‹ Cours d'histoire du Canada (volume 3)Chapitre 50 sur 89 · COURS ©^HISTOIRE · texte numérisé non relu

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daienl les richesses. Que ce qu'ils avaient à faire, était de se séparer de l'armée, de déposer les armes, de demeurer chez eux, et de ne prêter aucune assistance aux ennemis. S'ils observaient ces conditions, ils ne recevraient point de dommages, et le Canada serait préservé des horreurs qui le menaçaient d'une destruction certaine.

La proclamation, qui fut largement répandue, produisit de bons effets parmi les Canadiens. Depuis longtemps accablé, le peuple du district de Québec avait trouvé, depuis l'automne précédent, son fardeau beaucoup plus léger. Il aurait bien voulu demeurer français ; mais de jour en jour il s'apercevait que la France s'était peu occupée de le protéger depuis quelques années. En effet, un roi, guidé par les Pompadours et les du Barry, n'était guère capable de sacrifier ses plaisirs pour défendre un pays éloigné, que plusieurs regardaient comme quelques arpents de neige, où, au milieu des souffrances, vivaient péniblement quelques français expatriés.

On annonçait, dans le même temps, des nouvelles bien propres à décourager les amis de la France. Lord Amherst se préparait à descendre par le Saint-Laurent à Montréal, avec une forte armée. De Franeç, l'on apprenait que les lettres de change de l'année précédente n'y avaient pu être soldées, et que l'intendant n'aurait plus le droit de tirer sur la France. Cette rumeur causait beaucoup d'inquiétude; dans le pays, il y avait beaucoup de papier-monnaie en circulation, et l'on ne pouvait trouver le moyen de le faire payer. L'on avait, pendant longtemps, critiqué le système de finance de l'intendant (1 ), et la cour de France envoyait comme commissaire le Trémis, chargé de s'entendre avec l'intendant sur les meilleurs moyens à suivre dans ce département. Les affaires, à son arrivée, lui

(1) Dans les commencements de l'établissement du Canada, on n'y trouvait qu& peu d'argent monnayé, et, chaque année, une grande nairtie de ce qui y avait été porté était renvoyée pour payer les articles dont les habitants avaient besoin. Pour rendre les transactions plus faciles, le gouvernement substitua le papier aux métaux; il servait â toutes les fins, soit à payer les troupes, soit à subvenir aux autres dépenses du gouvernement, jusqu'à l'année 1720, quelle gouvernement français n'ayant pas pourvu au rachat du papier, celui-ci perdit son crédit et devint sans valeur. Plus tard, il revint en usage, et, depuis quelques années, il avait acquis beaucoup de valeur, et il était même quelquefois préféré à l'argent monnayé. En 17&9, l'intendant ett ceux qui s'occupaient des affaires du gouvernement, émirent beaucoup de cartes, qu'ils prétendaient être pour l'avantage de la couronne y mais, comme la cour de France les accusait de malversation, la décision demeura suspendue jusqu'à l'année 1763. Comme les Canadiens avaient toujours eu beaucoup de confiance dans Bigot, qu'ils supposaient rejrêtu de tous les pouvoirs de la couronne, ils continuaient de recevoir les cartes à l'ordinaire, et, en général, ils les recevaient à leur valeur entière. A la conquête, quatre millions et demi de livres sterling de ce papier étaient encore à payer. Immédiatement, ils tombèrent de valeur j. mais, à la paix, la Grande-Bretagne" obtint pour ses sujets trois millions en contrats, et six cent mille louis en argent.

