‹ Cours d'histoire du Canada (volume 4)Chapitre 16 sur 85 · CHAPITRE DOUZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DOUZIÈME

Reproche du roi à M. de La Barre — M. de Calliêres gouverneur de Montréal — Erection du chapitre de Québec — Mgr. de Laval obtient pour successeur M. de Saint- Valier — Arrivée de M. de Denonville — Palais de l'intendant — Eglise de la basse ville — Nouveaux règlements concernant le métier des armes et les congés — M. de La Barre retourne en France — Visite de M. de Denonville au fort Frontenac et à l'Acadie — Le baron de Saint-Castin — M. de Saint-Valier visite le diocèse de Québec— Entreprises des Anglais sur les postes de l'Acadie — Expédition de M. de Denonville contre les Iroquois — Il rétablit le fort de Niagara — Expédition contre les Anglais à la baie d'Hudson.

Peu après son retour à Québec, M. de La Barre reçut des lettres du roi, qui lui promettait des secours pour la guerre, et qui lui recommandait de la terminer promptement. «Je suis bien aise, » lui écrivait le roi (1), « de vous dire qui;, par tout ce qui me revient du Canada, la faute que vous avez faite de ne pas exécuter ponctuellement mes ordres sur le sujet du nombre de vingt-cinq passe-ports à accorder à mes sujets, et le grand nombre que vous en avez envoyé de tous côtés pour favoriser des gens qui vous appartiennent, me paraît avoir été la principale cause de ce qui est arrivé de la part des Iroquois. J'espère que vous réparerez cette faute en donnant une fin prompte et glorieuse à cette guerre. » Le reproche était bien fondé, car M. de La Barre avait accordé six fois plus de congés qu'il n'avait droit d'en donner; malheureusement, il n'avait pas répondu, quant à la guerre, aux espérances que l'on avait fondées sur lui. Il reçut en même temps un renfort de trois cents soldats, commandés par les capitaines de Montortier, d'Esnos et de Rivaux. Pour remplacer M. Perrot, comme gouverneur de Montréal, le roi envoya aussi cette année un officier de grand mérite, M. le chevalier de Callières, ancien capitaine du régiment de Navarre.

Les nouvelles du mauvais succès de la campagne furent portées en France par Mgr. de Laval, qui laissa Québec le quatorze novembre. Depuis son dernier voyage en France, sa santé avait été fortement ébranlée par les fatigues qu'il endurait dans la visite des parties éloignées de son diocèse ; il lui fallait souvent voyager, pendant l'hiver, sur des raquettes, au mi-

(1) Lettre du roi à M. de La Barre, 24 juillet 1684.

lieu clos brouillards de neige, et par les temps les plus froids. En été, le canot d'écoree, découvert à tous les temps, était la seule voiture que rencontrait le prélat clans ses longues visites. Ces incommodités et ces misères pèsent assez légèrement sur un homme dans la force de l'âge ; mais elles finissent par paraître lourdes à un vieillard qui les endure depuis longtemps. Mgr. de Laval avait alors plus de soixante ans, et il y avait déjà vingt-cinq ans qu'il endurait ces fatigues ; il sentait qu'il avait besoin d'un peu de repos, qu'il ne pourrait obtenir qu'en se faisant nommer un successeur, capable de le remplacer et de continuer ses travaux. 11 comprenait aussi, qu'il n'avait plus l'énergie suffisante pour lutter contre les exigences du ministre, qui avait hérité des préjugés de son père contre l'évèque de Québec. On voulait forcer Mgr. de Laval à établir des cures fixes dans un diocèse où les paroisses n'étaient pas en état de soutenir leurs pasteurs. Ignorant les besoins causés par la rigueur du climat et par le prix élevé des choses nécessaires à la vie, le ministre aurait voulu établir les choses comme elles l'étaient en France. D'ailleurs, le pays s'était peuplé au hasard, et, dans les campagnes, les maisons s'étaient bâties de loin en loin, au gré des particuliers. Comme il était impossible de donner aux cures les limites raisonnables, il n'était pas aisé de fixer des curés ; il fallait démembrer, séparer, multiplier les paroisses pour la commodité des pasteurs et du peuple.

11 fallait souvent changer les pasteurs, dans un pays où les missions, de jour en jour, prenaient une nouvelle face ; ces changements étaient alors d'autant plus faciles, que le clergé du Canada, appartenant à des communautés, les supérieurs étaient les maitres absolus de tous les ouvriers évangéliques.

Mgr. de Laval comprenait mieux, de jour en jour, les difficultées qui l'environnaient. Au milieu de son clergé, qui, jusqu'alors, s'était montré si zélé pour le salut du peuple, et si docile à la voix de son évêque, il lui fallait introduire des pasteurs nouveaux, dont il ne lui était pas facile d'étudier les dispositions. Son humilité lui persuadait qu'un autre serait plus propre que lui à conduire l'église du Canada, et il se décida à passer en France, pour obtenir un successeur.

Jusqu'alors il avait été impossible au prélat de constituer un chapitre régulier; les sujets lui manquaient, et d'ailleurs il n'avait point defonds à sa disposition pour soutenir des chanoines. Comme les circonstances étaient devenues un peu plus favorables, Mgr.de Laval, avant de quitter le Canada peut-être

pour toujours, voulut établir un chapitre dans la cathédrale de Québec.

Dans une ordonnance, en date du six novembre 1684, après avoir parlé de l'origine des chapitres et exposé rapidement l'état de son diocèse, et rappelé que le roi de France avait accordé les abbayes de Ma u bec et de l'Estrée pour le soutien de l'évèché et du chapitre, il déclare qu'il établit dans la cathédrale de Québec un chapitre composé de douze chanoines et dé quatre chapelains. Il nomma M. Henri de Dernières, doyen du chapitre ; M. Louis Ango, archidiacre ; M. Charles Glandeiet, théologal ; M. DudouVt, grand chantre ; et M. Jean Gaultier de Druslon, pénitencier ; et parmi les chanoines se trouvèrent cinq prêtres nés dans le pays. L'installation eut lieu le douze de novembre en présence du gouverneur, du corps des officiers de la garnison, de l'intendant et des conseillers, et de presque tous les habitants de la ville. Cette cérémonie se fit avec toute la pompe que pouvait alors déployer la capitale. Elle se termina par un TeDeum solennellement chanté au bruit de l'artillerie, aux sons des cloches et de la musique (1).

Deux jours après cette grande cérémonie, il partit pour aller demander d'être déchargé du pénible fardeau qu'il avait si longtemps soutenu.

Il eut cependant beaucoup de peine à obtenir un successeur; car le roi, qui connaissait son mérite, consentit difficilement à lui permettre d'offrir sa résignation. Elle fut enfin acceptée, et le choix d'un successeur fut laissé au vénérable prélat. Le père Valois, jésuite, et M. Tronson, supérieur du séminaire de Saint -Sulpice, lui dépeignirent M. l'abbé de Saint- Yalier comme l'homme le plus propre à continuer l'œuvre si heureusement commencée dans la Nouvelle-France. M. de Saint-Valier(2), aumônier d'un régiment, était un ecclésiastique d'une grande piété, rempli de charité et d'un zèle fort ardent. Il accepta la proposition qui lui en fut faite; le roi l'agréa et fit solliciter son institution canonique. Mais, avant de recevoir la dignité épiscopale, M. de Sainl-Yalier jugea à propos de visiter le Canada avec le titre de grand-vicaire de l'évèque de Québec (3).

