué le fort George, s'il n'y avait été comme forcé par les reproches

que lui fit sur l'espèce de timidité qu'il montrait, M. de Rigaud, homme borné à la vérité, mais plein de valeur et d'audace, accoutumé à courir les bois ; et il eût abandonné le siège du fort George à peine commencé, s'il n'eût été rassuré par la fermeté de M. le chevalier de Lévis. Il joignait à cette médiocrité dans les talents nécessaires à un militaire de son rang, un défaut bien grand pour un général, c'est l'indiscrétion. Plus occupé du soin de faire briller son éloquence, que des devoirs qu'exigeait son état, il ne pouvait s'empêcher de publier ses desseins, longtemps avant qu'ils pussent être mis à exécution. C'est par ces propos sans intention, qu'il a fait perdre à M. de Yaudreuil la confiance du soldat, des habitants et du sauvage même, auxquels ce gouverneur eût été certainement cher, si ces gens avaient su pénétrer ses sentiments pour eux.

» Du bon sens, point de lumières, trop de facilité, une confiance dans les événements qui rend les précautions souvent tardives, de la noblesse avec de la générosité dans les sentiments, beaucoup d'affabilité : voilà les principaux traits qui m'ont paru caractériser M. de Yaudreuil. Sa bonté poussée à l'excès, eût certainement, en Europe, été sujette à des inconvénients infinis ; en Canada, le vice opposé eût sûrement précipité la ruine de la colonie, On ne peut, sans y avoir vécu, se faire une idée exacte de la patience dont il faut en particulier être doué pour soutenir les importunités de la part des sauvages auxquels un gouverneur est continuellement exposé, et surtout en temps de guerre. Ignorant également les maximes du gouvernement civil ou militaire, M. de Yaudreuil n'a pu, d'un autre côté, concevoir les inconvénients qu'il y avait à pousser trop loin l'indulgence, dont il convenait néanmoins d'user avec mesure envers les milices. Cela a produit deux effets également fâcheux : les Canadiens, de la valeur, de l'adresse et en même temps de la docilité desquels bien modifiés, il n'est rien que l'ennemi pût attendre, sont tombés insensiblement dans le relâchement, et M. de Montcalm, de son côté, fut assez peu citoyen pour en tirer une sorte de droit, de laisser périr, parmi ses troupes de terre, toute espèce de discipline. Le soldat cessa de reconnaître l'officier, qui devint lui même insubordonné ; les désordres de tout genre suivirent ; il n'y eut plus de règle ni d'exactitude dans le service ; rien n'égale les dégâts commis par les troupes dans toutes les campagnes où l'armée a campé. On s'en plaignait, le général répondait que tout appartenait au soldat, qui, instruit de ses dispositions, se

répandait clans les habitations à deux et trois lieues à la ronde. C'est à cette occasion qu'une femme, un jour d'alerte, en reprochant à M. de Montcalm la dureté avec laquelle il laissait ravager par ses soldats, le bétail, la vollaille, les jardins, les plantations de tabac et même les blés, lui dit chez M. de Yaudreuil, en présence de vingt officiers, qu'il aurait cinq cents soldats de moins à opposer aux efforts de l'ennemi, dont on s'attendait à être attaqués dans le moment même, s'il ne se hâtait d'envoyer battre Ja générale dans la profondeur de Charlesbourg, où ils s'occupaient à piller l'intérieur même des maisons.

» De la conduite que tenaient ces deux généraux, je dois passer à celle de l'intendant, qui devait concourir dans les arrangements relatifs aux opérations générales. Je n'examinerai pas les reproches que lui a faits le public ; je dirai seulement que les bénéfices immenses, à la vérité, que lui ont apportés les fonds qu'il a risqués dans le commerce, en lui laissant beaucoup d'envieux, ont exposé sa réputation aux traits de la plus noire calomnie. Les ressources d'un commerce heureux sont connus dans tous les pays du monde ; le bonheur le plus marqué a toujours constamment accompagné celui qui s'est fait pour le compte de cet intendant. . . J'ajouterai qu'il n'eût certainement point donné lieu à tant de propos, si sa générosité n'avait fait un grand nombre d'ingrats. Ce n'est pas que je prétende approuver qu'un intendant fasse le commerce. Je croirai, malgré l'usage où ont été les ministres de le tolérer assez ouvertement, qu'il s'y trouvera toujours des inconvénients infinis ; mais aussi il faut que le roi fasse à un homme de ce rang un traitement qui puisse le mettre en état de vivre convenablement. »