parurent si difficiles, qu'il évita de s'en occuper, et se borna à une autre partie de ses instructions, par laquelle le ministre lui recommandait de réunir tous les détails qu'il pourrait rassembler sur la colonie, et de les transmettre à Paris. «Homme d'esprit et de pénétration, le commissaire découvrit beaucoup de spéculations qui avaient eu lieu, et, dans ses observations au ministre, il détailla les circonstances qui confirmaient les inexactitudes dont la compagnie avait si souvent été accusée. En conséquence des représentations faites à ce sujet, le conseil d'état ordonna qu'aucun paiement ne serait approuvé avant d'avoir été soigneusement examiné ; mais, comme il était nécessaire de soutenir le crédit de la couronne, tant que les troupes du roi y demeureraient, le gouverneur et l'intendant reçurent des instructions particulières sur la conduite qu'ils devaient tenir. Yaudreuil et Bigot, surtout le dernier, voyaient s'épaissir l'orage qui menaçait de fondre sur leurs têtes, et ne savaient comment y échapper. Pour mettre à exécution les ordres qu'ils avaient reçus, ils adressèrent au peuple du Canada une circulaire dans laquelles ils cherchaient à pallier les difficultés dans lesquelles ils étaient embarrassés, «ils avaient, » disaient-ils, «reçu du ministre une lettre qui leur enjoignait de faire connaître les sentiments de sa majesté ; les circonstances étaient telles, que le roi était obligé de suspendre le paiement des lettres de change; celles qui avaient été tirées en 1757 et 1758, seraient liquidées trois mois après la conclusion de la paix ; on y joindrait l'intérêt du temps où les sommes deviendraient dues, les lettres de change de 1759 ne seraient payées qu'après dix-huit mois ; ils devaient avertir les sujets du roi de France, que les nécessités du trésor seules pouvaient le forcer d'en agir ainsi envers ceux qui avaient donné tant de preuves de leur fidélité et de leur attachement, et qui, il en était sûr, attendraient patiemment le moment où leurs dettes seraient payées. L'évêque de Québec était prié par le gouvernement de coopérer avec le gouverneur et l'intendant à pacifier le peuple et à l'assurer que des moyens seraient pris aussitôt que possible pour satisfaire leurs justes demandes.

Cependant, on avait reçu à Montréal des rapports qui annonçaient que le général Amherst se dirigeait de Chouaguen sur cette ville ; Haveland des bords du lac Champlain, et Murray de Québec. Le marquis de Yaudreuil en avait fait son quartier général, et désirait y établir son dernier lieu de défense contre les Anglais. Il rassembla ses forces, ferma ses magasins, et érigea de nouvelles fortifications pour la défense de cette cité.

Quelques travaux furent faits sur l'île de Sainte-Hélène. Sur la rive du sud, Bourlamaque commandait un fort détachement de réguliers et de canadiens, dont une partie occupait Varennes, tandis que le corps principal était posté à Longueuil. Pour arrêter les progrès du général Murray et rendre la navigation plus difficile, un ingénieur fut envoyé aux îles du lac Saint-Pierre pour y dresser des ouvrages et empêcher les vaisseaux ennemis de monter dans le canal ; un petit retranchement fut même élevé sur une de ses îles, mais inutilement, car le général Murray découvrit un autre passage par lequel il passa, en remontant avec ses troupes pour aller joindre Amherst. Celui-ci descendait le Saint-Laurent pour attaquer la ville de Montréal. En remontant, le général Murray aperçut le fort de Jacques-Cartier, et crut qu'il était important de le prendre ; il le fit attaquer par le colonel Fraser, qui remonta de Québec avec neuf cents hommes, et le prit sans difficulté. Il ne se trouvait plus que cinquante soldats et cent cinquante miliciens, qui furent renvoyés dans leurs familles, après avoir prêté le serment d'allégeances

Le général Murray remonta ensuite les rapides du Richelieu, et, en les passant, reçut quelques coups de canons d'une batterie élevée à Deschambault. A Sainte-Croix, un détachement débarqua pour attaquer un petit parti français qui y était posté sous la conduite d'un lieutenant, et qui fut obligé de s'enfuir. Effrayés à l'approche des Anglais, les habitants abandonnèrent leurs habitations, et se retirèrent dans les bois. Il s'empara des paroisses de Saint-Antoine, de Sainte-Croix et de Lotbinière, dont les habitants firent le serment de neutralité. Près des Grondines, il s'empara d'un bateau chargé de provisions, et fit des remontrances aux prêtres qu'il rencontra, fit saisir un sergent français déguisé en paysan canadien, et qui, pour sauver sa vie, lui fit connaître l'état des troupes françaises. La flotte alla ensuite s'arrêter vis-à-vis de Batiscan, où était un camp de canadiens, qui les attaquèrent. Dès que la flotte se remit en route le lendemain, une partie de ces miliciens remonta vers les Trois-Rivières. Les habitants de Bécancourt remirent leurs armes, et prêtèrent serment de neutralité. Le huit d'août, la flotte fit voile, et alla s'arrêter vis-àvis des batteries françaises des Trois-Rivières. Cette petite ville avait été préparée pour le passage des vaisseaux anglais ; deux mille hommes garnissaient les fortifications qui y avaient été élevées ; un rempart s'étendait sur la partie la plus élevée, et se terminait par quelques petites redoutes, dont l'une était