L'on comprit à la cour qu'il y avait peu à compter sur la durée de la paix faite à la Famine, et l'on ne se trompait pas ; car les Tsonnontouans prirent tous les moyens pour éviter d'en

(1) Vote* historique» sur le chapitre de la cathédrale de Québec, par M. E. Langcvin.

(2) Jean-Baptiste de la Croix de Saint

(3) Histoire de l'Hûtel-Dieu de Québec.

(2) Jean-Baptiste de la Croix de Saint- Valier, né à Grenoble le quatorze novembre

remplir les conditions, et ils daignaient à peine s'excuser de leur mauvaise foi. Ils semblaient, au contraire, chercher des prétextes pour recommencer la guerre contre les alliés des Français. M. de La Barre venait de recevoir une lettre du père de Lamberville, qui l'informait de ces mauvaises dispositions, lorsqu'il apprit, qu'un vaisseau portant son successeur et l'abbé de Saint- Valier, venait d'entrer dans le port de Québec.

Assuré que la guerre avec les Iroquois ne pouvait tarder à recommencer, et comprenant que l'âge et les infirmités de M. de La Barre le rendaient incapable de conduire heureusement une expédition militaire contre de'semblables ennemis, le roi avait, par lettres du premier janvier 1685, appelé au gouvernement de la Nouvelle-France, le marquis de Denonville7 colonel d'un régiment de dragons. C'était un homme d'honneur, plein de vertu et de courage. Sur un autre vaisseau avaient été placés cinq cents soldats, dont cent cinquante moururent dans la traversée, par suite de l'encombrement d'un si grand nombre de personnes dans un espace resserré (1).

M. de Denonville avait reçu du roi l'instruction de travailler à franciser les peuples sauvages, instruction si souvent répétée à ses prédécesseurs. «On a cru longtemps, » répondait-il, « qu'il fallait approcher de nous les sauvages pour les franciser ; on a tout lieu de croire qu'on se trompait. Ceux qui se sont approchés de nous ne se sont pas rendus français, et les français qui les ont hantés sont devenus sauvages... Il n'en est pas de même des sauvages assemblés en bourgades au milieu de la colonie ; rien n'est mieux réglé.» En finissant, il ajoute qu'il a « trouvé la colonie toute ouverte. »

Quelques projets d'amélioration, pour la ville de Québec, furent proposés au ministre par M. de Meulles. Depuis assez longtemps, l'on reconnaissait la nécessité d'obtenir un local pour la demeure de l'intendant, et pour la tenue des séances du conseil, le château Saint-Louis fournissant à peine un logement convenable au gouverneur et à ceux qui composaient sa maison ; M. de Meulles proposa d'acheter un grand édifice de pierre, que M. Talon avait fait bâtir pour servir de brasserie, et qui, depuis plusieurs années, était resté inoccupé. Placé dans une position fort commode, sur le bord de la rivière Saint-Charles et à quelques pas de la haute ville, ce bâtiment,

(1) Voici la liste des officiers arrivés cette année : capitaines d'Orvilliers, Saint- Cirq, Macary, de Flour, de Troyes, Daneau Duinuy, des Meloises, Clément de Valrenne, des Bergères, d'Esquérac ; lieutenants, chevalier de La Motte, de Jordis aîné, de Jordis, cadet, La Rivière, Chaufour, do Ramezay.

avec des réparations et des additions, pouvait fournir, outre une résidence convenable pour l'intendant, des salles et des bureaux pour le conseil souverain et les cours de justice, des voûtes pour les archives et une prison pour les criminels.

Auprès de l'ancienne brasserie, M. Talon possédait une étendue de terre, d'environ dix-sept arpents en superficie, et dont personne ne se servait. Une partie de ee terrain, dans le plan de M. de Meulles, pouvait être réservée pour les jardins et les dépendances du palais de l'intendant, tandis que le reste serait partagé en emplacements et .deviendrait une seconde basse ville, qui pourrait, un jour, se prolonger au pied du cap. Il croyait que, si ce plan était adopté, les nouveaux quartiers de Québec s'étendraient dans cette direction, et non sur les hauteurs presque toutes occupées par les communautés religieuses.

D'autres ruines se trouvaient au centre des affaires à la basse ville ; c'étaient des murs noircis et lésardés, l'ancien magasin, qui, des mains de la compagnie, était passé dans celles du roi ; il était resté dans l'état où l'avait laissé le grand incendie qui, quelques années auparavant, avait détruit la basse ville. Mgr. de Laval obtint en 1684 cet emplacement de M. de La Barre, afin d'en faire une chapelle succursale pour l'avantage des habitants de la basse ville. Ce don ne fut cependant ratifié qu'un peu plus tard, en faveur de M. de Saint-Yalier ; au mois de septembre 1685, MM. de Denonville et de Meulles firent expédier la concession pure et simple de ce lieu pour l'érection d'une église, que le digne évêque bâtit avec ie temps, sous le nom de ISotre-Dame de la Victoire (1).

L'on remarquait avec peine dans la colonie, que les enfants des gentilshommes canadiens, malgré leur aptitude pour la guerre, n'avaient ni l'occasion, ni les moyens d'entrer dans le service régulier. Sur la demande de l'intendant, Louis XIV ordonna que, chaque année, deux gentilshommes canadiens seraient admis dans les gardes de la marine, et pourraient ainsi se faire une profession du métier des armes (2).

Le roi fit, la même année, disparaître certaines restrictions

(1) Le 10 juin 1685, mourut, chez les dames de PHôtel-Dieu, où elle demeurait depuis plusieurs années, madame d'Ailleboust, veuve du gouverneur de ee nom. Toute la colonie la regardait et la vénérait comme une sainte. Dans le mois suivant, arrivait à Québec, avec son mari, madame la marquise de Denonville, dont la fille, mademoiselle de Brisay, demeura quelque temps à l'Hôtel-Dieu. Champlain, d'Ailleboust et de Denonville sont les seulâ gouverneurs qui aient amené leurs épouses au Canada.

(2) Lettre de M. de Meulles.

qui pesaient sur les familles nobles. «J'ai été informé (1), » écrivait-il à M. de Meulles, « que le commerce du Canada pourrait être considérablement augmenté; si les gentilshommes qui y sont établis pouvaient s'y adonner sans crainte de déroger. Dans cette vue, je leur permets de le faire, même en détail, et, afin de leur ôter tout sujet de craindre d'en être inquiétés, vous ferez connaître sur cela mes intentions....»

Cette permission, déjà accordée, fut renouvelée pour dissiper les inquiétudes de quelques familles qui craignaient de déroger en se livrant au commerce, et qui cependant ne pouvaient se soutenir sans y avoir recours. Car, dans l'état où était alors le Canada, l'achat et la vente des pelleteries étaient à peu près un des seuls moyens de faire quelques profits ; et il arrivait parfois, que c'était le meilleur moyen de faire valoir les congés qui leur étaient accordés.