Cependant, en arrivant à Jacques-Cartier, M. de Yaudreuil écrivit au chevalier de Lévis de se rendre à l'armée pour en prendre le commandement. Apprenant, à son arrivée, que les Canadiens avaient quitté l'armée et s'étaient retirés chez eux, il fit sortir un ordre général menaçant de la mort ceux qui laisseraient les rangs pour retourner auprès de leurs familles. Néanmoins, on lui représenta qu'il ne pouvait songer à exécuter un tel ordre, à moins qu'il n'eût été sanctionné par M de Yaudreuil, qui n'avait pas reçu ce pouvoir du roi ; que les Canadiens n'étaient que des volontaires qui servaient sans recevoir de paye ; qu'il était injuste de punir un petit nombre de ces habitants, qui, par nécessité, avaient laissé l'armée pour essayer de mettre à l'abri leurs récoltes, et pour pour-

voir aux besoins pressants de leurs familles. Toujours décidé de mettre ses ordres à exécution, de Lévis demanda au gouverneur de l'autoriser à les faire exécuter. De Yaudreuil refusa d'y consentir jusqu'à ce qu'il y eut été autorisé par un ordre exprès du roi. Cependant, de Lévis fut avisé par ses amis de garder sur cette question ses sentiments aussi secrets que possible, puisqu'en les faisant connaître, il empêcherait les milices de se joindre à son armée.

Le chevalier de Lévis était arrivé à Jacques-Cartier le lendemain de la venue des troupes ; il blâma hautement la retraite qu'on avait faite, et convint avec Vaudreuil de retourner à Québec aussitôt que possible pour secourir cette ville. On fit avertir M. de Ramezay de tenir encore quelques jours.

L'armée française partit de Jacques-Cartier pour se rendre à Québec ; elle était rendue à Saint-Augustin pour y passer la nuit, lorsque l'on apprit que la ville s'était rendue -, les généraux en furent d'autant plus surpris, qu'elle n'était pas investie, et qu'on y entrait et en sortait sans aucune difficulté. Après avoir appris cette nouvelle, le marquis de Yaudreuil fit remonter les troupes à Jacques- Cartier ; elles y demeurèrent jusqu'au commencement de novembre, où on les fit monter à Montréal ; on ne laissa dans le fort qu'environ mille hommes pour le défendre.

Aussitôt que la capitulation fut signée, les troupes anglaises prirent possession de la ville, du côté de terre ; des gardes furent placées dans différentes parties de la place, et le capitaine Pallisser, avec des soldats de marine, s'empara de la basse-vil!e.

Environ mille soldats français s'embarquèrent le lendemain sur les transports anglais, et furent conduits en France, où ils portèrent la nouvelle du malheur arrivé aux Français.

En Angleterre, la nouvelle de la prise de Québec, portée par le colonel Haie, produisit une joie universelle et excita l'enthousiasme du peuple ; la ville de Londres et plusieurs autres corporations d'Angleterre, présentèrent au roi des adresses de congratulation, et la chambre des communes lui présenta une humble demande pour qu'un monument fût érigé dans l'abbaye de Westminster, à la mémoire du major-général Wolfe. Par une proclamation royale, un jour de remercîment public à Dieu fut désigné pour tout l'empire britannique.

Bientôt après la prise de Québec, lord Townshend partit avec ses troupes, laissant au général Murray environ cinq mille hommes pour garder la ville conquise ; en second, commandait