près de l'ancien moulin à vent. La place leur parut assez bien défendue, pour qu'ils n'osassent l'attaquer ; mais la flotte remonta et ne trouva d'autre obstacle que dans les îles de Sorel, où une longue chaîne barrait le passage et s'étendait entre deux redoutes placées sur deux petites îles, et qui ne pouvaient être aperçues qu'au moment où les navires arrivaient vis-à-vis. Pendant deux heures, les matelots travaillèrent à enlever cette chaîne, et la flotte put alors aller jeter l'ancre vis-à-vis de la rivière de Richelieu. Sur la rive gauche de cette rivière, les Français avaient un poste, composé d'environ quatre cents hommes des troupes de la colonie et d'un corps de milices ; sous la direction du curé, des retranchements avaient été élevés autour de l'église. Un peu plus haut était un fort de piquets défendu par quelques pierriers. De Saint-François, où il était, M. de Bourlamaque, avec ses troupes, vint prendre le commandement à Sorel ; cependant, les habitants des îles faisaient le serment de neutralité, et rendaient leurs armes à la flotte britannique.

De temps en temps, des secours arrivaient de Québec au général Murray. Trois vaisseaux, qui remontaient sous lord Rollo, furent attaqués à coups de mousquets et de canons ; ce qui donne à Knox l'occasion de se plaindre du curé, qui, la veille, avait été rendre visite au lord Rollo et lui avait souhaité un bon voyage. Suivant l'historien, un acte de politesse du prêtre aurait dû condamner les soldats français à laisser passer leurs ennemis sans s'en occuper. Mais ils attaquèrent ces vaisseaux, et si vigoureusement, que* les Anglais eurent plusieurs hommes de blessés, et furent obligés de s'éloigner de la ville. Lord Rollo rejoignit, à Sorel, le général Murray, qui, décidé à faire une descente, envoya un parti à un mille au-dessous de Sorel, brûler un bon nombre de maisons, et dévaster une partie de la paroisse. Chargé de cette expédition, lord Rollo, s'en acquitta de son mieux, et remonta ensuite attaquer le fort. En envoyant de petits partis, il essaya d'engager les Français à sortir; mais il n'y put réussir, et les troupes anglaises se rembarquèrent.

À Yarennes, un détachement fut mis à terre ; ils y eurent un engagement avec deux petits partis français, qui perdirent vingt-quatre prisonniers. Les Anglais s'emparèrent de l'église et des maisons voisines, et se rembarquèrent, après y avoir laissé un détachement. De ce lieu, aussi, le général Murray envoya aux paroisses voisines des manifestes, dans lequel s il avertissait les habitants, qu'il pardonnerait à ceux qui

rendraient les armes ; si non, qu'il les traiterait aussi rudement qu'il avait fait à ceux qui déjà lui avaient résisté ; qu'il rétablirait dans leurs biens les Canadiens qui laisseraient les rangs ennemis pour se rendre à leur devoir ; mais que ceux qui persisteraient à se montrer attachés à la France, seraient traités comme les soldats français, et envoyés en France. Cette proclamation eut beaucoup d'effet, et, le soir même du jour où elle fut distribuée, un grand nombre de personnes de Boucherville se rendirent à Yarennes pour remettre leurs armes.

L'armée du général Murray, déposée au bas de la paroisse de la Pointe-aux-Trembles, fut bien reçue par les habitants de ce lieu, qui, sans doute, craignaient d'être maltraités par les soldats anglais. Les chemins étaient mauvais, et presque tous les ponts avaient été brisés ; aussi, l'armée fut retardée dans sa marche, et n'arriva que le soir à la Longue-Pointe, où les soldats, pendant la nuit, furent logés dans les maisons et dans les granges le long du chemin. Le lendemain matin, à neuf heures, l'armée se mit en marche, et s'arrêta le soir au nord-est de Montréal, où elle devait camper.

