LITTERATURE
rendait chère la simplicité. Enfin rhumilité et la gravité des Chrétiens ne leur permettaient d'écrire que dans un but utile et sérieux, sans rien donner à l'esprit ni à Tamour-propre. De telles dispositions ne pouvaient manquer d'imprimer aux lettres chrétiennes ce triple caractère de dignité, de simplicité et d'utilité que nous rétrouvons dans les premiers Pères, et que Clément a ainsi formulé : « Le style, dit-il, est à la pensée ce que l'habit est au « corps : les idées sont comme les chairs et les nerfs. Or « nous ne devons pas ayoir plus de soin de l'habit que du « corps qu'il couvre. Ce ne serait pas assez pour l'homme « devenu chrétien d'embrasser une vie frugale; il doit évia ter encore, dans son discours, les ornements vains et suce perflus... De même que dans le choix des aliments on a rougirait de songer davantage à ce qui flatte le goût qu'à « ce qui nourrit, de même ce serait abuser du discours si « on le tournait pour plaire aux auditeurs, bien plus que « pour les éclairera p Clément ne condamnait pas pour cela un discours orné sobrement et agréable à entendre, pourvu qu'on ne s'en servît que pour faire goûter la vérité et pratiquer la vertu : Recréât itaque animam oratio, et hortatur ad h(mestatem\ Le discours ainsi entendu était, aux yeux de ce Père, une bonne action, est enim etiam saiutaris oratio, sieut opus salutare; et pour lui, bien dire, c'était bien faire. Chacun, dit-il encore, pour opérer le bien par la parole ou par l'action, doit se déterminer d'après le genre de talent qu'il trouvera en lui-même, et celui-là est heureux qui, réunissant les deux genres, ressemble à celui qui se sert également de ses deux mains : Beatus est autem qui utraque manu utitur^.
Ainsi la composition ou le discours du Chrétien devait, selon Clément, présenter une expression naturelle, moulée