du Canada*

le colonel Burton. Une escadre nombreuse fut laissée à Halifax, avec l'ordre de visiter Québec au printemps. A New-York, hivernait le commandant en chef, qui devait, au printemps, rentrer en campagne pour se rendre maître du reste de la colonie. De son côté, pendant l'hiver, le général Murray préparait Québec à résister aux attaques que les Français pourraient faire pour la reprendre. La garnison, pendant l'hiver, fut occupée à bâtir quelques redoutes, à monter les canons dans les embrasures, et à ramasser des provisions pour les besoins de la ville. Deux cents hommes furent postés à Sainte- Foie, et le double à Lorette. La garde française, à Saint- Augustin, fut enlevée avec un grand nombre de bestiaux ; les habitants des paroisses voisines furent désarmés. Par ces précautions, Murray réussit à étendre le pouvoir britannique sur un certain nombre de paroisse, et à obtenir des provisions et d'autres objets nécessaires pour la garnison. A Sainte-Foie, Ton obtint seize mille cordes de bois, qui furent coupées pendant l'hiver, par quelques centaines d'hommes.

Les Anglais exécutèrent très-bien les articles de la capitulation par rapport aux équipages des officiers, mais assez mal touchant les propriétés des particuliers, dont ils démolirent les maisons dans les faubourgs. Aussi, pendant l'hiver, une partie des soldats furent employés à en relever et à en réparer cinq cents, tant de celles qui avaient été endommagées par l'artillerie, que de celles qu'eux-mêmes avaient démolies.

De l'autre côté, les français retirés à Montréal, ne pouvaient tous demeurer dans la ville, et beaucoup furent placés dans les campagnes environnantes. Dès l'automne, vers la fin de novembre, dix vaisseaux du munitionnaire général lurent envoyés pour retourner en France ; un coup de vent en fit périr cinq, et les autres passèrent sous le feu de Québec, sans être incommodés. Poussé par le vent, un des navires français avait échoué à la côte près de Saint-Nicolas. Désespérant de le sauver, l'équipage avait préparé une longue traînée de poudre pour le faire sauter. Cependant, le capitaine Miller du Race Horse s'avançait pour s'en emparer ; avec lui étaient son lieutenant et une quarantaine d'hommes, qui se rendirent sur le navire français ; à peine les matelots avaient-ils commencé à promener la torche allumée par les ordres du capitaine Miller, que quelques étincelles tombèrent sur la poudre, qui s'enflamma, brisa le navire et tua presque tous les matelots, quelques-uns seulement échappèrent, quoique grièvement blessés, et furent sauvés par un canadien.

Quelques détachements furent envoyés de différents côtés ; un d'entre eux vint s'établir à la pointe Lévis, pour y former et y défendre un magasin de provisions. Dès que la glace fut arrêtée vis-à-vis de Québec, le général Murray dépêcha deux cents hommes pour s'en emparer; beaucoup moins nombreux, les Français se retirèrent précipitamment. Le détachement anglais se logea dans l'église, en attendant qu'ils pussent bâtir deux redoutes en bois où devaient être placés quelques canons.

Peu de temps après, les Français revinrent avec des forces plus considérables pour reprendre leur poste ; mais le général Murray, informé de leur retour, envoya plusieurs bataillons et des troupes légères pour les surprendre ; avertis de ce mouvement, les Français se retirèrent de nouveau.

Vers le premier d'octobre, un détachement d'environ deux cents hommes de l'armée du sieur Amherst, ayant traversé un pays considérable à travers les bois, vint à la faveur de la surprise brûler le village sauvage de Saint-François. Les sauvages alors absents, revinrent promptement au nombre de deux cents, les poursuivirent, attaquèrent quelques pelotons, en massacrèrent une quarantaine et emmenèrent dix prisonniers à leur village, où quelques-uns, malgré les efforts des canadiens pour les sauver, devinrent victimes de la fureur des femmes.

Dans la nuit du dix-huit de mars, deux cents hommes d'infanterie légère furent détachés de la garnison de Québec, avec des provisions pour trois jours, et le lendemain une compagnie de grenadiers les suivit ; ils se rendaient au calvaire, conduits par un déserteur français qui avait endossé l'uniforme anglais. Pendant qu'ils suivaient cette route, ils surprirent un poste avancé des Français, et firent prisonniers un caporal et neuf soldats. Après cette capture, ils s'avançèrent rapidement, de peur d'être découverts. Arrivée près du camp fortifié qu'elle cherchait, l'infanterie légère attaqua une maison, y tua quatre hommes, et enleva une vingtaine de prisonniers. Le corps principal des Français commença alors à s'ébranler ; ils se trouvaient à trois cents verges, à l'abri d'un abattis d'arbres, derrière lesquels ils tirèrent quelques canons.