Le général Amherst, qui avait tracé le plan de la campagne contre le Canada, remonta avec son armée la rivière Mohawk, et arriva avec dix mille hommes, le neuf juillet, à Chouaguen, où il trouva des bateaux, qui, par ses ordres, avaient été préparés pour descendre son armée, l'artillerie, les provisions et le bagage. A l'arrivée de sir William Johnson, avec un corps considérable de sauvages, le colonel Haldimand fut détaché avec l'infanterie légère, leâ grenadiers et les montagnards écossais, pour aller se porter à l'extrémité du lac, y assister les bâtiments armés, et à trouver le chemin du fort de la Présentation. Le dix août, toute l'armée s'embarqua sur les bateaux, et commença à descendre vers les rapides, au haut desquels se trouvait le fort Lévis. Le général fit arrêter son armée à une petite distance au-dessus de ce lieu, et prit des dispositions pour l'attaquer. Des batteries furent érigées sur les îles voisines, et assisté par des canonnières, il commença le feu. Comme il se préparait à donner l'assaut, le capitaine Pouchot lui fit connaître qu'il était prêt à se rendre. Trouvant ce fort avantageusement situé, le générai Amherst en répara les fortifications, et y laissa une petite garnison. De ce lieu jusqu'à Montréal, ils rencontrèrent d'immenses difficultés dans les rapides et les sauts ; plusieurs de leurs bateaux furent perdus, et quatre-vingts hommes se noyèrent.

Informé de l'approche des ennemis, le marquis de Vaudreuil

rappela à Montréal les détachements de Dumas et de Bourlamaque. Le premier fut chargé des retranchements élevés dans le faubourg de Québec, et le second défendit les faubourgs Saint-Joseph et des Récollets. Quant à l'île de Sainte- Hélène, elle fut abandonnée comme incapable de défense, et les troupes de la garnison furent tenues prêtes pour la défense de la ville.

L'armée anglaise du lacChamplain débarqua, le seize, à deux lieues de l'île aux Noix, du côté du sud, et se mit à ériger des batteries qu'elle démasqua, le vingt-trois, par un feu vigoureux dirigé contre le fort de l'île.

Le vingt-cinq, ils s'emparèrent de quelques petits bâtiments français qui les incommodaient sur le lac; aussi, M. de Bougainville fut forcé de l'abandonner le vingt-sept, et de se retirer à Saint-Jean. On espérait pouvoir conserver Montréal, s'il eût réussi à se maintenir dans l'île aux Noix; mais, de ce moment, toutes les espérances s'évanouirent. Le marquis de Vaudreuil et le chevalier de Lévis avaient résolu de livrer bataille aux ennemis, s'ils en trouvaient une occasion favorable.

Le six de septembre, l'armée du général Amherst s'avança dans une plaine, vis-à-vis de Montréal, où les Anglais passèrent la nuit sous les armes. On allait faire descendre de l'artillerie de Lachine pour commencer le siège régulièrement, lorsque, le sept au matin, le marquis de Vaudreuil envoya deux officiers chargés de capituler. Après l'échange de plusieurs lettres entre les généraux, l'on s'accorda sur des termes assez favorables, vu les circonstances; car les généraux Amherst et Murray cernaient la ville du côté de terre, et le colonel était sur la rive méridionale, vis-à-vis de Montréal. Il venait d'arriver par le lac Champlain, s'était arrêté à l'île aux Noix, dont la garnison, ne renfermant plus qu'un officier et quelques soldats, s'était aussitôt rendue. Les provisions amassées à Sainte-Thérèse pour les besoins des garnisons de Saint-Jean et de Montréal, avaient été détruites par les Français, pour les empêcher de tomber entre les mains des Anglais. Le fort de Chambly, où commandait le capitaine Lusignan, ne fut pas assiégé, le colonel sachant qu'après la prise de Montréal, il tomberait facilement.

A l'heure dont on était convenu, le colonel Haldimand prit possession de la ville avec son détachement. Cependant, le chevalier de Lévis avait protesté contre la capitulation, et il offrait à M. de Vaudreuil de se retirer avec ses troupes sur l'île de Sainte-Hélène ; il avait même l'espérance qu'il serait

possible, si la France ne pouvait rester maîtresse du Canada, qu'on pourrait engager un grand nombre de canadiens de remonter par les lacs jusqu'aux Illinois, et d'aller se fixer à la Louisiane. Il se soumit cependant à la volonté de M. de Vaudreuil, et accepta les conditions qui furent imposées aux autres.

Les troupes françaises partirent de suite pour Québec, d'où elles devaient être conduites en France, pour ne plus être employées dans la guerre.