L'on nommait congés des permissions écrites d'envoyer des marchandises dans les pays de l'ouest, pour la traite des pelleteries; ces congés étaient donnés à des gentilshommes et à d'anciens officiers, qui les pouvaient vendre à d'autres, ou les exploiter eux-mêmes. Le nombre en était limité a vingt-cinq par année, et M. de La Barre avait agi irrégulièrement en en expédiant davantage. Chaque congé valait environ dix-huit cents livres, et autorisait le possesseur à expédier vers l'ouest deux grands canots chargés de marchandises. Il était facile de trouver des coureurs de bois qui se chargeaient de conduire les canots et de troquer les marchandises. Chaque canot était ordinairement confié à trois hommes, et portait des marchandises pour une valeur d'environ quinze cents livres, qui, dans les années ordinaires, valaient, dans les environs des grands lacs, cent quatre-vingts paquets de castor. Chaque paquet valait, à Québec, environ cent cinquante livres ; de sorte que, si l'expédition n'avait pas été malheureuse, la cargaison rapportée en vertu d'un congé valait à peu près vingt-quatre mille francs; chaque coureur de bois recevait pour son voyage environ dixhuit cents francs, et le reste, les autres frais payés, allait au profit, du marchand (2).

Le vaisseau qui avait porté le marquis de Denonville à Québec ramena M. de La Barre en France, où le traité fait avec

(1) Lettre du roi à M. de Meulles, 10 mars 1685.

(2) Voyage dans V Amérique , vol. I, par le baron de La Hontan. La Hontan arriva à Québec dans l'automne de 1683, comme simple volontaire dans une lies compagnies envoyées parle roi. Son Voyage dans l'Amérique renferme quelquesdétails assezexacts sur le commerce do la Nouvelle-France ; mais en général il écrit d'imagination.

les Iroquois. et l'abandon de la cause des Illinois, avaient été fortement désapprouvés par le roi (1).

Les instructions données au nouveau gouverneur lui recommandaient d'établir la paix sur une base ferme et solide', en soutenant les nations allées de la France, en humiliant les Iroquois, et leur faisant comprendre qu'ils seraient forcés à accepter les conditions que le roi désirait leur imposer (2). Le duc d'York venait de monter sur le trône d'Angleterre sous le nom de Jacques II ; Louis XIY le fit prier d'enjoindre au colonel Dongan d'abandonner ses injustes prétentions sur les pays voisins des grands lacs, et de ne plus soutenir les Iroquois. M. de Denonville était autorisé à porter la guerre dans le canton des Tsonnontouans, s'il le jugeait à propos, pour la protection des Outaouais, des Miamis et des Illinois.

Désireux de connaître la partie du pays par laquelle il faudrait passer, s'il fallait attaquer les Tsonnontouans, le gouverneur, après quelques jours de repos, monta jusqu'au fort de Frontenac, où il plaça M. d'Orvilliers comme commandant, en remplacement du sieur de La Foret, qui montait aux Illinois dans l'espérance d'y rencontrer La Salle. Pendant son séjour dans ce poste, M. de Denonville put se convaincre par luimôme, que les Iroquois avaient adopté, vis-à-vis des Français, un ton d'insolence qu'il était important de rabattre au plus tôt. Ils continuaient, en effet, leurs courses contre les Illinois, et pillaient, de temps en temps, quelques traiteurs français. La guerre semblait inévitable ; mais il ne la fallait point commencer avant d'avoir reçu des secours de France, et fait des préparatifs pour mener vigoureusement les ennemis.

Ce n'était pas seulement dans les cantons iroquois que le colonel Dongan manifestait son opposition aux prétentions des Français ; il cherchait encore à les inquiéter dans le pays des Abenaquis, et à refouler leurs établissements vers la péninsule de l'Acadie. Le baron de Saint-Castin 3 , officier du régiment de

(1) Lettre, du roi à M. de Meulles.

(2) Instructions du roi au marquis de Denonville, 10 mars 1685.

(3; Raynal dit que M. de Saint-Castin était colonel du régiment de Carignan Charlevoix rapporte qu'il vint au Canada comme capitaine dans le même régiment. Ce qu'en dit M. Petit doit être regardé comme plus exact, car il était lui-même un des plus anciens capitaines de Carignan-Salières, lorsqu'il arriva dans le pays, l'année même qu'y vint M. de Traey, et il devait connaître tous les officiers de son régiment. Devenu prêtre, M. Petit fut placé comme missionnaire à Port-Royal, et de là écrivait ce qui suit à M. de Saint- Valier. " M. de Saint-Castin demande un missionnaire pour Pentagouet, où il fait sa demeure ordinaire avec des sauvages qui désirent de se faire instruire. Ce gentilhomme a besoin lui-même de ce secours. Il passa en ce pays dès l'âge de quinze ans, en qualité d'enseigne de M.. de Chambly, et ayant et ; obligé, à la prise de Pentagouet, de se sauver dans les bois avec les sauvages, il se vit comme forcé de s'accommoder à leur manière de vie." Saint-Castin était béarnais.

Carignan, avait, rétabli le fort de Pealagouet, détruit par les Anglais en 168.. (1) ; il y avait établi des magasins pour faire la traite avec les Abenaquis, qui l'estimaient beaucoup et le considéraient comme un des leurs ; il avait, en effet, été adopté par la tribu, et avait épousé la tille du chef principal. La présence de cet homme énergique, au milieu des sauvages, offusquait les marchands de Pemaquid, et. les autorités anglaises auraient bien désiré l'éloigner d'une portion du pays qu'ils prétendaient leur appartenir. De leur côté, les Abenaquis se croyaient les maîtres sur la terre qu'ils avaient reçue de leurs pères, et menaçaient les Anglais de terribles représailles si Pentagouet était enlevé à Saint-Castin.

Dans ces circonstances difficiles, M. de Meulles voulut visiter l'Acadie ; il partit de Québec, pour faire ce voyage, au commencement de l'automne de 1685, et ne fut de retour qu'au commencement de 1686. Dans un long mémoire, il rendit compte au ministre des avantages nombreux qu'offrait cette colonie, trop longtemps négligée, et lui fit connaître les empiétements journaliers des Anglais sur les terres des Abenaquis.

Poussé par un autre motif, celui de subvenir aux besoins religieux de cette portion éloignée du diocèse de Québec; M. de Saint-Yalier, pendant le printemps et l'été de 1686, parcourut toutes les missions de la Gaspésie et de l'Acadie. Il descendit à la mer par la rivière Saint-Jean, et s'arrêta principalement à Miramichi, à Chédabouctou, à Beaubassin, aux Mines et à Port-Royal. Dans cette dernière habitation, où commandait M. Robineau de Yillebon, pendant l'absence du gouverneur, M. de Saint-Yalier trouva environ quatre-vingts familles acadiennes. « Ce sont, » disait M. Petit, missionnaire du lieu, « des gens d'un caractère doux et porté à la piété, parmi lesquels on ne voit ni jurements, ni débauches de femmes, ni

ivrognerie Je les ai trouvés sur ce pied là quand je suis

arrivé ici, et, cependant, il y avait quinze ou seize ans qu'ils étaient sans prêtres, sous la domination des Anglais (2). »

M. de Saint-Yalier revint à Québec, après ce voyage, fort satisfait de tout ce qu'il avait vu.

Les rapports que M. de Denonville recevait de toutes parts le confirmaient dans la pensée que les Anglais travaillaient à ruiner le commerce des Français avec les sauvages, dans le dessein de s'en emparer eux-mêmes.