Le capitaine McDonald, qui commandait cette expédition, voyant les Français avantageusement postés, s'attendait à une résistance assez chaude, et fit des dispositions pour attaquer les Français en forme. Ceux-ci cependant furent repoussés, et perdirent environ quatre-vingts hommes, qui restèrent prisonniers. Le capitaine McDonald détruisit le fort, trois moulins et quelques maisons aux environs. Quelques soldats français

furent ramenés à Québec ; et les blessés furent laissés entre les mains des habitants, qui furent chargés de les conduire à Jacques-Cartier. Environ cent soldats anglais eurent quelques membres gelés, et furent ramenés à Québec dans des voitures.

Cependant les moulins détruits appartenaient aux religieuses de l'Hôtel-Dieu ; aussi le général Murray envoya le major de ville avertir la supérieure des raisons qui l'avaient porté à faire détruire leurs propriétés près du calvaire. Il lui reprochait d'avoir correspondu avec les Français durant tout l'hiver, pour les informer de l'état dans lequel se trouvait l'armée anglaise, et des mesures qu'elle prenait. Le. gouverneur lui signifia que, si elle ou quelqu'une de ses sœurs; présumait à l'avenir de correspondre avec les Français, directement ou indirectement, elle serait sans aucune cérémonie, bannie de Québec, et le couvent serait converti en caserne pour les troupes de sa majesté le roi d'Angleterre.

Cependant, M. de Yaudreuil, avait adressé aux capitaines de milices résidant dans le gouvernement de Québec, une lettre circulaire dans laquelle il leur déclarait que depuis le commencement de la campagne, il avait ressenti la fâcheuse situation des habitants de ce district, occasionnée par les malheurs de la guerre ; qu'il avait pris part aux maux dans lesquels ils avaient été plongés par l'injustice du général Murray ; que leur malheureuse situation, et leur zèle pour les intérêts du roi de France, augmentaient son ardent désir de les secourir et de reprendre Québec ; que dans ce dessein il avait réuni un train considérable d'artillerie et une puissante armée, composée de troupes du roi, de canadiens, et de sauvages, et qu'avec ces braves, il espérait rétablir l'ancien ordre de choses ; qu'il avait résigné le commandement en chef en faveur du chevalier de Lévis; que le service public exigeait que lui-même demeurât à Montréal, mais que le chevalier, ami des Canadiens, descendrait avec des troupes à Québec, et que la France ne manquerait pas de lui envoyer de puissants secours. *

De son côté, le général Murray, envoya des lettres pour engager les habitants à demeurer tranquilles, sous peine çle voir leurs habitations brûlées.

Cependant, le dix-sept d'avril, le chevalier de Lévis laissa Montréal avec ses troupes, qui renfermaient quatre mille cinq cents hommes, six mille canadiens.

Le marquis de Yaudreuil lui laissait une entière liberté pour le choix de ses opérations, et lui rappelait qu'à Saint-Barnabe, au Bic et à File aux Coudres, avaient été placées des vedettes

chargées de veiller sur l'arrivée des navires français, et de leur fournir de bons pilotes. En même temps, il invitait les curés à favoriser les elforts que voudraient faire les habitants du gouvernement de Québec, pour favoriser la cause de la France.

Le chevalier de Lévis, arriva à la Pointe- a ux-Trembles, le vingt-quatre avril,- avec les frégates et gabarres du roi, et les navires qui portaient l'artillerie, les provisions et munitions de guerre ; toute la journée du vingt-cinq fut employée à régler Tordre de marche de l'armée, qui se mit eu route le vingt-six. Au Calvaire, il apprit que les Anglais fortifiaient les hauteurs du Cap-Rouge et les bords de la rivière qui tombe dans le fleuve près de ce lieu ; aussi il se décida à remonter ce cours d'eau, pour arriver par la Suède sur le terrain élevé qui avoisine l'église de Sainte-Foye.