Aussitôt après la reddition de Montréal, le général Amherst publia un ordre général dans lequel il remerciait son armée de ce qu'elle venait d'accomplir ; il annonçait que le marquis de Yaudreuil avait capitulé, et que les troupes de France au Canada avaient rendu les armes, et ne devaient plus servir dans la guerre ; que le Canada tout entier était soumis à la Grande- Bretagne ; que, dans l'occasion présente, les trois armées avaient droit aux remercîments sincères du général, qui, aussitôt que possible, ferait connaître à sa majesté le zèle et la bravoure qu'avaient montrés les officiers et les soldats des troupes régulières et provinciales, ainsi que les fidèles alliés indiens ; qu'il était assuré que les soldats anglais, informés que ce pays appartenait au roi, ne s'aviliraient pas par des démarches indignes de soldats, maintenant surtout que les canadiens étaient devenus sujets britanniques et aimeraient à ressentir les bons effets de la protection de sa majesté.

L'armée française au Canada, comprise dans la capitulation de Montréal, renfermait le second bataillon de la Reine, le second bataillon de la Sarre, le second bataillon de Royal- Roussillon, des bataillons de Languedoc, de Guienne, de Béarn, le second et le troisième bataillons de Berry, et deux des troupes de la marine, formant en tout quatre mille et onze hommes ; la milice du Canada, en soixante-quatre compagnies, renfermait sept mille neuf cent soixante-seize hommes dans le gouvernement de Québec ; dans le gouvernement des Trois- Rivières, dix-neuf compagnies, composées de onze cent quinze hommes, et dans le gouvernement de Montréal quatre-vingtsept compagnies, formées par sept mille trois cent trente-un hommes.

En prenant possession de Montréal, le colonel Haldimand demanda les drapeaux des régiments français, ainsi que les drapeaux britanniques tombés entre leurs mains dans le cours de la guerre. Ils refusèrent de rendre les premiers, déclarant que, quoique chaque régiment eût apporté son drapeau en venant de France, ils les avaient trouvés incommodes et de

peu d'utilités dans un pays couvert de bois, et les avaient détruits. Cette réponse fut communiquée au marquis de Yaudreuil et au chevalier de Lévis, qui, sur leur honneur, déclarèrent qu'elle était vraie, et qui, ensuite, firent remettre les deux drapeaux anglais pris au commencement de la guerre à Chouaguen, sur les régiments de Pepperel et de Shirley. Deux autres avaient été suspendus dans la cathédrale, à Québec, et avaient été brûlés avec elle dans le siège de l'année précédente.

Peu de temps après, les troupes françaises partirent pour rentrer en France ; avec elles laissèrent le Canada presque tous les chefs de la société ; dans le pays restaient plusieurs seigneurs, peu d'hommes appartenant aux classes libérales, et une population d'origine française d'environ soixante~et-dix mille âmes. Avec elle, demeurait le clergé, qui, dans l'absence des anciens chefs du peuple, se trouva ainsi chargé, non seulement de conduire le peuple dans la voie de la religion, mais encore de le guider dans la politique et les matières civiles. Lui-même venait de perdre son chef; à Montréal, venait de mourir monseigneur de Pontbriand (1) ; mais le chapitre exerçait encore une certaine influence, et M. Briand, vicaire-général, par ses bons procédés et son beau caractère, exerçait beaucoup d'influence auprès du général Murray, et avait été chargé par le chapitre de veiller à Québec sur les affaires religieuses. A Montréal, les affaires ecclésiastiques étaient entre les mains du supérieur du séminaire de ce lieu, le grandvicaire, M. Montgolfier, homme respecté pour ses talents, ses connaissances et ses vertus. Pendant près de trois ans, le siège de Québec demeura vacant. Lorsque les chanoines purent se réunir, le chapitre choisit pour premier pasteur du diocèse, le quinze septembre 1763, M. Montgolfier; cette nomination ne convenait pas au général Murray, qui s'y opposa avec persistance ; de guerre lasse, l'évêque élu, qui était passé en Angleterre, fit connaître au chapitre les difficultés qu'il éprouvait, et envoya sa démission, qui fut acceptée. Assemblé de nouveau, le chapitre, tout en se plaignant de l'intervention dn gouvernemeut, choisit pour évêque, celui que M. Montgolfier leur avait recommandé, M. Briand, au sujet duquel le général Murray écrivait à lord Shelburne : « Je dois prendre ici la liberté de répéter ce dont j'ai eu l'honneur d'informer votre seigneurie, dans ma lettre du vingt-deux juillet, que M. Briand, vicaire-général de ce gouvernement, a constamment agi avec une candeur, une