(1) Le manuscrit porte en marge : corriger plus haut.

(2) Mgr. de Saint- Valier, Estât de l'Eglise et de la colonie française dans la Nou- - France.

Pentagouet fut particulièrement menacé, en 1686, par les autorités de New-York; car le colonel Dongan prétendait exercer son autorité jusque dans cette partie. Le sieur Nelson, rirhe marchand de Boston, avait, fait débarquer des vins dans les magasin? de Saint-Castin, à Pentagouet. Sous prétexte qu'on les avait fait entrer contre le droit, le juge Palmer, de New-York, les fit saisir et transporter à Pemaquid. L'officier, chargé de cette opération, devait avertir Saint-Castin de ne point menacer les sujets du roi d'Angleterre, et lui intimer qu'on l'expulserait des terres anglaises, s'il cherchait a être soutenu par les sauvages. Palmer le sommait, en même temps, de comparaître devant lui, pour déclarer qu'il consentait à devenir sujet de sa majesté britannique ; on conçoit avec quel mépris le baron reçut cette sommation. Comme chef abenaquis, il était prêt à soutenir les droits de ses frères contre les envahisseurs ; comme français, il conservait ses serments d'allégeance envers son souverain (1). Comme les Anglais ne se sentaient pas encore assez fort pour dompter les tribus abenaquises, qui étaient disposé à soutenir Saint-Castin, ils durent remettre leurs projets à une époque plus favorable. Mais l'Acadie leur convenait trop pour qu'ils y renonçassent complètement. C'était au moyen de la pèche que les habitants de la Nouvelle-Angleterre s'étaient enrichis, et que Boston, surtout, devait sa grande prospérité. Aussi, l'Acadie, avec ses riches pêcheries, était, pour eux, un objet de convoitise, qu'ils espéraient bien reprendre aussitôt que l'occasion s'en présenterait. Vers l'ouest, les traiteurs d'Orange et. de Manathe avaient été invités, par les Tsonnontouans, à s'établir sur les bords du lac Ontario, où ils gênaient le passage des pelleteries. Pour arrêter le malheur qui, dans cette direction, menaçait le commerce français, le gouverneur proposa au ministre de bâtir un fort de pierre, de s'emparer de la navigation du lac Ontario, et de faire nne campagne contre les Tsonnontouans, dans leur propre pays (2).

Dongan tenait toujours à regarder les Iroquois comme placés sous sa protection spéciale ; il assembla, à Albany, les députés des cinq cantons, les avertit que le nouveau général des Français était décidé à leur faire la guerre, et les engagea à le prévenir, en pillant les Français et leurs alliés (3). S'il faut

(1) Documents de Paris, 3e série, vol. I.

(2) Lettre de M. de Meulles.

(3) Archives de la Marine, mémoire de M. de Denonville, 8 novembre 1686.

en croire les rapports, il encourageait les transfuges français à passer dans la Nouvelle-York, où il les employait à conduire des marchands anglais sur les lacs. Au printemps, sept de ces traitants s'étaient rendus à Miehillimakinac, et s'en retournaient avec deux cents robes de castor, lorsqu'ils furent attaqués et pris par un petit parti de Miamis. À leur tour, les Miamis furent dispersés par des Iroquois, qui attaquèrent ensuite un grand village de leurs ennemis, pendant l'absence des guerriers, et prirent deux cents personnes, tant, enfants que femmes. Les Iroquois se livrèrent, dans cette occasion, à toute leur cruauté ; ils jetèrent des enfants dans le feu, et forcèrent les mères à dévorer leurs membres. Une pauvre fille fut empalée et brûlée lentement avec des tisons ardents, malgré les efforts désespérés que fit sa mère pour l'arracher aux mains de ses bourreaux.

Ces monstres de barbarie se retiraient à la hâte, quand ils furent attaqués et complètement défaits par une nombreuse bande de guerriers des nations voisines. Dans cette affaire, cent vingt-sept iroquois furent tués, et la plupart des prisonniers recouvrèrent leur liberté (1).

La nouvelle de ces hostilités et le bruit des préparatifs que faisaient les Iroquois pour continuer leurs attaques contre les nations alliées, convainquirent M. de Denonville, qu'il était urgent de châtier ces barbares en portant la guerre dans leur pays. Il supplia M. de Seignelay de lui envoyer des troupes au printemps suivant.

Dès l'année précédente, il avait suggéré la nécessité de rappeler en France M. de Meulles, qui s'occupait du négoce pour son propre compte ; cette conduite avait choqué le gouverneur, vieux militaire, qui ne pouvait comprendre qu'un officier d'un rang aussi élevé que l'était l'intendant, s'occupât de faire le commerce (2).

Au mois de juillet 1686, M. de Champigny arriva à Québec pour remplacer M. de Meulles, qui partit pour la France, regardé comme une victime. 11 était en effet bien vu dans la colonie. « On l'accuse d'avoir préféré son intérêt particulier au bien public,» dit le baron de La Hontan (3); «mais c'est à tort, et il n'aura guères de peine à se justifier. Je veux croire qu'il a fait quelque sorte de commerce couvert, mais il n'a fait

(1) M. de Belinont, Histoire du Canada

(2) Lettre de M. de Denonville.

(3) La Uuntan, Voyage de l'Amérique, vol. I.

de tort à personne ; au contraire, il a procuré du pain à mille pauvres gens, qui seraient morts de faim, sans son secours.» L'histoire de l'Hôlel-Dieu de Québec en parle avec beaucoup d'éloge. «Il a fort bien fait son devoir, étant très-équitable et rendant bonne et prompte justice à tous ceux qui s'adressaient à lui.... Il était zélé pour la police.... et punissait le crime sans rémission.»

M. de Saint- Yalier passa aussi en France dans l'automne de la même année ; après avoir parcouru presque toutes les habitations du Canada et de l'Acadie, afin de bien connaître son futur diocèse, il retournait pour recevoir la consécration épiscopale et s'entendre avec son prédécesseur. Quelques jours avant son départ, le vingt-un d'octobre, il eut la douleur de voir un incendie détruire complètement le couvent des Ursulines. Les progrès du feu furent si rapides, que les religieuses ne purent presque rien sauver ; sur l'invitation des dames hospitalières, elles se rendirent à l'Hôtel-Dieu, où elles demeurèrent jusqu'au rétablissement de leur maison.

Le colonel Dongan ne se relâchait pas de ses prétentions sur tous les pays au sud du Saint-Laurent et des grands lacs, Pendant l'hiver précédent, il assembla les députés des cinq nations à Manathe, leur défendit d'aller à Cataracoui et d'avoir des rapports avec les Français, et les engagea à s'attacher les Hurons et les Outaouais, en leur rendant leurs prisonniers. Il leur annonça que trente anglais allaient partir pour s'emparer de Michillimakinac et des lacs ; qu'il avait invité les iroquois chrétiens du saut Saint-Louis à revenir à Agnié, où il leur fournirait un jésuite anglais ; il termina en leur permettant de piller les français qui iraient chez eux pour commercer. De son côté, M. de Denonville n'oubliait point de se préparer à la guerre.