De la position qu'avaient prise les Anglais, le chevalier de Lévis, croyait que les Anglais ignoraient absolument son approche de Québec. Cependant, ils en avaient été avertis par un accident arrivé à un artilleur, Le vingt-sept d'£vril, vers deux heures de la nuit, la garde qui veillait sur la goélette de guerre le Race Horse, entendant du bruit sur la rivière, en informa le capitaine Cartney ; il envoya immédiatement de ce côté une chaloupe, qui rapporta à bord un pauvre militaire, à demi-mort de faim, sur un glaçon. C'était un sergent français à demi gelé, dont le bateau avait été versé par les glaces ; ses six compagnons s'étaient noyés ; pour lui, il avait réussi à monter sur une large glace, qui l'avait porté jusque près de l'église de Saint- Laurent, à l'île d'Orléans, et, dans le moment où il fut sauvé, il remontait avec le courant ; il ajouta que l'escadre française, consistait en frégates, galiottes, batteries flottantes, bateaux chargés de munitions, d'artillerie, et des provisions descendaient au Foulon et à Sillery, où devaient les joindre MM. de Lévis et de Bourlamaque avec douze mille hommes ; que leurs navires avaient été jetés de côté et d'autre par un fort coup de vent, et que plusieurs avaient été perdus ; qu'ils attendaient une puissante flotte de France, avant qu'aucun navire anglais ne pût remonter le fleuve ; que de jour en jour ils espéraient voir arriver une frégate chargée de munitions et de marchandises qui avait passé l'hiver à Gaspé.

Informé du départ de Murray (1), le chevalier de Lévis

(1) Le général James Murray, servit sous Wolfe dans son expédition deRochefort; le 23 octobre 1759, il fut nommé gouverneur de Québec, et, le lendemain, colonel commandant du 1er bataillon du 60e régiment royal américain ; il mourut en juiu 1794. (E. B. O'Collaghan.)

poussa par le chemin du Cap-Rouge onze compagnies de grenadiers, tandis que l'armée allait remonter près de l'église de Sainte-Foye, où était rendu le général Murray avec deux mille cinq cents hommes. Bientôt les grenadiers français sortirent avec les sauvages des marais de la Suède, et chassèrent devant eux les troupes anglaises, et prirent dix-huit canons encloués. Cependant, avant de se retirer, les Anglais avaient mis le feu à l'église, qu'ils brûlèrent entièrement, quoiqu'il y eût beaucoup de poudre, environ quinze cents mousquets et une quantité de provisions. L'arrière garde anglaise fut poursuivie et pressée jusqu'au moulin de Dumont, près de la ville. Dans cette marche, plusieurs anglais furent tués, ainsi que quelques soldats français.

Dans la nuit du vingt-sept au vingt-huit avril, de Lévis resta maître de Sainte-Foye ; le jour suivant, ses troupes se portèrent vers Québec ; il voulait forcer l'ennemi à se retirer dans la ville, afin de la cerner, et d'ouvrir la tranchée le plus tôt possible.

Avec quatre mille hommes, le général Murray, s'était porté en avant, jusqu'au moulin de Dumont, d'où son armée s'étendait vers le fleuve, et se déployait sur un terrain élevé, le front défendu par vingt-deux canons de bronze. A mesure que l'armée française débouchait, elle se portait vers la droite, pour se trouver vis-à-vis des troupes anglaises. La bataille commença par une suite d'attaques sur le moulin de Dumont, qui couvrait le chemin qu'avaient suivi les corps français en venant de Sainte-Foye ; il se trouvait entre les grenadiers français et les montagnards écossais, et tombait successivement aux mains des uns et des autres. Armés de leurs baïonnettes, les grenadiers chassaient par les fenêtres les écossais, qui, la dague à la main, rentraient par les portes, et obligeaient à leur tour les grenadiers à s'échapper par le chemin qu'euxmêmes avaient suivi. Plusieurs fois, les uns et les autres furent chassés de l'intérieur, et la contestation aurait durée jusqu'à ce qu'ils fussent tous tombés, si les généraux ne les avaient forcés de se retirer et de laisser le moulin comme un point neutre. L'on y avait combattu avec tant d'acharnement qu'il ne restait que quatorze à quinze grenadiers par compagnie, et le même nombre de montagnards.