M. de Pontbriand avait nommé M. Briand, vioaire-général, lel3 septembre

modération, un désintéressement qui le proclament un digne et honnête homme, et que je ne connais personne de sa robe qui mérite aussi justement la faveur royale. »

Désireux de conserver le catholicisme au Canada, M. Briand consentit à accepter le pesant fardeau dont on voulait le charger ; au mois de novembre, il passa en Angleterre pour solliciter la permission d'aller en France, pour obtenir ses bulles du souverain pontife, et pour s'y faire sacrer.

M. Briand trouva à Londres un religieux apostat, qui, du Canada, où il demeurait, s'était rendu en Angleterre, et, par l'apostasie, avait réussi à s'y faire quelques amis. Cet homme avait présenté à la cour un mémoire où il disait qu'il y avait déjà grand nombre de protestants canadiens ; qu'iln'y avait pas d'autres moyens d'attacher les Canadiens au gouvernement qu'en les rendant protestants, non par la violence, mais doucement, en les laissant manquer de prêtres. M. Briand se trouva arrêté par les difficultés que lui suscita ce traître, parla position embarrassante dans laquelle les lois pénales dirigées contre les catholiques plaçaient les membres du ministère britannique. Indirectement, le gouvernement fit savoir à M. Briand, que s'il se faisait sacrer, on n'en dirait rien, et que l'on fermerait les yeux sur ses démarches. Ainsi éclairé sur la meilleure voie à suivre, M. Briand se rendit en France, où il obtint ses bulles (1), et fut sacré le seize mars 1766, par l'évêque de Blois. Aussitôt qu'il le put, il repartit pour son diocèse, où il fut reconnu comme évêque de Québec, par son chapitre, le dix-neuf juillet 1766. Pendant ces six années, cependant, les Canadiens s'étaient un peu accoutumés au gouvernement britannique, qui s'était montré assez bienveillant envers ses nouveaux sujets, mais dont les bonnes dispositions étaient assez souvent empoisonnées par les sujets britanniques qui avaient obtenu des places de confiance dans la colonie.

Après s'être rendu maître de Montréal, le général Amherst s'empressa d'annoncer son succès au gouvernement, et de donner au général Murray et au colonel Haveland, et à sir William Johnson, les éloges qu'ils méritaient pour leur bonne conduite. ((Maintenant,» ajoutait-il, «je vais m'efforcer de tout régler dans ce pays pour en garder possession ; et je vais disposer les troupes de manière à terminer les forts commencés l'année dernière, et, autant que la saison me le permettra, je réparerai

(l) Ces bulles font du 21 janvier 1766*

et j'érigerai des forts qui seront nécessaires pour nous rendre maîtres sur les grands lacs, et qui nous assureront la possession de toute la rive méridionale du Saint-Laurent. »

Le treize de septembre, le général Amherst détacha le major Rogers avec deux compagnies de Rangers et un détachement de l'artillerie royale, pour aller prendre possession des postes français sur les lacs. Rogers ne put se rendre qu'au Détroit, que M. de Bellestre lui remit aussitôt ; il y demeura tout l'hiver, parce que la saison était trop avancée pour lui permettre de marcher jusqu'à Michillimakinac. Le printemps suivant, dès que la navigation fut ouverte sur les lacs, il alla prendre possession des forts français dans les parties supérieures du Canada.

Le major Barré fut choisi par lord Amherst pour porter ses dépêches au gouvernement, en Angleterre, et le capitaine Dean fut chargé par lord Colville de ses dépêches à l'amirauté.

Aussitôt que Montréal fut tombé entre ses mains, le général Amherst établit un gouvernement militaire, pour y préserver la tranquillité publique, et divisa le pays en trois districts, ceux de Québec, de Montréal et des Trois-Rivières. Le général Murray fut chargé du premier ; à la tête du second fut placé le général Thomas Gage, et le colonel Burton fut nommé commandant du troisième. Dans ces districts, il établit des cours de justice, composées d'officiers de milice, qui décidaient sommairement les causes ; il restait aux plaideurs condamnés un droit d'appel au premier officier commandant du district. Sa majesté approuva l'ordre par lequel ces cours furent établies, et ordonna qu'elles existeraient jusqu'à ce que la paix fut faite et qu'un gouvernement civil fût institué, si le Canada était cédé par la France à l'Angleterre.