L'hiver de 1686-87 se passa à faire des préparatifs pour la campagne de l'été suivant; le fort de Frontenac fut mis en étal de défense ; des provisions furent ramassées et placées dans des magasins. Dulhut, ïonti, La Durantaie, Nicolas Perrot et les traitants les plus considérés parmi les sauvages de l'ouest, avaient été chargés de faire des présents aux Outaouais, aux Miamis, Illinois et Pouléouatamis, et avaient reçu l'ordre de réunir autant de guerriers qu'ils le pourraient, et de se trouver avec eux à Niagara au commencement du mois de juillet.

Tous ces ordres furent donnés et exécutés si secrètement, que les Iroquois n'en eurent aucune connaissance ; le P. de Lamberville, missionnaire des Onnontagués, descendit à Que-

b<>c, y séjourna quelque temps, et remonta à sa mission sans même avoir entendu parler de l'expédition qui se préparait contre les cinq cantons. Il avait été prié, par le gouverneur, de réunir les députés des Iroquois à Frontenac, le printemps suivant ; personne, cependant, ne s'attendait à les y voir venir, car le colonel Dongan ne pouvait manquer de les en empêcher. Le gouverneur était chagrin de ce que le P. de Lamberville retournait parmi eux pour y demeurer exposé aux mauvais traitements, mais il n'osait le retenir à Québec, dans la crainte que les Onnontagués n'en fussent alarmés (1).

Néanmoins les Iroquois continuaient toujours leurs actes d'hostilités contre les alliés; et, de leur côté, les Anglais poussaient vigoureusement leurs tentatives de traiter à Miehillimakinac. Un major MacGregory fut envoyé, avec quelques transfuges français, et soixante hollandais, pour y porter des marchandises, et, s'il le pouvait, s'emparer du poste et en chasser les Français. Ils se divisèrent en deux bandes, qui s'avançaient vers Michillimakinac ; l'une par le lac Michigan, et l'autre par les lacs Erié et Huron. La première arriva au mois de mai près de ce fort, où commandait M. de La Durantaie. Cet officier, plein de bravoure, voulant empêcher les marchands étrangers de s'aboucher avec les Outaouais, marcha en avant avec sa compagnie, qui portait le fusil en joue, arrêta les Anglais et les Hollandais, et, en même temps, permit aux sauvages de piller leurs marchandises. La seconde bande fut prise, un peu plus tard, sur le lac Erié.

Tout était prêt pour la guerre ; on l'avait même publiée dans Québec avec des solennités extraordinaires, lorsque l'arrivée des vaisseaux vint augmenter la confiance de M. de Denonville. Us apportaient huit cents recrues de la marine (2), dont une partie devait garder la colonie et aider aux travaux, pendant que les milices monteraient au pays des Iroquois ; avec ces soldats était arrivé le chevalier de Yaudreuil, qui venait servir avec le titre de commandant des troupes.

Le marquis de Denonville se rendit à Montréal, qu'on venait d'entourer d'une enceinte de pieux, pour le mettre à l'abri des attaques des Iroquois ; il fut bientôt rejoint par MM. de Yaudreuil et de Champigny. Deux cents bateaux légers et autant de canots avaient été préparés pour le voyage ; et, le 1 1 juin, la petite armée laissa Montréal pour se rendre à Calaracouy ; elle

(1) M. de Bclmont, Histoire du Canada.

.(2) Histoire du Canada, par M. de Belmont. M. de Belmont dit 1500.

était composée d'environ trois cents sauvages, luirons, iroquois, abenaquis et algonquins, de huit cent trente soldats de la marine, et de près de mille miliciens (1).

M. de Champigny, parti deux jours auparavant, arriva au fort de Frontenac une semaine avant les troupes. Pendant qu'il y était, on envoya aussitôt un parti de sauvages qui étaient en ce lieu, s'emparer des iroquois de Kenté et Ganneyousse, petits villages situés dans les environs ; quarante hommes et environ quatre-vingts femmes et enfants furent amenés au fort comme prisonniers et attachés à des piquets.

Ces sauvages vivaient sous la protection des Français ; ils n'avaient donné aucun sujet de plainte, mais on craignait que pendant la guerre ils ne se déclarassent en faveur de leurs compatriotes. L'on arrêta aussi deux chefs iroquois qui se rendaient à Montréal sans aucune défiance. D'après les ordres de la cour, les hommes faits prisonniers lurent envoyés en France pour y servir sur les galères ; privés de leurs protecteurs, les enfants et les femmes moururent en grand nombre, soit de chagrin, soit de la maladie épidémique qui ravagea l'habitation. On a peine à comprendre que des hommes honorables comme l'étaient le gouverneur et l'intendant aient pu consentir à un acte aussi peu conforme aux lois de la justice. Les Iroquois s'étaient montrés perfides dans plusieurs occasions ; mais il ne convenait pas que la France consentît à imiter la conduite de ces barbares, et qu'un peuple chrétien adoptât un code de lois aussi opposé que celui des infidèles aux préceptes du christianisme. Et même en laissant décote les considérations d'honneur et de justice, un pareil acte était condamnable, puisqu'il ne pouvait manquer d'exciter des sentiments de haine et de vengeance au sein des parents et des amis des malheureuses victimes. Malheureusement, M. de Denonville ne connaissait point les sauvages, et se laissa guider dans cette occasion par de mauvais conseillers. Pour endormir lavigilancedes Iroquois, il avait laissé ignorer ses préparatifs de guerre aux pères de Lamberville et Milet, qui étaient, le premier chez les Onnontagués, et le second chez les Onneyouts. Pendant que les deux jésuites se croyaient certains de la paix, et cherchaient à rassurer les deux cantons sur les bruits de guerre qui avaient couru, la nouvelle de la marche des troupes françaises vers le

(1) M. do Saint- Valier, Estât présent de l'Eglise, etc., dans la Nouvelle-France ; M. de Belmont, Histoire du Canada; Lettre de M. de Champigny au ministre, vol. III, Documents de Paris, 1ère série.

lac Ontario, et de l'arrestation des chefs iroquois, retentit d'un bout à l'autre du pays.

Le père Milet fut arrêté par les Onneyouts, et condamné au feu ; il subit tous les tourments préparatoires et ne s'attendait plus qu'à la mort;, lorsqu'il fut sauvé par une matrone qui l'adopta et le retira dans sa cabane (1). Depuis, il reprit sou crédit et devint un des chefs du canton (2). Quant au père de Lamberville, il n'échappa à la mort que par suite du respect et de l'amitié que les anciens avaient pour lui. 11 fut appelé à un de leurs conseils, et informé de ce qui venait d'arriver à Cataracouy. L'indignation que tous ces chefs manifestaient, lui fit croirequ'une sentence de mort allait être portée contre lui, lorsqu'un des anciens se leva et lui dit: «Nous aurions droit de te traiter comme un ennemi ; mais nous ne pouvons nous y résoudre. Nous te connaissons, et nous sommes certains que tu n'es pas resté ici pour nous tromper ; nous sommes convaincus que tu es au désespoir d'avoir été employé comme un instrument contre nous. Nous te croyons innocent ; mais il vaut mieux que tu te retires, car tous ne te connaissent pas comme nous te connaissons ; et, lorsque les jeunes gens auront chanté la guerre, ils te regarderont peut-être comme un perfide qui a livré nos guerriers, et ils n'écouteront que leur colère, à laquelle nous ne pourrons te soustraire (3). »

Leur amitié pour lui les porta à l'engager à partir aussitôt et à le faire conduire par des guides jusqu'à ce qu'il fut hors de danger.