La gauche de l'armée française se maintenait dans un lieu bas7 à quarante pas des Anglais, quoique écrasée par l'artillerie. Voyant sa mauvaise position, le chevalier de Lévis envoya M. de la Pause, adjudant de Guyenne, pour la faire retirer de

quelques pas, et la placer sur une hauteur parallèle à celle qu'ocupait l'armée anglaise. Passant rapidement le long de la ligne, cet officier ordonna à chaque régiment de se retirer un peu, sans donner le motif des ordres de M. de Lévis. A ce moment, les Anglais crurent qu'ils prenaient la fuite, et descendirent de leur terrain élevé, pour les poursuivre. M. Dalquier, vieil officier extrêmement brave, qui commandait le bataillon de Béarn et les troupes de la colonie, sur la gauche de l'armée française, se tournant alors vers ses hommes, leur adressa quelques mots : «Il n'est pas temps maintenant, mes enfants, leur dit-il, de vous retirer : vous n'êtes qu'à quarante pas de l'ennemi ; avec la baïonette au bout de vos fusils, jettez-vous sur eux ; c'est ce qu'il y a de mieuxà faire. » Aussitôt ils s'élancèrent sur les Anglais, et s'emparèrent de leurs canons. Une balle traversa le corps de Dalquier déjà couvert de blessures, mais ne l'empêcha pas de continuer à donner ses ordres. A droite, sur le flanc droit de l'armée, Poulariès (1) était à la tête de Royal-Roussillon et de quelques corps des milices canadiennes. Voyant Dalquier rester ferme, tandis que le centre se retirait en désordre et laissait un vide entre les deux, il ordonna à son régiment et aux canadiens de se porter vers la gauche et de tomber sur le flanc gauche de l'armée anglaise, car les troupes françaises s'étendaient à droite au-delà de l'armée anglaise. En apercevant le mouvement des soldats de Poulariès, l'ennemi prit la fuite avec précipitation. Les troupes françaises, qui s'étaient retirées, s'avancèrent rapidement, et suivirent si vivement les Anglais, que, sans les ordres de leurs officiers qui s'efforçaient de les faire arrêter, elles seraient entrées pêle-mêle dans la ville avec les fugitifs, car elles étaient près des barrières de la ville, quand cet ordre leur fut donné.

Suivant le rapport du chevalier de Lévis (2), les Anglais perdirent dans cette bataille quinze cents hommes, et les Français sept cents, parmi lesquels beaucoup d'officiers. « Nous n'avions, » ajoute M. de Lévis, « que quatre mille cinq cents hommes qui aient combattu ; la victoire est due à la valeur des troupes et des Canadiens, et à la conduite des chefs des corps. »

Le général Murray, réfugié dans les murs de Québec, fit travailler aux fortifications, éleva deux cavaliers, et plaça sur les rampartscent trente-deux pièces d'artillerie. Le vingt-huit

(1) Manuscrit du chevalier Johnston.

(8) Bibliothèque de l'arsenal, Paris ; Lettre de M. de Lévis.

avril au soir, il publia un ordre dans lequel il annonçait que, quoique ce jour eût été malheureux pour les armes britanniques, les affaires n'étaient pas désespérées; il avait souvent reconnu la bravoure des troupes qu'il commandait, il était certain qu'elles s'efforceraient de regagner ce qu'elles avaient perdu ; il exhortait les' officiers et les soldats à supporter les fatigues qu'ils avaient à souffrir, et les encourageait à s'exposer avec joie à quelques dangers ; c'était un devoir qu'ils avaient à remplir envers leur roi, leur pays et euxmêmes.

Le soir même de la bataille, le chevalier de Lévis commença à creuser des tranchées à huit cents verges des murailles, et, le dix mai, ses batteries, consistant en treize canons et deux mortiers, ouvrirent leur feu avec vivacité. Cependant, comme il attendait les vaisseaux français qui devaient arriver, il ne fit point d'autres approches.