La cour de France, pendant l'été, avait essayé de secourir Montréal, et, au printemps, quelques vaisseaux chargés de provisions avaient été envoyés par une frégate jusque dans le golfe Saint-Laurent. Ayant appris qu'une escadre anglaise avait remonté le Saint-Laurent, ils entrèrent dans la baie des Chaleurs, et remontèrent la rivière de Ristigouche, jusque près du village des Micmacs.

Le capitaine Byron, avec toute son escadre, partit de Louisbourg, et vint les attaquer ; il détruisit toute leur flotte, qui consistait en une frégate, deux gros navires et dix-neuf petits bâtiments. Il renversa aussi deux batteries, qui, pour les protéger, avaient été placées sur le rivage. Une petite ville, d'environ deux cents maisons, s'était aussi élevée plus haut que le village

de Ristigouche ; elle renfermait un bon nombre d'Aeadiens et quelques français réfugiés ; el elle fut complètement détruite par la flotte du capitaine Byron, qui laissa ces pauvres gens entièrement exposés aux mauvais temps de l'automne et de l'hiver.

Un autre vaisseau de guerre français, Y Aigle, de cinquante canons, fut, dans l'automne, perdu sur un rocher au détroit de Belle-Isle, entre Terreneuve et le Labrador. L'équipage réussit cependant à s'échapper.

La Grande-Bretagne avait atteint le but qu'elle se proposait dans la guerre contre la France : le Canada avait été pris ; les possessions anglaises n'avaient plus rien à craindre de leurs voisins. Aux conférences de la paix qui furent entamées peu après que Georges III fut monté sur le trône, on s'occupa de régler le sort du Canada. Lors de la capitulation de Montréal, le général Àmherst avait exigé que le marquis de Yaudreuil lui cédât toutes les cartes qui se rapportaient à la colonie ou à ses dépendances ; aussi, dans les conférences tenues à Londres, les Anglais exigèrent de M. Bussy, ministre français, qu'on laissât les bornes du Canada aussi étendues qu'on les avait trouvées sur les cartes données par le marquis. C'était un point important dont on s'occupa beaucoup ; Yaudreuil écrivit au duc de Choiseul, qu'à un officier anglais qui se présenta à lui avec une carte, il avait déclaré que les limites qu'elle assignait n'étaient pas exactes ; que la Louisiane ne formait pas partie du Canada, et d'un autre côté s'étendait au portage des Miamis, et de l'autre aux sources de la rivière des Illinois. Les Anglais firent peu de cas de cette déclaration, car ils s'occupaient beaucoup plus de la question de savoir s'il leur était plus avantageux de garder les îles françaises du golfe du Mexique. Cependant, le gouvernement et une grande majorité du peuple étaient d'opinion qu'il valait mieux rendre à la France les îles que le Canada.

Par le treizième article du traité de paix, signé à Paris le dix février mil sept cent soixante-trois, le roi de France renonça à toutes ses prétentions sur la Nouvelle-Ecosse ou Acadie, et la céda avec toutes ses dépendances au roi de la Grande- Bretagne ; il céda et garantit au même le Canada, avec toutes ses dépendances, aussi bien que l'île du Cap-Breton et toutes les îles et côtes du golfe et de la rivière Saint-Laurent, et remit le tout au roi de la Grande-Bretagne, de la manière la plus ample et sans restriction. De son côté, sa majesté britannique accorda aux habitants du Canada la liberté de pratiquer

la religion catholique suivant les rites de l'église romaine, « autant que les lois de la Grande-Bretagne peuvent le permettre. » En même temps, le roi de la Grande-Bretagne, s'obligeait à permettre aux habitants français ou autres, qui avaient été sujets du roi très-chrétien au Canada, de se retirer librement et sûrement, quand ils le jugeraient à propos, et vendre leurs terres et maisons, pourvu que ce fût à des sujets de sa majesté britannique. Le terme de leur émigration fut limité à dix-huit mois, du jour de l'échange des ratificalions de la paix

Un certain nombre des provinciaux, habitants de Québec et de Montréal profitèrent de ces clauses, et laissèrent le pays pour retourner en France dans les années 1763 et 1764.

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