Les troupes françaises arrivèrent à Frontenac, sans avoir éprouvé d'accident considérable, malgré les difficultés nombreuses qui se rencontraient sur la route. Tout avait réussi jusqu'alors : les soldats et les miliciens étaient dans les meilleures dispositions; les provisions étaient abondantes; l'on se promettait un voyage heureux de Cataracouy au pays des Tsonnontouans sur la rive méridionale du lac Ontario. Les espérances d'un heureux succès redoublèrent à l'arrivée d'un canot qui rapportait que MM. de Tonti, Dulluit et de La Durantaie s'avançaient sur le lac Erié, avec cent soixante français et près de quatre cents sauvages, et qu'ils amenaient avec eux les soixante prisonniers hollandais et anglais (4).

(1) Histoire de la Nouvelle- France, par Charlevoix, vol. II.

(2) History of the five nations.

(3) Histoire de la Nouvelle- France, far Charlevoix.

,{4) Lettre de M. de Champigny, Documents d& Paris, vol. III, 1ère série.

Nicolas Perrot et BoisguiHot (1) avaient, pendant l'hiver, parcouru les pays entre le lac Michigao et le Mississipi, pour réunir tous les français dont la présence n'était pas absolument nécessaire sur les lieux, et les conduire au commencement du printemps à Michillimakinac. M. de La Durantaie partit de ce poste dès que la navigation fut ouverte ; au fort de Toueharontion, qu'on bâtissait près de l'entrée de la rivière du Détroit, il trouva les sieurs Dulhut et Tonti. Le dernier venait d'arriver avec environ quatre-vingts illinois. C'était peu, car il avait compté sur six ou sept cents guerriers ; mais les chefs de la nation n'en voulurent point fournir davantage, parce qu'ils venaient d'être avertis qu'un parti considérable de tsonnontouans était en marche pour détruire leurs villages. Le fait était vrai ; mais le colonel Dongan avait envoyé un exprès les avertir de rentrer dansleur canton, qui allait être attaqué par les Français.

Tous trois se mirent en marche, afin d'arriver à l'époque convenue au rendez-vous qui leur avait été assigné ; ce fut en traversant le lac Erié qu'ils surprirent la seconde bande de marchands hollandais de MacGregory. Arrivés à Niagara, ils y commencèrent un fort, et envoyèrent le sieur de La Forêt à Cataracouv, pour avertir de leur arrivée le marquis de Denonville (2).

Dans cette entrevue, des mesures furent prises pour que le parti venu de l'ouest, et le corps de troupes conduit par le gouverneur, arrivassent le même jour à Atenialarontagué. dans le pays des Tsonnontouans. Le soir du dix juillet, la flotille de barques et de bateaux qui portait la petite armé'' française entrait dans la baie d'Atenialarontagué (3), et, en même, temps, sur la plage sablonneuse qui la borde d'un côté, débarquaient les guerriers sauvages des grands lacs. «C'était.» dit Mgr. de Saint-Yalier, «le spectacle le plus extraordinaire qu'on eût jamais vu dans ce pays, et qu'on puisse se figurer en Europe. On y voyait un fort grand nombre de visages tout différents, avec une pareille diversité d'armes, de parures, de danses et île manières. On y entendait des chansons, des cris, des harangues de toutes sortes de tons et de langues. La plupart de ces barbares n'avaient, pour tout habit, que des queues de bêtes derrière le dos, et des cornes sur la tête. Ils avaient le front et les joues peintes en vert ou en uouge.... le nez et les

(1) Surnommé Miquoloche.

(2) M. de Saint-Valier, Estât présent de l'Eglise.

(3) Baie de l'Iroadequoit, à l'est do l'embouchure de la rivière de G«nesei, sur le lac Ontario, état de New-York. Historical Magazine.

oreilles percés et chargés de fer, et tout le corps coloré de diverses figures d'animaux (1). »

Dans l'espace de deux jours, un petit fort de pieux fut bâti dans un lieu avantageux ; il protégeait un enclos dans lequel furent renfermés les canots, les bateaux, les vivres et les provisions ; une garnison de quatre cent quarante hommes y fut laissée sous les ordres de M. d'Orvilliers, en qui le gouverneur reposait une grande confiance (2). C'était une sage précaution qui assurait la retraite de l'armée, dans le cas de quelque malheur.

Le douze, l'armée s'ébranla ; à lavant-garde, commandée par M. de Callières, étaient placées les trois compagnies des sieurs de La Durantaye, Dulhut et Tonti, composées de français nés dans le pays ; elles étaient soutenues, à droite, par trois cents sauvages chrétiens, sous les ordres de M. de Sainte- Hélène ; à gauche, par un nombre à peu près égal de poutéouatamis, outaouais, illinois, chaouanons et hurons. Marchaient ensuite les troupes du roi et les milices de la colonie, conduites par le gouverneur lui-même. La marche était fermée par un petit corps de sauvages. La première et la principale bourgade des Tsonnontouans, Gazeroaré, était bâtie à sept lieues environ d'Atémalarontagué ; le premier jour, l'armée parcourut environ quatre lieues, par des sentiers tracés au milieu de bois de haute futaie, et sur un terrain fort égal. Le lendemain, après avoir passé deux défilés dangereux, l'armée arriva, par une chaleur étouffante, dans un valon étroit et touffu, bordé de coteaux et traversé par un ruisseau.

Trois cents tsonnontouans s'étaient postés à la tête du vallon, et cinq cents autres un peu plus loin, dans un endroit marécageux que le sentier traversait ; leur dessein était d'attaquer l'armée par devant et par derrière, au moment où elle se trouverait entre les deux ambuscades ; et, afin de tromper les soldats français, peu accoutumés aux ruses des sauvages, les guerriers ennemis s'étaient ceint la tête avec des bandeaux d'étoffe rouge, dans l'espérance qu'on ne pourrait les distinguer des alliés. Ils avaient en effet été informés par deux déserteurs agniers, que c'était la marque à laquelle les Français devaient reconnaître leurs alliés.

Quelque habiles que fussent leurs manœuvres, elles n'eurent pas le succès qu'ils en attendaient. Peu accoutumés à voir des

(1) Estât présent de l'Eglise.