Lord Colville, avec sa flotte, avait fait voile de Halifax le vingt-deux d'avril ; mais il avait été retardé, en remontant le Saint-Laurent, par les vents contraires et les bancs de glaces qui descendaient dans le fleuve. Yers la mi-mai, le Commodore Swanton, qui avait été dépêché d'Angleterre, arrivait au Bic, où il s'arrêta pour attendre le reste de son escadre, qui, dans le voyage, s'était séparé de lui ; mais le Lowestoffe, un de ses vaisseaux, arrivait à Québec le neuf mai. Depuis quelques jours, les Français qui attendaient du secours examinaient avec soin, du haut des buttes à Neveu, l'entrée du bassin de Québec, dans l'espérance d'apercevoir quelques vaisseaux français ; aussi, lorsque le Lowestoffe parut, leur attention se concentra sur ce vaisseau. S'il eût été français, Québec n'aurait pu longtemps résister. Grand fut le découragement de tous, lorsqu'ils le virent, en avançant dans le port, arborer le pavillon britannique. Les Anglais, au contraire, furent remplis de courage ; le capitaine Dean communiqua au gouverneur les nouvelles encourageantes qu'il apportait de l'entrée de la flotte britannique dans le fleuve. Dès que Swanton apprit que Québec était assiégé, il remonta le fleuve, et, le quinze mai, il jetait l'ancre au-dessus de la pointe Lévis.

Le général Murray lui fit connaître le désir qu'il entretenait de voir s'éloigner lescadre française, composée de deux frégates, YAtalante de trente-six canons, et la Pomone de trentedeux, et de quelques petits bâtiments. Le commodore ordonna au capitaine Schomberg, de la Diane, et au capitaine Dean, du Lowestoffe, d'attaquer la flotte le lendemain. La flotte fran-

çaise s'échappa en désordre; l'une des frégates se jeta à terre au-dessus du cap Diamant, une autre fut brûlée à la Pointeaux-Trembles, et les autres furent presque toutes détruites. Yauclain, qui commandait un petit bâtiment de seize canons, se distingua par une bravoure héroïque ; il combattit comme un lion contre un vaisseau anglais de quarante canons, jusqu'à ce qu'il n'eût plus ni poudre, ni boulets. Alors il envoya à M. de Lévis ce qu'il y avait de valide dans son équipage, croyant qu'ils pouvaient lui être utiles ; avec ses blessés, il resta à bord de son bâtiment, son pavillon flottant comme durant le feu. Après avoir continué de tirer pendant quelque temps, les Anglais, voyant qu'il ne répondait pas, s'approchèrent dans leurs chaloupes, et lui demandèrent de tirer ou d'abattre son pavillon. Yauclain leur répondit fièrement, que, s'il avait eu de la poudre, il n'aurait pas gardé si longtemps le silence ; que, s'ils en avaient le désir, ils pouvaient abattre son pavillon, que son affaire avait toujours été de faire abattre celui des autres- Voyant son obstination, les Anglais amenèrent son pavillon, et le traitèrent avec les égards que méritait son courage. Déjà, à Louisbourg, il s'était fait connaître par sa bravoure. Sa conduite intrépide plut tellement, que l'amiral anglais lui demanda en quoi il pourrait lui rendre service. Il répondit qu'il désirait obtenir sa liberté, et retourner en France. L'amiral l'envoya en Europe aussitôt qu'il put, et commanda au capitaine d'obéir à Yauclain et de le conduire au port où il voudrait débarquer (1).

Les espérances de l'armée française étaient déçues ; la flotte anglaise arrivait avec des secours abondants pour le général Murray. N'ayant plus d'espérance, le chevalier de Lévis leva le siège, laissa quinze cents hommes à laPointe-aux-Trembles et à Jacques-Cartier ; et avec le reste se retira vers Montréal. Sur les frontières du lac Champlain, étaient cinq cents hommes commandés par M. de Bougainville, et cinq cent quarante au fort Lévis sous M. Pouchot, qui était au-dessus des rapides, près de la Présentation.

(1) Vauclain était un bel homme, d'environ trente ans, excellent matelot, dont les manières douces prévenaient en sa faveur. La duchesse de Mortemart le recommanda particulièrement à M. Berryer, qui, en 1760, était secrétaire de la marine ; il répondit : " Madame, je sais très-bien que M. Vauclain a servi le roi merveilleusement comme un héros ; mais il n'est pas gentilhomme de naissance ; et je dois pourvoir aux demandes d'un grand nombre d'officiers de grandes familles. Il s'est formé dans le service marchand j qu'il y retourne."

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