(2) Lettre du marquis de Dononville à M. de Seignelay.

corps considérables, ils prirent pour le gros de l'armée, l'avant-garde séparée du reste des troupes par une longue distance; et, après avoir poussé le terrible cri de guerre (1), ils commencèrent de derrière les arbres une vive fusillade. Les Outaouais et leurs compagnons de l'ouest s'enfuirent après la première décharge ; mais les sauvages chrétiens tinrentferme et soutinrent les trois compagnies des coureurs de bois. «Ceux-ci, » remarque Mgr. de Saint-Yalier, « se battirent tantôt à la française et tantôt à la sauvage, par manière de duels à coups de fusil, d'arbre en arbre. » Cependant, le corps de bataille s'avançait pour soutenir l'avant-garde ; M. de Denonville qui, à cause de la chaleur, avait été obligé de jeter son habit, marchait à la tête des troupes du roi pour occuper le haut du coteau, où était un petit fort de pieux. Mais les soldats, qui étaient la plupart des recrues, furent tellement surpris par cette attaque subite et les cris des sauvages, qu'un grand nombre lâchèrent pied. Le général fit battre les caisses, pour rappeler les fuyards, rétablit l'ordre dans les rangs ébranlés, et conduisit les compagnies, qui s'étaient reformées, avec tant de vigueur, que les ennemis prirent la fuite, après avoir jeté leurs couvertures, pour courir plus à l'aise. Cinq ou six Français furent tués dans cette rencontre, et une vingtaine furent blessés. Parmi ces derniers, le père Angelran, qui avait suivi le détachement canadien venu de Michillimakinac (2). Entre les sauvages chrétiens, l'on eut à regretter la mort du célèbre chef la Cendre- Chaude, qui avait été un des bourreaux du père de Brébeuf, et était devenu un des chrétiens les plus fervents du saut Saint- Louis.

Les sauvages chrétiens s'étaient distingués dans cette affaire,, et avaientgrandement contribué à la victoire. « Les Canadiens, » dit le père de Charlevoix, «se battirent avec leur bravoure ordinaire ; mais les soldats se firent peu d'honneur dans toute cette campagne. »

On coucha sur le champ de bataille ; et, pendant la nuit, les Outaouais, qui s'étaient fait remarquer par leur poltronnerie, se signalèrent par les barbaries qu'ils exercèrent sur les cadavres des ennemis.

L'on n'était qu'à une petite portée de fusil de Gannagaro, principale bourgade des Tsonnontouans, située sur une hauteur et environnée d'une plaine très-fertile, que couvrait une

(1) Sakakoué.

(2) Archivea de la marine, Lettre de M. do Dononyille.

riche moisson de maïs, lorsque le lendemain les troupes françaises reconnurent qu'elle avait été réduite en cendres p; ses habitants. Ils y trouvèrent cependant encore une grande quantité de maïs, qui fut renversé ; et on estima la perte totale des bleds à quatre cent mille minots. L'on employa près de dix jours à parcourir le pays pour y détruire les moissons et brûler les trois autres bourgades. Le gouverneur crut qu'il était inutile de suivre un ennemi qui s'était retiré dans les bois, où il était difficile de l'atteindre et où des détachements i-olés auraient été exposés à des surprises.

Les Iroquois avaient été humiliés, plus de soixante de leurs guerriers étaient, morts des suites du combat ; la famine qui allait régner dans le pays ne pouvait manquer de forcer un grand nombre de ses habitants à s'éloigner. D'ailleurs, les maladies avaient commencé à sévir parmi les Français ; beaucoup de porcs avaient été tués, et la chair, distribuée avec abondance parmi les soldats, avait causé des dyssenteries. Les sauvages menaçaient de se retirer dans leur pays. Toutes ces considérations engagèrent M. de Denonville à ramener ses soldats au port des Sables, où avaient été laissés les bateaux. De fait la puissance des Tsonnontouans fut rudement ébranlée par cette expédition. Beaucoup d'entre eux périrent de misère, durant l'automne et l'hiver suivants ; bien des familles s'enfuirent au-delà des montagnes et se réfugièrent chez les Andastes ; les esclaves se dispersèrent, et la nation des Tsonnontouans, qui renfermait auparavant dix mille âmes et huit à neuf cents guerriers, fut réduite à la moitié de ce nombre (1).

Les projets des marchands d'Albany et de la Nouvelle-York, qui voulaient obtenir une part dans le commerce de l'ouest furent aussi déjoués par l'issue de la campagne, et ils en furent pour les frais encourus pour le soutien de leurs alliés (2).

M. de Denonville avait fort à cœur de rétablir le fort de Niagara, afin de barrer le passage aux Anglais qui voudraient aller traiter dans l'ouest; et en même temps pour relier la colonie avec le pays des Illinois et le Mississipi, au moyen de postes échelonnés de loin en loin. Le premier anneau de cette chaîne de forts était Frontenac ; Niagara serait le second ; puis venaient le poste de Dulhut à l'entrée de la rivière du Détroit, Mu h llimakinae, Saint-Joseph et Saint-Louis sur la rivière des

(1) Tapin, Documents de Paris; Histoire du Canada, par M. de Belmont ; Voyarjn de l'Amérique, par La Hontan ; Etat présent de l'église de la Nouvelle- France, par M. de Saint-Valier ; Histoire de la Nouvelle- France, par Charlevoix.

(2) Council Minutes oj ' tlic province of New- York.

Illinois. L'armée tout entière se rendit au lieu choisi par M. de Denonville ; c'était une pointe sur la rive droite de la rivière Niagara, à l'endroit où elle se jette dans le lac Ontario. Le fort fut bientôt bâti, et M. de Denonville y laissa une garnison de cent hommes sous les ordres du capitaine de Troyes, arrivé depuis peu de la baie d'Hudson. Par malheur, les fournisseurs de l'armée ne laissèrent à Niagaraque des vivres déjà en partie gâtés, qui produisirent parmi les soldats le scorbut et autres maladies ; comme on n'avait point songé à y déposer de remèdes convenables, bientôt la mortalité devint effrayante, M. de Troyes et presque tous les hommes de la garnison moururent ; à peine en resta-t-il quelqu'un pour faire connaître le malheureux sort de leurs compagnons. Ces désastres furent attribués à l'insalubrité du pays ; et le poste fut abandonné, au grand chagrin du gouverneur.

Au retour de son expédition, M. de Denonville écrivit de Montréal au ministre pour l'informer des résultats qu'elle avait eus (1). Il le loue des services qu'ont rendus les milices du pays, et fait remarquer au ministre que les habitants des environs de Québec, qui étaient rentrés chez eux, avaient, pour prendre pari à la campagne, parcouru une distance de quatre cent soixante lieues, depuis le vingt-quatre mai jusqu'au dix-huit d'août ; que pendant ce temps ils avaient de plus parcouru une partie du canton des Tsonnontouans, travaillé aux forts de la rivière aux Sables et de Niagara. Passant ensuite à l'organisation des milices, il ajoute: «Les sieurs delà Durantaye, Granville, Dupuis Berthier, LaVallière et Longueuil, qui ont très-bien servi, seraient de très-bons capitaines. Je ne vous saurais assez dire combien Granville (2) et Longueuil, à chacun desquels j'avais donné quatre compagnias à commander, se sont distingués par dessus les autres. Yous avez donné au dernier une lieutenance qu'il a acceptée avec plaisir; il est l'aîné de sept frères de la famille des Le Moyne, que le roi a anoblie pour les services que feu leur père a rendus en ce pays. C'est une famille, avec celle des Le Ber, beau-frère du dit Le Moyne, dont je ne me saurais trop louer, et qui mérite le plus d'être distinguée par la bonne conduite et la bonne éducation des enfants, qui sont tous honnêtes gens. A l'entreprise du Nord, il y avait trois frères Le Moyne, qui eurent part à tout ce qui s'est fait de bien sous M, de Troyes. »

(1) Lettre du. 28 août.

(2) Beccard de Granville, seigneur de l'île aux Grues.

dette expédition avait réussi à la satisfaction de ceux parmi les Français qui y avaient pris part.

M. de Comporté, au nom de la compagnie, avait porté ait roi des» plaintes contre la conduite des Anglais, et obtint la permission de reprendre le fort bâti par les Français sur la rivière Sainte-Thérèse, et d'en chasser les Anglais.

Une expédition fut préparée pour cet objet; comme elle devait se faire par terre, il fallait, pour y réussir, des hommes accoutumés à de longues marches, habiles à conduire les canots, capables d'endurer sans trop se plaindre, les froids les plus piquants, et accoutumés à faire la petite guerre. Soixantedix canadiens furent choisis, et on leur donna pour chefs, trois de leurs compatriotes, officiers braves, habiles dans la guerre sauvage, également accoutumés aux voyages de terre et de mer ; c'étaient les sieurs d'Iberville, de Sainte-Hélène et de Maricourt, fils de Charles Le Moyne. A cette troupe d'enfants du pays, l'on adjoignit trente soldats, commandés par MM. de Troyes, Duchesnil et. Catalogne. Le père Sylvie les accompagnait, dans l'espérance de pouvoir se rendre utile non-seulement aux Français, mais encore aux Cristinaux et aux autres sauvages du Nord.

Les rivières étaient glacées et la neige couvrait encore la terre lorsque ce petit parti d'hommes alertes et vigoureux quitta Montréal pour remonter la rivière des Outaouais jusqu'à la hauteur des terres, et descendre ensuite jusqu'au fond de la baie James. Il fallait parcourir plus de deux cents lieues avant d'arriver au premier poste anglais. Les voyageurs devaient parcourir la première partie de la route sur des raquettes, traîner les* vivres et le bagage sur des tabaganes. Ils arrivèrent, dans les premiers jours d'avril, au long saul, où ils préparèrent des canots pour remonter l'Outaouais ; du lac Témiscamingue, ils passèrent par de petites rivières, et, en faisant plusieurs portages, jusqu'au grand lac d'Abbittibi, près de l'entrée duquel ils bâtirent un petit fort de pieux, où ils laissèrent trois canadiens ; ils descendirent ensuite vers la baie James. Cette marche dura jusqu'au vingt juin, et fut accompagnée de beaucoup de fatigues et de dangers. « Il fallait être canadien, » remarque à ce sujet le sieur de la Potherie, «pour supporter les incommodités d'une si longue traverse » (1). Le fort de Monsi pi, bâti sur une hauteur près de la rivière, était flanqué de

(1) Histoire de l'Amérique Septentrionale, par M. de Bacqueville de la Potherie, vol. I.

quatre bastions, et armé d'une douzaine de canons. Au milieu de la place on avait élevé un blockhaus portant quatre petites pièces d'artillerie. Sainte-Hélène et d'Iberville, suivis de quelques canadiens, escaladèrent la palissade, tandis que M. de Troyes enfonçait à coups de bélier la porte principale ; le blockhaus fut vigoureusement attaqué au milieu des cris de guerre sauvages. Surpris et effrayés par cette attaque subite à laquelle ils ne s'attendaient pas, les Anglais se rendirent aux assaillants ; le canonnier seul chercha à se défendre, et fut tué sur une pièce qu'il allait décharger.

Deux autres forts restaient aux Anglais dans la baie James, le fort Rupert, à quarante lieues de Monsipi, et celui de Quitquitchouane, à trente lieues. M. de Troyes se décida à attaquer d'abord le premier. On répara une chaloupe trouvée au fort Monsipi pour transporter deux petits canons, et la petite troupe suivit les bords de la mer pour arriver à Rupert. Un bâtiment, monté par quinze hommes, était mouillé vis-à-vis du fort; d'Iberville, accompagné de sept canadiens, s'en empara sans beaucoup de difficulté, pendant que M. de Troyes enfonçait les portes du fort et s'en rendait le maître. Il fit sauter la redoute et abattre les palissades.

Le bâtiment fut envoyé à Monsipi avec les prisonniers anglais ; les soldats de l'expédition le rejoignirent bientôt après. De Troyes, après de si heureux commencements, voulut continuer son entreprise en s'emparant du fort Quitquitchouane ou d'Albany. Le même bonheur le suivit dans cette expédition. Le sieur Henri Sergent, qui y commandait, était en même temps gouverneur de tous les établissements anglais dans la baie d'Hudson. Il se montra fort civil aux parlementaires français qui lui furent envoyés ; mais il ne voulait ni rendre son fort, ni se battre pour le défendre. M. de Troyes dut commencer à battre en brèche les retranchements, afin de prouver qu'il était décidé à s'emparer du fort.

Quand le commandant anglais s'aperçut qu'il agissait sérieusement, il se hâta d'envoyer un homme avec un drapeau blanc pour demander quartier et remettre la place.

La conduite du chevalier de Troyes pendant celte expédition lui mérita de grands éloges ; après avoir mis bon ordre dans les forts, il repartit pour Montréal le dix août 1686.

Resté sur les lieux pour y rétablir les affaires de la compagnie du Nord, d'Iberville envoya en France les prisonniers anglais sur un bâtiment expédié pour y transporter les pelleteries enlevées aux ennemis ; six mois après, il nomma son frère de

Maricourt pour le remplacer dans le commandement et se rendit à Montréal par les terres. La compagnie anglaise, pendant celle campagne, perdit tous ses établissements, à l'exception du fort Nelson, situé à quelques centaines de milles au nord du fort d'Albany.

Avant de retourner à Montréal, d'Iberville eut avis qu'un navire anglais était dans les glaces près de l'île de Charleston ; il envoya quatre hommes pour le reconnaître ; l'un d'eux relâcha par maladie,, les autres furent surpris, arrêtés et liés. Un se sauva, après avoir essuyé plusieurs coups de fusil dans sa 'fuite ; les deux autres furent liés au fond de cale, où ils passèrent l'hiver. Celui qui conduisait le navire, se noya au printemps. Le temps venu pour mettre à la voile, le pilote et les autres au nombre de six font servir le moins vigoureux des deux canadiens pour les aider. Un jour, quand la piupart des Anglais étaient au haut des manœuvres, le canadien, n'en voyant que deux sur le pont, s'arma d'une hache dont il cassa la tête, aux deux, courut délivrer son camarade ; tous deux se saisirent dés armes, et montèrent sur le ponty où ils se rendirent les maîtres, et firent prendre au navire la route des ports français. Us rencontrèrent en chemin le sieur d'Iberville qui avait équipé un bâtiment pour délivrer ses hommes. Le bâtiment anglais était chargé de marchandises et de vivres qui furent d'un grand secours dans les forts (1).

(1) Documents de Paris, série 1ère, vol. III. Lettre de M. de Denonvillo, 25 aotai

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